‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine (volume 2)Chapitre 26 sur 42 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

ANS le canton de Pipriac, quand on sait D qu'un jeune homme doit se présenter dans une famille pour demander une fille en mariage, et qu'il ne convient pas, on met à brûler dans la cheminée des branches de buis. Le galant qui connaît cette coutume regarde le foyer et, l'oreille basse et le cœur attristé, en raison de l'amour qu'il ressent, décampe

au plus vite.

Dans le canton de Bain, comme le buis est rare, on se contente de chômer (mettre debout) les tisons dans les cendres.

Mais si, au contraire, on consent à accepter le prétendant, la fille, d’un air timide, prend le bas de son tablier, le roule entre ses doigts, puis tout à coup, le laisse tomber en disant : « Ce sera comme moman voudra! » Oh ! alors on peut être certain que les fiançailles et la noce Se suivront de près.

Dans quelques communes de l’arrondissement de Redon, lorsqu'un jeune gars va demander en mariage une fille de son village, qu'il connaît intimement, avec laquelle il a été élevé, il porte une pomme avec lui et, lorsqu'il est en présence de celle qu'il désire épouser, il mord dans la pomme en disant:

€ M'aimes-lu ? M'aimes-tu pas ?

Si tu m'aimes, mords dans mon mias 1»

Si la fille mord dans la pomme, le mariage est décidé. Si, au contraire, elle refuse, tout est rompu.

DE LA VIE A LA MORT ri A

Dans le canton Sud-Ouest de Rennes, lorsqu’un jeune homme va demander une fille en mariage, il porte avec lui une bouteille de vin, afin de trinquer, si sa demande est agréée, avec sa future et les parents de celle-ci. Cette cérémonie s'appelle les accordailles.

Plus tard, le jour des fiançailles, les jeunes gens accompagnés de leurs familles et du garçon et de la fille d'honneur, s’en vont à Rennes faire leurs emplettes qui consistent en alliances, bague pour la mariée, appelée chevalière, fleurs d'oranger et vêtements de noce.

De retour au village, un repas a lieu le soir chez la mariée.

Autrefois, à Janzé, à Bécherel, à Tinténiac et dans beaucoup d’autres endroits, lorsqu'un jeune homme et une fille avaient l'intention de s'épouser, ils se rendaient au presbytère de leur paroisse où le curé leur faisait subir un examen de catéchisme, et les interrogeait principalement sur le sacrement du mariage.

S'ils répondaient mal, le curé les ajournait; si, au contraire, il était satisfait de leur instruction. il leur offrait un verre de vin, trinquait avec eux, et les futurs époux étaient considérés comme engagés l’un envers l’autre et fiancés devant l'Église.

Si, pour un motif quelconque, le mariage venait à manquer, les jeunes gens devaient aller en informer le curé qui annulait les fiançailles. S'ils ne le faisaient pas, et si l’un ou l'autre voulait plus tard se marier, son ban ne pouvait être publié à l'église qu'après l'expiration d’une année.

Jadis, dans la commune du Pertre, quand une servante de ferme avait eu des relations intimes avec son maître, et que celui-ci venait à l'épouser, les cultivateurs de la commune, la veille de la noce, s'appelaient de village en village, au moyen d’une corne, et allaient donner un charivari aux futurs mariés.

Pareille farce avait lieu la veille de la noce d’une veuve. Si celle-ci se fâchait, le tapage

continuait ; si, au contraire, elle riait et invitait ses voisins à entrer boire un coup, la plaisanterie cessait et chacun s’en retournait tranquillement chez soi.

A Bruz, lorsqu'une fille qui a eu des enfants se marie, les jeunes gens de la commune, vont encore, la veille de son mariage, avec des casseroles et des chaudrons, faire un charivari à sa porte.

Quand les fiancés vont inviter les familles qu'ils désirent avoir à leur noce, ils embrassent le père, la mère et les enfants. En leur donnant l’accolade ils répètent à chacun d’eux la formule suivante:

« Je vous prie de bon cœur et de bonne amitié d'assister à mes noces qui auront lieu de mardi en huit. »

Les invitations se font dix jours à l’avance et le mardi est le jour choisi pour les noces dans les campagnes de l’Ille-et-Vilaine.

La fille d'honneur qui accompagne les fiancés embrasse également chaque personne présente

et dit à chacune d'elles: « Vous n'y manquerez pas. )

Dans les communes de Bruz et de Saint- Jacques-de-la-Lande, la veille de la noce, le marié accompagné d'ouvriers s’en va faire dresser le mobilier dans la demeure destinée aux jeunes époux et dans laquelle, lit, armoire, buffet, chaises, etc., ont été amenés par les voisins et gratuitement charroyés par eux.

La jeune femme ne prend pas part à l’arrangement de son ménage et ne le voit qu’après la noce.

En rangeant les meubles les ouvriers chantent la chanson suivante :

Oh ! sous les ridiaux, Jamais j'n'ai ren vu d’si biau, Disait la mariée ; Jamais j'nai ren vu d'si biau

Sous les ridiaux.

Oh! sous la couverture, Jamais j'n'ai vu tant d'aventures, Disait la mariée ;

Jamais j'n’ai vu tant d'aventures Sous la couverture.

Oh ! dessur l’oreiller, Jamais je n'ai tant vu de jeu, Disait la mariée ; Jamais je n'ai tant vu de jeu, Dessur l'oreiller.

Oh ! dedans les draps de lit, Qu'il fait donc bon faire son nid, Disait la mariée ; Qu'il fait donc bon faire son nid, Dedans les draps de lit.

Oh ! disait la paillasse, Allous bentôt finir vos farces,

Madam' la mariée, Allous bentôt finir vos farces

Dessur la paillasse.

Endurons tout cett’ nuit, Geignait le pauvre bois de lit, Pas vrai, la mariée ?

Endurons tout cett’ nuit, Geignait le pauvre bois de lit.

Oh ! disait la gaul”' du lit, Jouons n'en donc toute la nuit,

Pas vrai, la mariée ?

Jouons n’en donc toute la nuit,

Disait la gaul’ du lit.

Oh! disait l’pauvr’ édredon, Vous me mettez dans un bouchon, Madam’ la mariée, Vous me mettez dans un bouchon, Disait l’pauvr’ édredon.

Les vêtements du marié sont portés à l’a— vance chez la future, et le matin de la noce il s’y rend en costume de travail pour faire sa toilette pendant que les couturières et la fille d'honneur habillent la mariée.

Si le repas de noce doit avoir lieu chez celle-ci, le marié en surveille les apprêts.

Tous les invités arrivent prendre les nouveaux époux pour les conduire à l'église.

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