CROYANCES ET SUPERSTITIONS
Le dimanche de la Chandeleur, dans toutes les églises, le prêtre bénit les cierges.
Les familles chrétiennes ne manquent jamais d’en faire bénir un qu'elles emportent dans leur demeure.
Ce cierge est allumé lorsqu'un malade est mis en extrême-onction.
Dans les campagnes, on allume aussi le cierge de la Chandeleur lorsqu'éclate un orage. Il doit éloigner la foudre de la maison dans laquelle il brûle.
Aux environs de Châteaubriant, une nuit qu'un orage vint à éclater, une fermière dit à son mari: ( Lève-toi et allume le cierge de la Chandeleur. » A peine le paysan fut-il hors du lit que la foudre tomba sur la maison, treversa le lit et tua la femme sans qu'elle eût le temps de proférer un cri.
Le mari alluma son cierge et se recoucha sans soupconner ce qui était arrivé. Ce ne fut: que quelques instants après qu'il s’aperçut que sa femme était morte.
Le cierge de la Chandeleur avait sauvé
l'homme.
Les feux de joie qu'on allume encore quelquefois la veille de la Saint-Jean, donnaient lieu, jadis à Dol, à une fête spéciale : à la fin des vêpres célébrées à la cathédrale, le chapitre se rendait processionnellement au bûcher et le grand chantre portant le bâton doré, insigne de sa charge, revêtu d'un surplis et d'une étole, allumait très solennellement le feu aux applaudissements de la foule.
Autrefois, sur les bords de la côte, aux environs de Cancale, on mettait un tison du dernier feu de la Saint-Jean, à tremper dans le bénitier accroché au fond du lit.
Ce tison était destiné à protéger de la fou-
dre.
Tout le long de la côte bretonne, on aperçoit de petites chapelles, situées au sommet
ce
des falaises, etqui sont dédiées à Notre-Dame de la Garde. Elles sont remplies d’ex-voto naïfs.
L'on voit, après une tempête ou au retour d’un long voyage, des marins au teint hâlé, la tête découverte et les pieds nus, gravir les sentiers conduisant aux chapelles. Ils vont remercier la Vierge qui les a sauvés du nau-
frage.
% % * Il existe dans le cimetière de Rennes une
humble croix de bois, peinte en rouge, recouverte de nombreux petits sachets de toile. Ces sacs renferment de la terre prise sur la tombe d’une religieuse, M'* de Coëtlogon, enterrée sous cette croix, et qui guérit toutes sortes de maux, et principalement la fièvre.
Le malade, après avoir rempli le sachet, le porte sur sa poitrine pendant neuf jours et le rapporte sur la tombe de la défunte.
Un fait analogue se passe à Boistrudan, sur la tombe de M. Leroux, ancien curé de cette paroisse, tué dans le cimetière en 1702.
A Vitré, les malades atteints de la fièvre
vont prier sur la tombe de M. de la Gueretterie, ancien curé de Saint-Martin. Ils allument de petites lampes qu’ils entretiennent pen-, dant neuf jours et neuf nuits.
Au milieu des ténèbres, on aperçoit, dans le cimetière, jusqu’à sept et huit lumières sur le tombeau du prêtre.
Autrefois dans les paroisses du canton de Saint-Malo, le dimanche des Rameaux, les paysans en sortant de la messe allaient planter au milieu de leurs champs, la branche de laurier bénit, après en avoir détaché quelques feuilles, destinées à leur bénitier. Cet usage est tombé en désuétude. Fa
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Jadis, on ne menait aux champs, pour la première fois, les petits agneaux nés au printemps, que le vendredi saint.
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On croyait autrefois dans la commune d'Argentré, et beaucoup de paysans le croient encore, que les animaux de ferme s’agenouillent la nuit de Noël, dans les étables à l'heure de minuit.
Quand on charrue le vendredi saint, on fait saigner la terre toute l'année.
(Vitré.) 7%
Dans presque tout le département, on plante les pépins de citrouilles le vendredi saint.
Ainsi semées sans bruit, c'est-à-dire en l'absence des cloches de l'église, elles doivent devenir très grosses.
À Bruz, on ne les sème que le samedi saint au moîinent de la messe, où les cloches reviennent, au Gloria.
Beaucoup de paysanssontencore persuadés
qu'en pendant à une poutre de la pièce qu'ils une p pièce q
DE LA VIE A LA MORT 265 habitent une sardine grillée le vendredi saint, ils ne seront pas incommodés l'été par les mouches.
Is croient également qu'en répandant du bouillon de soupe, toujours le vendredi saint, dans les mares qui avoisinent leurs demeures, ils n’entendront pas coasser les grenouilles dans la belle saison.
Les charbons provenant de la bûche de Noël une fois éteints et mis sous un lit préservent du tonnerre.
Il ne faut pas battre (cueillir) ses noix le vendredi qui précède l’Assomption, car en le faisant ce jour-là, les noyers ne donneraient pas de fruits pendant plusieurs années.
(Le Pertre.) #
On ne boulange pas le vendredi bénit (véndredi saint), parce que toute l'année le pain moisirait.
. On ne doit pas semer le lin pendant la semaine sainte, ou bien la graine sera mangée par les puces.
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Il ne faut pas faire non plus la lessive pendant cette semaine,ou bien dans l'année :il mourrait quelqu'un de la famille.
Et pourtant c'est pendant la semaine sainte qu'on nettoie toutes les maisons, on les blanchit à la chaux intérieurement, extérieurement et on lave les carreaux des fenêtres.
Le samedi saint le prêtre bénit dans les églises l’eau qui doit être versée toute l’année dans les bénitiers.
Cette eau est ordinairement dans un grand bassin de cuivre placé au milieu de l'église.
À Bain, les bonnes femmes de la campagne attendent avec: impatience que la cérémonie soit terminée pour aller remplir les petites bouteilles de verre qu’elles ont dans leurs
pochettes.
Quand tout est fini,elles se précipitent, se poussent, se bousculent, se battent même pour arriver les premières, persuadées que celles-ci prenant la crème, seront plus favorisées que les autres, c'est-à-dire que leurs vaches auront un lait qui ne tarira pas et sera plus abondant que celui des vaches des autres femmes qui seront arrivées les dernières. F
En rentrant chez elles, elles aspergent leurs troupeaux d’eau bénite.
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On ne doit pas entamer le pain sans faire préalablement, sur le dessus, le simulacre d’une croix avec le couteau.
De même lorsque les ménagères cuisent de la galette, elles font, avec la fournette, le simulacre d’une croix sur la première galette.
Dans plusieurs églises du diocèse, notamment à Saint-Sauveur de Rennes et à Saint-
Sulpice-de-Fougères, ainsi que le constatent les comptes des trésoriers de cette époque, le jour de la Pentecôte, aux xv° et au xvi° siècles, on faisait descendre de la voûte du sanctuaire : un pigeon sur l'autel, pendant l'office, pour rappeler la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.
Par
Sainte Anne, comme on le sait, apprit à lire à la sainte Vierge.
A Vitré, on conduit les petits enfants des écoles en pèlerinage à la chapelle de sainte Anne, en Sainte-Croix, pour les bien ue ser à l'étude.
Cette chapelle est ordinairement fermée et parents et enfants prient sur les marches de la porte. |
Ils déposent avant de s’en aller, une offrande dans une espèce de conduit extérieur qui communique à un tronc placé dans la chapelle.
Dans les campagnes de l'arrondissement de Redon, on croit que le prêtre appelé trop tard
DE LA VIE A LA MORT 269 pour administrer le saint Viatique à un malade qui vient de mourir est, en s’en retournant, accablé par le poids de l’hostie qu'il lui faut reporter à l'église.
Cette hostie, si légère en venant, a atteint un poids excessif par le fait de n’avoir pu être administrée au moribond.
A Bruz, pour ne pas avoir à rapporter l’hostie du fond de la campagne, le clergé recommande à l'avance à quelqu'un de la ferme où se trouve le malade de rester à jeun, pour pouvoir être confessé et communié à la place
du défunt.
Lorsqu'on a perdu un objet quelconque il faut, pour le retrouver, invoquer saint Antoine de Padoue, dire un Pater et un Ave,
puis ajouter :
Saint Antoine de Padoue, Débouchez tous les petits trous Pour que je retrouve ce que j'ai perdu.
(Désigner l’objet.)
Ou bien encore :
Saint Antoine de Padoue, ami de Jésus. * Faites-moi retrouver l’objet que j'ai perdu.
Dans lés chapelles où se trouve sa statue on dépose sur l'autel des pieds de cochons.
Le propriétaire ou le fermier de la chapelle font leur ronde chaque jour et s'emparent des offrandes.
Depuis peu, sur la demande des habitants de la paroisse de Bruz, on a élevé dans l’église une statue de saint Antoine près de la porte de la sacristie.
Quand on vient à se brûler, il faut immédiatement invoquer saint Laurent, en lui disant : Saint Laurent, je me brûle.
La brûlure doit \se guérir :sans trop de souffrance.
Une bonne femme, appelée la mère Cohan, qui demeurait au Gué-du-Fond, dans la commune de Chavagne, guérissait les brûlures et d’autres maladies en disant des prières à re-
bours et en faisant le signe de la croix de la même façon.
Le curé de Bruz défendait à ses paroissiens d'aller consulter cette sorcière et refusait, à confesse, l’absolution aux personnes qui .y allaient malgré sa défense.
À propos de prières à rebours, on raconte qu’un samedi un homme qui revenait tard de sa journée vit dans un pâtis, à la Croix-Madame, en Bruz, des sorciers qui dansaient.
Il fit le signe de croix à rebours et, au même instant, tous les danseurs restèrent dans la position où ils se trouvaient sans pou- “voir bouger.
Le journalier continua son chemin, et en arrivant chez lui dit à sa femme : (Faudra me réveiller demain matin de bonne heure. »
La femme oublia la recommandation, et quand son homme se réveilla, il faisait grand jour.
Il se rendit aussitôt à la Croix-Madame où, les sorciers étaient toujours dans la même position que la veille. Il reconnut des gars de Chavagne, des filles de Bruz et d'autres jeunesses de toutes les communes environnantes.
Il fit le signe de la croix comme il doit se
faire, et tout le monde se sauva.
On fait quelquefois dire une messe pour la guérison d’un épileptique, mais il faut que l'argent qui paie cette messe soit de l'argent mendié. Aussi voit-on des personnes, dans une grande aisance, mendier ou faire mendier dans cette intention.
D'autres personnes vont pieds nus tendre la main, afin de réaliser une certaine somme pour effectuer pédestrement un pèlerinage promis à Sainte-Anne-d'Auray, et même jusqu’à Lourdes.
Certains maires délivrent des certificats attestant la promesse du pèlerinage, afin qu’on n'arrête pas leurs administrés comme mendiants de profession.
Près de la petite ville de Bain, depuis que l'édifice religieux qui se trouvait à l'endroit où
est aujourd’hui le village de la Chapelle a été
détruit, et que la statue de sainte Émerancea été exposée sur le bord de la route de Chäteaubriant, il n’est plus possible au fermier de faire de levain pour la fabrication de son pain. Il est obligé de l’aller chercher ailleurs.
La Fontaine de Saint-Fiacre
Autrefois, les fontaines dans nos campagnes bretonnes étaient dédiées à des saints et leur eau guérissait toutes sortes de maladies.
Nos pères avaient une très grande vénération pour les sources miraculeuses et croyaient fermement à leur efficacité.
Il n’y a pas très longtemps encore que le clergé, pendant les grandes sécheresses de l'été, se rendait processionnellement à ces fontaines dans le but d'obtenir une pluie bienfaisante pour les biens de la terre.
Le clergé de Mauron allait à la fontaine de Baranton, sur la lisière de la forêt de Paimpont.
Celui de Saint-Brieuc-des-Iffs, dans le canton de Bécherel, se rendait à la fontaine de
Saint-Fiacre, dans la commune des Iffs, et trempait lepied de la croix jusqu'autiers dans l'eau de la fontaine. La pluie ne tardait pas à tomber.
Cette fontaine de Saint-Fiacre est encore en renom. Son eau, ainsi que nous l'avons dit au commencement de notre ouvrage, guérit les coliques des petits enfants, aussi y vienton det rès loin en pèlerinage.
Voici comment on raconte dans le pays l'origine de cette source :
Au temps jadis un cultivateur, propriétaire d'un doué, dans une prairie appelée le Pré du Gué, y avait mis du lin à rouir, mais n'avait pas pris la précaution de mettre des pierres dessus pour le faire tremper dans l’eau, de sorte que le lin nageait à la surface de la mare,
Saint Fiacre qui passait par là, eut pitié du pauvre homme qui laissait ainsi sa récolte perdre sous les chauds rayons du soleil, et ne trouvant pas de grosses pierres à la portée de sa main, il s’assit sur le lin pour Île faire rouir.
Le cultivateur vint à son tour se promener dans le Pré du Gué et vit le saint qui, pour
lui rendre service, avait depuis plusieurs jours la moitié du corps dans l’eau et tremblait la fièvre. Il le chargea sur son dos, afin de le reporter à son ermitage.
En passant à l'endroit où est aujourd’hui la fontaine miraculeuse, le bonhomme qui portait saint Fiacre ayant soif, s'écria !« O ciel! comme je boirais bien un coup!» Le saint lui fit signe de s'arrêter et de le mettre à terre. Puis, de sa bêche qu’il portait avec lui pour arracher les racines des plantes qui lui ser- - vaient denourriture, il frappa le sol et aussitôt une source jaillit à la grande joie du paysan qui put ainsi se désaltérer.
Plus tard, la source continuant de jaillir, on creusa une fontaine qui prit le nom du saint. Presquetousles champsquil'entourent s'appellentencoreaujourd’huileschampsdeSt-Fiacre.
Une antique statue de ce saint, tenant une bêche à la main, est dans l'église des Iffs. Autrefois, le jour dela fête de saint Fiacre, comme beaucoup de pèlerins se rendaient à la fontaine, on mettait près d'elle, sur une table, la statue qui portait une escarcelle dans laquelle les aumônes étaient déposées.
Un jour que trois gars allaient faire un viage (lisez voyage ou pèlerinage) à Saint- Eugène, ils passèrent près de l'église des Iffs. L'un d'eux dit : (Si nous entrions dans cette église réciter une prière à saint Fiacre ?
— C'est inutile, répondit en riant l’un des deux autres, nous n'avons pas la colique. »
Le malheureux n'eut pas plutôt prononcé ces paroles imprudentes, qu'il fut pris de douleurs de ventre épouvantables, qui ne cessèrent que lorsqu'il eut promis une neuvaine à saint Fiacre.
La chapelle de Saint-Peer, au milieu des bois, dans la commune de la Bouëxière, a été de tout temps et est encore à l'heure actuelle un but de pèlerinages, les uns pour obtenir un temps favorable aux biens de la terre, les autres pour obtenir la guérison de la fièvre intermittente, des douleurs rhumatismales et de la goutte. Aussi voit-on de nombreux sentiers au plus épais des bois, aboutissant tous à l'oratoire.
Pendant les excessives chaleurs de l'été de 1893, les habitantsdes paroisses environnantes,
au nombre de sept à huit cents, venaient à pied, conduits par leurs prêtres, croix et bannières en tête, invoquer saint Peer pour avoir de la pluie.
Peer était le fils d’un seigneur de Vitré qui, pendant la seconde moitié du XV®° siècle, dit adieu aux plaisirs du monde et se retira dans l'abbaye de Rallion, paroisse de la Bouëxière, où il se fit remarquer par sa piété et son austérité.
Ün jour qu'il était en oraison, il eut une vision qui le décida à quitter l'abbaye afin de vivre seul et de passer le reste de ses jours uniquement en prières.
I se rendit à quatre lieues de là, au pied d'un monticule alors désert, et aujourd'hui occupé parle village dela Butte-aux-Sangliers, non loin de l'étang des Forges dans la partie de la forêt de Chevré qui porte maintenant le nom de Bois-de-Saint-Peer, et quiest situé sur le territoire de la Bouëxière.
Peer construisit un petit ermitage avec un oratoire et entoura le tout de fossés qui existent encore çà et là; ilne vécut que de légumes qu'il cultivait lui-même, et passa ses jours et ses nuits en prières.
À sa mort, l’ermite fut enterré dans son oratoire, et l’on assure que son tombeau y est. encore présentement. Quant à sa demeure, elle a disparu.
D’après la tradition, la statue de ce saint a été volée plusieurs fois ; maïs elle est toujours revenue d'elle-même reprendre sa place habituelle. En voici un exemple : Au siècle dernier; des voleurs s’introduisirent dans la chapelle de Saint-Peer et la dévalisèrent complètement. [ls avaient emporté jusqu’à la statue du saint qui, bien qu’étant en bois, pesait tellement qu'on aurait juré qu'’elle.était de plomb.
Encombrés par cette statue et surtout gênés par sa pesanteur, les voleurs résolurent de s'en défaire: se trouvant près de l'étang des Forges, ils la précipitèrent dans l'eau; mais dès le lendemain matin, la statue de saint Peer avait repris sa place dans la chapelle.
Une autre fois, un cultivateur étant à labourer son champ, voisin de la chapelle, s’aperçut que sa charrue était mal équilibrée, et ne trouvant rien à sa convenance pour y remédier, il n’hésita pas à entrer dans la chapelle et à s'emparer de saint Peer dont il fit une cale.
La charrue ne marchant pas encore à son gré, le laboureur se mit en colère et, d'un coup de pied, brisa la statue qu’il jeta ensuite dans un fossé.
Le saint fut retrouvé le lendemain dans la chapelle ne portant aucune trace des mutilations dont il avait été l’objet de la part du paysan. Celui-ci mourut subitement quelques mois plus tard et le champ, dans lequel la statue avait été brisée, cessa de produire des récoltes et ressemble aujourd’hui à une lande aride.
À Rennes, dans les grandes sécheresses, les reliques de saint Amand, qui se trouvent dans la cathédrale, sont promenées processionnellement par les rues de la ville pour avoir de la pluie. Elles sont portées par les séminaristes et la procession est dirigée par les chanoines du chapitre.
ke
A la Touche-Saint-Amand, village de la
paroisse de Montreuil-le-Gast, se trouve une
fontaine dite de Saint-Amand. On s'y rend processionnellement pendant la sécheresse, pour obtenir dela pluie.
D'après une tradition locale, il existait jadis à Clayes (arrondissement de Montfort), dans ce que l’on nomme aujourd'hui le Vieux Cimetière, un oratoire dédié à Messire Yves dé Kaumartin, et tout à côté une fontaine portant le même nom. On ajoute même que jusqu’à la fin du siècle dernier on y allait en procession chaque fois que les récoltes étaient compromises par la sécheresse, et l'on était assuré que la pluie tomberait dès le lendemain.
Aujourd'hui, tout cela n’est plus qu’un souvenir :le sanctuaire a disparu, et si la fontaine existe encore, elle ne semble pas inspirer la même confiance. Le clergé ne s’y rénd pluset les pèlerins eux-mêmes semblent la délaisser. Ke # Non loin de l’église paroissiale de Saint- Séglin se trouve la fontaine de Sainte-Julitte,
ornée naguère de la statue de cette bienheureuse. Une croix remplace aujourd’hui cette statue disparue.
Depuis un temps immémorial l'on vient à cette croix et à cette fontaine demander un temps favorable aux biens de la terre, et on trempe dans l'eau, à plusieurs reprises, le pied de la croix de l’église qui précède la procession.
On va en pèlerinage à Notre-Dame-du-Roc, à Montautour, pour obtenir un temps favorable aux récoltes.
Dans la commune de Pléchâtel on découvre sur la lande de Bagaron, au bord d'un ruisseau, les ruines de la chapelle de Saint-Melaine, curieuse par sa fontaine qui coule dans la muraille du chevet, au-dessous même de l’ancien autel.
Les paysans de la contrée vont en pèlerinage à Saint-Melaine pour avoir de la pluie. Ils y portent comme offrande des pieds de cochon,
282 FOLK-LORE DE L'ILLE-ET-VILAINE et l’un des pèlerins asperge, avec l’eau de la fontaine, un morceau de bois, dernier débris du saint, en disant : | « Saint Melaine, mon bon saint Melaine, Arrose-nous comme je t’arrose. )
Les habitants de la commune de Saint-
Malo-de-Phily, atteints de la fièvre, vont,
pour se guérir, porter de petits balais dans
une vieille chapelle en ruine appelée la Re-
nardière.
Aujourd'hui encore, on montre dans le bourg de Comblessac la maison élevée à la place de celle où naquit saint Convoyon et une fontaine portant le nom de ce bienheureux.
Les habitants attribuent un pouvoir miraculeux à l’eau de cette fontaine, notamment en temps d'épidémie. | Fee
Vers le milieu de ce siècle on a élevé, près de cette source, une statue en l'honneur de saint Convoyon.
Non loin de l'église de Paimpont est une fontaine appelée fontaine de Notre-Dame-des- Chesnes. On y va se laver le corps, parce que les eaux de cette source ont la puissance, paraît-il, de guérir de nombreuses maladies.
Dans le cimetière de [Laignelet se voit encore la tombe de la Sœur de la Nativité, Jeanne Royer, décédée le 15 août 1708, âgée de 67 ans. On va beaucoup prier sur cette tombe pour obtenir la guérison de toutes sortes de maladies et notamment de la fièvre intermittente.
L'église de Bléruais renferme la statue de saint Amateur, qui est l’objet, chäque année, le r5 août, de nombreux pèlerinages pour la guérison des douleurs rhumatismales.
Au village de la Cabochais, dans la commune de Chevaigné, est une fontaine sous l’invo-
cation de saint Morand (saint Maron, disent les paysans). Ses eaux guérissent de la fièvre; mais on doit s’y rendre à jeun et sans parler.
Il n'y a pas plus de trente ans, on y jetait encore de la menue monnaie, des liards et des centimes. K
Aujourd’hui, — car c’est toujours un lieu de pèlerinage pour les fiévreux, — on y a mis un tronc. pour recevoir les offrandes.
Dans la commune de Plélan, se trouve la fontaine de Saint-Fiacre, où, tous les ans, les gens du pays se rendent en procession dans le but d’être préservés de la dysenterie.
L'eau d’une fontaine, à Gaël, guérit de la rage. Dans la même commune on va en pèlerinage à la chapelle du Louya, pour la guérison de la fièvre.
La fontaine Saint-Genou, près de l'église de. Monterfil, est visitée par des milliers de pèle-
rins, notamment le 20 juin, jour de la fête patronale.
Les eaux de cette fontaine ont le pouvoir de fairé disparaître les courbatures, la goutte.et les douleurs rhumatismales,
Une fontaine de la commune de Saint- Uniac, avec bassin et canal en granit, est appelée dans le pays, la fontaine aux Galeux. Son eau, paraît-il, a le privilège de guérir de la gale.
Près de l’abbaye de Saint-Méen, est une fontaine miraculeuse que le bourdon de saint Méen fit jaillir du sol pendant la construction de cet édifice. Son eau guérit certaines maladies cutanées. |
On rencontre au village de la Villée, commune de Quédillac, une petite fontaine coulant extérieurement de la vieille muraille de
la chapelle de Notre- Dame-de la- Vallée.
L'eau de cette source a la réputation de guérir du mal Saint-Méen. (L’épilepsie.)
Non loin de l’église paroissiale de Talensac est la fontaine de Saint-Lunaire, fréquentée par les malades menacés de cécité, qui viennent s’y laver les yeux.
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On aperçoit sur le versant d’un côteau, à l'endroit appelé le Tertre, dans la commune de Saint-Symphorien, une fontaine désignée autrefois sous le nom de fontaine de l'Écuellée parce que sa forme rustique rappelait celle d'une écuelle.
Ce n'était alors qu'un simple trou, abrité par des arbres et surmonté d’une petite statue de la Vierge.
Un jour, une dame atteinte d’ophtalmie, passa près de cette fontaine, s'agenouilla devant la Vierge, se lava les yeux dans l’eau de la source et fit vœu, si elle guérissait, d'y faire élever une chapelle.
Bientôt la dame en question cessa de souffrir, ses yeux redevinrent aussi clairs que l'eau de la fontaine, et elle songea à son vœu.
Le tertre débarrassé des ronces et des
-épines fut transformé en jardin, la fontaine fut agrandie, une baignoire y a été placée, mais la chapelle, pour des causes diverses, n'a pas encore été construite.
On voit à la sortie du bourg de Loutehel, une fontaine vénérée dans le pays et ornée d’une statue de saint Armel. Les habitants de la commune assurent qu'il s'agit de leur fontaine dans le paragraphe suivant de la Vie de saint Armel.
« Saint Armel passant par un villageoüilne se trouvait point d’eau, enfonça son bâton en terre et, après avoir fait oraison le retira, et incontinent il parut en ce lieu une source de bonne eau, laquelle n’a depuis cessé de couler et s'appelle la fontaine de Saint-Armel. »
À Saint-Armel même, canton de Châteaugiron, du 16 août, jour de la fête paroissiale, jusqu’au 8 septembre, de nombreux pèlerins vont à la fontaine de saint Armel, située près du bourg, pour y boire de l’eau et même en faire couler le long de leur manche, afin de se guérir des maladies dont ils sont atteints.
Non loin de l'église paroissiale de Bovel, à l'entrée du taillis nommé le bois d’Anast, se trouve la fontaine de Notre- Dame-de- Bovel.
D'après la tradition locale, cette source jaillit tout à coup près de l'endroit où fut trouvée une vieille statue de la sainte Vierge. Les bœufs attelés au chariot destiné à transporter la statue à l'église, s'arrêtèrent, refusant d'aller plus loin, pour bien faire comprendre que c'était là, et non ailleurs que devait être vénérée la Vierge.
Le jour de la Nativité de Marie, le concours des pèlerins est considérable. On peut les voir se rendre respectueusement à cette fontaine, y puiser et y boire de l’eau, puis y jeter une pièce de monnaie.
Le lendemain, on vide la fontaine pour recueillir les offrandes.
Il existe dans la commune d’iffendic une dalle en pierre qui semble être un monument mégalithique. Elle a une excavation qui, diton, est l'empreinte de l’un des pieds de saint Martin. Pour cette raison, elle est appelée Ze Pas de Saint-Martin.
On s'y rend pour la guérison de la fièvre et on dépose dans l’excavation des sous et
des petites croix de bois.
Sous l'église de Châtillon-sur-Seiche, près Rennes, est une crypte très ancienne dans laquelle on voit la chaîne de saint Léonard scellée au mur.
Trois assemblées ont lieu, chaque été, autour de l’église de Châtillon. On y va de très loin, et quelquefois pieds nus, pour la guérison des douleurs de reins et des rhuma-
tismes. Les pèlerins frottent la partie malade de leur corps à la chaîne de saint Léonard.
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On rencontre sur une lande, dans la commune d'Andouillé-Neuville, un tombeau élevé à la mémoire de saint Lénard qui est l’objet de la légende suivante :
Lunaire, ou plus communément Lénard, était, dit-on, un vagabond, un bandit de la pire espèce, ne vivant que de vols, de pillages, tuant par plaisir et étant la terreur de la contrée.
Les rouliers n'osaient s’aventurer sur la grande lande située entre Sens et Andouillé, que lorsqu'ils étaient assez nombreux pour tenir tête au brigand, qui ne quittait pas ces parages.
Un jour, Lénard n'ayant aucun passant à détrousser, avisa un arbre et cueillit un de ses fruits. C'était une poire sauvage, appelée dans le pays poire d’étranglard, tellement âcre que L.énard, après l'avoir goûtée, la jeta vivement loin de lui.
Le hasard voulut qu'elle tombât sur un
petit arbuste où, quelques mois plus tard, le voleur, en passant par le même endroit, la retrouva. Par curiosité, 1l la prit et, charmé de la belle couleur qu'elle avait revêtue, la porta à ses lèvres.
O surprise ! la poire amère qu'il avait dédaignée, était devenue d’une saveur exquise.
Frappé de ce fait qui, pour lui, tenait du prodige, Lénard devint pensif. Sa vie lui apparut alors dans toute sa réalité. Il eut honte de sa conduite et, pris d'un repentir soudain, il s'écria : (Tout s'amende ici-bas ; il n'y a que moi qui suis de plus en plus criminel. Eh bien ! je changerai, je deviendrai meilleur et Lénard le bandit sera désormais Lénard l'honnête homme. » Il en était là de ses réflexions, lorsqu'il entendit les cris d’un roulier, essayant de retirer son attelage d’une des nombreuses ornières qui remplissaient le chemin.
Lénard, voulant mettre ses projets à exécution, vole au secours du charretier qui, trompé par la mauvaise réputation du bandit et croyant avoir à défendre sa vie, court sur le brigand et l’'assomme d'un coup de garrot.
Avant d'expirer, Lénard fit part au roulier de l'intention qu'il avait eue de réformer sa vie; dès lors la pitié populaire en fit un saint.
Il y a trente ans environ qu'on lui a élevé le tombeau qu'on aperçoit aujourd'hui sur la lande oùeurent lieu ses crimes etsa conversion.
Lors de l'érection du tombeau, le curé d'Andouillé cria au sacrilège et le fit démolir: mais 1l a été réédifié par les soins des habitants, qui y voient une source de profit pour le pays.
Le vendredi saint, ce monument situé à cinquante mètres de la route de Rennes à Pontorson, est le but d’un pèlerinage. On invoque saint Lénard pour la guérison des douleurs rhumatismales.
KT La commune de Saint-Didier porte le nom d'un évêque de Rennes au VII° siècle. L’emplacement de son oratoire se voit encore au milieu des bois, et l’on s’y rend chaque année (chapelle de Notre-Dame-de-la-Pénière) pour obtenir la guérison de lafièvre.