Coureur
DE LA VIE A LA MORT l8l
reportait la farine. Il était bavard comme une pie borgne et, parcourant sans cesse tous les villages, il apprenait les nouvelles qu^il colportait d^un bout àTautre de la paroisse.
Ce n^était point alors comme de nos jours»
les gazettes étaient inconnues dans les campagnes, et les commères attendaient avec impatience le père Richard, pour savoir ce qui se passait loin de chez elles.
Le bonhomme aimait bien à lever le coude, et un jour qu'il s'était oublié à boire des chopines et à raconter ses histoires dans les fermes où il allait, le soleil était couché depuis longtemps lorsqu'il songea à retourner à Cicé.
Il grimpa à la fin sur son guichenas^ et se mit en route.
En longeant le talus d'un pré, il vit au clair de la lune, assis devant lui, un nain avec une grande barbe qui lui descendait jusqu'au bas du ventre, et de grands cheveux qui Tabritaient par derrière.
I. Nom donné à une race de chevaux de lande qui ont à peu près disparu, et qui autrefois étaient nombreux dans le canton de Guichen.
C'était tout ce qu'il avait pour le couvrir.
Le petit homme, pas plus haut que le genou d'une personne d'une Caille ordinaire, paraissait bien vieux, bien vieux, et riait en ouvrant une bouche d' u ne gra odeur déraEsurée.
Quand le cavalier approcha de lui, il l'interpella ainsi :
— Père Richard, si, loi, lu as bu tout ton soûl aujourd'hui, to mangé, car il n'avanc
- Tu :
failli moût
ton cheval, lui, n'a guire ancc point, s pas capable de le suivre.
■ Parions e là lin.
Lc si, Le premier rendu à la lantouiller l'autre dedans.
Est-c
— Accepté, dit h son cheval.
Mais quand it an tendait. Sans lui lai il empoigna le cour' l'attira à lui, avec u le trempa dans l'eai
— Ma revanche,
le, qui talonna
iva à la marc, le naîn l'atsser le temps de descendre 1H de pochées par un pied, ne force extraordinaire 1 tant qu'il put.
dit le pauvre diable tout
— Accepté, dit le nain, jusqu'au marais d'Apigné.
— Richard fouetta sa béte de toutes ses forces ; mais malgré cela, il trouva encore le nain qui l'attendait, et qui le traîna pendant plus d'un quart d'heure, dans la vase du marais et le laissa si bouillonnou^ si bouillon" nou ^ que personne n'aurait pu le reconnaître.
L'infortuné courou de pochées rentra chez lui malade, courbaturé, et resta couché pendant plus de huit jours à trembler les fièvres.
Le père Richard, sur ses vieux jours, ne parlait jamais, sans frissonner, de sa rencontre avec Petit-Jean, le lutin de Bruz.
(Conté par Garnier, de Bruz.)
Les aventures de Maître Jean
Deux filles de la Noë-Mahé, dans la commune de Saint-Brieuc-desI£Fs, avaient organisé dtsjilois dans leur étable.
Un soir qu'elles étaient à mettre des chaises