Un bezillier est un cerisier sauvage
Cet arbre était:autrefois au village de la Hallatais. |
Une vieille avaricieuse, qui convoitait la succession de l’un des siens, rendait de fréquentes visites à saint Amand et le priait d'exaucer ses vœux.
Le parent mourut; mais par testament il légua tout son bien à d’autres qu’à l’avare.
La bonne femme furieuse s’en alla trouver saint Amand, dans l'église de Pipriac, et l'apostropha ainsi :
&« Failli bezillier, tu n'as jamais ren valu; du temps que tu étais au village de la Hallatais, tu donnais des bezilles queles cochons ne voulaient seulement pas manger ; et à cette heure que te »’/a saint, tu fais des embarras, mais tu n’en vaux pas mieux ! Il fera chaud, sois-en sûr, quand je reviendrai te demander quelque chose et t'apporter des offrandes, vilain bezillier. »
Une fois soulagée, la vieille sortit de l'église en maugréant et regagna son village.
La paroisse de Pipriac avait autrefois saint Amand pour patron; mais à une époque où l'on reconstruisit l'église celle-ci fut mise sous la protection de saint Nicolas. La statue du pauvre saint Amand fut enlevée et déposée sous le porche de l’église, exposée à la pluie, à la neige ét aux intempéries de toutes les saisons. Aussi qu'arriva-t-il ?
Il y a chaque année à Pipriac, la foire de Saint-Amand qui commence le 26 octobre et qui dure trois jours. C'est une des foires les plus importantes de la contrée. Or, pendant trois ou quatre ans de suite, la pluie ne cessa de tomber pendant tout le temps de la foire.
Ce fut un véritable déluge. Les châtaignes mouillées ne purent être conservées, les grains germèrent, les bestiaux attrapèrent des fluxions de poitrine, les vaches perdirent leur lait. Tout le monde était dans la désolation.
Les anciens du pays qui avaient vu avec regret expulser saint Amand de l’église supposèrent que c'était lui, qui sans doute, pour prouver son mécontentement, avait demandé au bon Dieu de les punir de la sorte. Ils
allèrent trouver le curé et demandèrent la réintégration de saint Amand.
Leur démarche fut agréée, et saint Amand reprit sa place qu'il a conservée dans l'église de Pipriac.
Depuis ce moment, il fait généralement beau à la foire du 26 octobre.
Voici pour quelques maladies les saints qu'on invoque :
Maux de dents. — Saint Blaise et ses fontaines.
Dysenterie. — Saint Roch.
Hémorroïdes. — Saint Fiacre.
Yeux. — Notre-Dame-de-la-Clarté.
Manque de sommeil. — Notre-Dame-de- Bon-Repos.
Les fièvres. — Notre-Dame-de-la-Rivière.
Pour avoir de bonnes couches. — Sainte Marguerite.
* Enfants idiots ou inintelligents.— Le Saint- Esprit, et les faire évangéliser le lundi de la
Pentecôte.
Le Lapin traversant une route
Un habitant de Rennes que des affaires avaient appelé dans la petite ville de Bain revenait à la gare dans la voiture d’un ami.
Sur la route ils rencontrèrent un militaire que leconducteur reconnut et auquel il dit:
— Tiens, c'est toi, José, où vas-tu donc de ce. pas pressé ?
— Je vais à la gare, et je crains bien de manquer le chemin de fer. Ma permission est expirée, et sije ne rentre pas ce soir à Versailles, où mon régiment tient garnison, je ‘ serai certainement puni.
— Alors monte vite avec nous.
L'habitant de Rennes qui était à ce moment à côté du conducteur, alla s'asseoir sur un second banc qui se trouvait au milieu de la carriole; le militaire l'y suivit et prit place sur le même banc, mais dans le coin opposé.
Le cheval trottait assez bien, et ils avaient déjà fait cinq à six kilomètres, lorsque le Rennais apercevant un taillis, fit cette réflexion : ( Voilà un bois où les lièvres doivent se plaire. Le pays est-il giboyeux ?»
Le militaire au lieu de répondre fit une sorte de grognement.
Le voyageur réitéra sa question et ne fut pas plus heureux.
Le soldat dit entre ses dents : & Je n’aime pas ça?)
Le conducteur sembla lui-même marmotter des paroles inintelligibles.
— Voyons, je ne vous comprends pas, insista le voyageur: Je demande si le pays est giboyeux, et vous me répondez, comme si ma question était indiscrète.
— Vous n'avez donc rien vu? dirent ensemble le militaire et le conducteur.
— Non, absolument rien.
— Comment ! vous n'avez pas vu un lapin traverser la route devant nous ?
— Non, et puis qu'est-ce qu'il y a d’extraordinaire à ce qu'un lapin se promène sur la route?
— C'est signe de malheur.
— Ah ! par exemple, vous êtes drôles tous les deux.
— C'est la vérité, dit le militaire d’un air navré : Dans un voyage que je fis il y a quelques années, un lapin passa comme aujourd’hui
devant la voiture dans laquelle j'étais avec des amis, la voiture versa et un camarade fut tué.
— C'est un malheur bien regrettable, en effet ; mais le pauvre lapin n'y était pour rien.
— Ah! vous croyez cela? s’écrièrent ensemble le conducteur et le militaire.
Cette conversation venait à peine de prendre fin, lorsqu'une masse noire passa devant les yeux du voyageur. C'était le militaire qui était projeté dans le fossé; le cheval venait de s’abattre. le conducteur était par terre, et le seul être — qui n'avait pas vu le lapin— était resté à sa place dans la carriole sans avoir aucun mal.
Le militaire avait un pouce démis, le conducteur était contusionné, le cheval couronné, les traits brisés et le voyageur et le militaire durent continuer la route à pied. Ils arrivèrent cependant à temps pour prendre le train, maudissant le lapin, cause de tant d’accidents.
(Conté par M. Fenaut, de Rennes, auquel est arrivée la présente aventure.)
Les paysans de la commune du Pertre se lèvent vers minuit, dans la nuit du trente avril au premier mai, pour aller répandre du sel sur les échaliers de leurs prairies, afin d'empêcher les sorciers de prendre leur beurre.
Ces derniers vont, paraît-il, cette nuit-là, courir les champs en disant:
Le lait à fa.
Le beurre à #14.
Pendant toute l’année, le malheureux fermier ensorcelé ne peut faire de beurre, tandis que le sorcier (qui est souvent un voisin) en a en abondance.
. Heureusement que le sel mis sur l'échalier empêche tout sortilège.
On retrouve cefte superstition, avec une variante. dans l'arrondissement de Redon:
Le premier mai, au matin, si l'on va avant que le soleil soit levé, promener un balai, entouré d'une guenille sur les prairies de ses voisins, on dérobe ainsi tout le beurre que les plantes pourraient produire.
Pour en faire profiter ses vaches, il faut, le
premier mai, leur donner à boire de l’eau puisée, — toujours avant le lever du soleil, — et dans laquelle on a trempé la guenille du balai qui a frôlé les plantes d'autrui.
*X Vaches empoisonnées par les vlins'
: Quand une /lièvre*, une sourde” et une exvine* sont chaudes, autrement dit en amour, toutes les herbes sur lesquelles elles pissent rendent les vaches malades. ;
Pour les guérir, il faut leur faire une croix jusqu’au sang, avec une épingle jaune (en cuivre), sur le nez, sur les deux oreilles et sur le devant de la tête à l'endroit où il n'y a point de poil. Puis leur frotter la croupe avec du beurre et leur faire avaler une poignée de sel mélangé avec du beurre et enveloppé dans une feuille de chou. (Le Grand-l'ougeray.)