‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 47 sur 51 · LES REVENANTS · texte numérisé non relu

LES REVENANTS

Un brave homme du bourg de Saint-Just, en traversant un soir la grande lande de Bocadève, eut une vision très étrange ; mais laissons-le lui-même la raconter :

« J'aperçus tout près de moi un prêtre recouvert de l'aube, de l'étole, de la chasuble, tout prêt à dire la messe, avec des cierges à ses côtés. Je ne suis cependant pas peuvrou, je vous assure, mais la sueur me coulait sur la figure, comme si je venais de battre une airée de blé noir.

» Oui, j'étais sain d'esprit et de corps, et je l’ai vu comme je vous vois.

» Je marchais à en perdre haleine, et il était toujours à la même distance de moi.

» Je ne dormis point de la nuit, et le lendemain j'allai trouver lé curé pour lui faire part de ma rencontre. »

— Père Mathurin, me dit-il, rassurez-

vous, j'espère que vous ne reverrez plus ce revenant. Moi aussi je l'ai rencontré au même endroit, et bien que mon cheval effrayé eût pris le galop, je l’apercevais toujours auprès de moi.

» Quand vous y penserez, père Mathurin, dites une prière à son intention ; mais vous ne le reverrez plus, je vous le certifie, car j'ai dit des messes pour le repos de son âme.

» En effet, j'ai passé sur la lande bien des fois depuis, à la même heure, et je ne l’ai plus revu. »

Dans le pays de Pipriac, où il existe de grands domaines, on voit souvent plusieurs personnes posséder un certain nombre de sillons dans le même champ. De simples bornes en pierre indiquent la part de chacun. Malheur à ceux qui seraient tentés de les arracher ou de les reculer par convoitise du bien d'autrui, car après leur mort, ils seront condamnés à revenir les mettre en place.

Hélas ! ils ne se rappellent pas toujours

l'endroit précis, et on les entend, dans les nuits d'hiver, qui s’écrient avec douleur : « Où les mettre? Où les mettre ? »

Il faut, pour délivrer ces pauvres âmes, que le voisin qui a été lésé, vienne lui-même indiquer le lieu où il veut que les bornes soient placées.

Lorsqu'on aperçoit une étoile filante, c’est une âme qui vient d’être délivrée du purgatoire et qui sollicite une action de grâces.

Une jeune fille appartenant à une famille aisée de la commune de Derval, était morte depuis plusieurs mois, lorsqu'elle apparut à sa bonne qui, un soir, filait sa quenouille, seule, au coin du foyer de la cuisine.

La servante était depuis longtemps dans la maison, et avait pour ainsi dire élevé l'enfant décédée, qu'elle affectionnait sincèrement et dont la mort lui avait causé un grand chagrin.

Lorsqu'elle la vit paraître à ses côtés, elle

n'en fut nullement effrayée.

La jeune fille lui dit : & Préviens mes parents que je suis dans le purgatoire, et que je n’en sortirai pour aller au ciel, que lorsqu'on aura fait pour moi le pèlerinage que j'avais promis à Sainte-Anne-d’Auray.»

— Je le ferai certainement, mon enfant; mais voudront-ils me croire? Ils diront que je suis folle et que j'ai rêvé.

— (Alors, dit la jeune fille, tu leur montreras ta coiffe. » Et sur cette coiffe elle posa la main.

Les cinq doigts de la morte y furent marqués, et leur empreinte avait roussi le linge comme avec un fer trop chaud.

Le pèlerinage fut fait, et la morte ne reparut plus.

Plusieurs vieilles femmes de Derval, se souviennent avoir vu cette coiffe, qui fut longtemps un objet de curiosité dans le pays.

«x Un vicaire de la commune de Poligné fut appelé un soir près d’un mourant avec lequel il avait été intimement lié. Lorsqu'il le quitta, le moribond lui dit : &« Si les esprits peuvent revenir sur la terre je vous en avertirai. »

Le prêtre rentra chez lui désespérant de voir son ami revenir à la vie.

Le curé était très vieux, et une sonnette avait été installée de la chambre de ce dernier dans celle du vicaire, pour le cas où le vieillard se serait trouvé indisposé.

Vers trois heures du matin, le vieaire fut réveillé par la sonnette qui fit un carillon infernal. L'abbé s'habilla à la hâte et courut chez son curé qui se réveilla en entendant ouvrir sa porte.

— Vous êtes souffrant ? lui dit le vicaire.

— Pas du tout; je suis même très bien.

— Mais vous m'avez sonné.

— Je vous asure que non.

Le lendemain matin, le jeune prêtre apprit que son ami était mort à deux heures dans

la nuit.

Il y a environ vingt ans, nous dit la mère Delamarre, de Bruz, le fils Hervé, qui avait

poussé pour étre prêtre, mourut jeune de la maladie de poitrine, à la ferme des Loges, dans notre commune.

Après sa mort, lorsque la servante, une nommée Baccand, alla, comme elle le faisait chaque jour, vers onZe heures du matin, dans le fournil passer son blé noir pour faire la galette du déjeuner, elle entendit derrière elle soulever la clenche de la porte. Elle se détourna surprise et vit son défunt maitre appuyé contre une échelle. Il était vêtu d’une chemise de toile fine et coiffé d'un bonnet de coton blanc.

Elle allait crier et appeler lorsque le fantôme disparut.

La pauvre fille était un brin innocente,aussi lorsqu'elle raconta cela aux autres domestiques de la ferme, tous se moquèrent d'elle et lui dirent qu'elle avait rêvé.

Mais comme à chaque fois qu'elle allait dans le fournil la vision reparaissait, et qu'elle en avait une peur horrible, elle alla dire à sa maîtresse ce qu’elle voyait chaque jour.

Celle-ci également la crut folle et lui ordonna de faire sa besogne. ( Demande à ton revenant ce qu'il veut, » dit-elle en plaisantant.

La fille, en pleurant, retourna dans le four-

nil où le mort revint encore. Cette fois elle s’arma de courage et dit : (Si vous venez de la part du diable, retirez-vous ; si vous venez de la part de Dieu, parlez. »

— Ma bonne fille, dit le fantôme, allez trouver ma mère, et rappelez-lui qu’elle avait promis pour moi un pèlerinage à Sainte-Anne-d’Auray, et qu'il faut qu'elle le fasse au plus vite.

La servante alla répéter ces paroles à sa maîtresse, qui se rendit immédiatement à Sainte-Anne.

À partir de ce moment, le fantôme ne reparut plus à la ferme des Loges.

La bonne femme Chesnot, du village de Haume, dans la commune de Laïillé, mourut en laissant une fille unique appelée Louison.

Celle-ci, quelque temps après le décès de sa mère, vit près de son lit, trois nuits de suite, à l'heure de minuit, une femme vêtue de blanc, portant à la main un cierge allumé.

La pauvre fille eut tellement peur qu'elle en perdit le boire et le manger.

Le lendemain de la dernière apparition, Marié Leveil, couturière à la journée, vint travailler chez l'orpheline qui lui raconta ce qu'elle avait vu, et la supplia en grâce de rester à coucher avec elle. « J'aurai peut-être, lui dit-elle, quand je te sentirai près de moi, le courage de demander à cette personne ce qu'elle me veut. »

L'ouvrière y consentit, et la nuit suivante le fantôme apparut, son cierge à la main.

— Qui êtes-vous ? dit en tremblant la pauvre fille.

— Je suis ta mère.

— Qu'exigez-vous de moi ?

— Que tu viennes, seule, prier sur ma tombe, à l’heure de minuit, pendant neuf nuits de suite.

— J'irai, ma mère.

Le village de Haume est à plus de deux lieues du cimetière, et il faut traverser la forêt de Laillé pour s’y rendre.

Louison Chesnot alla demander au curé de sa paroisse de prier Dieu de lui permettre d'accomplir sa promesse,

— Je t'accompagnerai, mon enfant, lui répondit le prêtre, et je resterai dans un champ, voisin du cimetière, pour te porter secours s’il en est besoin. |

Le soir même, la fille suivie du curé de Laillé, se rendit au cimetière ; mais là, elle entendit une voix, sortant de la tombe, qui lui dit : (Ton voyage est nul, car tu n'es pas. seule. Il faudra recommencer ta neuvaine la nuit prochaine. »

Le lendemain, et pendant neuf nuits, la pauvre enfant prit son cœur à deux mains, comme on dit chez nous, et alla prier sur la tombe de la défunte.

La neuvaine terminée, elle vit une colombe s'envoler des herbes, et elle entendit la voix de sa mère qui la remerciait : ( Tu m'as sauvée des flammes éternelles, mon enfant, et tu n'as plus qu'à faire dire dix messes pour me permettre d’entrer au ciel. »

(Conté par Angèle Julien, de Laillé, âgée de 18 ans.)

Bien des fois au crépuscule, lorsque les couturières et les ouvriers regagnent leur logis, ils entendent des cris étranges dominant les bruits du soir, et, si c'est en été, faisant taire les grenouilles et les grillons. On dirait des cris d'animaux furieux, des miaulements de chats et des aboiements de chiens enragés.

Souvent les passants ont vu dans des champs de genêts, ou au beau milieu d'une clairière ou d’une petite pièce de terre en pâture, de petits êtres semblables à des chats, gambadant, se déchirant entre eux et hurlant comme des possédés.

Parfois ces petits monstres grimpent sur les pommiers, tout en se poursuivant et en continuant leur infernal tapage.

D’autres fois, ce sont des bandes de chiens, de toutes sortes et de toutes tailles, dont le nombre augmente sans cesse. Au milieu d'eux est un cavalier farouche, le fouet à la main, qui semble les mener à la chasse,

Cette meute passe comme le vent. On dirait qu’elle vient de votre côté et, au moment où vous croyez qu'elle est sur vous, vous l'aper-

cevez à l'horizon continuant sa course fantastique.

C'est la chasse du roi Artus !

Les anciens racontent que ce personnage assistait un dimanche à la messe paroissiale, lorsqu'il entendit des chiens aboyer dans la plaine voisine. C'était tout le tintamarre d'une chasse au courant. Sans attendre la fin de l'office divin, n’écoutant que sa passion, Artus sortit de l'église pour prendre part à la chasse. Dieu, pour le punir, l'a condamné à chasser jusqu'à la fin des siècles.

sk % La Chasse à l'Humaine Tous les habitants des forêts de Tanouarn et de Bourgouet, en Dingé, ainsi que ceux des communes de Feins de Bazouges-sous-Hédé, de Québriac et même de Tinténiac,ontentendu la nuit, dans l'air, au-dessus de leurs têtes, comme une meute de chiens poursuivant une proie. C'est, disent-ils, la Chasse à l’humaine.

Voici son histoire : Un méchant gentilhomme habitait au temps jadis un manoir aujourd’hui

disparu et qui était situé sur le haut du coteau de Prerre-Tarllée, au centre de ses propriétés comprenant la forêt de Tanouarn et toutes les terres environnantes.

La chasse n'était plus pour lui un amusement, mais bien une passion dont rien ne pouvait le distraire. Un jour qu'il chassait en forêt, il vint à traverser la grande ligne juste au moment où le recteur de Dingé portait le saint Viatique à un mourant. Il ne s'arrêta point, le malheureux, et ne se découvrit même pas, trop excité qu'il était à entraîner ses chiens. Il passa comme la foudre, mais où alla-t-il ? Personne ne le revit jamais, ni dans la forêt, ni chez lui ni ailleurs. Il fut assurément puni de son impiété, et c’est lui qu'on entend depuis des siècles traversant les airs poursuivi par ses chiens.

Une jeune femme de la commune de Bruz vint à mourir. | Quelques jours après sa mort, un nommé Porcher et sa sœur la virent assise sur l’écha-

lier des Biques, dans la commune de Chartres. Tous deux eurent la même vision, et c’est à

moi-même qu'ils l'ont racontée.

A l’époque de la Révolution, un prêtre non assermenté vint habiter la chambre d’une maison de paysan située au village de Pierrefitte, dans la paroisse de Bruz.

Il rayonnait dans tous les environs, pour porter les secours de la religion aux malades qui réclamaient ses prières à leur dernière heure.

Lorsqu'il se voyait espionné ou suivi, un charretier lui passait bien vite son fouet et sa blouse et, à partir de ce moment, c'était le prêtre qui conduisait l’attelage. D'autres fois, il entrait précipitamment dans un champ, se salissait les mains avec de la terre et se mettait lui-même à conduire la charrue, pendant que le laboureur aiguillonnait les bœufs, à la place d'un enfant qui allait se reposer dans un fossé.

Que de fois il évita ainsi d’être arrêté par

les soldats du général Hoche qui sillonnaient le pays !

Ses vêtements sacerdotaux étaient cachés dans un cellier, sous une cuve tournée en adent, c'est-à-dire sens dessus dessous, à la ferme de la Barre. Des fagots, de la paille, des instruments aratoires ne permettaient pas d'approcher facilement de cette cuve.

Ce fut là, dans ce cellier, pendant une grande partie de la Révolution, que l'abbé dit la messe, maria la jeunesse et baptisa les enfants.

Hélas! malgré sa prévoyance et ses ruses, il fut dénoncé et le dimanche de la Pentecôte, pendant qu'il disaït la sainte messe, dans le bois de Chancor, il reçut une balle en pleine poitrine au moment de l'élévation.

La maison de Pierrefitte, aujourd’hui abattue et où se trouvait l’humble chambre du défunt prêtre, était habitée au commencement du siècle, par un sieur Porcher.

Le fils de ce dernier, qui m’a raconté ce qui précède, a ajouté que pendant bien longtemps son père ne put pénétrer le soir, après le cou-

cher du soleil, dans la chambre du mort. Arrivé à un détour de l'escalier, sa chandelle s'éteignait et si, néanmoins, il voulait avancer, il Se sentait repoussé par une force invisible.

Porcher fit achever la messe commencée dans le bois de Chancor, et, à partir de ce jour, il n'éprouva plus aucune difficulté pour pénétrer nuitamment dans la chambre du prêtre fusillé*.

Le

On rencontre dans le bois du Parc, situé entre les communes des Iffs et de la Baussaine, la fontaine de la Biche, qui a donné naissance à un doué appelé le doué à Guépin.

Une jeune fille fut, dit-on, tuée à cet endroit pendant la Révolution et elle revient tous les

1. Les légendes des prêtres errants réclamant des acolytes pour achever leur dernière messe sontextrèmement nombreuses.Cela tientsans doute à ce qu’un prêtre qui, pour un motif quelconque, est obligé d'interrompre sa messe après la consécration, est obligé de la faire achever par un autre ecclésiastique, lequel doit la prendre exactement à l'endroit où elle a été interrompue.

ans dans la nuit de la mi-août, chanter l’Ave Maris Stella au bord dela fontaine.

Elle a été entendue par beaucoup de gens, et notamment par les enfants Galliot, dont les parents habitaient la ferme de la forêt.

Dans lelit du Couesnon, entre Tremblay et Bâzouges-la-Pérouse, se trouve une grande cave, dite cave tournante, et appelée Quiberon.

Si vous passez là, le soir de la mi-août, vous entendrez distinctement le tic-tac d’un moulin, les cris d’un enfant que l’on berce et le chant du coq répété par trois fois.

Les bonnes femmes du pays racontent qu'autrefois, le propriétaire d’un moulin qui existait à cet endroit, aurait donné l’ordre de faire marcher le moulin le dimanche toute la journée, et défendu à ses serviteurs d’aller à la messe.

En punition de son impiété, le meunier et les siens furent engloutis au fond de cette cave.

Une femme du nom de Bedel, demeurant à Rennes, rue Saint-Louis, avait, en 1805, sa fille mourante.

La pauvre malade vomissait tout ce qu'elle prenait, et pour ce motif ne pouvait communier, ce qui faisait la désolation de sa mère.

Celle-ci promit une messe à Notre-Damedes-Miracles-et-Vertus, dans l'église de Saint- Sauveur de Rennes, pour demander à Dieu de faire cesser les vomissements. Les vœux de la femme Bedel furent exaucés, et la moribonde put recevoir le saint viatique.

Elle mourut presque aussitôt après avoir communié, et sa mère négligea de faire dire la messe promise. |

Cette dernière fut tout récemment réveillée par de grands coups frappés à l'endroit où se trouve son armoire.

Elle n'y fit pas grande attention et se rendormit.

Les deux nuits suivantes ce bruit se renouvela avec plus de violence encore, et cette fois à la tête du lit de la bonne femme. Effrayée de

ce tapage, et se rappelant la messe promise, elle la fit dire immédiatement.

Elle n’a plus rien entendu depuis.

Si l'on rêve à un mort, c'est une messe

qu'il demande pour le repos de son âme, et l'on doit s’empresser de la faire dire.

[I y a vingt ans de cela, le père Hervé, du village de la Bizais, dans la commune deBruz, en venant de Guichen à Cicé, chez son gendre, tomba dans la Seiche et se noya.

Après sa mort, sa fille, la femme Fontaine, de la haie de Cicé, entendait en plein jour secouer le croutlle' de sa porte comme si quelqu'un voulait entrer. Elle allait voir et ne trouvait personne.

Marie Appel, la domestique a été témoin du fait.

Des tailleuses en journée, qui entendirent,

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