INTRODUCTION
L’homme ne vit pas seulement de pain, disait de Lescure, mais surtout de surnaturel et de merveilleux (i) : c’est son pain quotidien, pain d’imagination et de sentiment dont il nourrit sa pensée. C’est la vie de derrière comme l’avait dit Pascal, et dans laquelle il trouvait un abri, du repos, des consolations contre les ennuis et les amertumes de la vie de devant !
La recherche du surnaturel est innée chez
(i ) Le monde enchanté. Paris. Didot, 1 883. g. in-8°.
tous les peuples. Quels sont les pays qui n’ont point leurs contes, leurs récits d’autrefois ? Partout, on retrouve les sorciers, les magiciens, les fées, les meneurs de loups. La superstition a fait irruption dans les châteaux comme dans les chaumières.
Faibles ou puissants, ignorants ou savants, elle impressionne tous les esprits, et les Rois du beau royaume de France étaient plus avides du surnaturel que le plus ignorant de leurs sujets.
Le Folk-Lore est, ce nous semble, la quintessence de l’esprit intérieur du peuple, il est le petit côté de son existence familiale ; il est le franc-parler comme le franc-penser populaires ; il est aussi l’expression des croyances religieuses, de la foi, de l’amour, de la crainte, de la superstition de toute une nation, de tout un peuple.
La grande histoire est établie, on lui a restitué ce que la critique d’autrefois avait négligé de lui attribuer ; les documents ont remplacé les hypothèses, et c’est pour cette raison que la fiction pour toujours séparée de sa sœur aînée, a cherché un refuge afin
qu’elle puissereconquérir ses droits à la vie ; le Folk-Lorisme est né de ce besoin, car il a son passé et ses archives, et si elles ne sont point classées sur les rayonnages poussiéreux d’undépôt, elles sont tout au moins religieusement conservées dans l’esprit et le cœur du peuple, elles ont bravé les révolutions, tant l’âme du peuple ne peut être détruite.
Plusieurs revues ont recueilli ces souvenirs, ces coutumes d’antan, leur but est de les généraliser ; le Folk-Lore d’une province les localise ; mais pour l’établir ce n’est ni dans les archives, ni dans les bibliothèques provinciales qu’il faut les rechercher; non, il faut les arracher à ceux qui les possèdent ; l’expression n’est point exagérée, le rustique montagnard ne livre point ses traditions si facilement.
Nous vivons à une époque où tout se matérialise ; les mœurs, les habitudes d’autrefois se transforment complètement, c’est un monde nouveau qui pousse sur l’ancien.
Les vieux usages disparaissent pour toujours, il n’est que temps d’en recueillir les
débris. Depuis plus de cinquante années, nous les avons rassemblés patiemment, un à un, nous les avons groupés, et ce sont eux que nous présentons aujourd’hui, sans le titre bien modeste de Folk-Lore Bourbonnais. Nous les donnons tels que nous les avons trouvés. Notre rôle est celui d’un chercheur qui met en lumière ce qu’il est allé découvrir au fond d’une mine ; nous avons fouillé le cœur populaire, et nous allons raconter ce qu’il nous a dit.
Nous ne donnons qu’un extrait de tout ce que nous avons recueilli ; c’est quatre volumes comme celui-ci qu’il nous eût fallu pour établir in-extenso le Folk-Lore Bourbonnais, tel que nous le possédons.
Nous pensons donner à la suite de ce premier volume : Proverbes et Dictons du Bourbonnais ; Noëls et Chansons populaires, avec airs notés ; Contes et légendes qui nous sont particuliers. Cet ensemble for*
mera tout ce que le Folk-Lore de notre province peut fournir.
Nous avons adopté l’ordre alphabétique, lequel, en supprimant un index, rend plus facile les recherches.
Abeilles. Si un essaim quitte sa ruche, les femmes l’y ramènent en frappant sur des poêlions, des chaudrons, pendant des heures entières.
Quand une personne vient à mourir où se trouve un rucher, on le couvre d’une bande d’étoffe noire qui doit y rester quarante jours, afin que les abeilles portent le deuil (i).
Pour établir un rucher prospère, il faut le placer dans la pièce de terre la plus rapprochée de l’église. En plaçant le rucher le plus près du Bon Dieu, les abeilles y demeureront plus attachées .
Quand il se célèbre un mariage dans la ferme, on réserve une part de pâtisseries sucrées, pour que les abeilles prennent part à la noce.
(i) Cet usage se retrouve en Bretagne. Voir Eybert d’York, et Hérard de Tours.
Agriculture. L’épouvantail. Pour empêcher les pies et les corbeaux de dévaster les champs ensemencés on accroche la dépouille d’un corbeau à une longue perche, ceux qui tenteraient de venir verront le sort qui leur est réservé.
On habille aussi des mannequins de paille, écartant les bras, coiffés d’un vieux chapeau, et une longue gaule dans chaque extrémité des bras, afin d'épivacer les pies, les geais, les corbeaux et les pigeons; il arrive aussi que l’on plante l’un de ces mannequins au-dessus d’une meule de blé.
Graines et semences. Toutes les menues graines doivent être semées durant la semaine sainte et de préférence le vendredi-saint; c’est la fermière qui doit semerles graines potagères.
Dans beaucoup de paroisses, on a conservé l'usage de porter au curé une portion des grains qui vont être semés, afin qu’il bénisse cette semence qui est mélangée à la totalité des grains.
Il y avait aussi la messe des semences, qui se disait à un jour convenu, les laboureurs y apportaient un petit sac de blé à bénir.
A la première poignée de grains que le se-
meur jette en terre il ne manque pas de réciter quelques formules de prières.
Dans la montagne, le laboureur réserve dans son champ une petite place dans laquelle il y place cinq petites croix afin que son champ soit à l’abri des Aurisses (i).
Alcool. On a conservé, surtout dans le voisinage de vieux châteaux en ruine, la tradition sur la manière dont s’obtenait l’alcool, pour la préparation des teintures, des alcoolatures, spécifiques à cette partie du moyen âge.
Le vin était chauffé dans de larges chaudières au-dessus desquelles on étendait des peaux de mouton, quand elles étaient imprégnées de vapeurs, on les -tordait au-dessus de récipients, puis on recommençait, et c’est ainsi que l’alcool était obtenu. Pour les alcoolatures on faisait subir une seconde évaporation au premier produit obtenu; et c’est précisément dans cette alcoolature que les châtelaines faisaient macérer la fameuse sauge médicinale, Panacée universelle, qui formait la base des teintures de cette époque.
(i) Orages, Ferrieres, La Prugne, le Mayet, ChateLMoutagne, etc.
Alun. Pour conjurer la sciatique, il suffit de porter un morceau d’alun de rocher dans la poche gauche de son gilet, et de se ceindre les reins avec un tour de ficelle neuve dite de montargis.
L’alun préserve encore de la morsure des serpents, mais il faut que ce soit le sorcier qui le place lui-même avec sa main droite dans la poche gauche du gilet, en y ajoutant une prière spéciale.
Alliance (bague). Une femme qui perd son alliance, considère cette perte comme devant lui porter malheur; elle mourra la première, son mari ensuite puis ce sera le tour de ses enfants .
Quant le tirage au sort était en usage, les jeunes conscrits pour obtenir un bon numéro se procuraient l’alliance d'une femme veuve et dont la conduite était irréprochable. Certaines femmes louaient leur alliance pour cette occasion, et parfois un bon prix.
Ane. Il suffit de faire embrasser la tête d’un jeune âne, entre les deux oreilles, par les petits enfants, pour que ceux-ci, soient préservés des convulsions.
On fait croire aux enfants que les ânes portent la croix sur leur dos, depuis que Jésus- Christ a fait son entrée à Jérusalem, le jour des Rameaux, monté sur un âne.
L’Année de la peur. Quelques personnes ont encore conservé le souvenir de la grande peur, qu’ils tenaient de leurs parents, et qui se manifesta depuis le mois de juillet, jusqu’au mois d’août 1789. Plusieurs curés ont consigné cet événement dans les registres paroissiaux de cette époque ; et ce sont ces notes, qui, pour la plupart, nous ont fourni le sujet d’une notice sur ce sujet (1 ) .
Antéchrist. Epithète des plus injurieuses que l’on entend parfois dans les campagnes pour qualifier un méchant, un fourbe.
Araignées. Quand elles sont nombreuses, c’est un signe de pluie.
Araignée du matin, cause du chagrin, l'araignée du soir donne l’espoir.
(1) L'année de la grande peur en Bourbonnais , en Auvergne, en Bourgogne. Marcigny. Derost, imprimeur 1907. In-12 de 35 pages.
La vue de trois araignées ensemble présage une bonne journée.
Un métayer d’Izeure, allant conduire deux vaches à la foire de Moulins nous disait :
« I vendrai mon béquiau aisément, j’ai vu co matin trois grousses araignées qu'étions ansambe .
Arc en ciel. — Les enfants prétendent couper l’arc en ciel en deux ou trois tronçons, en mettant dans le creux de leur main un peu de salive, puis un de leurs cheveux, sur lequel ils frappent autant de coups qu’il leur plaît de diviser l’arc en ciel.
Aubépine. Si pendant un orage, on a pu se réfugier sous cet arbrisseau, la foudre ne vous frappera point, car le feu du ciel, ne touche point l’aubépine, ce sont ses branches épineuses qui ont été tressées pour faire la couronne d’épines de Jésus-Christ, au jour de sa passion.
Aurore boréal, e. C’était en 1870, l’année terrible!! Une aurore boréale persista plus de trois mois, le ciel était en feu chaque soir, depuis 5 heures, jusque vers neuf heures.
Dans la campagne les gens en furent attérés,
le pressentiment d’un grand malheur hantait les esprits. C’est la guerre disait-on, c’est le sang de nos soldats, qui coule déjà dans le ciel ( i ) ; Nos campagnards avaient raison !
(i) F. Pérot. Les Phénomènes atmosphériques observes en Bourbonnais depuis les temps anciens, Moulins, Auclaire, 1905, in-8° de jb pages.
Bague. Une petite fille disait à sa mère : I veu z’une bague coum’ celle de la Touénette.
I en ai point, dit la mère; — moué jen veu répondit sa fille; — eh bien si t’en veu z’une, và la cri, i en à zune sou la queue d’ t’on chien qu’é à ta m'rezure .
Balai. Quand les gens de la campagne s’absentent pour aller travailler aux champs, ils placent le balai en travers de leur porte, comme pour en interdire l’entrée aux esprits malfaisants.
Le premier soin d’une mariée entrant pour la première fois dans sa maison, est de la balayer devant toute la noce, afin de montrer qu’elle sera bonne ménagère.
Bannée. Il y a encore les bans de vendanges
qui sont donnés par le maire de la commune, et personne ne peut commencer à vendanger avant que la Bannée soit annoncée par la cloche de l’église. Cette ancienne coutume avait été établie pour faciliter la perception des dixmes.
Baptêmes. Si le petit enfant que l'on porte au baptême ne pousse aucun cri pendant la cérémonie, c’est qu’il aura un caractère doux, mais indolent; s’il pleure bruyamment, il saura faire ses affaires.
Il faut bien se garder de manger une dragée avant que le baptême ait eu lieu, car l’enfant resterait muet, si on commettait cette imprudence.
Baragots et Bedrins. Il y' a toujours eu rivalité entre les gens de la plaine et ceux des coteaux; elle existe encore entre les habitants de Bessay, de Varennes et au-delà sur la rive droite de l’Ailier, et ceux de Monétay, de Chatel-de-Neuvre, établis sur les sommets de la rive gauche. C’est au point qu’un Baragot, pays d’en haut, n’aurait jamais voulu prendre pour sa compagne, une femme du pays d’en bas, une Bedrine. Nous avons établi les causes
de cette rivalité dans un travail spécial (i), et qui tient à ce que depuis un temps immémorial, les habitants des plateaux se croient encore supérieurs à ceux des plaines. Ce qui paraît le plus singulier, c’est la persistance de cette idée.
Bas a l’envers. Le temps va changer, j’ai mis mes bas à l’envers.
Belettes. La rencontre de ce petit animal^ est un présage malheureux. Mais pour le détourner, il suffit d’invoquer le saint que l’on affectionne le plus. Il y a même des prières spéciales, contre la rencontre des belettes.
Berceuses. Elles sont aussi singulières que nombreuses, nous les donnerons avec les chansons dans le prochain volume : Noels et Chansons. Le ton plaintif et langoureux, ainsi que les singulières formules de ces berceuses les rendent intéressantes. Nous citerons seulement l’une d’elles que nous avons recueillie à Montluçon :
(i) Francis Pérot. Du caractère ethnique du Bourbonnais. Montluçon, Herbin. Impr. g. in-8°, 1897,
Baillera tu gwin Barde (i)
Baillera tu tresiou ?
Siste t’entend bailler encor (2 fois).
Baillera-tu gwin Barde Baillera-tu tresiou
Bergères. A saint-Désiré, les bergères ne manquent pas d’aller au Pèlerinage annuel de Sainte-Agathe, pour s’y divertir d’abord, et y faire bénir une baguette de coudrier qui leur servira à garder et conduire sûrement leurs troupeaux; elles ne redouteront pas, non plus, la rencontre des loups.
Bétail. Depuis le 25 décembre, dès que les cloches annonçant la messe de minuit se font entendre jusqu’au premier janvier; il faut que ni femme, ni fille ne couse, ni ne file, ni ne rapetasse son linge, car le bétail de la ferme deviendrait boiteux.
Beurre. Autrefois, on l’obtenait dans une baratte en bois, de forme ronde, rétrécie au sommet, un manche muni d’une rondelle était agité pendant des heures. Cette vieille baratte généralement employée a disparu.
(1) Mots celto-bretons.
Le beurre était vendu sous forme de petits cylindres qui s’élargissaient aux deux extrémi" tés. Aujourd’hui, il se vend en livres de forme allongée, rayé longitudinalement et orné d’encoches entre les raies, produites à l’aide de l’extrémité d’un couteau, il est des fermières qui sont très habiles à vi^eler le beurre. En Bourgogne, le beurre est moulé à l’aide de moules circulaires ornés suivant le désir de l’acheteur.
Bœufs, taureaux, vaches. On dit familièrement que deux bœufs au joug est une pratique aussi ancienne que le monde.
A Saint-Menoux, le 12 juillet, les troupeaux des cinq grands domaines de la paroisse, sont amenés devant l’Eglise pour y recevoir la bénédiction du curé.
Pour que les bœufs s’habituent d’être ensemble au joug, il faut les lier, pour la première fois, le mercredi qui suit la pleine lune.
Quand une paire de bœufs amenés de la foire sont mis à l’écurie, il faut les y faire entrer à reculons, afin qu’ils soient préservés des sorts.
Si le fermier vend un veau, il prend la précaution de lui faire avaler du poil de la queue de sa mère, afin que celle-ci n’ait pas de chagrin d’en être séparée.
Pour faire reconnaître leur maître des animaux, il faut les faire virer dans l’étable et les en faire sortir à reculons.
On ne mène point boire les animaux à l’abreuvoir le jour de l’an, car si une pie les y voyait, ces animaux et tous ceux de la ferme auraient des maladies contagieuses.
Les bœufs ne se lient point les grands jours de fête, ainsi qu’à la Chandeleur, le mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint, le jour des morts, on a aussi l’habitude de chômer le 8 septembre.
La nuit de Noël, au moment de l’élévation, tous les animaux parlent ensemble, le plus souvent pour dire du mal de leur maître; et pour qu'ils ne soient point trop médisants, on a le soin de leur doubler leur, ration de nourriture.
Bouillon d’onze heures. Il est encore une croyance chez les gens de campagne qui consiste à croire que les pauvres incurables que l’on envoie à l’hôpital, reçoivent le coup de grâce qui les fait passer de vie à trépas à l’aide d’une dragée qui les foudroie. Ne serait-ce point une survivance de l’apio egel des romains, breuvage fourni par Tache, et qui était administré dans les cas désespérés ?
La Bourrée. Danse très pittoresque particulière au Bourbonnais, au Charollais et à l’Auvergne. La musique aux cadences de laquelle les danseurs se rangent sur deux files, est douce, simple et naïve, elle est enjouée, très animée surtout au moment où la musette donne le signal de bichaillerie : les embrassades.
Cete danse faisait les délices de Mme de Sévigné quand elle prenait les eaux à Vichy ou à Bourbon-l’Archambault; « je voudrais la voir danser à Versailles; c’est la chose la plus surprenante du monde, des paysans, des paysannes; une oreille aussi juste que vous... J’en suis folle... »
Elle se danse encore aux noces, au jour des Brandons, où les parents laissent seuls leurs enfants, Ouesssé V jou dé Brandons , filles et garçons y sont a l’abandon !
Bracelet magique. Ce talisman procure le bonheur, la chance de gagner à toutes les loteries, et de faire sauter la banque dans les jeux de hasard. Il est nécessaire qu’il soit préparé par un bon sorcier. Le père Vincent de Neuilly avait la réputation de les savoir bien faire ; nous avons pu en obtenir la formule exacte.
Prendre, dit le père Vincent, soi-même un anguille, la laisser mourir hors de l’eau ; prendre le sang d’un vautour, le fiel d’un taureau égorgé par des chiens; le sang et le fiel sont introduits dans la peau de l’anguille, on en ficelle les deux extrémités avec de la corde de pendu. On dépose cette peaupendant 1 5 jours sous du fumier chaud de cheval, puis on la fait sécher dans un four chauffé avec de la fougère mâle, cueillie la veille de la Saint- Jean. On partage ensuite cette peau en plusieurs morceaux, qui formeront chacun un talisman. Sur chaque morceau le sorcier écrit lui-même avec une plume de corbeau trempée dans du sang de crapaud : H. O. L. Y.
Chaque talisman est enveloppé dans une toile que le sorcier porte à son bras gauche. Il peut opérer des merveilles ; tout sorcier qui a la dignité de sa profession doit posséder un bracelet magique.
Braie, Braye, Braguette. La culotte, et pour qualifier un homme mal vêtu, on dit que c’est un brayant. (Le bassin houiller de Commentry, Bézenet, Vicy).
Brandons. Le Figot. Feux qui sont allumés
dans la campagne le dimanche qui suit le mardi gras. La brandonnée se commence d’abord par promener des torches de paille autour des arbres fruitiers pour en détruire les nids de chenilles. Au retour, on s’attable pour y manger les Bignons , pâte frite dans le poêle, on les appelle aussi Sanciaux , et pendant que les vieux boivent et mangent autour d’un bon feu, la jeunesse va danser dans la grange.
C'est les Brandons, on y laisse à l'abandon Les filles et les garçons1.
Le figotest un véritable bûcher élevé dans la cour du château, la châtelaine y met le feu, on danse autour, puis on va à la cuisine manger les sanciaux. On mesure la richesse du châtelain à l’importance du Figot. Quand celui-ci est consumé, on danse la bourrée, puis les filles traversent la place du Figot encore rouge de charbons ardents, si elles réussissent à le traverser, elle se marieront dans l’année.
C’est autour du Figot, que se font les déclarations d’amour, et plus d’un mariage a été conclu autour des flammes (i).
(i) F. Pérot. Les traditions cultuelles du centre de la Gaule, Le culte du feu. Le Politicon, pour
La Bredinoire. On désigne en Bourbonnais sous le nom de Bredin, un pauvre d’esprit, un simple, souvent un idiot.
A Saint-Menoux, existe encore dans l’Eglise le tombeau de ce saint, homme qualifié de grand esprit, et dont le culte est encore très vivace dans cette bourgade, c’est une masse de pierre creusée, avec couvercle; un trou assez grand pour y passer la tête a été ménagé sur un côté, il est supporté par deux colonnes romanes.
On y conduit les pauvres affligés disgraciés par l’esprit, et si l’on invoque avec foi, en se mettant la tête dans le bredinoire, l’esprit revient, on est guéri.
Le Burloir. Instrument, porte-voix, particulier à la montagne bourbonnaise ; il est formé d’un tube avec embouchure et pavillon fourni par une branche de fayard (hêtre). Il sert encore à annoncer aux fidèles les offices de la semaine sainte, pendant les jours ou les cloches restent muettes, le sacristain monte au clocher et annonce les offices avec le burloir.
l’Instruction diplomatique supérieure. 1902. Protocole VIII-IX. Lyon, Jevain. Ed. g. in-40.
Il sert aussi à un usage par trop profane, on donne avec les burloirs le charivari à des mariés qui convolent trop rapidement en secondes noces, ou bien à ceux dont la réputation a donné lieu à certaines critiques.
Carnaval, voir Mardi-Gras.
Cartes et tarots. La croyance est grande encore et les tireuses de cartes ne sont pas près de disparaître, tant la confiance qui leur est accordée est grande.
On trouve cette femme à la ville, à la campagne, sa réputation est faite, et sa clientèle est assurée; elle est surtout consultée parles jeunes filles.
Cette sorcière d’un genre à part, fait les cartes à la consultation, vingt sous pour le petit jeu, et quarante sous pour le grand, celui-ci est un oracle plus sûr.
Dans beaucoup de paroisses, les gens ont la ferme assurance que leur curé porte le grand jeu de tarot dans sa longue manche, et qu’il sait tirer les cartes, et c’est pour cette raison que
beaucoup de campagnards lui attribuent tant de science et tant de savoir.
Ceinture. Elle est très employée par les sorciers et les rebouteux, une simple serviette leur suffit, pourvu qu’ils la placent eux-mêmes sur la partie du corps affectée. Ce doit être là, une survivance de la ceinture druidique, mise en lumière par Pline l’ancien.
En l’appliquant, le sorcier dit : ceinture, p réserve ce malade. Il y a quelques années encore des femmes du canton d’Escurolles portaient une ceinture triangulaire en laiton, et qui n’était autre chose que la tradition de la ceinture d’airain des neuf prophétesses de Elle de Sein, elle était aussi le serre-malice que portaient les femmes de l’Auvergne.
Cent domaines. Il est encore de tradition ici, qu’un propriétaire ne peut posséder plus de 99 domaines, et que l’Etat deviendrait le propriétaire du iooe s’il lui prenait fantaisie de l’acheter. On cite même deux propriétaires du Bourbonnais, dont l’ambition serait de posséder cent domaines, n’en ayant chacun que 99.
La Terre de l’Aage, sur le territoire de
Montluçon comprenait avant la révolution 99 domaines et un château qui avait 365 ouvertures.
La Chance. Dans l’idée sentimentale du peuple, la chance existe, elle est une main insaisissable, de là, ces qualificatifs d’être poursuivi par la chance; il a de la chance au jeu, etc.. Il aura toujours de la chance car il est né coiffé (nez coiffé). Né sous une mauvaise étoile, il n’aura jamais de chance. La chance va toujours aux chanceux, comme l’eau va à la rivière :
« Au hasard du succès, sacrifions des soins,
Et s'il se poursuit encore à rompre notre chance ».
(Molière. L'Etourdi).
Chandelle de NoëL. En 1 85 5 , il se vendait encore chez les épiciers des faubourgs et de la campagne, des chandelles de Noël, au prix de trois sous la pièce; elle était peinte et bariolée de toutes les couleurs. Exclusivement réservée pour la veillée de Noël, on ne l’allumait qu’aux premiers coups de la cloche annonçant la messe de minuit. On l’éteignait après le réveillon. Soigneusement rangée dans l’armoire, on ne l’allumait qu’au moment des orages, et la mai-
son où elle brûlait, était à l’abri des effets de la foudre.
Chandelle. « Fo pas brûler co chaudelle pre les deux bouts, » signifie faire des économies.
Quand trois chandelles sont allumées ensemble dans une maison, on dit que cela porte malheur.
Chansons. Nous publierons les chansons populaires du Bourbonnais, avec airs notés, dans notre prochain ouvrage : Noels et chansons du Bourbonnais . La musique comme les paroles en sont très pittoresques; celles de la montagne sont les plus particulièrement typiques par leur caractère lent et plaintif.
Il était temps de les recueillir, ces vieux refrains de nos pères que le café-concert a fait oublier !
Chardon. Ancien emblème des Ducs de Bourbon, qui figure sur leurs jetons, comme sur les monuments qu’ils ont fait édifier à Moulins, en Auvergne, en Beaujolais.
Les enfants cueillent la fleur du chardon quelques semaines avant la distribution des prix, ils en coupent la partie fleurie jusqu’à l’enve-
loppe verte du calice extérieur puis ils les rangent dans un petit sac. Trois jours avant la distribution des prix ils sortent ce chardon; s’il a fleuri, la petite fille est assurée d’avoir des prix.
Le chardon est le fléau des terres, le laboureur des bords de la Loire sait que les chardons ne repousseront plus dans ses champs, s’il parvient à les labourer entre les deux Bonne-Dame, et en récitant avec croyance certaines formules.
Les Gharghrods. Village dépendant de la paroisse du Châtel-Montagne, il doit son nom à une ancienne tribu d’origine antique et étrangère qui s’y est établie depuis un temps immémorial. Leur clan est loin d’être aussi intéressant à étudier que celui des Pions , dont nous allons parler (voir ce nom).
Ils ont cependant conservé certains usages, notamment celui de la Sainte Qiiine , c’est un fétiche formé d’une bûche de sapin carbonisée, et entortillée dans de sordides guenilles. Ce fétiche est la négation de toute divinité, et aussi de tout principe moral et religieux, c’est pourquoi les Gharghrods, ont pour la plupart une conscience à eux, faite à l’image de la Sainte- Quine.
Charmes. Identification des effets des philtres dont la base est l’arsenic mélangé avec le suc de certaines plantes, notamment la mandragore et les solannées.
Nos sorciers et nos sorcières du Bourbonnais, ont la prétention de connaître la manière de composer tous les charmes, cela est plus un épouventail qu’une bonne raison. Tous se disent en possession des charmes les plus secrets de l’amour et autres. Avec ces charmes les sorciers deviennent même audacieux, le bénéfice qu’ils en retirent est la plus grande conviction qu’ils ont de leur valeur.
Pour charmer un fusil, le sorcier perce un petit trou dans la crosse, il y verse trois gouttes d’eau bénite en invoquant trois fois Saint- Hubert; puis rebouche le trou. Armé de ce fusil, le gibier tombera aux pieds du chasseur même du plus maladroit.
D’autres ont la spécialité de charmer les chancres, les plaies, les entorses, La différence du charme avec les autres pratiques de sorcellerie, c’est que celui-ci ne consiste uniquement qu’en des prières ou des formules magiques, sans avoir besoin de toucher le malade.
Pour le chancre, il est ordinairement réservé
aux sorcières. Si c’est un enfant, elles lui ouvrent la bouche en récitant une ou plusieurs formules, une incantation, le chancre est guéri.
Charmer et conjurer sont presque synonimes; dans la conjuration c’est un saint qui est invoqué, et qui doit supporter le mal que l’on conjure. Les sorciers conviennent euxmêmes qu’il n’est pas charitable de leur part de faire endurer à un saint le mai et les souffrances qu’ils enlèvent à un Chréquien.
Nous donnerons au mot Prières , celles qui sont les plus usitées dans les charmes et les conjurations.
Le sorcier a le pouvoir de charmer les hommes, les animaux, les objets, de même qu’il donne ou enlève les Sorts. Durant les siècles précédents, des procès étaient intentés aux sorciers que leur pouvoir rendait capables d’ensorceler les hommes comme les bêtes; ils étaient ordinairement condamnés à mort ; nous possédons le procès de Michel, sorcier et menuisier à Moulins, instruit par l’éminent Gaulmyn; qui a été roué en place publique de Grève à Paris, en 1623 (1).
Oraison pour charmer les brûlures dite par