‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 20 sur 51 · I. Le sentier · texte numérisé non relu

I. Le sentier

Le * *

Au temps jadis, le curé de Chavagne, en allant dîner chez son confrère de Bruz, passa devant la porte ouverte de l’un de ses paroissiens qu'il connaissait particulièrement. Il eut l’idée d’entrer pour lui dire bonjour.

Il ne vit dans l’unique pièce de la maison qu'un petit gars qui, une cuillère de bois à la main, regardait dans une casserole qui bouillait sur le feu. ‘5 -— Que fais-tu là, mon gas ?

— Je mange les allants et venants, monsieur Je curé.

— Comment, tu manges les allants et venants ?

— Oui, j'ai mis à cuire des petits pois dans la casserole, et tous ceux que l’eau bouillante fait monter, je les péche avec ma cuillère et je les mange.

— Et ça t’amuse ?

— Ben sûr ! monsieur le curé.

— Oùestta mère?

— À faire un trou pour en boucher un autre.

— Que dis-tu là ? mon garçon.

— La vérité, monsieur le curé: elle est à emprunter de l'argent pour payer notre maître.

— Et ton père, lui, où est-il?

— Ah !ilest à rendre un service à un chré:

tien qui ne le lui rendra jamais.

— Tu n'en sais rien, mon enfant; il ne faut pas douter ainsi de la reconnaissance des

gens.

— Je suis ben sûr de ce que je dis, mon-

sieur le curé ; mon père est à porter un mort en terre, qui ne pourra jamais lui rendre le même service.

— Drôle de garçon, pensa le curé, qui ajouta : — Mais tu as une sœur aussi, où estelle?

— Elle est là-haut, dans le grenier, à pleurer les joies du temps passé.

Le prêtre s'en alla en disant : « Voilà un gars qui a trop d'esprit, il ne vivra pas. »

(Conté par la femme Delamarre, de Bruz.)

L'Avare

Un vieil avare avait sa femme bien malade et ne lui donnait aucun soin.

Lorsqu'elle fut à la dernière extrémité, :l eut tout de même peur que ses voisins l'accusassent de l'avoir tuée, et il fit venir le médecin.

La pauvre vieille marmottait entre ses dents : (J'haïrais ben un coup de vin; j'hairais ben un coup de vin.»

Le médecin qui ne comprenait pas demanda au mari :

— Que dit-elle ainsi ? |

— J’filrais ben du brin"; j'fil'rais ben du brin.

— Ma pauvre femme, dit le ouérissou, vous n'êtes pas en état de filer.

— J'hatrais ben un coup de vin, répétait la pauvre femme.

— C'est inutile, vous ne le pourriez pas.

« Votre femme est bien malade, mon brave homme, dit le médecin en se tournant vers le

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