‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine: De la vie à la mort (volume 2)Chapitre 29 sur 36 · COUTUMES ET USAGES · texte numérisé non relu

COUTUMES ET USAGES

Le vendredi-saint de chaque année, de nombreux pèlerins se rendent à la chapelle de Saint-Eustache, dans la commune de Saint- Étienne-en-Cogles. Ce pèlerinage est suris

tout le rendez-vous des femmes stériles qui désirent avoir des enfants.

On rencontre dans la commune de Memel, au fond 'd'une vallée, près d'une fontaine, non loin du manoir du Bois-au-Voyer, une antique chapelle connue dans le pays sous le vocable de Notre-Dame-de-Joie,

Les jeunes femmes privées des douceurs de la maternité vont à cette chapelle prier Marie de leur faire la grâce de devenir mères. Les ex-voto déposés sur Tautel prouvent que les vœux pieusement exprimés ont été exaucés*

Voici la légende de Notre-Dame-de-Jote :

En 1644, vivaient au château de la Botheleraye, dans la paroisse de Pipriac, René de Tournemine et Renée Peschart, son épouse.

Bien que favorisés par la fortune, ils souffraient de n'avoir pas d'enfants et n'espéraient plus voir leur rêve se réaliser, puisque leur union remontait déjà à plusieurs années.

Or, un jour que M"* de Tournemine se promenait sur ses terres, elle traversa la

grande lande d'Anast et passa près d'une vieille chapelle qui tombait en ruines. Elle y entra et pria dévotement. En levant les yeux sur les murs lézardés du pauvre édicule, elle vit le soleil qui passait à travers le toit et fît vœu, si elle avait un fils, de relever la chapelle.

Dix mois après, le 19 avril 1645, les cloches de Pipriac sonnaient à toute volée pour annoncer le baptême de Jean-Joseph de Tournemine.

Des ouvriers commencèrent immédiatement les travaux de la chapelle qui fut terminée et bénite au mois de septembre 1647.

On dit dans le canton de Bécherel, qu'une femme enceinte ne doit jamais, pendant tout le temps de sa grossesse, être la marraine d'un enfant, ou bien Tenfant qu'elle mettra au monde sera sourd-muet.

11 ne faut rien refuser à une femme enceinte qui a des envies, ou sans cela, Tenfant qu^elle porte dans son sein aurait sur le corps et peut-être même sur la figure des taches ayant rapport avec la chose désirée.

11 ne faut pas non plus lui faire voir des choses qui pourraient l'impressionner.

Ainsi dans un dîner offert par M. de Saint- Germain, ancien officier amputé d'un bras, et nommé receveur des finances à Redon, se trouvait une dame enceinte.

Elle fut tellement émotionnée en voyant la difficulté qu'éprouvait M. de Saint-Germain à manger avec une seule main, que plus tard elle accoucha d'un enfant qui n^avait qu*un bras.

Quand une femme est entre son quatrième et cinquième mois de grossesse, si elle .désire savoir de quel sexe sera son enfant, elle a deux moyens à sa disposition.

I* Prier quelqu'un del'observer sans qu'elle le sache, trois matins de suite, et de. remar-

quer sur quel coude elle s'appuie de préférence en sortant du lit.

Si c'est sur le coude droit, ce sera une fille; si c'est sur le coude gauche, ce sera un garçon.

2* Dans la journée, lorsqu'elle est assise sur un siège bas, lui faire légèrement peur afin de voir de quel côté elle se penchera.

Si c'est du côté droit, fille; du côté gauche, garçon.

Si la lune ne change pas dans les trois jours qui suivent la naissance d'un enfant, celui qui naîtra après lui sera du même sexe.

Les mariés de Tannée, à Sougéal, ont l'habitude d'ofiFrir, le jour de la fête de Saint- Jean, des épingles dorées à leurs amis et connaissances.

Voici l'origine de cette coutume :

(( Jadis, le dit jour Saint- Jean-Baptiste, il

était dû au seigneur de Tréet par les nouveaux et nouvelles mariés qui épousent en Téglise de Sougéal, un devoir de chanson que les dites mariées chantent ou font chanter à haute voix à Tissue de la grand'messe audit bourg de Sougéal, et après la dite chanson chantée, elles sont tenues de présenter des épingles au seigneur et à ses officiers, et les sergents et les maris sont tenus d^y assister sous peine d^amende.»

(Archives départementales d'Ille-et- Vilaine.)

Dans certaines communes des arrondissements de Rennes et de Fougères, lorsqu^à la suite d^une querelle de ménage une femme battait son mari, les hommes du bourg et des villages voisins s^emparaient de toutes les chèvres du pays, leur pendaient des grelots et des clochettes au cou, leur peignaient les cornes en rouge et les attelaient toutes à une petite charrette à bras. Deux hommes, dont Tun était habillé en femme, montaient dans

le véhicule, et Tattelage accompagné de conducteurs, — un par bête, — ayant tous une quenouille au côté, se rendait en chantant au son du violon, de la clarinette et de la feuille de brou^ devant la maison de Tépoux battu.

Là, lecouple monté dans la charrette se livrait à une scène de pugilat des plus comiques où se mêlaient souvent la quenouille et le balai.

Après cette comédie, il arrivait rarement que la femme contre laquelle cette manifestation était faite, eût envie de recommencer à battre son mari.

Autrefois à Romazy, au moment du carnaval, les jeunes gens promenaient Bidoche de maison en maison. On le faisait danser au son de toutes sortes d'instruments. Voici ce que c'était que Bidoche :

On prenait une échelle de la longueur du corps d'un cheval, on garnissait cette échelle

I. Lierre. On imite avec la feuille du lierre pliée et placée entre les lèvres, le cri de certains oiseaux.

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de cercles de barriques ; à un bout on figurait le cou et la tête d'un cheval, le tout était recouvert d'une housse richement décorée.

Ensuite deux jeunes gens passaient la tête et les épaules dans le corps de Bidoche, ne laissant paraître que les jambes pour imiter les quatre pieds de la bête.

L'homme de devant tenait dans ses mains une ficelle fixée à la mâchoire inférieure du faux animal, lequel avait la bouche garnie de drap ou d'étoffe rouge recouvrant des pointes finement aiguisées. Malheur à celui qui mettait la main dans la bouche de Bidoche, car le premier porteur tirait sur la ficelle, et l'imprudent avait la main serrée de façon à le

faire crier.

Il y a une quarantaine d'années, cette coutume existait encore; mais un jour Bidoche fut conduit chez l'institutrice de Romazy, qui eut une peur effroyable, tomba malade et mourut quelques jours après.

Le maire interdit alors la promenade de l'animal fantastique.

Depuis bien des siècles, il existe dans la commune de Rimou la confrérie des Cornes^ dont la fête est célébrée le jour de l'assemblée de l'endroit .

Pour être membre de ladite confrérie ou cornard (on prononce cônard)^ on paie deux sous seulement, moyennant lesquels chaque souscripteur a droit à sa quote-part des 52 messes qui sont dites chaque année à Rimou à l'intention desdits cônards, et en plus à une corne d'un petit pain à quatre cornes. Quand on est un membre sérieux^ on ne laisse pas le bedeau vous détacher une corne du pain ; on paie 30 centimes de supplément pour l'avoir tout entier. Ce pain passe pour se conserver indéfiniment sans moisir ni se putréfier, mais non pas sans durcir.

Un jour un curé de Rimou voulut supprimer la confrérie, mais immédiatement les fabriciens démissionnèrent, et il ne put en trouver d'autres ' il fallut bien mettre les pouces et céder I Du reste les cornes étant ofifertes gracieusement par les fabriciens, c'est un assez joli bénéfice pour le clergé de la pa-

roisse, car les habitants des communes voisines se font également inscrire comme cônards.

La confrérie comprend 12 à 1500 adeptes.

11 y a environ cent ans, on négligea une année de faire la distribution du pain, et il survint un orage épouvantable qui ravagea toutes les récoltes de la paroisse. Les Rimois supposèrent que c'était une punition du ciel en raison de la suppression des cornes, et ils s'empressèrent de rétablir la confrérie.

Aux Ififs, et même dans tout le canton de Bécherel, les hommes, le dimanche à la vesprée, se livrent à un jeu cruel.

Ils enterrent jusqu'au, cou un canard (ou à défaut de canard un lapin), dont on ne voit plus que la tête.

L'un des joueurs placé à cinquante mètres de Fanimal est armé d'une faulx et a un bandeau sur les yeux. 11 doit ainsi essayer de couper la tête de la pauvre bête.

S'il ne réussit pas, un autre le remplace jusqu'à la mort complète de la victime qui de-

vient alors la propriété de son meurtrier.

Celui-ci la met en loterie ou l'emporte chez lui pour la manger en famille.

Chaque individu paie une petite cotisation pour prendre part à ce jeu qui est quelquefois remplacé par un lâcher de poules qu'il faut attraper à la course.

Je me rappelle qu'à la fin du règne de Louis-Philippe, les habitants de la petite ville de Bain organisaient tous les ans, pour le 15 août, un papegai.

C'était une sorte de pigeon de bois, confectionné avec de la racine d'ormeau. Cet oiseau, me suis~je laissé dire, était mis à bouillir dans de l'huile, afin que les balles ne le brisassent pas du premier coup.

Le jour de la fête, tous les tireurs qui s'étaient fait inscrire, et qui avaient souscrit au banquet du soir, se réunissaient sous la halle, au son du tambour. Les gardes nationaux avec leurs fusils à pierre et les chasseurs, les uns avec des canardières, les autres avec des fusils à un ou deux coups venaient s'ali-

gner dans le rang et se dirigeaient ensuite, Tarme sur Tépaule, par le village de Gravot, au bas de la butte de Bertaud.

Le papegai était solidement cloué au haut d'un pieu, bardé de fer, lequel était fiché en terre à mi~côteau, à environ cinquante mètres des tireurs.

Puis le tir commençait.

Tous les habitants venaient assister à cette fête. Des tentes étaient dressées au milieu des bruyères, et Ton vidait force chopines de cidre et bouteilles de bière en mangeant des fruits et des gâteaux.

Chaque fois que le pigeon était atteint d'une balle, un roulement de tambour se faisait entendre en l'honneur de Tadroit tireur.

Enfin, quand le dernier débris de Toiseau venait à tomber par terre, celui qui Tavait abattu était couronné et amené en triomphe à la place d'honneur du festin.

L'année suivante, c'était lui qui devait fournir le papegai.

Plus tard, quand la garde nationale fut désarmée, on essaya d'un autre jeu qui, fort heureusement, n'eut pas de succès.

C'était une malheureuse oie que Ton pendait par les pattes aux branches d'un pommier. Les joueurs armés d'un sabre, et la vue bandée, étaient placés à une certaine distance de la bête. On leur faisait faire plusieurs tours sur eux-mêmes et on leur disait d'aller. Ils cherchaient avec la lame aiguisée de leur sabre à trancher la tête de l'oie.

L'infortunée bête avait, la plupart du temps, le cou dépouillé avant d'être décapitée complètement. C'était écœurant! Celui qui achevait de couper la tête de l'oie en était le propriétaire.

Deux fois par an, à Noël et au mardi-gras, chaque famille se réunit chez les grands-parents pour manger l'oie grasse.

A Vitré, le jour de la mi-carême, dans chaque famille, même les plus pauvres, le dîner se compose exclusivement de crêpes de farine de froment. Comme la famille est souvent nombreuse, on commence à faire ces crêpes plusieurs heures avant le repas et on les sert sur la table en piles énormes.

Quand on tue un cochon (sauf votre respect), c'est toute une fête à la campagne. Non seulement on envoie du boudin et de la saucisse aux voisins et aux amis, mais encore on offre à sa famille un dîner qu'on appelle la boudinailley et qui est un véritable repas de Gargantua.

On n'y mange que du cochon, mais sous les formes les plus diverses : griaux, casse, pâté, boudins, saucisses, gras-double, etc., etc., le tout arrosé de nombreux pichés de cidre.

La Levée de la Faulx

On s'entr'aide entre voisins à la campagne.

A Tépoque de la coupe des foins ou de la récolte du blé, plusieurs cultivateurs s'unissent pour rentrer leur récolte. Un champ qui demanderait un nombre assez considérable de journées à un seul ouvrier est expédié dans un jour.

On travaille ainsi tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. Celui chez lequel on est, doit

nourrir tout le moiide. Cela s'appelle à Bain : La levée de la f aulx.

Cette coutume est charmante. Le travail se fait avec entrain et rapidement. Les repas ont lieu au milieu d'une franche gaieté.

Quand le paysan vanne son grain dans l'aire à la récolte, et qu'il est aveuglé par la poussière, il ne manque pas de dire : (( Il faut avaler sept boisseaux de poussière avant de mourir. ))

Les cuisinières, quand elles enlèvent la cendre du foyer, disent, elles aussi î « Il faut avaler deux boisseaux de cendre avant de passer l'arme à gauche. »

Quand un enfant se plaint de la cuisine de sa mère, celle-ci lui répond : a Quand tu -seras à ton gueriau bouilli on verra si tu seras mieux. ))

Cela veut dire : (( Lorsque tu seras chez toi, à ton compte, à ton ménage, à manger, malheu-

reux, du gruau bouilli, on verra bien si ta cuisine sera meilleure que la mienne. »

A Servon, lors de la récolte du chanvre et du lin, les gars et les filles du pays se réunissent pour aller dans les fermes s'offrir à porter le chanvre et le lin à rouir dans les rivières et dans les doués.

Après cela a lieu un repas suivi de danses et de chansons.

Dans le pays du Pertre, sur la limite de rille-et-Vilaine et de la Mayenne, au commencement de la récolte, les fermiers portent à leurs propriétaires une gerbe de blé ornée de fleurs et de rubans. On s'embrasse, on boit, on trhique à la santé les uns des autres, et plus tard, lorsque la récolte est complètement achevée, le maître réunit dans un dîner tous ceux qui cultivent ses terres.

Dans l'arrondissement de Vitré, on appelle Barbatte la fin de la récolte. Dans Tarrondissement de Fougères, on dit Parbatte.

Lorsqu'on a fini de battre le grain, on met de côté plusieurs gerbes sur lesquelles sont déposés des bouquets.

Les ouvriers vont chercher le fermier, sa femme et ses enfants qu'ils amènent dans l'aire, les femmes conduites par les journaliers, les hommes par les journalières. Le dialogue suivant a lieu :

— Que nous voulez-vous? disent les fermiers.

— Que vous veniez lever une gerbe trop lourde pour nous.

— Allons-y.

Le fermier et la fermière s'emparent des fleurs en disant : (( Voilà de beaux bouquets, il faut les empiéter^)) c'est-à-dire se donner un baiser, ce qui est aussitôt fait. Du cidre est apporté, l'on trinque à la santé de tout le monde. Puis les dernières gerbes sont battues, Ton s'en va dîner tous ensemble, l'on boit ferme et l'on chante.

Chanson de la Gerbe

La gerbe se chante depuis un temps immémorial dans la commune de Saint-Brice-en- Coglcs. C'est à la Parbatie, c'est-à-dire lorsque le battage des céréales est terminé, que toutes les personnes qui ont aidé à la récolte se réunissent dans Taire pour la chanter. Les hommes ont des bouquets à leurs chapeaux et les femmes des fleurs à leurs corsages.

Ah I salut à la bourgeoise, Et le bourgeois en suivant.

Battu nous avons la gerbe, ) , .

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