‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 1 sur 51 · Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine · texte numérisé non relu

Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine

orsQu'on va de Champeaux au château jee qui n’est qu'à un kilomètre du bourg, on longe une vallée encaissée entre deux coteaux. Sur chacun de ces deux coteaux se dressent en face l’une de l’autre deux petites chapelles dédiées l’une à saint Job et l’autre à saint Abraham. Elles sont dans le pays, elles aussi, l'objet d’une légende :

En. 1512, Guy d'Espinay, en guerre avec

un de ses voisins, fut un jour poursuivi de si près qu'il se vit sur le point d’être fait prisonnier. Cerné de tous côtés, il ne lui restait plus qu’à franchir l'immense espace compris entre les deux collines. Invoquant saint Abraham et saint Job, il fit vœu de leur élever à chacun une chapelle, s'il échappait à son ennemi. Aussitôt, éperonnant son cheval, il le fit s'élancer du haut du rocher de Saint-Job sur le coteau voisin. Les chapelles indiquent la distance du saut accompli par le coursier de Guy d'Espinay.

On ajoute que les deux maçons chargés de la construction de ces petits oratoires n'avaient qu'un marteau et qu’une truelle, qu'ils se lançaient de l’un à l’autre quandils en avaient besoin.

Un jour, à la ferme appelée la Cônais, dans la commune des Iffs, des fermiers qui déménageaient trouvèrent dans une fenêtre les débris d’une vieille sainte Vierge.

Pour s’en débarrasser, ils la jetèrent parmi les objets inutiles qu'ils poussèrent du pied dans le feu de la cheminée.

Aussitôt une pendule qui ne marchait pas depuis plus de dix ans se mit à sonner sans qu'on pôt l'arrêter. Elle sonna ainsi depuis quatre heures de l'après-midi jusqu’à quatre heures le lendemain matin. Le fermier eut beau coucher la pendule par terre, la tourner entous sens, il ne parvint pas à l'empêcher de sonner. ;

Cette chose parut tellement étrange à tous les habitants de la ferme, qu'ils cherchèrent dans les cendres du foyer les débris de la Vierge pour les replacer dans la fenêtre oùils les avaient pris. Ce ne fut que lorsqu'on eut trouvé le dernier morceau, à quatre heures du matin, que la pendule cessa de sonner.

La commune de Saint-Médard-sur-lIlle, dans le canton de Saint-Aubin-d’Aubigné, a son champ du miracle. Ce champ se trouve

sur le bord de la route de Saint-Aubin à Aubigné. Une croix de bois l'indique d’ailleurs au passant.

Pendant la tourmente révolutionnaire, un prêtre portant le Viatique à un malade reçut une balle en pleine poitrine et tomba la face contre terre. Bien que plus d’un siècle se soit écoulé, on voit, toujours sur le sol l’empreinte d'une partie de son corps : les pieds, les Genoux et la tête. Un peu plus loinest également marquée la place où le Saint-Ciboire, fut projeté. Jamais l'herbe n'a poussé aux endroits que nous venons d'indiquer et que les habitants de Saint-Médard font voir aux étrangers.

Dans la commune de Saint-Gondran, sur le bord de la route de Langan à Hédé, est un champ dans lequel la fougère ne pousse plus.

Voici pourquoi : ""

. Un cultivateur envoya un dimanche, et cela malgré elle, sa servante couper de la fougère,

pour faire de la litière aux bestiaux, dans les fossés d’un champ dépendant de la ferme.

Ces fossés qui, le samedi, étaient remplis de fougères n’en possédaient plus le dimanche.

La servante revint chez son maître lui apprendre la nouvelle. — Ce n’est pas possible, s’écria-t-1l, je vais y aller moi-même.

Il s'y rendit, en effet, et ne put que constater la véracité du fait.

Jamais depuis lors un seul brin de fougère

n’a poussé dans ce champ.

La Tombe à la Fille

En quittant le bourg de Teillay et en pénétrant dans la forêt de ce nom, par la route aux Lièvres,on rencontre à l’extrémité de cette route, presque sur le bord de la grande ligne, une tombe recouverte de plus d’une centaine de croix. Le tronc du chêne qui l’abrite de ses rameaux est lui-même orné de fleurs, de couronnes, de reliquaires attachés là par les pè&-

lerins qui viennent sur la Tombe à la fille, — c'est le nom qu’on luidonne, — demander à la pauvre victime, qui repose sous la mousse des bois, la guérison de leurs maux.

C'est là que fut enterrée, en 1793, Marie Martin. Bien que l'Église ne l'ait pas canonisée, elle est considérée comme une sainte martyre par les habitants de la contrée, qui racontent ainsi son histoire :

A l'époque de la Terreur, des bandits quise faisaient passer pour des chouans, commettaient dans nos campagnes des crimes abominables. M. Rocher, directeur des forges de Moisdon, fut tué par eux d'une façon barbare: Ils le mutilèrent, lui coupèrent le nez, la langue, et le laissèrent expirer au bout de son sang.

En apprenant ce meurtre, Marie Martin ne put retenir un cri d'indignation. Elle fut entendue, dénoncée et bientôt enlevée de chez son oncle, avec lequel elle demeurait, et conduite dans la forêt de Teillay. |

Là, les misérables la violèrent, l’attachèrent à un arbre, lui arrachèrent les yeux, lui cou-

pèrent les seins. La mort ne mit fin à ses tortures qu’au bout de trois jours.

Des bûcherons enterrèrent ce pauvre petit corps ainsi déchiré.

Depuis ce jour des miracles nombreux ont été et sont toujours la récompense des prières faites sur la Tombe à la fille. Les fièvres disparaissent comme par enchantement, les paralytiques y laissent leurs béquilles, les femmes stériles deviennent fécondes, les enfants chétifs reccuvrent des forces, et ceux qui ne marchent pas encore ne tardent pas à trottercomme des lapins. Les couronnes appendues aux branches, les offrandes déposées au pied du chêne prouvent la reconnaissance et la

confiance des affligés envers la victime des brigands. io

Près des ruines de l’ancien château de la Thébaudaye, non loin du bourg de Saint-Ganton, existait autrefois une antique chapelle sous l'invocation de saint Mathéelin. Ce saint:

a le pouvoir, paraît-il, de guérir les animaux malades, et les paysans y allaient prier pour leurs bestiaux.

Deux cultivateurs du bourg de Saint-Just s’y rendirent pour demander au saint d’exaucer leurs vœux. L’un d'eux avait une vache qui avait été condamnée par le sorcier, et le bonhomme désolé, s'écria devant son compagnon :

— O mon bon saint Mathelin, si tu guéris ma vache, je te donnerai une moche de beurre aussi grosse que la bête.

— Que dis-tu là? dit l’autre paysan, tu ne pourras jamais accomplir ta promesse.

— Tais-ta donc, tais-ta donc, répondit tout bas l’homme à la vache, on peut toujours promettre et ne pas tenir.

Mais il ne fait pas bon, paraît-il, ruseravec les saints, car la vache mourut le soir même.

n'y a pas vingt ans, on voyait dans l’ancienne église de Bédée, un saint Antoine en-

touré de fers à cheval. Intrigué par ce singulier décor, je demandai à une bonne femme ce que cela signifiait. Elle me répondit :

« Les cultivateurs des environs viennent prier saint Antoine de guérir leurs animaux malades et apportent comme offrande, pour un cheval un fer, pour une vache une moche de beurre, pour une brebis de la laine.

» Les pèlerins promettent aussi, si leurs bestiaux guérissent, d'offrir aux saints Anges la première barattée de lait de la vache malade, le premier agneau de la brebis, un morceau de lard du cochon, etc., etc.

» Ces dons sont vendus au profit de la fabrique. »

Vailain Bezillier'

Saint Amand qui se trouve dans l’église de Pipriac, a été fait avec le bois d’un arbre que les bonnes gens du pays appellent un beztllier.

Page 1