I. Jarretière
soupe, on entendait le mouton qui disait sur
sa pierre : « Soup^ soup* soup' soup' soup\ »
Un gars dit : « JVe dépaisseraV ^ MaîVJean^ ))
et, en efifet, il dit un matin au pâtou de la ferme : (( Va chercher des glaines et fais les
brûler pendant toute la journée sur la pierre où le mouton va s'asseoir. »
L'enfant fît ce qui lui fut commandé.
Le soir, à l'heure où le mouton devait venir, on enleva toute trace de feu, de glaines, de cendre, et les gars s'en allèrent sur le seuil de la porte de la ferme.
Maît'Jean arriva et alla s'asseoir sur la pierre qui était brûlante. Aussi ce soir-là n'eutil le temps que de dire une fois soup\ et de se sauver comme s'il avait le feu au derrière.
On ne le revit jamais dans la paroisse de Saint-Brieuc-des-lfiFs,et l'on apprit qu'il était allé jusqu'à Saint-Symphorien.
La Jument blanche
Trois fîUes du village de la Marionnais I. Je t'attraperai.
dans la esmmunc de Bruz (on prononce Ma-
rionnas), s'en allèrent un soir aux flots.
11 faisait quasiment nuit, lorsqu'elles arrivèrent près d'un grand marais dont il fallait
— Si nous pouvions le traverser, dit l'une d'elles, /serions rendues tout de suite.
— Ren n'est pu facile répondit une autre :
VU là une jument blanche, que je ne connais point, mais qui a l'air ben douce, et qui ne demandera pas mieux que de noua pas se r-
— Elle ne pourra toujours pas nous porter toutes les trois, ajouta la dernière.
— Elle en portera ben deux, répliquèrentelles ; l'une restera de l'autre côté pendant que l'autre reviendra chercher la troisième.
Et la plus brave sauta sur la bête en disant : « VienB-(», Victoire?)!
El Victoire grimpa à son tour.
— Il y a encore de la place pour (a. Céleste.
En e£Fet, jamais oi) n'avait vu Jument si longue.
Céleste monta, elle aussi, et il y aurait encore eu de la place pour une quatrième*
La jument, talonnée par les filles qui jacassaient et riaient comme des folles, avança gaillardement dans Teau qui lui monta bientôt jusqu^aux cuisses.
Les jeunesses étaient obligées pour ne pas se mouiller les pieds de se mettre presque à genoux sur la bête^ ce qui les faisait rire encore plus.
Tout à coup, toutes les trois poussèrent un cri, la jument venait de disparaître dans le marais, et les filles barbotaient dans la vase.
Elles entendirent ricaner dans une tou£Fe de jonc, et une voix leur dit :
Ah I Ah ! Ah I Les filles de la Marionnas, Irou* cor aux filois !
Les malheureuses eurent tellement peur qu'elles sg dé patout lièrent* ben vite et se sau-