X * 5° LES SORTS
Les sorciers, les reboutoux, les jeteurs de sorts ont de tout temps, exercé une influence considérable sur l'esprit des paysans.
Qu'un mendiant ivre aille à la porte d’une ferme demander l’aumône, et soit assez insolent pour qu'on lui refuse du pain et le logement, — car sans cela, dans nos campagnes on ne refuse jamais de pain aux pauvres, — et qu'il dise en s’en allant: « Vous vous en repentirez ! » c'est une désolation dans la maison. Bien sûr, c'est un jeteur de sorts.
Les malheurs vont fondre sur la ferme et, comme chaque jour apporte sa peine, les choses qui, à un autre moment, passeraient inaperçues, deviennent aussitôt la confirmation de ce que l’on redoutait.
Le fermier s'est-il blessé en coupant une branche d'arbre? c’est un sort.
La fermière s'est-elle donnée une entorse en marchant avec des sabots ? c’est un sort.
Une vache vient-elle à avorter ? c’est un sort.
Les poules ont-elles la pépie? c’est un sort.
Mais comment déjouer ce sort ?
On va trouver un individu qui a la réputation d’être sorcier, pour lui demander ce qu'il faut faire.
Voici généralement ce qu’il indique :
Acheter un pot de grosse terre qui n'ait jamais servi (c’est une condition essentielle), le payer avec une poignée de sous, sans compter, sans marchander.
Aller ensuite chez le cloutier et l'inviter à mettre une poignée de clous dans le pot, sans les compter, sans les peser, et les payer de la même manière que le pot avec une poignée de sous. ji x
Puis rentrer chez soi, remplir le pot d’eau et faire bouillir.
Les clous, pendant tout le temps qu'ils seront dans l’eau bouillante, doivent torturer le jeteur de sorts qui, ainsi vaincu, cesse ses maléfices sur les gens à qui il en voulait.
Dans le canton du Sel, on déjouait autrefois les sorts d’une autre manière:
On achetait un cœur de bœuf, qui était mis à sécher dans la cheminée à la façon des andouilles et, chaque jour, des clous étaient enfoncés dans ce viscère, clous qui devaient faire souffrir le jeteur de sorts au point de le faire renoncer à sa vengeance.
Le cœur de bœuf et les clous devaient être achetés et payés comme nous l'avons dit plus haut.
Le vingt février 1896, on conduisait de la pe-
tite ville de Bain à l’asile des aliénés de Rennes, trois pauvres fous, la mère, le fils et la fille.
Le père et les deux autres filles restés dans le pays étaient presque aussi malades que les trois premiers.
. Voici la cause de cet affreux malheur:
La famille M... habite un village de la commune de Bain. C’est une famille à l'aise et qui jouissait, avant le malheur qui vient de la frapper, d’une certaine considération.
Il y a quelques années, ces braves gens avaient pour voisin un fermier du nom de -B.... C'était un être brutal, redouté, qui avait la réputation d’être un peu sorcier et de jeter des sorts.
Un jour, il alla chez ses voisins les M...
leur demander à lui prêter les bœufs de leur ferme pour le lendemain. Ils n'osèrent les lui refuser.
Après une journée d'un travail pénible, B.... ramena les bœufs à l'écurie. Les pauvres bêtes avaient le poil hérissé et semblaient harrassées de fatigue.
En les voyant ainsi le père M.... dit à son fils : — Si le voisin vient demain matin pour prendre nos bœufs il ne faudra pas les lui prêter. Il nous les tuerait.
Jo
— Pour plus de sûreté, répondit le fils, je vais cacher le joug. Comme cela il ne pourra les emmener.
En effet le lendemain matin, B.... vint pour prendre les bœufs dans l'étable, mais ne trouva pas le joug. Il s’en allait en maugréant lorsqu'il aperçut le jeune M.... auquel il dit: « C'est toi qui as cachéle joug des bœufs, mais tu t'en repentiras, tu crèveras dans un fossé. |
L'enfant rentra chez lui sans répondre.
À quelque temps de là, on apprit dans le village que B.... venait de jeter un sort à un autre fermier : É
Etant à boire dans un cabaret, plusieurs
cultivateurs racontèrent que des rats, dans
une maison, avaient mangé jusqu'aux harnais
des chevaux. L'un d'eux répondit: — Il ya.
des rats partout, mais si on leur fait la chasse
on les empêche toujours de faire d'aussi
grands dégâts.
— Prends garde, toi qui parles, s'écria.
B..., de voir avant quinze jours ton logis dévasté par les rats.
Les quinze jours ne s'étaient pas écoulés que le cultivateur auquel B... avait adressé la parole, eut chez lui une invasion de rongeurs qui mangèrent jusqu'aux couvertures des lits. }
Le fils M... en écoutant cette histoire se rappela la menace dont il avait été l’objet de la part de leur voisin et, à partir de ce jour, il devint triste et sauvage.
Bientôt il ne rentra presque plus chez “ Il errait dans les champs toute la journée et le soir allait coucher dans les arbres creux où sa mère lui portait à manger, car sans cela, il serait mort de faim.
La pauvre femme, en l’écoutant divaguer, perdit, elle aussi, la tête. Quand son fils revenait avec elle à la maison c'était pour écrire sur un livre le nom des personnes qu il con:
naissait. D'un côté étaient les élus et de l'autre côté les réprouvés.
Sa mère disait dans le village : « Mon gars est un grand saint, il a des visions. »
B... quitta le pays, mais le fils M...
guérit pas.
Au mois de février 1806, il dit qu'il fallait faire une procession dans l’église de Bain, et il écrivit à ses sœurs, qui étaient domestiques au loin, de venir se joindre à eux.
Elles obéirent, et le père, la mère, les sœurs, l'insensé et des voisins s’en allèrent tous à la suite les uns des autres du village à la ville. Le fils M... marchait en tête ayant de l’eau bénite dans une assiette et une branche de buis à la main. Il faisait le simulacre de bénir tout ce qu'il rencontrait sur son chemin : les passants, les arbres, les animaux.
Ils arrivèrent ainsi à l'église laissant sur leur passage tout le monde étonné d’une pareille mascarade. '
Il leur fallait, disaient-ils, pour être guéris, toucher le pied de la bannière.
On les chassa de l'église et ils allèrent dans le cimetière bénir les tombes.
Les M... avaient laissé grandes ouvertes les portes et les fenêtres de leur maison pendant leur absence.
Une enquête fut faite par la gendarmerie et les jeunes filles, placées comme domestiques dans des fermes éloignées, déclarèrent que
chaque fois qu'elles revenaient dans la ma:ison de leurs parents, elles se sentaient malades et commencaient à déraisonner.
Le maire et le juge de paix se rendirent sur les lieux, et l’on demanda à l'autorité l’internement des trois plus malades dans un asile d’'aliénés.
Lorsque l'on conduisit ces malheureux à Rennes, la voiture s'arrêta en route pour faire souffler les chevaux. Le conducteur offrit aux voyageurs de manger quelque chose. La mère demanda un morceau de pain sec et de l’eau qu'on lui apporta.
Pour les empêcher de s'évader, on pria un homme de garder la portière de la voiture.
Quand la femme M... aperçut cet individu elle poussa des cris terribles en disant:
« Voilà le diable! C’est le diable! » Et elle l’aspergea avec l’eau qu'elle avait dans l’écuelle.
La mère et la fille sont revenues guéries dans leur village; mais le fils est toujours dans l'asile des aliénés de Rennes d’où il ne sortira probablement jamais.
Une bonne femme d'un village de la commune de Pléchâtel fut plusieurs années sans pouvoir dormir dans sa demeure parce qu'un sortlui avait été jeté.
Le long des nuits, elle avait des visions terrifiantes. Elle voyait des animaux par bandes, sortes de monstres qui lui grimpaient sur le corps et l’étouffaient.
Au début, les voisins accoururent à ses cris, mais ne virent rien. [ls entendirent seulement des bruits étranges. Ils s’habituèrent à entendre leur voisine se plaindre et gémir et n'allèrent plus la voir.
La malheureuse n'avait de repos que dans un lieu qui avait été bénit, une église par exemple ; aussi y passait-elle le plus de temps qu'elle pouvait.
Le curé de la paroisse fut appelé pour bénir la demeure de cette femme. Il entendit, lui aussi, des voix qui lui causèrent une telle peur que la sueur lui coulait sur le front. Ne pouvant surmonter son effroi, il s’écria: (Que la bonne femme fasse ce qu’elle voudra, quant à moi, je quitte cette maison dans laquelle je ne rentrerai jamais. )
Un sorcier, qui fut consulté dit à la pauvre vieille : — C’est une femme qui vous a jeté un sort. Si vous le voulez, nous pourrons la punir et lui faire beaucoup de mal.
— Non, répondit-elle, je ne le veux pas.
Il y a assez de moi à souffrir sans faire souffrir les autres.
À partir de ce moment, elle n’entendit et ne vit plus rien. Elle vécut tranquille le reste de ses jours.
Il arrive quelquefois que des gens très propres soient tout à coup couverts de vermine.
Pas de doute possible, c’est un sort.
Pour se débarrasser de ces bêtes génantes il faut aller, avant le lever du soleil, au bord d'une rivière et battre sa chemise pendant une heure avec une branche d’épine noire.
Les vaches d'un fermier du village des Riais, dans la commune de Bain, ont avorté pendant
plus d'un an. Tous les remèdes usités en pareil cas n’ont abouti à aucun résultat.
— Ben sûr, dit le bonhomme, qu’un sort a été jeté sur mes bêtes.
— Faut aller à Châteaubriant, lui réponditon, consulter le devin.
Celui-ci fit venir le fermier trois mercredis de suite, lui recommandant de partir de chez lui pendant la nuit, afin d'arriver à Châteaubriant avant le lever du soleil.
Enfin au troisième voyage il lui dit :
« Lorsqu'une de tes vaches vélera, si c'est encore un veau mort, tu creuseras devant la porte de l'étable une fosse dans laquelle tu enfouiras le cadavre du veau, les pieds en l'air. »
Le fermier s'est conformé à ces prescriptions, et depuis ce jour le bonhomme assure que ses vaches ne mettent plus au monde que des veaux vivants et bien constitués. |
A Chavagne, d’après les conseils d’un sorcier, si une vache avorte parce qu'un sort lui:
a été jeté, il faut pendre, dans la cheminée de la ferme, le cœur même du veau mort-né, et enfoncer dedans, de temps à autre, les piquants d’un prunellier qui est, comme on sait, l’épine noire.
Une femme L***, de Bruz, fut il ya quelques années, atteinte d’une singulière maladie: Elle se mit à aboyer et à hurler commeun chien, tantôt la nuit, tantôt le jour. On l’entendait de très loin.
Elle avait, quand cette espèce de toux la prenait, des crises nerveuses effrayantes. Plusieurs personnes étaient obligées de la tenir pour l'empêcher de tomber par terre et de se - blesser. Malgré tous leurs efforts, elle s'arrachait les cheveux en criant: « V'là du foin, qu'est-ce qu’en veut ? »
C'était elle qui d'habitude faisait le pain de la maison ; mais à partir du jour où un sort lui fut jeté, — car c'en était un à n'en pas douter, — elle ne fabriquait plus que du pain
qu'on ne pouvait manger. C'était la pâte qui levait mal ou le feu du four qui ne la cuisait pas assez ou qui la carbonisait.
Elle fut forcée de renoncer à ce travail jusqu’au moment où un sorcier de la commune de Tresbœuf, qui était aveugle et qu'on alla chercher, put déjouer le sort.
Il lui fit mettre les bras en croix pendant une heure, prononça tout le temps des paroles magiques, et lui attacha sur la poitrine un pochon en toile, autrement dit un petit sac, qui renfermait des ingrédients qui avaient ben mauvaise sente, mais qui devaient guérir la malade. Et c'est, en effet, ce qui arriva.
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Dans la même commune, une autre femme devint comme folle et courait nuit et jour, les pieds nus dans les chemins et les champs, presque sans s'arrêter.
Elle avait également des crises nerveuses, perdait connaissance et marmottait des prières qui n’avaient aucun sens. On entendait | seulement : « À l'heure de notre mort, ainsi goit-1l, » répétés plusieurs fois.
L'aveugle de Tresbœuf conjura le sort et lui rendit la raison et la santé.
Les vieilles gens de la petite ville de Bain racontent qu'autrefois, "a l'auberge de la Croix-Verte, il arriva un moment où il fut impossible d'obtenir du beurre en barattant le lait.
Un sorcier consulté déclara que c'était un sort qui avait été jeté et qu'on ne parviendrait à le déjouer qu'en allant une fois baratter le lait dans une paroisse voisine.
Le domestique de l'auberge, dont on se rappelle encore le nom, Paul Delalande, surnommé Paul Bagage, s’en alla, avec l’un des fils de la maison, dans un champ situé dans la commune de Pléchâtel.
Là, on baratta le lait, et le beurre se fit aussitôt comme par enchantement.
La prédiction du sorcier se réalisa et le sort fut ainsi déjoué.
: Dans beaucoup de communes de l’arrondissement de Vitré, lorsqu'un fermier ne peut plus faire de beurre, il en cherche la raison, et la plupart du temps il découvre sur le fumier de sa cour, une espèce de champignon sans pied, large comme une assiette, qu'on nomme dans le pays un fromage blanc. C'est un sort, dit-il, qui m'a été jeté.
Pour le déjouer il faut fricasser trois pierres rondes (sortes de galets) pendant trois nuits de suite, et les lancer avec force dans la mare la plus voisine du fumier.
La première nuit, ces pierres vont frapper le jeteur de sorts et le font réfléchir. La seconde nuit, elles le font souffrir davantage, et enfin, la troisième il cède dans la crainte de voir ses souffrances augmenter. Le sort est ainsi déjoué.
Dans le patois de Châteaugiron, on appelle un jeteur de sort un encrauleur.
Une année que la récolte avait été mauvaise et que le grain était rare, un mendiant d’un
village de la commune de Domloup revenait de demander l’aumône, un bissac sur le dos.
En passant devant la demeure d’une de ses voisines qui, à ce moment, jetait du blé noir à ses poules, il dit en tendant son bissac :
— Donnez-moi une écuellée de grain, j'en ai plus besoin que vos poules.
— Non, répondit la femme, vous avez du pain dans votre bissac et mes poules n'ont rien dans le jabot.
— Vous vous en repentirez, grommela le mendiant en s’en allant.
Dès le lendemain, en effet, la fermière trouva une poule crevée au pied du perchoir sur lequel couchaïent ses volailles.
Le surlendemain, pareille chose se produisit, et ainsi de suite les jours suivants.
Lorsqu'il ne lui resta plus qu’une poule, l’infortunée fermière se décida à envoyer, non pas une écuellée, mais bien une mesure de blé noir à son voisin.
À partir de ce jour, elle put regarnir sa basse-cour, les poules ne crevèrent plus dans le poulailler.
La victime de cette farce crut qu'elle avait été encraulée.
Il ya quelques années, un nommé Pierre Garnier, domestique de ferme dans la commune de Thourie, avait la spécialité de conjurer les sorts jetés sur les gens ou les bestiaux. Sa réputation s'étendait à plusieurs lieues à la ronde.
Il se rendait à domicile, ouvrait un livre magique, faisait des signes de croix sur toutes les pages et sur le dos des personnes ou des animaux ensorcelés. []l marmottait ensuite des paroles incompréhensibles qui devaient déjouer le sort presque immédiatement.
Garnier fut condamné à plusieurs mois de prison par le tribunal de Vitré pour avoir exercé ce métier, et réclamé une somme d'argent à un cultivateur qui porta plainte contre lui. fc SEUN
Autrefois au Pertre, dans l'arrondissement
de Vitré, un homme appelé Pierre Beaugendre avait, lui aussi, le pouvoir de conjurer les sorts.
C'était un affreux petit nain, d’une laideur repoussante, couvert de vermine, parcourant la campagne habillé d'une peau de BIQUE, hiver comme été.
Il portait sur l'épaule ap grande latte à laquelle étaient clouées trois autres petites
lattes, dé grandeur inégale, la plus petite étant au sommet. 3
À ces divers bois étaient fixés des crochets auxquels pendaient des taupes presque tou:
jours en putréfaction.
Quand on rencontrait Pierre Beaugendre par les chemins il fallait le fuir, en se bouchant le nez, tellement sa marchandise et luimême exhalaient une odeur épouvantable.
Les animaux ainsi promenés avaient été l'objet de la part du nain de conjurations et de pratiques de sorcellerie dont celui-ci gardait le secret.
Il les portait de village en village, de ferme en ferme, pour les vendre aux ensorcelés qui avaient recours à lui.
A l’une des branches étaient les taupes qui devaient déjouer les sorts jetés sur la fabrication du beurre. Il suffisait d'en enterrer une à l'entrée de l’étable et immédiatement le lait qui ne fournissait plus de crème en donnait en abondance.
La seconde latte portait les bêtes qui devaient conjurer les maladies des poules. Il fallait également enfouir la taupe dans le poulailler et, chose étonnante, les poules malades engraissaient au point de devenir stériles. Il en était de même des coqs qui s'empätaient de façon à être impuissants. Mais poules et cogs atteignaient les proportions, le poids et la finesse de goût du chapon et se vendaient fort cher.
Enfin à la troisième latte se trouvaient les taupes qui avaient le privilège d'empêcher les vaches d'avorter et de les préserver de toutes sortes de maux.
À une époque ou presque tout le monde à la campagne avait un sobriquet, le nommé
Legaud, boulanger au Châtellier dans la commune de Pléchâtel, était plus connu sous le nom de Père Satou que sous son nom véritable.
Un mendiant, qui avait la réputation d’être sorcier, vint un jour demander l’aumôêne à la boulangerie du père Satou qui lui dit :
— Est-ce vrai que tu jettes des sorts et que ta spécialité est de donner des poux aux gens à qui tu en veux?
— Oh! père Satou, pouvez-vous croire une chose pareille?
— Dame! si tu me jouais un tour semblable je te jure que je te rosserais d'importance.
Le sorcier s'en alla en maugréant.
Quinze jours ne s'étaient pas écoulés que le boulanger avait sa chemise pleine de poux.
Ni ses ouvriers, ni ses domestiques, ni même sa femme qui couchait avec lui, n’en étaient incommodés, tandis que lui en avait sur tout le corps et jusque dans les cheveux.
Une mendiante, qui avait entendu parler de cela, vint le trouver cet lui donna l'assurance qu'elle avait le pouvoir de déjouer le sort et
même d’obliger celui qui l'avait jeté à se présenter à la porte de la boulangerie.
— Je te récompenserai si tu fais cela.
Elle acheta des clous, les fit bouillir et le mendiant revint à la porte du père Satou qui lui administra une volée de coups de bâton.
À partir de ce jour le boulanger fut débarrassé de sa vermine.
On se rappelle encore à Bain d’une pauvre mendiante, presque folle, que l’on appelait Jeanne de Bonne Rencontre.
Cette femme, elle aussi, avait la réputation de jeter des sorts.
Un cultivateur, supposant que c'était cette malheureuse qui faisait périr ses bestiaux, l’assomma au coin d’un champ.
On la trouva morte entre le Château-Gaillard et la Ferronnais, dans la commune de Pléchâtel.
6° PRIÈRES ET CANTIQUES En prenant de l’eau bénite:
Eau bénite, je te prends, Si la mort me surprend, Tu me serviras de sacrement.
Oraisons :
Je me couche dans ce lit,
Si Ja mort me surprend,
Je rends mon âme à Dieu,
Au père qui m'a créé,
Au Fils qui m’a racheté, Au Saint-Esprit qui m'a illuminé.
Dormez, Jésus, dormez, Sauveur, Dormez au milieu de mon cœur.
St-Jean, St-Luc, St-Marc, St-Mathieu, Les quatre évangélistes du bon Dieu, Soyez aux quatre côntères' de monlit,
r. Coin.
SE
s2 FOLK-LORE DE L'ILLE-ET- VILAINE
A mon coucher, à mon lever, A mon trépas, quand je mourrai, Le bon Jésus au milieu de mon cœur.
Soyez mes protecteurs, mes défenseurs, De la part du bon Dieu et de la Vierge Marie, Pendant ma vie, Et particulièrement à l’heure de ma mort.
Ainsi soit-il.
L'ange Gabriel, Descendant du ciel, Dit à la Vierge :
— Dormez-vous ? Dormez-vous ?
— Non, Je pense à mon enfant Jésus Qui est mort sur la croix, Les pieds cloués, Les bras tendus,
La couronne d’épines sur la tête.
Variantes :
Sainte Marie-Magdeleine, Quarantaine,
Trois sœurs, trois vierges,
Rencontrent saint Pierre :
— Qui cherchez-vous ?
— Le doux Jésus,
— Oùest-il ?
— Sur l'arbre de la croix, Les pieds cloués, Les bras tendus,
La couronne d'épines sur la tête.
Geux qui diront trois fois, soir et matin, Cette petite oraison, Jamais flammes de l'enfer ne verront.
Prière du soir
Le soir, en vous déshabillant, pensez que les bourreaux dépouillèrent Jésus-Christ pour le crucifier :
Les pieds cloués, Les bras tendus,
La couronne d’épines sur la tête.
Et dites: «Mon Dieu, faites-moi la grâce de
passer une bonne nuit, meilleure que je n’ai passé la journée, et tous les jours en suivant.»
% 2% En passant devant une croix
Croix bénie, je vous salue.
Prenez mon cœur en bonne pensée, Mon âme sera sauvée.
Invocation à Sainte Barbe contre le tonnerre
Sainte Barbe, sainte Claire, Préservez-nous du tonnerre, Et quand le tonnerre tombera, Sainte Barbe me préservera.
Variantes :
Sainte Barbe, sainte Fleur,
Par la croix de mon Sauveur, Préservez-moi du tonnerre,
Quand le tonnerre tombera, Sainte Barbe me gardera.
Quelques personnes riches de la ville de Rennes possèdent une petite cloche bénite à Notre-Dame de Lorette qu’elles agitent pendant les orages. Cette sonnette a le privilège, elle aussi, de préserver du tonnerre.
Pour faire passer le Hoquet
Dire sept fois sans respirer :
— J'ai le hoquet, — Qui l’a fait?
— C'est le Jésus.
Orémus, Je ne l'ai plus!
Lorsque les habitants des cantons d’Antrain et de Saint-Aubin-d’Aubigné passent, le jour, devant un calvaire ou une croix, ils se découvrent en disant :
s6 FOLK-LORE DE L’'ILLE-ET-VILAINE
Croix de mon Sauveur, Préservez-moi de tout malheur, Et surtout de la damnation éternelle.
Mais après le coucher du soleil jusqu'au lever du jour, ils passent indifférents devant la croix, sans se signer, sans se découvrir, sans prier, et cela parce que, disent-ils, c’est l'heure à laquelle les âmes du purgatoire viennent demander à Dieu le pardon de leurs fautes.
Les vivants ne doivent pas distraire ces pauvres âmes qui seraient alors obligées de
recommencer leur prière.
NOELS Le Pommier de Noa!.
La bonn’ Vierge et saint Josè, À Noa s’en sont allés
A Noa ! Noa ! Noa !