‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine: De la vie à la mort (volume 2)Chapitre 4 sur 36 · I. Petite meule de foin · texte numérisé non relu

I. Petite meule de foin

samedi, sans doute parce que le samedi est consacré à la Vierge et que c'est ce jour-là seulement que l'enfant doit revêtir sa robe blanche.

Lorsque Taccouchée se rend à l'église pour les relevailles, si la première personne qu'elle rencontre est un homme, le prochain enfant qu'elle aura sera un garçon ; si au contraire c'est une femme, c'est qu'elle aura une fille.

Elle emmène ordinairement avec elle la matrone. Elle conduit celle-ci, en sortant de l'église, dans un cabaret, où elle lui offre toutes sortes de consommations (vin chaud, café, liqueurs), afin que cette femme ne dise pas, dans les autres maisons où elle ira exercer son métier, qu'elle a été mal soignée.

Le mari est, lui, resté à la maison pour préparer un festin destiné aux deux femmes absentes et à quelques invités. Ce repas dure tout le restant du jour.

Les infortunées nourrices qui n'ont pas

suffisamment de lait vont en pèlerinage à certaines saintes qui ont le pouvoir de leur en donner.

La plus en renopi, dans le département d'IUe-et-Vilaine, est sainte Agathe que Ton invoque dans deux chapelles, à Langon et à Sixt.

/* Sainte Agathe de Langon,

Au dire des archéologues, la petite chapelle de Langon est une curiosité de notre Bretagne.

On suppose que cet édicule fut d'abord un temple mythologique dédié à Vénus, et ce qui le fait supposer c'est que la fresque qui décore la voûte absidiale représente une femme nue sortant de Tonde, entourée de poissons et d'un dauphin. Cette femme est coiffée à la romaine et tient dans les mains une banderole flottante.

Plus tard, lorsque les chrétiens affectèrent la chapelle de Langon à leur culte, ils la dédièrent à sainte Agathe, martyre, dont les mamelles coupées furent miraculeusement guéries.

lO FOLK-LORE DE L*ILLE-ET-VILAINE

C'est en souvenir de ce miracle que les nourrices qui ont les seins malades, ou qui n^ont pas de lait, vont demander à sainte Agathe, soit leur guérison, soit du lait pour sustenter leurs nourrissons.

Elles font pour cela, en priant la sainte, sept fois le tour de la chapelle.

Un gars de Langon voulut, par dérision, faire, lui aussi, sept fois le tour de la chapelle. Son voyage était à peine achevé que ses seins se gonflèrent, se remplirent de lait et le firent atrocement souffrir. Ce ne fut qu'en faisant amende honorable à sainte Agathe qu'il parvint à se débarrasser de son lait.

2" Sainte Agathe de Sixt,

On voit dans l'église de Sixt une statue représentant sainte Agathe qui tient l'une de ses mamelles dans ses mains.

Comme à Langon, beaucoup de pauvres femmes, qui voient leurs petits enfants souffrir parce qu'elles n'ont pas de lait en assez grande abondance, vont invoquer sainte Agathe, et presque toujours elles s'en retournent les seins gonflés.

^° Sainte Emerance, à Bain.

Lorsque Ton quitte la petite ville de Bain, par la route de Châteaubriant, on rencontre d^abord un bel étang, puis le village de la Chapelle. Ce hameau dont le nom rappelle Texistence d^une chapelle détruite, a seulement conservé comme dernier vestige de l'ancien édifice religieux une grossière statue de bois vermoulu qui représente, dit-on^ sainte Émerance.

Cette statue se trouve sur le bord de la route, dans une cavité de mur, et le voyageur qui passe en ces lieux est très intrigué de voir sur la tête de la sainte une quantité de petits bonnets.

Sainte Emerance a le pouvoir, elle aussi, de donner du lait aux nourrices qui n'en ont pas, et il en vient de tous côtés et de très loin, qui offrent à la sainte un bonnet qu'elles lui posent sur la tête.

^ Le père Laitu de Saint-Gondran.

Il y avait autrefois dans la paroisse de

la FOLK-LORE DE L*ILLE-ET-VmAINE

Saint-Gondran une fontaine miraculeuse à laquelle les nourrices allaient boire pour avoir du lait.

On raconte qu'un jour deux faucheurs étaient à travailler dans un pré voisin de la source. En juin, la chaleur est grande, et quand ils eurent vidé leur pot de cidre, ils eurent encore soif et se rendirent à la fontaine.

L*un dit à son camarade :

— Cré-tu, ta^ que cette tau donne du lait ?

— Je n'savons points mais on le dit.

— Ma, j'ny cré guère, et je défie ben, à cette tau de faire de ma ta femme et de me donner du lait.

Puis il se baissa et prit de Teau avec la main pour calmer sa soif.

De retour dans la prairie, il sentit, en fauchant, de grandes douleurs à la poitrine et ne tarda pas à être inquiet en voyant ses seins s'arrondir et répandre du lait.

Les douleurs devinrent tellement insupportables qu'il dut cesser son travail et s'en aller chez lui, où il ne put obtenir de soulagement qu'en allaitant des enfants.

DE LA VIE A LA MORT l^

C'est à partir de ce jour qu'on l'appela le

père Lai tu,

Lorsque l'enfant est sevré, la nourrice pour faire disparaître le lait qui la gêne, se met des brins de persil entre les deux seins. D'autres fois elle fait pâmer (ce qui veut dire flétrir) sur la tournette à galettes, chauffée au feu, des feuilles de petites pervenches (Vinca minor) qu'elle s'applique également sur la poitrine.

Page 1