Coureur
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reportait la farine. Il était bavard comme une pie borgne et, parcourant sans cesse tous les villages, il apprenait les nouvelles qu’il colportait d'un bout à l’autre de la paroisse.
Ce n'était point alors comme de nos jours, les gazettes étaient inconnues dans les campagnes, et les commères attendaient avec impatience le père Richard, pour savoir ce qui se passait loin de chez elles.
Le bonhomme aimait bien à lever le coude, et un jour qu'il s'était oublié à boire des chopines et à raconter ses histoires dans les fermes où il allait, le soleil était couché depuis longtemps lorsqu'il songea à retourner + Cicé:
Il grimpa à la fin sur son guichenas' et se mit en route.
En longeant le talus d’un pré, il vit au clair de la lune, assis devant lui, un nain avec une grande barbe qui lui descendait jusqu'au bas du ventre, et de grands cheveux qui l’abritaient par derrière.
1. Nom donné à une race de chevaux de lande qui ont à peu près disparu, et qui autrefois étaient nombreux dans le canton de Guichen.
C'était tout ce qu'il avait pour le couvrir.
Le petit homme, pas plus haut que le genou d'une personne d’une taille ordinaire, paraissait bien vieux, bien vieux, et riait en ouvrantune bouche d’unegrandeur démesurée.
Quand le cavalier approcha de lui, il l’interpella ainsi :
— Père Richard, si, toi, tu as bu tout ton soûl aujourd’hui, ton cheval, lui, n'a guère mangé, car il n'avance point.
— Tu ne serais pas capable de le suivre, failli mousse.
— Parions que si. Le premier rendu à la mare là lin, va tantoutiller l’autre dedans.
Est-ce convenu ?
— Accepté, dit le bonhomme, qui talonna son cheval.
Mais quand il arriva à la mare,le nain l’attendait. Sans lui laisser le temps de descendre il empoigna le courou de pochées par un pied, l'attira à lui, avec une force extraordinaire, et le trempa dans l’eau tant qu'il put.
— Ma revanche, dit le pauvre diable tout mouillé.
— Accepté, dit le nain, jusqu’au marais d’Apigné.
— Richard fouetta sa bête de toutes ses forces ; mais malgré cela, il trouva encore le nain qui l’attendait, et qui le traîna pendant plus d’un quart d'heure, dans la vase du marais et le laissa s2 boutllonnou, si bourllonnou ‘ que personne n'aurait pu le reconnaître.
L'infortuné courou de pochées rentra chez lui malade, courbaturé, et resta couché pendant plus de huit jours à trembler les fièvres.
Le père Richard, sur ses vieux jours, ne parlait jamais, sans frissonner, de sa rencontre avec Petit-Jean, le lutin de Bruz.
(Conté par Garnier, de Bruz.) * *x * Les aventures de Maître Jean
Deux filles de la Noë-Mahé, dans la commune de Saint-Brieuc-desIffs,avaient organisé des filois dans leur étable,
Un soir qu’elles étaient à mettre des chaises