LES LOUPS-GAROUS
Les loups-garous sont des sorciers métamorphosés en loups par le diable, et qui sont forcés de courir le long des nuits par les champs, les chemins et les villages. Ils cherchent, dans les ténèbres, les croix des carre-
fours, mais ne peuvent en approcher. Cependant, si quelqu'un, en les frappant, peut faire couler leur sang, ils sont désensorcelés et alors il leur est possible d'approcher du calvaire, de l’enlacer de leurs bras, de dire des prières, et de recouvrer leur forme d'homme.
De jeunes garçons se sont amusés à courir les campagnes la nuit recouverts d'une peau de loup pour effrayer les gens. Des malfaiteurs ont employé ce travestissement pour voler et piller les habitations isolées.
On se souvient encore à Rennes de l'aventure suivante :
Depuis un temps immémorial, la vieille église de Saint-Étienne, située sur la place contiguë à la rue d'Échange, sert de magasin de campement à l’armée.
Jusqu'en 1843, un vieux cimetière a existé autour de l'église et était entouré de murs tombant en ruines.
En :825, tout le quartier de la paroisse de Saint-Étienne fut mis en émoi par l'apparition d'un loup-garou qui, couvert de peaux de bêtes, venait à l’heure de minuit, effrayer la
malheureuse sentinelle du campement, qui montait la garde à l’une des brèches du champ du repos.
La nuit de Noël, le loup-garou vint comme à l'ordinaire, pour faire peur au soldat, mais cette fois il eut affaire à un vieux troupier qui eria : & Qui vivel »
Pas de réponse.
Le militaire s’élança la baïonnette en avant et au moment où il rejoignit le promeneur nocturne, celui-ci lui dit : (Arrêtez, ne frappez pas, je suis un homme comme vous. »
— Je ne connais pas d'homme de ton espèce répondit le soldat, qui lui enfonça son arme dans le flanc,
Le pauvre diable put cependant s'en aller; mais comme la neige recouvrait la terre, le lendemain on découvrit sa demeure en suivant la trace de son sang.
C'était un jeune homme de seize ans appartenant à une honorable famille de Rennes. Il mourut au bout de quelques jours du coup de baïonnette qu'il avait reçu pour avoir voulu jouer au loup-garou.
On chercha à cacher ce malheur, et les parents déclarèrent que, mordu par un chien, leur fils avait succombé à ses blessures.
Les garous ne sont pas toujours changés en loups par le diable. On les voit quelquefois sous la forme de chats ou de levrettes.
Un soir d'hiver, au village des Riais, dans la commune de Bain, de nombreux paysans étaient réunis dans uneétable où chacun d'eux racontait une histoire de sorciers, de loupsgarous ou de revenants.
Quand ce fut le tour du père Pichard, le bonhomme secoua la cendre de sa pipe éteinte en la frappant sur l’ongle de son pouce et demanda : ( Quelle histoire voulez-vous? »
— Le conte de votre chatte, s’écria-t-on de tous côtés.
— Ce n'est point un conte, mes enfants, mais une histoire vraie qui m'a causé ben des tourments. Enfin, puisque vous y tenez, je vas vous la dire sans cachemitertes et sans détours : Au temps où j'allais faire la cour à
ma pauvre défunte femme, à la Haute-Chapelle, proche l'étang de Bain, je revenais ici, nuitamment par le chemin de la Croix-des- Hares.
Un soir que j'étais resté plus longtemps que de coutume, — j'avais le cœur joyeux alors, — je chantonnais en rentrant au logis. Tout à coup, en débouchant d'un chemin creux dans le carrefour dela Croix-des-Haies, j'aperçus au pied même de la croix, une grosse chatte blanche qui miaulait tendrement, et qui vint à moi frotter son échine contre mes jambes. Elle me suivit jusqu'aux premières maisons du village, puis elle sauta dans un fossé, et je ne la revis plus.
Les jours suivants, et pendant longtemps, je rencontrai cette bête sur mon chemin. Je m'habituai à son manège et n’y fis plus attention.
Bref, je me mariai, et n'eus plus l'occasion de repasser la nuit par la Croix-des-Haies.
J'oubliai la chatte.
Une nuit, après cinq à six mois de mariage, je me réveillai vers minuit et fus tout étonné
de ne plus trouver ma femme à côté de moi.
J'appelai : « Nanon! Nanon !» Point de réponse. J'allumai la chandelle, il n’y avait personne dans Ja maison ; je trouvai ça bien étrange.
Je me rendormis, et le matin, lorsque je me réveillai, ma femme était à mes côtés.
— Où donc es-tu allée cette nuit ? lui demandais-je.
— Moi, dit-elle en rougissant; mais elle ne répondit pas.
Je n'insistai pas davantage; mais la nuit suivante, je fis le guet :
A minuit, plus de femme; mais dans Ja chambre une grosse chatte blanche faisant force ronrons tout autour du lit.
‘Un matin que ma femme faisait le ménage, une araignée lui tomba dans lecou. Elle se sauva dans un cabinet pour se déshabiller.
La curiosité me fit regarder par le trou de la serrure et je vis une chose bien surprenante: ma femme avait à la naissance du cou, près de l'épaule gauche, une marque rouge ayant vaguement la forme d’une patte de chat.
J'avais entendu dire que les personnes qui couraient le garou portaient une marque sur le corps.
Or, l'absence de Nanon, la nuit, cette patte de chat sur le dos, ne me laissaient plus aucun doute : ma femme courait le garou!
Je n’en mangeai pas de la journée, et je restai plusieurs jours à errer dans les champs comme un fou.
Je m'enhardis cependant à lui demander ce que c'était que cette marque qu’elle avait dans le dos. Elle ne répondit rien et s’en alla; ses yeux verts et brillants semblaient furieux.
La chatte de la Croix-des-Haies qui venait dans notre chambre la nuit, était trop grosse pour passer par le trou au chat, et j'avais bien soin, chaque soir, avant de me coucher, de fermer la porte au verrou ; alors, comment s’y prenait-elle pour pénétrer dans notre demeure ?
Une nuit, étant encore seul dans mon lit, j'allumai la chandelle et j'attendis la visite de l'animal.
Vers une heure du matin, j'entendis grat-
ter à la porte et bientôt je vis la patte passer par le trou, atteindre le verrou et ouvrir la porte ; j'éteignis promptement la lumière.
Le lendemain, j'aiguisai une hache et j'attendis la nuit. Même manège que la veille; mais j'étais là près dutrou, la hache au poing, et aussitôt que la patte se fit voir, je frappai de toutes mes forces.
J'entendis un cri horrible, un cri de dou leur qui me fait encore frémir, bien qu'il y ait plus de quarante ans de cela.
Nanon fut trois jours sans rentrer au logis, et quand elle y revint, elle avait une main coupée.
La pauvre femme ne sortit plus la nuit, et je n'ai jamais revu la chatte de la Croixdes-Haies.
* *x *X 3° LES LUTINS
Il n'y a pas un village, un hameau, une ferme de l’Ille-et-Vilaine, où l'on ne parle du lutin, joueur de tours, tantôt bon, tantôt
mauvais, toujours capricieux. Tout le monde l'a entrevu ou a été victime de ses farces.
Au milieu de la nuit, le lutin ouvre les écuries, sort les chevaux, les enfourche et va les promener au clair de lune. Il les rentre avant le jour, les panse, les étrille et le garçon d’écurie ne se douterait pas, le matin, de ce qui s’est passé si les crins des chevaux n'étaient tressés par le lutin comme la chevelure d’une jolie femme.
On lui donne dans chaque canton les noms les plus divers: Maît'Jean, Petit-Jean, Martine, l'Éclaireur, Payenne, Payel, le Pilou, le mouton Birette, le Chat noir, la Jument blanche, la Levrette, etc., etc.
M. Didier, ancien instituteur à Poligné, m'a dit, — très sérieusement, — que lorsqu'il habitait ce petit bourg, il avait vu Payenne. Mais laissons-le parler :
& La foire du Petit-Fougeray, en Chanteloup, avait lieu cette année-là un jeudi, jour de congé pour moi. J'avais envie d'y aller, et mon voisin le boulanger m'avait offert une place dans sa charrette, seulement pour éviter
la chaleur, il voulait partir à trois heures du matin, force me fut donc de me lever de bonne heure, et comme je pouvais me rendre chez le voisin en passant par mon courtil, j'ouvris la porte qui y conduisait. Dieu de Dieu ! j'en ai encore la chair de poule; car je vis comme je vous vois, une grande levrette blanche, couchée en travers de la porte qui me regardait d’un air goguenard.
» Je reculai jusque dans la maison, et m'en allai par le bourg, afin d’éviter la méchante bête qui n'était autre que Payenne changée en lévrier. »
Petit-Jean, le Lutin de Bruz
Les vieux habitants de la commune de Bruz se souviennent encore du père Richard, de Cicé, qui fut si longtemps le courou' de pochées du moulin de Chancor.
C'était lui, qui, monté sur son bidet, allait chercher le grain chez les pratiques, et leur