‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine (volume 2)Chapitre 25 sur 42 · ES · texte numérisé non relu

ES

Ya-t-un navire à Bordeaux.

Nous boirons d'ce vin nouveau, Gai, gai, nous v'là-t-en ville, Bon, bon, nous arrivons.

Bonnes gens des villes, Sortez d'vos maisons,

Car les rues sont pleines

De joyeux garçons.

Gai, gai, nous v'là-t-en ville, Bon, bon, nous arrivons.

Ma moman veut bien

Que je m'y marie;

Jul's Grévy n'veut pas, Qu'on fasse d'embarras.

Gai, gai, nous v’là-t-en ville.

Bon, bon, nous arrivons.

J'avions-t-un capitaine, Qu'était brav’ comm’ z'un lion, Il est mort d'une engelure Qu'il avait au talon.

Gai, gai, nous v'là-t-en ville, Bon, bon, nous arrivons.

Voici d’autres chansons plus sérieuses :

La Fille qui suit son Amant au Régiment

— Éveillez-vous, la belle, ) bis Je viens vous avertir ( Qu'la patrie nous appelle, Adieu, il faut partir (bzs).

— Ne verse pas de larmes bis Galant, ne pleure pas,

Oui, si tu prends les armes,

Je ne resterai pas (bts).

— Ah! reste là, ma belle, bis Attendre mon retour,

Et sois toujours fidèle

Et aime-moi toujours (bts).

Ne viens point z'à la guerre bis Car il faut trop souffrir, | On couche sur la terre,

Ça te ferait mourir (bis).

-— De coucher sur la terre ; 4 bis Auprès de son amant,

De coucher sur la terre, Ce n’est pas un tourment (bzs).

— Sur le champ de bataille po

Au milieu du danger, L'éclat et la mitraille Pourront bien te tuer (bzs).

— Sur le champ de bataille 3 je bis Au milieu du danger,

J'affront’rai la mitraille

Comme un vrai grenadier (bts).

— Si cela te contente ) bi Si ça te fait plaisir, \ Que rien ne te tourmente, Je te laiss’rai partir (bzs).

Les Reproches d'Eugénte

— Eugénie, les larmes aux yeux, Je viens te faire mes adieux ; Nous partons pour l'Amérique, Nous allons au régiment.

Adieu donc, belle Eugénie, Nous mettons la voile au vent.

— La voile au vent, mon bel amant, Pour moi, quel désagrément.

Tu m'avais promis pour gage,

Ton honneur, aussi ta foi, Aujourd'hui tu m’abandonnes,

Tu t'en vas bien loin de moi.

Marinier, beau matelot,

Tu t'en vas bien loin sur l’eau, Et s’il arrive un orage,

La tempête, aussi le vent, Briseront ton équipage,

Moi je n'aurai plus d’amant.

— Eugénie, pas de danger, Tant que nous serons sur l’eau ; Je connais le pilotage,

Je suis fier de mon état,

I n’arriv'ra aucun naufrage Tant que je serai soldat.

Eugénie, à mon retour, (Sois sincère dans nos amours),

Je te promets, ma mignonne, De m'en rev'nir au pays,

Nous nous marierons ensemble, Pour le sûr, mon Eugénie.

La Godinette

(Chanson de marche des conscrits allant rejoindre

leur régiment.)

Sur la lisièr’ du petit bois, Jubilant, jubilo, zizi pan pan.

Toc toc la Godinette,

Jeannette passait une fois,

Pan jubilant, pan pan la Godinois.

EI rencontra le p'tit François, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Qui s’en allait gauler des noix. Pan jubilant, pan pan la Godinois.

L’apercevant, le fin matois, Jubilant, jubilo, z1z1 pan pan, Toc toc la Godinette,

Lui dit: — Veux-tu faire avec moi, Pan jubilant, pan pan la Godinois ?

Veux-tu faire un tour dans le bois ?

Jubilant, jubilo, zizi pan pan, Toc toc la Godinette, J'te montrerai, gentil minois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

— P'tit François, j'irais ben o toi, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Seul’ment j'ai peur de perdre...—Quoi?

Pan jubilant, pan pan la Godinois.

J'te montrerai certain endroit, Jubilant, jubilo, zizi pan pan, .

Toc toc, la Godinette, Où l’on est mieux à deux qu'à trois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

— D'ma mèr’j'ai peur de perdr’la croix, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Car je n'la r'trouv'rais pas, je crois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

— Attach’-la ben, li dit François, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Puis, ils entrèrent dans le bois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

De suit’ ils fir'nt pendant trois fois, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Le tour des p'tits sentiers étroits, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

N'ont-ils fait qu'ça? j'l'ignor’, ma foi, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Ÿ n's'en sont pas t’nus là, je crois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

Car entrés deux dedans le bois, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, L’histoir’ dit qu'ils revinrent trois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

C'est ennuyeux pour une fois, Jubilant, jubilo, zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, Quand on s'en va gauler des noix, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

Pour un’ malheureus’ petit’ fois, Jubilant, jubilo. zizi pan pan,

Toc toc la Godinette, D'attraper un’ fluxion d’neuf mois, Pan jubilant, pan pan la Godinois.

Dans les communes du canton Sud-Ouest de Rennes, les jeunes gens qui doivent tirer au sort en février portent, depuis le jour où ils sont appelés à la mairie pour se faire inscrire sur les tableaux de recensement, le nom de jeunes gens de la classe,

À partir de ce moment ils se réunissent fréquemment le dimanche, dînent ensemble, se promènent de commune en commune.

Ils ont un drapeau, acheté au moyen de cotisations, et ils le portent avec eux chaque fois qu'ils sortent.

Celui des conscrits qui a le plus bas numéro en devient le propriétaire.

À Bourgbarré, le drapeau, après le conseil de révision, est coupé par morceaux et distribué à chaque conscrit.

Voici deux de leurs chansons :

Voilà vingt ans,

J'étais petit enfant,

J'étais petit enfant,

Sur le bras de ma mère, Aujourd'hui je suis grand,

Je pars au régiment.

Refrain :

Le tambour bat, C'te jeun’, c’te jeune, Le tambour bat,

C'te jeun’, soldat.

Vous ne nous verrez pas longtemps, Bons pères de famille,

Vous ne nous verrez pas longtemps Faire l'amour à vos filles.

Le tambour bat, etc.

Tu ne me verras pas souvent, Ma petite Jeannette,

Tu ne me verras pas souvent Pendant trois ans.

Le tambour bat, etc.

Oh ! qu'importe le numéro

Que notre main amène, Mettons-le donc à nos chapeaux,

Amis, buvons sans gêne..

Le tambour bat, etc.

Amusons-nous, joyeux conscrits.

Nous voilà tous réunis ; Buvons le vin de nos aïeux Et soyons tous heureux.

Le tambour bat.

C’te jeun’, c'te jeune, Le tambour bat, C'te jeun’ soldat.

* %x * À deux heures sur la place, bis Nous avons tiré?

Nous avons tiré Notre sort, la belle, Nous avons tiré

Notre liberté.

À la première auberge, bi Nous avons bu ; j Buvons, chantons,

Faisons l’amour aux filles.

Soyons contents D'aller au régiment.

Dans les jours qui suivent le tirage, les conscrits se cotisent entre eux pour acheter des bouquets de fausses fleurs qu'ils vont offrir aux filles nées la même année qu'eux et qui sont, disent-ils, de leur année de tirage. Celles-ci, en recevant les fleurs, embrassent les jeunes gens et leur offrent du vin.

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