LES PRÊTRES
Le clergé de nos campagnes est, en grande partie, recruté parmi les paysans et quelquefois dans la classe pauvre.
Il arrive qu’un enfant du catéchisme est remarqué par son intelligence. Le curé ou le vicaire s'y intéresse et souvent commence son instruction.
Plus tard, l'élève est envoyé dans un petit séminaire, où il est élevé à l’aide de bourses propres à l'établissement; ou bien sa modique pension est payée par des personnes pieuses et charitables.
Enfin, quand arrive l'époque de son entrée au grand séminaire, si ce jeune homme ne peut, par une bourse ou des dons, acquitter
sa pension on l’y reçoit néanmoins en lui faisant promettre de se libérer peu à peu, chaque année, lorsqu'il aura une situation rétribuée.
Beaucoup de jeunes prêtres, s'ils ont fait de bonnes études, parviennent à se libérer promptement. Ils sont nommés professeurs dans des collèges dépendant de l'Évêché, où ils restent sans traitement, — ayant seulement l'entretien, — jusqu’à ce que la dette qu'ils ont contractée soit soldée.
Aussitôt après l'ordination, il est d'usage de faire célébrer au jeune prêtre une grand’messe dans son pays natal. Un prêtre, le plus souvent le curé, l'assiste à l'autel pour lui donner les indications dont il pourrait avoir besoin.
Avant cette messe, on va le chercher processionnellement chez lui, s’il habite le bourg, ou au presbytère, si sa famille habite la campagne, et on le conduit à la sacristie, et, là, 1l embrasse et donne sa première bénédiction à ses parents les plus proches.
Un grand diner en famille, appelé diner de noces, est le complément de cette cérémonie.
Le lendemain, le jeune prêtre dit la messe pour le repos des âmes de ses parents défunts. La famille et les amis y assistent.
Le jeune vicaire doit repasser les cinq années d’études du séminaire pendant le même laps de temps, et subir ensuite un examen à un jour déterminé. Si, sans une autorisation expresse, 1l ne se présentait pas à cet examen, il serait privé de tout pouvoir jusqu’à ce qu'il ait satisfait à ce devoir.
Après quatorze ans de prêtrise, le vicaire subit, devant les professeurs du grand séminaire un examen complet sur toutes les matières prescrites, et ne peut être nommé à la tête d’une paroisse que si ses réponses ont été
jugées satisfaisantes.
Il y a quatre fois par an, dans chaque canton, au jour fixé par l'Évêché, et dans la paroisse désignée par le curé-doyen, des conférences, dans lesquelles on traite, par écrit, une question sur l’une des branches de la
science ecclésiastique et, oralement, une question plus facile, habituellement un cas de conscience. Tous les prêtres de la circonscription doivent assister à ces conférences.
Dans certains cantons, les prêtres de plusieurs presbytères s'entendent entre cux pour se réunir et déjeuner ensemble sans invitations préalables.
Ces réunions tout amicales, sont de simples distractions.
Il est aussi d'usage de donner l'hospitalité à tout confrère du diocèse de passage dans la paroisse.
Les membres de la même promotion du séminaire se réunissent ordinairement une fois
par an.
Il est interdit à tout prêtre d'assister aux fêtes et au diner d’un mariage, même quand il s'agit d'un frère ou d’une sœur. Il ne peut que les unir matrimonialement à l'église.
Le lendemain de la noce, par exemple, il y a ce qu'on appelle le déjeuner des curés auquel
assistent le clergé, les mariés et les très proches parents.
Il est également interdit à un prêtre d’entrer, pour y boire ou manger, dans un hôtel, une auberge, un café, un cabaret, s’il n’est à plus d’une lieue de chez lui et hors de sa paroisse.
Les servantes, dans les presbytères, doivent avoir au moins quarante ans, sans cela une autorisation spéciale de l’évêque est nécessaire.
Un prêtre étranger au diocèse ne peut dire la messe que s'il est muni d’un certificat d'identité appelé celebret, et émanant de son évêque.
Tous les ans, pendant les vacances du grand séminaire, il est prêché dans cet établissement deux retraites ecclésiastiques auxquelles se rendent successivement tous les prêtres du diocèse. Elles sont présidées par l'archevêque qui, en dehors des sermons du prédicateur de la retraite, reçoit personnellement tous les ecclésiastiques qui désirent lui parler et, de plus, leur donne dans des conférences des conseils intimes.
L’archevêque envoie chaque année un questionnaire imprimé aux curés de son diocèse, qui doivent y répondre par écrit.
Enfin, la Semaine relioteuse, journal officiel de l'archevêque, contient les instructions que ce dernier juge utile d'adresser à son clergé.
Lorsque l'archevêque se rend dans certaines paroisses de son diocèse, les jeunes gens vont quelquefois à cheval au-devant de lui et entourent son carrosse. Autrefois ils tiraient des coups de fusils, et des feux de joie étaient préparés sur son passage ; c'était lui qui les allumait.
Le cardinal Fesch, oncle de Napoléon I‘, vint à Rennes en 1811. Comme Son Éminence devait arriver par Vitré, les habitants de cette ville l'avaient priée de s'arrêter chez eux et de leur permettre de lui offrir à dîner. Le cardinal avait accepté.
On alla au-devant de lui jusqu’à la Gravelle.
Nombre de jeunes gens et de paysans étaient à cheval et armés de fusils.
Lorqu'ils aperçurent le carrosse de Son
Éminence, ils firent aussitôt une décharge de mousqueterie qui causa une peur effroyable au prélat.
En voyant cette troupe armée, et surtout les paysans vêtus de peaux de biques ressemblant à des brigands, les champs couverts d'arbres ayant l'aspect d'une forêt, et les haies vives semblables à des barricades, Monseigneur Fesch voulut rebrousser chemin, croyant à une protestation contre Napoléon.f"',
On eut toutes les peines du monde à le rassurer, et à lui faire comprendre qu'il était d'usage, en Bretagne, d'aller ainsi au-devant des grands personnages qui venaient visiter notre pays, de tirer des coups de fusil en signe de joie et de caracoler autour de leurs carrosses.
Après 25 ans de prêtrise un ecclésiastique célèbre sesnoces d'argent et après 50 ans ses noces d’or.
Ces cérémonies donnent lieu à une grande
messe chantée par un dignitaire avec le Te Deum, échange réciproque de compliments et agapes fraternelles auxquelles sont invités les amis personnels, et, si c'est un curé, tous les vicaires qu'il a eus avec lui. On va le chercher
au presbytère processionnellement comme le jour de son ordination.
Il n'y a pas très longtemps encore, lorsqu'un curé mourait dans une paroisse, on l'exposait et l’on promenait son corps, la figure découverte, dans les principales rues du bourg. Cet usage est, aujourd’hui, tombé en désuétude.
Le prêtre est enseveli et mis en bière avec ses ornements sacerdotaux tels qu'il les avait de son vivant pour dire la messe.
A l'église, le cercueil est placé dans le sens contraire de celui des laïques, c’est-à-dire que la figure, au lieu d’être tournée vers l'autel, est dirigée vers les assistants.
Depuis qu’on a cessé d'inhumer les prêtres dans les églises on les enterre généralement, à la campagne, la tête au pied de la vieille croix
de granit sculpté quise trouve dans la plupart des cimetières.
Les Missions
Les Missions paroissiales durent assez longtemps.
Le jour de l’ouverture,avant la grand'messe, le clergé va processionnellement, avec la croix et la bannière, chercher les missionnaires au presbytère et les amène dans l’église jusqu’à la table de communion.
Là, après échange de bienvenue de la part du curé, et de remerciements du supérieur, le premier enlève de son cou l'étole, insigne de sa charge pastorale, pour la remettre au supérieur. Ce dernier la conserve jusqu’à la fin de la mission et la rend à ce moment au curé, après le dernier office, et avec le mêm® cérémonial.
Les missionnaires quittent immédiatement la commune. ;
Quand il y a, soit une mission, soit un jubilé ou même les quarante heures, des prêtres étrangers viennent pour prêcher et confesser.
Afin d’alléger les charges qui, dans ces occasions, incombent au curé, ses amis de la paroisse lui envoient quelquefois des volailles, du poisson, des gâteaux, des fruits, du vin, des liqueurs.
Comme il n'y a pas toujours suffisamment
de chambres au presbytère pour loger tous les prêtres étrangers, ils reçoivent l'hospitalité chez quelques habitants qui veulent bien mettre des appartements à la disposition de leur pasteur.
* *%* % Tombe d'honneur de la Mission
Un jour de la mission est consacré au souvenir des morts.
Après un service solennel à l’église, on se rend processionnellement au cimetière où le
fossoyeur a eu soin de creuser par avance une fosse. Toutes les familles y sont représentées au moins par un membre.
Le supérieur prononce une homélie et bénit la tombe destinée à recevoir le corps de la première personne de la commune qui meurt après avoir faitsa mission.
On lui donne le nom de tombe d'honneur. Et, en effet, les familles considèrent comme une faveur exceptionnelle d’avoir un des leurs inhumé dans cette fosse.