LE DUC DE BIRON
Qui veutaudir chanson, Chansonnette jolie, Qui est de fait à Paris, A Paris la grande ville.
Biron le misérable, Qui a mal entrepris De tuer le roi, la reine, Et le prince leur Uls.
"Le roi fut averti Par un de ses gendarmes, Qui se faisait nommer Capitaine des armes.
« Sire, prenez bien garde Au maréchal Biron, Il a faitTentreprise De vous fair' trahison. »
104 CHANTS POPULAIRES DE LA VALLÉE d'oSSAU
Comme ildisait cela, Voil X BiroQ qui entre, Le chapeau à la main, Faisant sa révérence, Et en disant: « Mon prince, Vous plaît-il déjouer?
Voilà unebonn' somme Je viens de la gagner.
— Biron, si tu veux jouer, Va-tVn trouver la reine, Ta somme elle la jouera Et encor davantage Davantage si tu as.
— Biron, si tu veux jouer, 11 faut quitter tes armes,
— Pour crainte, ni pour rien.
Je ne les veux quitter, Pour vous, belle princesse Pourtant je les laisserai. »
Avant de voir trois fois,
Le grand prévôt il entre
Le chapeau à la main,
Faisant sa révérence.
En lui disant : « Mon prince,
Ne soyez pas fâché,
A la vaste Bastille
Il faut aller coucher.
— Ah ! traître de prévôt, De grand prévôt de France, Tu m'as bien attrapé Quand j*ai quitté mes armes.
Si j'avais mon épée
Et mon poignard doré.
Je te prendrais la barbe
Quand tu serais le roi. »
Moi j'ai (l, 11 est) resté trois jours
Sans boire et sans manger
Sans être visité
De princes ni de dames.
Mais un de la justice,
Qui faisait Tignorant,
Vint lui dire : « Mon prince,
Qui vous a mis dedans ?
— Ceux qui m'ont mis dedans
Ont pouvoir de m'y mctlre, C'est le roi et la reine Que j'ai servis longtemps, Et pour ma récompense La mort me font soulTrir.
— N'aye pas peur, Biron, Tu ne mourras encore.
— Il faut me pardonner Comme moi je pardonne
— Il n'y a pas de pardon, La parole du roi
Ne recule jamais.
— Adieu mon vieil ami> Tu vas à Taventure,
A quelque vieux soldat Serviras de monture.
Adieu, donc, mon épée Et mon poignard doré!
Adieu toute la France.
Adieu donc pour jamais ! »
(Simon Lassousse.)
On peut lire dans les Instructions relatives aux poésies populaires une autre version de cette espèce de complainte, qui doit être fort ancienne. Elle offre, d'une manière assez remarquable, des traces de la passion de Biron pour le jeu. En une année, suivant les Mé^ moires de Sully (t. VII, p. 74, note), il avait perdu plus de cinq cent mille écus.