I. Motte
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place à table du marié et de la mariée. Mais celle-ci doit bien se donner garde de s'asseoir sur Toreiller, elle doit le faire enlever, ou sinon elle serait qualifiée de paresseuse ou de mauvaise femme de ménage.
Pendant le repas, une personne chante :
Nous somm's venus ce jour, Du fond de nos villages, C'est pour vous annoncer La joie du mariage, A monsieur votre époux, Aussi bien comme à vous ; Embrassez-vous tous deux Et soyez bien heureux.
N'avez-vous pas été Ce matin à la messe > Avez-vous entendu Ce qu'il a dit, le prêtre ?
Fidèle à votre époux, De Taimer comme vous, Fidèle à votre époux.
Le restant de vos jours.
L'amant qui vous a pris,
C'est un garçon bien sage.
Il a bien le talent
D'y conduire un ménage.
Ahl le joli talent,
Que le prix en est long ;
Ah I le joli talent.
Que le prix en est grand !
Quand on dit son époux, On dît souvent son maître ; Ils ne sont point si doux Comme ils ont promis d'être.
Ont promis d'être doux, Le reste de leurs jours ; Ont promis d'être doux, Ne le sont point du tout.
Aujourd'hui grand festin.
Tout le mond' vous honore ; Et peut-être demain, Ça dur'ra-t-il encore ?
Mais au bout de trois jours.
Vous rest'rez seuls chez vous ; Mais au bout de ce temps, Vous s'rez seuls à présent.
l88 FOLK-LORE DE l'iLLE-ET-VILAISE
Il VOUS en souviendra, Madam' la mariée, D'avoir été liée Avec un lien d'or Qui dur' jusqu'à la mort ; D'avoir été liée Avec un lien d'argent Qui dure aussi longtemps.
Tenez, v'ià un bouquet, Que ma main vous présente ; Prenez-en une fleur, Pour vous faire comprendre Que tous plaisirs, honneurs.
S'en vont comme les fleurs.
Tenez, v'ià un gâteau, Que ma main vous présente ; Prenez-en un morceau Pour vous faire comprendre Qu'il faut pour vous nourrir, Travailler et soufiFrir.
Vous n'irez plus au bal, Madam' la mariée ;
RestVez à la maison, Tandis qu'les autr's ircmt, Vous bercVez les poupons, Tandis qu'les autres iront.
Si vous avez chez voua Des bœufs, aussi des vaches« Des brebis, des moutons^ L'embarras du ménage, Faudra soir et matin Veiller à tout ce soin.
Si vous avez chez vous, Enfants et domestiques, Faudra faire écouter La parole de Dieu, Car vous seriez tous detnc.
Coupables devant Dieu.
Au milieu du dîner, c'est-à-dire lorsque k soupe et les nombreux plats de ragoûts ont été mangés, tout le monde de la noce se lève de table et va, avec les violons^ chercher les rôtis qui sont à cuire au four.
IQO FOLK-LORE DE l'iLLE-ET-VILA1NE
On range les plats de rôtis par terre et le marié et la mariée dansent autour en disant :
— Vous faudrait-il du rôti Pour vous exciter l'appétit?
Et Ton retourne se mettre à table pendant que les servants déposent de nouveaux plats devant les invités.
Au Pertre, lorsque la mariée entre pour la première fois chez elle, on la fait passer par une porte de derrière. Son mari, pour aller la rejoindre, est obligé de pénétrer par la
porte de devant laquelle est bouchée par un petit arbre orné de rubans et de fausses fleurs qu'on appelle un Mat et qui a été planté là par les servants.
Le marié, pour Tarracher, est souvent obligé de tirer dur et longtemps, car les racines de cet arbre ont été enterrées exprès très profondément.
Les Noces à Bourgbarré, près Rennes
La veille de la noce, la mariée va se mettre à genoux devant ses parents et leur demande leur bénédiction.
La fille d'honneur qui l'accompagne, chante, pour la mère, la chanson suivante :
O ma fille chérie (6ts), Pour nous quitter, tu t'es mise à genoux;
Tu veux donc laisser ta famille,
Le foyer paternel pour suivre ton époux?
Pour la premier' fois, ta chambre restera vide,
J'irai prêter l'oreill' sans entendre tes pas ;
Dans les sentiers déserts, dans les jardins
[arides,
Pour la première fois, je ne t'y verrai pas.
Oh 1 pourtant, sois heureuse,
Suis l'époux que ton cœur a choisi ;
Oh! pourtant, sois heureuse,
V^a, mon enfant, je te bénis !
Dieu commande à la femme De tout quitter pour suivre son époux ; Sois donc sans regret dans ton âme.
Compagne de celui qui t'éloigne de nous.
Donne-tui tout ton cœur et ta pensée entière.
A lui seul maintenant, à lui seul ton amour ;
Garde bien, cependant, un souv'nir pour ta
[mère,
Qui séparée de toi, pleurera plus d'un jour.
Oh ! pourtant sois heureuse.
Suis Tépoux que ton cœur a choisi ;
Oh ! pourtant, sois heureuse, Va^ mon enfant, je te bénis !
Vous, à qui je confîe Ce bien si cher, ce bien si précieux, Je vous donne plus que ma vie.
Vingt ans je Tai nommée le trésor de mes yeux. Vous me remplacerez près d^elle sur la terre. Voua toQ l^avez juré, vous me Tjurez encor, Si vous aimez ma fiU', comme Taimait sa mère. Vous aurez mérité le prix de vos bienfaits.
Va, ma ÛU\ sois heureuse, Suis Tépoux que ton cœur a choisi ;
Va, ma fllP, sois heureuse.
Allez, enfants, je vous bénis !
Le Découronnement de la mariée
A la fin de la noce, on assied la mariée dans une chaise, près de son lit.
Une tailleuse décache la couronne et ne laisse qu'une épingle que le mari doit enlever à tâtons.
Pendant cette cérémonie, une jeune fille, ou bien la tailleuse, chante au nom de la mariée :
Oh ! moment heureux de Tamour,
Me voici enfin mariée ; Mon cher époux, dai>s ce beau jour,
Je te confie ma destinée.
Je t'oflfre ma main et mon cœur, N*pouvant t'en offrir davantage ; Mais je veux faire ton bonheur Et le charme de ton ménage.
Et vous, parents de mon époux.
Me voici enfin votre fille ; Daignez m accepter parmi vous, Bonne et honorable famille.
Comme lui, je dois vousainter, Etre votre sincère amie ;
Et si ce jour peut vous flatter, Ce sera le plus beau d'ma vie.
A tous mes parents et amis^ J'offre un hommage bien sincère ; Mais avant, qu'il me soit permis De l'offrir à ma tendre mère :
C'est eir qui m'a donné le jour, C'est eir qu'a soigné mon enfance, Elle a des droits à mon amour, Autant qu'à ma reconnaissance.
Oh ! je sais bien, mon cher époux.
Que tu ne seras pas volage; Il est impossibl' de changer, Tu m'as tenu trop doux langage ; Mais si tu venais à changer. Que tu n'aim'rais plus ton amie, Tu verrais bientôt commencer Les malheureux jours de ma vie.
Ecoute bien, mon cher époux.
Ce que ma franchise t'adresse :
Je veux des plaisirs les plus doux Couronner ta vive tendresse;
Mais si quelquefois, parmi nous,
Il s'élève un sombre nuage,
Je te dirai : « Embrassons-nous,
Et faisons la paix du ménage h) (bis).
(Communiqué par Marie Turpin, tailleuse à Bourgbarré.)
Les Noces à la Boussac
(dans Tarrondissement de Saint-Malo)
Il n'y a pas plus de trente ans, dans la commune de la Boussac, lorsque la mariée sortait de l'église^ elle offrait à tous ceux qui venaient la complimenter, des épingles extrêmement petites, appelées épingles de la mariée.
Cette coutume n'existe plus. Le marié offre seulement une prise de tabac à toutes ses connaissances.
Les noces, dans cette commune, comme dans beaucoup d'autres endroits, ont lieu le mardi ; mais à l'époque des épingles de la mariée^ l'époux ne couchait avec sa femme que le dimanche suivant. La femme restait dans sa famille.
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Ce jour-là, on les obligeait à se mettre au lit dans raprès-midi et on leur portait la rôtie.
Comme les Hts sont très élevés, il y a un banc placé devant pour permettre d'y monter.
Pendant que les amis se livraient à des plaisanteries plus ou moins risquées, en regardant les époux mordre dans les morceaux de pain enfilés par une corde et trempés dans le vin, des femmes apportaient sur le banc, un berceau rempli de jouets d'enfants, de petits sabots, de couteaux, de cuillèfeB, de fourchettes, d'assiettes, d'écuelles, etc., et elles •berçaient tous ces objets qui en s'entrëcho- 'qtmnt produisaient unbriiit étourdissant.
(Communiqué par Tlnstituteur de la Boussac).
Une Noce à Bréal-sùtts-Mûnt/ort
Lorsque la messe est terminée au maîtreautel, la fîUe d'honneur prend la mariée par lebras et, toutes les deux vont prier à l'autel de la Vierge pendant que les gens de la noce
DB LA VfB A LA MORT 1^7
se» rendent à la sacristie. L& marif la cérémonie complètement achevée, va chercher sa femme pour l'emmener.
Là, comme ailleurs, avant de quitter le bourg, la noce se rend dans un cabaret pour manger la beurrée qui se compose de pain, de beurre et de cidre.
Le départ a ensuite lieu, dieux par deuiÇf violon et mariés en tète ; mai^ au lieu d^e. ^9r. monter dans les voitures qui les pat; ameiiNés^ le matin, tous s'en vont à pied.
Pour égayer la route, ils chantent, accompagnés du crin-crin^ ce qu'ils appellent des chansons de marche. 11 y en a de dieux sortes, les unes qui sont des rangaines et lea autres de véritables chansons.
Exemples :
1* Rangaine :
Voici le premier iour du mois d'avril,.
J'entends la caiir, la ferderix ; J'entends la caill', les petits oiseaux, La joli' tourtereir dans les ormeaux.
Voici le second jour da mois d'avpil,
etc.
iqS folk-lgre de l'ille-et-vilaine
On peut ainsi chanter autant de couplets que Ton veut.
2^ Chansons de marche :
Chaque vers est chanté deux fois par une personne appelée le meneur, puis le couplet entier, c'est-à-dire les deux vers, sont répétés également deux fois par tout le monde.
Sur le Vert joli
Sur le vert joli, entre vous autres, les filles (&îs), Sur le vert joli, qui prenez des maris (bts). Sur le vert joli, n'en prenez pas des jeunes (6is), Sur le vert joli, ni de trop vieux aussi (bis). Sur le vert joli, moi j'en ai pris un jeune (bts)^ Sur le vert joli, jecrois qu'y mfra mourrt(bts). Sur le vert joli, il va-t-à la taverne (bis)^ Sur le vert joli, et revient za minuit (bis). Sur le vert joli, frapp' le pied dans la porte
(bis).
Sur le vert joli, la porte il faut ouvrir (bts). Sur le vert joli, prend la barr' de la porte (bis).
Sur le vert joli, m'y reconduit au lit (bis), Sur le vert joli, il cassera ma table (bis), Sur le vert joli, les quenouilles de mon lit (bis). Sur le vert joli, il frappe sur la berne ^ (bis). Sur le vert joli, au proch' de moi aussi (bis). Sur le vert joli, voilà comm' sont les hommes, Sur le vert joli, voilà comme est
On désigne, pour faire rire, celui des invités qui n'a pas la réputation d'être tendre avec sa femme, ou bien encore un jaloux ou un ivrogne.
Les servants et servantes pris parmi les parents et amis des mariés vont, lorsqu'ils aperçoivent la noce qui revient de la messe, au-devant d'elle à deux ou trois champs avec un pot de cidre et des verres pour offrir à boire aux mariés et aux invités. On boit dans le même verre sans répugnance.
Une fois arrivés au village, les noçous, avant le repas, dansent une ou deux contfedanses.
• C'est seulement vers trois heures de l'aprèsmidi, qu'on se met à table. Ce festin dure