LES MALADES
Lorsque l’état d’une personne dangereusement malade reste stationnaire, on invoque saint Guinfort. On fait brûler un cierge en son honneur et, s’il est possible, devant son image, pour qu'il amène un changement, soit en mieux, soit en mal. On dit en allumant le cierge :
Saint Guinfort, Pour la vie ou la mort.
Lorsqu'un malade est en danger de mort pendant la nuit, comme la visite d’un mé-
decin à pareille heure, coûterait plus cher qu'une visite de jour,on va de préférence chercher le prêtre qui, lui, ne prend rien.
On attend au lendemain matin, si le moribond n'est pas décédé, pour faire venir le médecin qui, souvent arrive lorsqu'il n'y a plus rien à faire, ou même qu’à constater le
décès.
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On dit dans nos campagnes qu’une personne est au mnourotr lorsqu'elle est près de rendre son âme à Dieu et l’on attend, comme nous venons de le voir, qu’elle soit dans cet état pour aller chercher le ouérissou.
C'est ce qui eut lieu pour une pauvre vieille femine d’un village de l'arrondissement de Redon. Lorsqu'on appela le médecin, 1l constata qu'elle était à la dernière extrémité.
— Vous avez attendu trop tard à me faire venir, dit-il au mari, votre femme est bien malade.
— C'est que, voyez-vous, monsieur le guérissou, je n'savions point ; elle ne disait ren et
c'est seulement hier à la resszée qu'elle a cessé de manger sa soupe.
— Je vais vous faire une ordonnance, et vous irez au bourg chercher des remèdes chez le pharmacien.
Le médecin qui n'ordonne pas de prendre des bouterllées est un mauvais guérissou, on ne va pas le chercher deux fois.
Notre paysan effrayé tout de même de l’état de sa bonne femme, qu’il aimait à sa manière, s’empressa d'aller quérir les médicaments, qui, supposait-1il, devaient la guérir.
Malheureusement il rencontra dans le bourg des amis auxquels il fit part de ses peines et qui, pour le consoler, l’emmenèrent au cabaret.
Comme le chagrin était réel et que le bonhomme pleurait toutes les larmes de son corps, on le fit boire tant et tant que la journée s’écoula sans qu'il songeât à rentrer chez lui.
Le soir venu, il partit cependant pour son village, et lorsqu’il arriva, on lui apprit que sa | femme était morte.
€ Quel malheur ! s'écria le vieux ; moi qui lui apportais des remèdes qui m'ont coûté cent sous. Je ne veux point perdre mon argent. Je vas les prendre à sa place. »
Comme tout le monde était en prières près de la défunte, on ne l'en dissuada pas, et il prit les drogues.
Après les libations de la journée, l’absorption de ces médicaments détermina une telle révolution chez le malheureux que l’on crut qu'il avait le choléra. Le pauvre viéux souffrait si cruellement qu'on l'entendait crier de toutes les maisons du village. Il fallut retourner chez: le médecin qui, un instant, désespéra de le sauver. Enfin la nature aidant il se rétablit.
Voilà comment on se soigne chez nous.