‹ Folk-lore de l'Ille-et-VilaineChapitre 6 sur 51 · Noël · texte numérisé non relu

Noël

Dans l’chemin ont rencontré Un gentil petit pommier, A Noa ! Noa ! Noa !

La saint’ Vierg’ dit à Josè:

— De ce fruit je veux manger,

A Noa ! Noa! Noa !

— Nenni, nenni, c'est péché De toucher à ce pommier,

A Noa ! Noa ! Noa !

La saint’ Vierg’ fut pour en prendre, Le pommier s’est abaïissé,

A Noa ! Noa ! Noa !

Saint Josè voulut en prendre, Le pommier s'est relevé,

A Noa ! Noa ! Noa !

C'est à c'moment que Josè Vit bien qu'il avait péché, À Noa ! Noa ! Noa!

Aux pieds de la saint’ Vierge, A genoux il s’est jeté,

A Noa ! Noa ! Noa!

€ Ah ! relevez-vous, Josè, Votr’ péché est pardonné. »

A Noa! Noa ! Noa!

(Noël des religieuses de l’ancien monastère de Teillay, dans le canton de Bain.)

ee ; — D'où viens-tu, bergère ?

D'où viens-tu ?

— Je viens d’une étable, Voir l'enfant Jésus, La Vierge sa mère,

Saint Joseph en plus.

— Est-il beau, bergère ?

Est-il beau ?

— Plus beau que la lune Et que le soleil ;

Jamais sur la terre,

On n'vit son pareil.

— Rien de plus, bergère ?

Rien de plus ?

— Saint Joseph, son père, Saint Jean son parrain, Et sa bonne mère

Qui lui donne le sein.

— Rien de plus, bergère ?

Rien de plus ?

— Quatre petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du Père éternel.

Allons voir cet enfant Dieu Tout glorieux (bzs).

C’est une vierge qui l’a conçu

Dans une étable ; C’est une vierge qui l’a conçu Vers le minuit.

Saint Joseph dit à l'enfant :

(« Voilà votre maman (bzs),

» Car pour moi, je ne suis pas » Votre vrai père ;

» Car pour moi je ne suis pas, » Votre papa.

» Votre père est dans les cieux, » Tout glorieux (bis), » Et je ne suis qu’adorateur

FOLK=-LORE DE La LLE-ET-VILAINE

» De son image; » Car je ne suis qu’adorateur, » Son serviteur. »

Saint Joseph dit à Jésus:

« À l’âge de douze ans (bzs), » Je vous apprendrai le métier, » De ma boutique:

» Je vous apprendrai le métier » De charpentier. »

Saint Joseph dit à Jésus :

«Voilà du bois pour faire une croix(bss),.

» Et cette croix vous conduira » Jusqu'au Calvaire, » Et cette croix vous conduira » Jusqu'au trépas. »

Dialogue des Bergers

— Michaud, qui cause ce grand bruit Que l'on a fait toute la nuit

Tout autour de notr’ voisinage?

J'ai pensé me mettre en courroux

D’entendre crier du village Sus, sus, bergers, réveillez-vous (b1s).

Ce bruit croissait de plus en plus,

Il criait comme un déperdu :

C’est trop dormir! qu’on se réveille! Il répétait toujours cela :

Bergers, venez voir la merveille

Et vos troupeaux laissez-les là (bts).

— Eh quoi! Pierrot, ne sais-tu pas Qu'un Dieu vient de naître ici-bas ?

Il s’est réduit dans une grange !

H n'a ni langes ni berceau ;

Et dans cette misère étrange

Tu le verras: rien n'est si beau (bts).

— Michaud, parle plus clairement, Tu me mets dans l’étonnement

Sans que je puisse y rien comprendre, Je t'en conjure, explique-toi.

Mais pour te faire mieux entendre, Mon cher voisin, entre chez moi (bis).

Qui t'a dit, voisin, qu'en ce lieu, Voulut bien s’abaisser un Dieu

Pour qui rien n'esttrop magnifique ?

— Les anges nous l'ont fait savoir Par cette charmante musique

Que l’on entendit hier au soir (bzs).

Allons, berger, car il est temps, Allons lui porter un présent

Et lui faire la révérence.

Voyez Jeannot comme il y va; Suivons-le tous en diligence

Et nos troupeaux laissons-les là (bzs).

Colin qui porte un agnelet.

Son petit-fils un pot au lait

Et deux oiseaux dans une cage.

Robin, lui, porte un gâteau ;

Pierrot du beurre et du fromage,

Et le gros Jean un petit veau (hrs).

Nous lui fimes tous nos présents ; Nos souhaits et nos compliments.

Tout autour de lui, en cadence, Nous lui souhaitâäm's le bonsoir

En lui faisant la révérence,

Adieu, poupon. jusqu’au revoir (bts).

La Passion et la Résurrection de Notre- Seigneur Jésus-Christ

Les jeunes gars des villages des cantons de Bécherel, de Tinténiac, de Hédé, ont conservé une vieille coutume. Ils s’en vont dans la nuit du samedi au dimanche de la Passion, chanter devant la porte des fermes, le cantique que nous donnons ci-après.

On leur remet pour leur peine, des œufs, du cidre et des pièces de monnaie. Dans les maisons où les fermiers ne sont pas encore couchés, on invite les chanteurs à entrer, et on leur offre à boire et à manger. .

Ils sont armés de perches, et lorsqu'ils sont mal accueillis, ils abattent avec leurs gaules, les têtes de choux dans les jardins et les courtils.

Chanterons-nous la Passion

Du doux Jésus, c’est l’oraison.

Chantons donc tous, à haute voix, Vive Jésus, vive sa croix!

Jésus descend du Paradis - Pour venir sur la croix mourt.

A descendre par pluie et vent, Pour endurer plus de tourments.

Judas, plus traître qu'un lion, Vendit son maître sans raison.

Trent” pièc's d'argent assurément, Judas vendit son Tout-Puissant.

Trente deniers, argent recu, Judas vendit son doux Jésus.

Tu l'as vendu, tu l'as trahi,

Sur la croix tu l’verras mourti.

Judas, de rage et de dépit,

Trouva un arbre et s’y pendit.

— Judas, Judas, ne t’y pends pas, Demand’ ton pardon, tu l'auras,

— Ah ! quel pardon lui demander?

Un Dieu que j'ai tant offensé!

— Pardonnez, pardonnez, mon fils;

Pardonnez à ce peuple ici.

— Faudra-t-il lui pardonner ?

I foula mon sang sous ses pieds.

Quand les trompettes sonneront, Trois anges du ciel descendront,

DE LA VIE À LA MORT ôs

Diront aux morts : « Relevez-vous, Venez au jugement si doux. »

Ce jugement sera si grand, Que l’on jug'ra petits et grands.

Chacun de nous sera jugé,

Suivant qu'il aura mérité.

Ah! qu'il fait noir, mauvais marcher !

Le point du jour est égaré.

Si v'n'avez ren à nous donner, Pourquoi nous fair’ tant espérer ?

Le Dieu sauveur un jour viendra ; Ce sera lui qui pardonn'ra.

Chanterons-nous la Passion ?

Du doux Jésus c'est l’oraison.

Chantons donc tous à haute voix:

Vive Jésus ! vive sa croix !

Lorsqu'une porte reste fermée, l’un des

jeunes gens chante :

Si v'n'avez ren à nous donner, Donnez-nous la fill” de l’'Hôté*, Un camarade la râmènera.— Alleluia, Alleluia, afleluia, alleluia !

1, Maison. Si

Pa

Autre cantique de la Passion, chanté également aux portes des fermes, la veille du di-

manche de la Passion, dans la commune de Loutehel :

La Passion du doux Jésus, Vous plairait-il entendre ?

Écoutez-la, petits et grands, Et prenez-y exemple: ::

Quand le doux Jésus était p'tit, Ÿ faisait pénitence :

Il a jeuné quarante jours, Quarante nuits suivantes,

Sans jamais ni boir’, ni manger Qu'une pomme d'orange,

Que sa saint’ mèr’ li avait donné Dans sa jolie main branche.

Encor’ ne l'a-t-il pas mangée, En fit part à ses anges,

Et à saint Pierre et à saint Paul, À saint Michel archange.

Saint Pierre il a dit à saint Jean:

— Que la misèreest grande !

Le doux Jésus l'ia répondu :. .

— Vous en voirez ben d'autres ;

Vous votrez la mer fiamboyer Comme un fiambeau qui frambe.

Vous votrez les petits orstaux Mourti de sur la branche.

Vous votrez la terre trembler, Et les rochers se fendre;

Vous voirez mon sang ruisseler, Tout oleva' de mes membres.

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