LES ANIMAUX FANTASTIQUES
La Bête de Pierric
Tout le monde, à Fougeray, a entendu parler de la Bête de Pierric, plusieurs personnes affirment l'avoir vue, mais très peu de gens connaissent l'origine de cette légende et de l'animal fantastique qui en est l'objet.
Un ancien percepteur, de cette localité, m’a raconté qu’un soir, sa femme et lui sortant vers onze heures de chez des amis, aperçurent au clair de lune, courant devant eux par les rues, un animal étrange, ayant la taille d'une génisse. [ls eurent la curiosité de le suivre et le virent franchir avec une agilité extrême le mur du cimetière. C'était assurément la Bête de Pierric.
Voici la légende que je dois à l’obligeance de M. G..., médecin à Fougeray, auquel est arrivée l'aventure étrange qui termine ce récit :
A la fin du XVII° siècle, Louis-Gilles de
Rougé donna les seigneuries de Fougeray et de la Roche-Giffart en dot à sa fille, Innocente- Catherine de Rougé, à l’occasion de son mariage avec Jean de Kerhoœnt de Kergournadec, marquis de Cœnten-Faô.
Les malheureux vassaux n'eurent pas à se féliciter de leur nouveau seigneur, véritable bandit, qui avait tous les vices, et dont la vie licencieuse apportait la désolation dans les familles.
Un jour, sortant de sa forêt de Teillay (qui, à cette époque, se prolongeait jusqu’au château de Fougeray), il dirigea ses pas vers Pierric. Comme il allait s'engager sur une passerelle jetée sur la rivière la Chère, il fit la rencontre de deux jeunes et jolies villageoises qui causaient ensemble au bord de l’eau.
Selon son habitude, il s’approcha d'elles et voulut les violenter ; mais il trouva une résistance à laquelle il était loin de s'attendre, et que n’admettaient pas ses instincts de bête fauve. Furieux, il les précipita dans la rivière où les pauvres filles se noyèrent.
A partir de ce moment, on appela la passe-
relle: Le pont Gatoué, autrement dit le pont du crime.
Ayant commis d’autres actes d’une barbarie sans exemple, le marquis de Cœnten-Faôû fut mandé à la cour pour rendre compte de sa conduite. Effrayé de l'interrogatoire qu'il allait avoir à subir, il préféra en finir avec la vie. Il se fit conduire en voiture dans le bois de la Serpaudais, remit un fusil chargé entre les mains de son cocher, se plaça devant lui et dit: & Tire juste, car si tu me manques, moi jene te manquerai pas ! »
Son valet le tua et l’enterra sous une cépée de chône.
Aussitôt après la mort du seigneur de la Roche-Giffart, on vit, dans les ténèbres, un
animal inconnu effectuer le parcor” :
à #18 de Fou—
1er;
ET :1C à Fougeray. Sa: course terminée, 1l dispâraissait derrière les... tombes du cimetière de cette dernière paroisse.
On lui donna le nom de /x Bêéle de Pier.
ric.
geray à Pierric et de P
Les habitants furent tellement effrayés de
l'apparition de cet animal, qu'ils ne voyagèrent
plus que deux ou trois ensemble après le coucher du soleil.
Il y a de cela trente ans environ, M. G..., médecin à Fougeray, fut appelé la nuit dans un village de la commune de Pierric, pour voir une femme dangereusement malade.
Les deux hommes qui étaient venus le chercher devaient retourner avec lui. L'un d'eux s'appelait Maugendre et avait 35 ans, l’autre était un jeune homme de 17 ans.
‘Le médecin, pendant qu'on attelait son cheval, dit à Maugendre : ( Allez devant, je vais vous prendre sur la route. Quant à toi, dit-il au plus jeune, reste avec moi. »
Il faipait.un clair de lune superbe, et l’on voyait dans la campagne comme en plein jour.
A vingt mètres au delà du pont Gatoué, tous les deux aperçurent Maugendre ; mais leur attention fut tout à coup distraite par un feu follet qui voltigeait au-dessus des roseaux de la rivière.
M. G.. dit à son compagnon de route:
« Laissons Maugendre monter la côte à pied, nous nous arrêterons à la croix de Renefort pour le faire monter avec nous. »
Arrivés à cette croix ils virent une bête noire, plus forte qu'un gros chien, qui passa à deux reprises différentes, de gauche à droite et de droite à gauche, devant le cheval, et courut sur la banquette vers la croix où se trouvait Maugendre.
Quand la bête eut disparu, M. G... appela plusieurs fois Maugendre sans obtenir de réponse. Il mit alors son cheval au galop disant en plaisantant : « La Bête de Pierric auraitelle emporté Maugendre ? »
Ils allèrent ainsi jusqu'auprès du bourg sans rencontrer leur homme ; enfin ils le virent debout et immobile en face le portail du cimetière.
— Qui diable vous a amené ici? demanda le médecin.
— Je n’en sais rien.
— Vous avez couru ?
— Non.
— Mais alors comment êtes-vous là ?
— Je vous attendais près de la croix de Renefort, lorsque j'ai aperçu une boule de feu, puis un animal comme je n'en ai jamais vu.
qui m’a renversé. En moins de temps qu'il ne m'en faut pour vous le dire, je me suis trouvé transporté à la porte de ce cimetière.
Quand à deux heures du matin, le médecin s'en retourna seul chez lui, Maugendre s’écria : («On me donnerait tout Pierric et tout Fougegeray,que je ne consentirais pas à m'en aller à votre place. »
Le
*X * La Belle et la Béte de Béré. à Châteaubriant
Une légende qui s'est perpétuée de génération en génération, depuis le XV* siècle, à Châteaubriant, a eu pour origine la disparition d’une jeune fille d’une rare beauté, qui fut, dit-on, enfermée dans le couvent des moines de Saint-Sauveur de Béré. Là, après avoir subi le dernier des outrages, elle aurait été assassinée et enterrée dans l’église du couvent.
Cette demoiselle du château du Val, dans la commune d’Auvernay, était fiancée à un gentilhomme sans fortune qui cherchait à se créer une position.
L'abbé de Saint-Sauveur, Eybert de Saint- Herblain, cadet de famille, aussi libertin que mauvais prêtre, avait remarquéla merveilleuse beauté de l’héritière du château du Val et en avait fait part à son ami le seigneur de Retz qui, bien que maréchal de France et ayant combattu à côté de Jeanne d’Arc, commettait dans le pays des crimes tellement atroces que, plus tard, il fut condamné à mourir sur un bûcher.
Afin d’éloigner le fiancé de la jeune fille qu'ils convoitaient, de Saint-Herblain et le seigneur de Retz firent appelerce gentilhomme à Paris, où il fut chargé d’une affaire assez bien rétribuée, mais qui nécessitait pour un temps assez long sa présence dans la capitale.
Profitant de son absence, ils firent surveiller celle qu'il devait épouser, et un jour qu’elle se promenaitsur lebord de la rivière de Chère, songeant sans doute au bien-aimé, elle fut en-
levée de force et transportée dans le couvent des moines de Saint-Sauveur, d’où elle n'est jamais sortie.
On assure que son âme, parée des vêtements blancs que portait la jeune fille le jour de sa première communion, et qui rappellent la gracieuse enfant aux longs cheveux blonds, vient le soir prier auprès d’une croix située à Boutde-Pavé, tandis que l’âme des meurtriers apparaît aux habitants de Béré sous la forme d’un animal étrange, inconnu, glaçant d'effroi ceux qui le rencontrent et qu'on désigne à Châteaubriant sous le nom de Béte de Béré.
De nombreuses personnes dignes de foi, un prêtre, un professeur, des commerçants, des ouvriers, des femmes, des enfants, ont vu le blanc fantôme en prière ou le monstre errant, comme une âme en peine, dans les carrois (carrefours).
Deux vigoureux gaillards, Yvon Gérard et Noël Biton, qui voulurent aller la nuit, lutter contre l'animal fantastique, rentrèrent chez eux ruisselant de sueur, les membres endoloris, la figure méconnaissable, et tous les deux
sont morts peu temps après leur rencontre avec la Bête de Béré.
C’est à l’époque des mois noirs de novembre et de décembre que le monstre se fait voir:
Lorsqu'aux rez-de-chaussée des maisons la famille est réunie devant l’âtre et qu’on a oublié de fermer les volets de la fenêtre, tout à coup deux yeux brillants comme des charbons apparaissent derrière les vitres, faisant trembler de peur les femmes et les enfants qui s'écrient : ( © ciel! la Bête de Béré! »
Si l'on ouvre aussitôt la porte, on aperçoit, s'en allant tranquillement dans la rue, un animal inconnu, ressemblant tantôt à un chien, tantôt à un mouton, et même parfois à une chèvre.
M. l'abbé Goudé, qui a publié en 1889, les Histoires et Léoendes du pays de Châteaubriant dit à propos de la légende de Béré:
« Si vous demandez à la vieille Marie Gledel ce que c'est que cette bête, elle vous répondra qu’au temps où les moines habitaient le couvent de Saint-Sauveur, une jeune fille entrée chez eux ne reparut plus... Le bruit
courut que, pendant une nuit, elle avait été enterrée sous le clocher de l’église... Les ennemis .des moines firent circuler dans tout le pays cette incroyable et mystérieuse histoire ; les pères l'apprirent à leurs enfants et voilà comment elle est arrivée jusqu'à nous. »
Mais plus loin, dans ce même ouvrage,
le savant et l’archéologue ne pouvant passer sous silence ses découvertes, raconte qu’au .mois d'avril 1872, au lieudit le Chêne-Chollet, près le couvent de Saint-Sauveur, des maçons creusant un puits, éventrèrent un souterrain dans lequel il découvrit lui-même, le bon abbé Goudé, des dents d'enfants.
Or, dans ses mandements du 30 juillet et
du 13 septembre 1440, l'évêque de Nantes accusa Gilles de Laval des plus abominables excès, de débauches contre nature, d’enlèvement et d'égorgement d'enfants des deux J-sexés.
On n'ignore pas, d’ailleurs, que les crimes -de ce terrible seigneur de Retz inspirèrent à Charles Perrault son conte de Barbe-Bleue.
Le couvent de Saint-Sauveur, après le
DE LA VIE A LA MORT 2017 LOL en ON M RS ER,
crime commis sur l’infortunée jeune fille du château du Val, fut abandonné par les moines et, plus tard, des religieuses en prirent possession. [l fut encore, quelque temps avant la Révolution de 1780, le théâtre de scènes scandaleuses dont furent saisis les tribunaux de Rennes.
Le Diable à Teillay
Le marquis de Cœnten-Faô, seigneur de la Roche-Giffart, commit tant de crimes pendant sa vie qu'il devint un objet d’effroi après sa mort, Nul n'osait aller la nuit dans la forêt de Teillay, car l’âme du brigand revenait et revient encore, paraît-il, tantôt à cheval, tantôt en voiture, parfois même à pied, chassant, appelant ses chiens et passant comme l'éclair dans les taillis et sous les futaies.
Ce fantôme apparaît sous toutes les formes, et sert même de monture au diable ainsi que le prouve la légende suivante qu’on raconte
à la veillée :
Simon Le Bigre revenait à la nuit noire, du marché de Châteaubriant, lorsqu'il rencontra près de Teillay, attaché à un hallier, un cheval qui l'interpella en ces termes :
— Te souviens-tu, Simon Le Bigre, qu'un jour je te rencontrai sur le bord de l'étang de la Pile ? Je venais de tuer des canards, et il faisait si froid que mon chien refusait d’'entrer dans l'eau pour aller les chercher. Sur mon ordre, tu y fus à sa place.
Qu'on juge de la frayeur du pauvre Simon en reconnaissant la voix du défunt marquis et en se rappelant cette aventure, cause de douloureux rhumatismes.
— Je me rappelle bien, dit-il en frissonnant.
— Eh bien ! reprit le cheval, je veux aujourd’hui te rendre service à mon tour.
Écoute bien : Tu vas rencontrer mon maître tout à l'heure. Il va te demander ton couteau. Or, prends garde, c'est le diable, et si tu veux éviter la mort, présente-lui la lame et non le manche.
-- Merci bien, balbutia le pauvre homme.
En effet, à cent pas plus loin, il aperçut un monsieur, avec de grandes bottes et des éperons, qui avait une cravache sous le bras.
Le nouveau venu se planta au milieu du chemin et dit d’une voix formidable: — Donne-moi ton couteau.
Simon, tout tremblant, lui présenta la lame de son Eustache. Satan poussa un cri de rage, continua son chemin vers l'endroit où le cheval était attaché en disant: Sale bête! tu as parlé, gare à toi ! Il enfourcha aussitôt Panimal, et Le Bigre les entendit s'enfoncer comme un ouragan dans la forêt. Les buissons tremblaient, les branches craquaient et les cailloux faisaient feu sous les pieds du cheval, qui filait comme le vent.
Simon Le Bigre s’en alla se coucher, mais il ne dormit guère cette nuit-là.
(Conté par le père Guérin, âgé de 80 ans, garde de la forêt de Teillay.)
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La Levrette blanche
Il y avait autrefois, au village de l'Hôtelaux-Merles, dans la commune de Pancé, un brave homme, nommé José! Martin, qui était veuf, et possédait pour toute fortune, une maison et quelques lopins de champs qui lui suffisaient pour élever ses deux fils.
L'ainé, appelé José, comme son père, seconda celui-ci de bonne heure dans les travaux des champs, et lui rendit de véritables services. C'était un garçon laborieux, rangé £t économe.
Yaume*, le jeune, était tout l'opposé de son frère : enfant, il allait marauder avec les petits vagabonds de son âge, voler les pommes dans les courtils et les vergers, dénicher les oiseaux dans les haies et dans les bois. Plus tard, il tendit des collets dans les brousses pour prendre des lJièvres et des lapins, qu'il allait vendre au marché de Bain où il dépen-