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le Père Berre-la-Mission, sorcier connu dans tout le Bourbonnais.
Après avoir aspergé d’eau bénite les parties brûlées et s’être signé trois fois, il récite à genoux la formule suivante :
Bon Saint-Simon
Que descendez du haut des monts,
Appr’ etez moy d’ St’ eau pure Que guarit toutes les brûlures.
La Chasse de Saint-Hubert. Durant les nuits noires et glacées de l’hiver, on peut entendre vers les minuit un vent impétueux audessus des grands bois, les chiens aboient, les loups hurlent avec eux, le piétinement des chevaux, les coups de fouet redoublent; c’est la chasse de Saint-Hubert qui se fait au-dessus des nuages. Personne ne bouge dans les maisons dans la crainte que Satan ne fasse arrêter sa chasse.
La Chasse gayère. On l’entend souvent dans les montagnes ; c’est la chasse des anciens seigneurs qui passe au-dessus des vieux châteaux démantelés. Malheur où elle passe, les arbres sont arrachés, les toits des maisons enlevés,
les cloches des églises sonnent toutes seules et à toute volée, les loups hurlent à faire peur, et la crainte retient les chiens au chenil. Cette chasse effrénée est conduite par les âmes des mourants. Et parfois le paysan terrifié, voit apparaître un bras humain, une jambe pantelante, qui sont jetés par la cheminée. Tiens, leur crie Satan, voilà ta part pour la chasse gayère ! ! ! Et voilà ce qu’on raconte à la croix des Chiers, chez Pion, chez Géranton et chez Gail, là-haut, au faite des montagnes de fayards (i).
Soudain la chasse s’arrête devant la hutte d’un charbonnier. Aide-moi, lui dit Satan, je te ferai bonne part. Le pauvre homme habitué à lui, répond : tu sais bien Noiraud Cornu, que si le charbonnier a le corps noir, qu’il a l’âme blanche, va donc chez les Sarrazins et les Chargh'rods, ils te vendront leur âme pour pas cher, puis, se signant trois fois, la meute rouge, les cavales noires, vont s’abattre à plat , ventre sur la Pierre-des-fées .
Et tous les ans, la chasse passe et repasse à la Prugne, à Saint-Preist, aussi, le curé va chaque fois bénir le charbonnier et sa cabane après la chasse gayère.
i. Le hêtre, de fagus.
C’est l’apprentissage des braconniers ils suivent la chasse gayère, c’est là qu’ils pactisent avec Satan et à chaque coup de fusil, le gibier est là, abondant pas une seule fois son coup a raté .
A Ussel, le chasseur pour être heureux va tirer trois balles, à minuit, sur la croix d’un calvaire qui subsiste encre, trois gouttes de sang s’en échappent, il les reçoit dans le canon de son fusil, celui-ci est charmé pour toujours.
Un vigneron d’Etroussa voulut en faire autant, il manqua son coup; il fut pris d’un tremblement et de convulsions, pendant près de 40 ans il trembla nuit et jour, il mourut en 1861.
Un Chantelois, dont le nom est loin d’être oublié, charma son fusil avec le sang d’une croix qu’il traversa d’une balle; on le fuit encore, et il mène une vie de désespéré.
En Bourbonnais, si l’on met un roitelet seul à la broche, celle-ci, tournera d’elle-même.
Trophées de chasse. On pouvait encore voir, cloués sur les portails des vieux veneurs, des cuisseaux de chevreuil, des pattes de sanglier, les piqueurs se contentent de les clouer aujourd’hui sur la porte des remises. Plus de
vingt siècles se sont écoulés, sans que cet usage pratiqué par les Gaulois, ait entièrement disparu.
Chats. Tuer un de ces animaux porte malheur.
Pour les empêcher de retourner dans leurs anciennes maisons, il suffit de leur graisser les pattes avec du beurre.
Il ne faut pas qu’un chat traverse une rivière, ce serait une cause de la mort dans l’année, de la personne qui le possède.
Quand une personne reçoit un chat, et que pour le recevoir il faut traverser une rivière même un ruisseau, soit en barque ou sur un pont, il faut jeter une pièce de monnaie dans l’eau ; si on oubliait de le faire, la personne qui a reçu l’animal mourrait avant que l’année soit terminée.
Quand un chat se passe une patte au-dessus de l’oreille, il pleuvra le lendemain ; mais s’il se frotte la tête et les oreilles avec ses deux pattes, c’est un signe qu’il y aura plusieurs visites dans la maison ce jour-là.
Chaussures. C’est un signe de malheur quand on change une chaussure du même pied.
Il en est de même pour les bas, on doit bien se garder de mettre à gauche celui qu’on portait la veille à droite.
Chauve-souris. C’est encore un épouvantail pour les enfants, on leur impute d’être des animaux malfaisants, d’être l’oiseau préféré des sorciers, et dont la présence facilite la préparation des philtres.
Chenilles. On dit communément que les chenilles qui ne sont pas mortes avant la Fête- Dieu, ne font plus aucun mal passé cette fête.
Le Chevau-Fug a Montlucon. Dans cette ville, autrefois l’une des dix-sept châtellenies du Bourbonnais, on y pouvait voir chaque année le renouvellement d’une bien ancienne coutume qui n’a cessé qu’en 1819 (1), et qui consistait en une procession organisée par les jeunes gens de la ville; montés sur des chevaux de carton peint, et costumés en guerriers du
(1) Le Ciievau-Fug a Montluçon. Lecture faite à la Sorbonne en 1898, par F. Pérot. Paris, Bulletin histovi que et philologique . Impr. nationale, Décembre i8q8.
moyen âge ; ils se rendaient le lundi de la Pentecôte au bourg d’Argenty, en simulant des combats, puis de retour à Montluçon après une parade donnée sur l’esplanade du château, et une copieuse collation que les RR. PP. Cordeliers offraient aux confrères du Chevau-Fug, ceux-ci se rendaient à Notre-Dame, et faisaient le simulacre de faire boire leur monture dans les bénitiers et de leur faire manger l’avoine préparée en abondance sur le maître-autel de la vieille église.
Cette coutume avait été établie pour perpétuer le siège soutenu par Montluçon en 1171 contre les Anglais, et que Philippe-Auguste ne put reprendre qu’en 11S8.
La réglementation de cette fête patriotique et religieuse fut refaite à nouveau en iq3o.
« Qui la Ray Lanchio,
Ambais sou trè tounniaux !
C’est en chantant ce refrain que les confrères parcouraient les rues de Montluçon, cette réjouissance de toute la ville et des campagnes avoisinantes, a beaucoup d’analogie avec la fête des fous qui se célébrait à la même époque à Aix.
Ce n’est qu’en 1869, que les pauvres Chevau-Fug, de bois et de carton, furent descendus des greniers de l’hôtel-de-ville pour y subir le dernier des outrages, on les brûla en place publique à la grande stupéfaction des habitants réunis autour de cet auto-da-fé.
Chèvres. Une croyance très persistante parmi le peuple, qui suppose que les enfants nourris par des chèvres seraient hystériques, mal endurants, dévergondés, et très enclins à l’amour.
Chiens. Pour habituer un chien à suivre un nouveau maître, il suffit de le faire coucher une nuit sur les habits que porte celui-ci.
Pour faire passer le lait des chiennes, on leur fait porter un collier formé d’un nombre impair de morceaux de bouchons de liège coupés transversalement.
Chouette. Oiseau nocturne, dont les cris sont de mauvais augure.
Cierge pascal. Les populations du Bourbonnais ont encore grande confiance aux vertus du cierge pascal. Mais il faut s’en procurer par
l'intermédiaire du sorcier de l’endroit ; il suffit d’en avaler une pincée, avec foi, broyée dans quelques gouttes d'eau pour être délivré des coliques, des fièvres. (Cérilly. Igrande. Urcay. Ainay).
Mâcher de la cire bénite enlève sur le champ, la rage des dents; elle guérit les crampes d’estomac et les douleurs du corps.
Le cierge était l’attribut de la Sibylle de Lybie. Sainte-Geneviève était représentée tenant en mains un cierge que le diable cherche à éteindre; la fête de la Purification de la Vierge se traduit par des cierges allumés.
Les cierges sont un reste de tradition des feux allumés durant certaines fêtes du paganisme.
Cimetière. On a soin de ne rentrer ou de ne sortir que par la petite porte du cimetière, la grande étant réservée pour le service des enterrements. C’est un mauvais présage pour celui qui se serait oublié ; on dit même : qui sort à pied par le portail des morts, y rentrera bientôt porté dans un cercueil.
Les Cloches. Tous les petits enfants croient bien que les cloches vont à Rome du mercredi
au samedi saint, et quelles en reviennent en semant dans les jardins, des œufs rouges dont elles ont fait grande provision dans les poulaillers des cardinaux à Rome.
On sonne encore dans beaucoup de paroisses les cloches pendant les orages. Les mairesse défendent timidement contre les arrêtés préfectoraux, sachant bien que les habitants seraient indisposés contre eux, s’ils interdisaient la sonnerie des cloches pendant les orages.
Il est des cloches qui ont une grande réputation pour préserver les paroisses qui les possèdent des effets de l’orage, à Chantelle, le Taureau-de-Saint-Vincent, et qui sert de timbre aujourd'hui à l’horloge delà ville, jouissait d’une grande vertu dans la contrée, il suffisait de l’entendre bramer pour que l’endroit où on l’entendait pendant l’orage soit préservé de la grêle et de la foudre. Il en est de même pour la vieille campane de Montmorillon, encore accrochée aux flancs de la tour ruinée du château ; ses tintements argentins chassaient les orages (i).
(i) F. Pérot. Le Cliastiau de Montaigne. Moulins, 1868, in-8° avec figures.
Cocus. Au village des Charghrods, est un énorme rocher figurant une pyramide élevée sur une masse rocheuse, escarpée, il est connu sous le nom de cocu; jamais une femme ne passera dans le sentier par lequel on y arrive.
Malheur au mari, qui rentrant dans son logis après plusieurs jours d’absence, entend chanter le coucou, il est cocu.
Si deux personnes causent ensemble exprimant la même idée, la première personne qui passera devant elle sera cocu, ou bien son bas se déchirera.
Compagnon. Compagnonnage, se dit des ouvriers qui appartiennent à un compagnonnage, quelconque, du devoir ou autres.
Le compagnonnage, né des anciennes corporations ou communautés ouvrières, était une union amicale de solidarité, de secours mutuels, qui n’avait rien de commun avec les syndicats actuels, où la politique y joue un rôle actif, et qui ont détruit depuis 1870, les philantropiques compagnonnages. (Voyez : Tour de France) .
Complaintes. Proçjuitç sur place, la çom
plainte est l’expression naturelle du sentiment populaire . compatissante d’abord, elle se redresse impitoyable contre le crime et les vices. Le peuple réprouve les forfaits, il a une manière à lui de traduire ses sentiments à cet égard, c’est la complainte avec ses bouts rimés, et souvent maladroitement exprimés.
La fréquence des crimes est la cause pour laquelle il ne se fait plus de complaintes. Après 1870, elle ne paraît qu’à de rares intervalles, Tropmann est l’un de ses derniers héros.
Il s’est édité des complaintes après plus de vingt ans que le crime qu’elle rappelle avait été commis.
Nous en possédons une de 1811, rappelant le crime de Biozat, près de Gannat, commis par Madeleine Albert, qui avait tué à coups de hache son père, sa mère, et ses deux sœurs.
Les gens de campagne, revenant de la ville un jour de foire, rapportaient la complainte qui se chantait en plein air; elle était clouée sur les murs de la maison, et cette simple feuille à un sou, terrifiait tous ceux qui la lisaient.
La dernière intéressant le Bourbonnais est le crime de Chantelle , l’affaire Achet, 1891, dont la plaidoirie de Waldeck-Rousseau sauva la tête de sa cliente,
Conjuration. Elles sont : Espécialles , disent les sorciers et surtout les sorcières qui se font en effet une grande Espécialité dans les conjurations. Elles ont encore assez de pudeur pour ne pas conjurer au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ni à celui de la Sainte-Vierge.
La conjuration a des effets préventifs. Si le mal persistait après une conjuration, la sorcière répondra : que le mal répugnait à supporter au saint qu’elle avait invoqué, mais on recommence une seconde fois; le saint est près de céder, le mal persiste; alors la sorcière, pour la troisième fois fait une sommation au saint invoqué, et bon gré, mal gré, le saint ou la sainte ont consenti cette fois à se charger des maux du conjuré; celui-ci est guéri après le paiement des trois sommations.
On conjure les fièvres, les maux de dents, les douleurs, les brûlures, les chancres, les plaies, car il y a des saints connus pour chacune de ces maladies.
Dans la corporation des matrones sorcières, ce serait déroger que de conjurer une quatrième fois un malade .
Dans beaucoup de paroisses, on attribue au curé, le don de conjurer infailliblement la
vieille (kératite). On lui prête aussi le don de conjurer les orages, les incendies, pour cette raison, qu’ils ont reçu ces pouvoirs dans les sacrements des curés (les ordres); et que s’ils voulaient, ils auraient bien plus de pouvoirs que les sorciers; ils connaissent à fond la cartomancie .
Ces préjugés viennent surtout de l'idée qu’ont les gens de la campagne, particulièrement ceux de la montagne, que le curé est une petite partie de Dieu lui-même, et qu’il a des pouvoirs surnaturels sur tous les éléments, sur les hommes, sur les choses inanimées et sur les animaux.
La Conscription. On s’épuiserait dans les campagnes à découvrir tous les moyens mis en pratique pour échapper à la conscription, la nécessité rendait les conscrits ingénieux. Chez les Pions, commune de Lavoine (i); presque tous les garçons qui naissaient dans cette communauté étaient déclarés comme appartenant au sexe féminin, et cela se pratiquait encore il n'y a pas trente ans.
(i) F. Pérot. Les Pions , leur industrie , Les Sauvages de Montonael, etc.
Beaucoup de conscrits assistaient à la messe le matin du tirage, ainsi que leur famille.
Tel autre se contentait de se signer avant de mettre la main dans le sac. Nous avons eu l’occasion de voir se produire cet acte.
I.es sorcières des campagnes avaient de la besogne le jour du tirage au sort, soit pour aller louer l’anneau d’une veuve, le coudre ellesmêmes dans la doublure du gilet du conscrit; soit pour accompagner au cimetière une veuve avec laquelle elle ramassera un petit ossement de mort qui sera cousu dans un sachet et placé dans la poche gauche de la veste du jeune homme; d’autres, vont parcourant le pays, à la recherche d’un écu à la vache (i).
Une taupe capturée dans de certaines conditions, procurait un bon numéro.
Corbeaux. Appelés : Perdrix de scieurs de long. Leur vue est aussi d’un mauvais présage, suivant les conditions dans lesquelles on les voit.
(i) Possédant une importante collection numismatique, nous avons souvent reçu ces sortes de sollicitations, et nous prêtions volontiers nos écus du [3cqrn,
Corde de pendu. Tout bon sorcier doit en être pourvu, et ne doit jamais opérer sans en porter sur lui. Pour obtenir une réaction chez un malade languissant, il lui montre un morceau de corde de pendu; le résultat est toujours bon.
Corps humain. Darbe et cheveux. Les cheveux durs et drus ainsi que la barbe forte, annoncent un caractère difficile.
Barbe et cheveux rouges indiquent un tempérament coléreux.
Le peuple tire beaucoup de conséquences morales de la forme de certaines parties du corps, et nous ne serions point étonnés d'apprendre que Lavater ait consulté les gens de campagne avant de composer ses essais phvsiognomoniques.
Grosse tète; peu d’esprit.
Large bouche exprime la bonté, la bouche fine et serrée caractère difficile.
Nez large et narines développées, le sensualisme. Nez crochu, nez de juif, économe, rapace. Nez fin, esprit caustique et malicieux.
Oreilles fines, intelligence.
Yeux verts, haineux, méchant.
Front droit et élevé, intelligence.
Les côtes en long? Se dit d’un paresseux; il est fainéant comme un loup, il a les côtes en long !
Les bras courts sont la caractéristique de la maladresse .
Coqs en pâte. Heureux comme un coq en pâte. Cette locution était autrefois très populaire.
A l’approche du jour de l’an, nous avons vu vendre dans les rues de Moulins, des petits coqs en pâte cuite, leurs pattes étaient faites de deux morceaux de bois fendu. Les enfants s’offraient de ces coqs le jour de l’an, comme étrennes; les gens de la campagne venus ce jour à la ville, en rapportaient des provisions, ces petits volatiles étaient bien une allusion à ce vieux souhait que nous avons naguère entendu dans notre jeunesse : Bonne année; bonne santé ; le Paradis à la fin de vos jours ; heureux comme un coq en pâte.
Parmi les statuettes destinées à orner le laraire des demeures à l’époque gauloise et romaine, découvertes dans les officines des antiques plasticiens de Toulon-sur-Allier, nous y avons souvent rencontré le coq, ainsi
que les moules qui servaient à les produire (i).
Le coq était immolé aux Dieux Lares (2).
Caylus, dans son Recueil d’antiquités (3), donne un petit coq en bronze, muni d’un anneau destiné à le porter comme une amulette.
Le coq en pâte a vécu; et nous ne le verrons jamais plus reparaître.
Cornemuses. Huriel fait parler toute seule cette peau de bouc, comme le gousier d’un rossignol. Cet instrument, dit Hugues Lapaire, serait l’antique Utricularium, dont parle Suétone au Chapitre civ ; Vie des douqe premiers Empereurs.
Nous en reparlerons au mot Vielles et Musettes.
Cors aux pieds. Les commères comme les sorcières se sont épuisées pour la guérison des
(1) Nos collections gallo-romaines, voir : F. Pérot. Revue des Traditions. Tome VI, n° 11, du i5 novembre 1 89 1 . P. 686. Coqs en pâte.
(2) Montfaucon. L'Antiquité expliquée. In-folio. Tome 111 . p. 1 5o.
(3) Tome 1. Fl. CXC, N" 5.
cors. Parmi les spécifiques préconisés par elles, nous avons retenu celui-ci.
Il faut prendre une pomme de reinette, la mordre soi-même, en frotter le cor avec la partie entamée trois fois par jour. Prendre ensuite la pomme de la main gauche, aller à reculons à son puits et y jeter la pomme ; dès quelle sera pourrie par l’eau, le cor tombera de lui-même.
Les sorciers prescrivent de mouiller le cor avec sa propre salive, à l’aide du petit doigt de la main gauche.
Cornemusiers. Voir : Vielles et musettes.
Costume Bourbonnais. Mille ennemis se sont dressés contre le costume national, les causes en sont si multiples, que pour les citer, il faudrait faire l’historique de notre temps. Aussi, peu de provinces ont conservé le traditionnel costume qui leur était particulier ; on en trouve les restes dans l’arrondissement de Montluçon; il rappelle un peu celui du Berry et du Limousin, et ce qui est resté dans l’arrondissement de Gannat tient au vieux costume disparu de l’Auvergne.
C’est surtout depuis 1870, que ce qui restait
du costume bourbonnais a disparu. A ce moment, les mobiles qui arrivaient à Moulins, venant de Lenax, portaient encore sous de larges chapeaux, de longs cheveux bouclés retombant sur leurs épaules.
Le paysan bourbonnais cueillait son chctndre (chanvre); à la veillée, les femmes teillaient des clienevottcs , les vieilles le filaient, il n’était pas rare de voir deux tisserands dans la même commune, ainsi qu’un ou deux tayeux, allant en journées.
Le paysan portait un très large chapeau, mou, en feutre de soie noire, de petites attaches retenaient les bords à la calotte ; ce chapeau était connu sous le nom de coclierelle. Il portait un veston très court avec d.e larges revers, le col droit et montant; la culotte à pont (braguette), était comme la veste, tissée sur place, cette étoffe était appelée droguet, et, ordinairement teinte en bleu. Le bas des jambes était parfois serré par des boutons, beaucoup portaient de hautes guêtres serrées sur la culotte. Le gilet était en laine bleue ou rouge, très court et orné d’une double rangée de boutons dorés ; la cravate était uniformément en soie rouge, serrant le col d’une chemise en toile rousse et grossière, et qui
montait jusqu’aux oreilles, les souliers étaient presque inconnus, on ne portait que des sabots vizelés (i).
Une grande blouse bleue (biaude), était le complément du costume, son emploi était aussi bien pour les jours ordinaires que pour les dimanches.
L’accoutrement des femmes était plus pittoresque, n’aurait-il été composé que du coquet petit chapeau à deux bonjours , et que Mme de Sévigné se plaisait tant à voir « si coquettement porté par de gentilles paysannes auxquelles il donne tant de gentillesse » qu’il eut suffi. Ce chapeau assez semblable à une nacelle arquée, mais renversée, ayant une petite calotte plate au centre, relevée gracieusement aux deux extrémités; il seyait très gentiment à la physionomie tant des jeunes que des vieillies ; tressé en paille, les contours étaient ornés de galon de velours noir ou bleu, et doublé de soie rouge ; parfois, des festons en paille ou de fines arabesques enjolivaient toute la surface du cha-
(i) Ils étaient en fayard (hêtre), de couleur jaune obtenue par la fumce, et ornés de dessins faits à la vizèle, petit instrument de sabotier, destiné à vizeler (orner), les sabots.
peau. De tradition séculaire, il se voit encore, sur la tête de quelques grand-mères, au désespoir de leurs petites-filles.
La jupe rouge, très courte, était d’ordonnance, et laissait voir le bas des jambes ; les jupons de couleur étaient bordés d’un large velours ; le corsage ajusté était décolleté, un joli fichu de mousseline brodé couvrait les seins; autour du cou était noué un velours noir auquel était pendu une Jeannette d'or (croix), de longs pendants d’oreilles égayaient un frais visage rond et coloré, encadré de lisses plates descendant au-dessous des oreilles, tout à fait dissemblables à celles des élégantes du modem style ; de petits souliers découverts, à cothurne laissaient voir les bas blancs, et enfin le tablier à pièce terminait la toilette du dimanche.
Les hommes portaient la limousine et les femmes la cape , dernières survivances du costume gaulois (i).
Courses de chevaux. Cette très ancienne coutume a longtemps subsisté en Bourbon-
(i) F. Pérot. Le costume bourbonnais. La Renais-* sance provinciale, Paris, 6e année, 1907, n°? 5 et 6, avec fis,
nais; le Chevau-fug de Montluçon est un reste traditionnel de ces courses ; le souvenir est conservé de celles qui se faisaient à Villefranche, à Viplaix, etc.
A la fête patronale de Saint-Marcel à Chambouin, village réuni à la paroisse de Nocq, on a conservé les courses de chevaux, exclusivement faites par les jeunes gens de la localité, et qui s’en vont, ce jour, caracollant par monts et par vaux, au travers des vallons et des rochers .
Ces réjouissances populaires étaient connues sous le nom de fêtes baladoires , elles avaient donné lieu à des troubles; la Cour de Parlement de Paris les défendit par un arrêt du 12 novembre 1778. «Défense faicte aux habitans des dictes paroisses (Viplaix, Verdin, Saint-Désiré), de s’y assembler pour y courir à cheval .
Les courses de La Ronde, où l’on élisait un Roi, ont été supprimées en 1870, mais une foire aux chevaux, conséquence de ces courses, a lieu chaque année à Chambérat.
Les courses de Villefranche avaient été instituées par une charte donnée en 1217, par Archambaud, sire de Bourbon, fils de Guy de Dampierre.
Couteaux. Il ne doit jamais être donné de couteaux en cadeaux, dans la crainte qu'ils ne coupent l’amitié.
On désigne un mauvais couteau : ganiviaut , coupe-pain, châtre-chien.
Deux couteaux mis en croix sur une table sont un présage de malheur ; il en est de même quand on fait virer un couteau.
Trouver un couteau, mauvais signe.
Crocodile. Le crocodile suspendu autrefois sous les voûtes de la cathédrale de Moulins, et rapporté d’Orient par un Bourbon, croisé, était considéré comme ayant vécu dans les souterrains du château de Moulins, et vaincu par un condamné à mort qui a ainsi obtenu sa grâce. C’est une réminiscence du dragon de l' Ile de Rhodes.
Croix. Les hommes comme les femmes de la campagne ont encore conservé l’habitude de se découvrir en passant devant une croix.
Le jour de l’Invention de la Sainte-Croix, les jardiniers de Moulins, portent bénir à la cathédrale des quantités de petites croix d’osier qui se vendent ensuite à la porte de l’église, Chacun
en rapporte pour sa maison, son jardin, sa grange, on ne doit jamais les clouer, en souvenir des clous de la passion, mais on les introduit dans un joint de bois de la porte, ou dans un joint de la pierre.
A la croix des Chiers à La Prugne, on a coutume d’y porter les enfants morts sans baptême, ils y reprennent leur sens, juste le temps nécessaire pour les baptiser. Aussi, à minuit, on y entend des gémissements d’enfants, et chacun se garde d’y passer à cette heure. Plusieurs autres croix jouissent de ce même privilège.
Découvertes. Trouvailles. Voyez : Trésors.
Dents. Mal de dents, mal d’amour.
On doit bien se garder de jeter dans les chemins une dent qui vient d’être arrachée, car, si un cochon passant par là, venait à la manger, c’est une dent de cet animal qui pousserait à la place.
Les commères ont une foule de recettes pour les maux de dents ; respirer du vinaigre répandu sur une pelle rougie au feu, arrête les douleurs ; d’autres, font un emplâtre de farine mélangée de poivre, de sel, et pétrie dans du vinaigre, qu'ils appliquent sur la joue.
Les canines sont appelées dents de l’œil, on ne doit jamais les faire arracher.
Dizainier. Chapelet simplifié, formé d’unç
mince plaque de cuivre perforée d’un trou pour y passer le doigt, et portant sur le côté extérieur, dix cônes saillants et une croix; le dévot passe le dizainier à son pouce, récite la dizaine d’ave, puis il place le dizainier à l’index, et recommence ainsi jusqu’au petit doigt (i).
Doigts. Les sorcières travaillent beaucoup leur clientèle par l’inspection de leurs doigts et de leurs ongles; elles dépeignent le caractère parleurs formes, leurs couleurs.
Il ne faut jamais couper les ongles aux petits enfants avant l’àge de sept ans, cela les rendrait méchants.
Se couper les ongles le mercredi fait naître des envies ; les taches blanches sur les ongles sont un signe de cadeaux que l’on recevra prochainement.
Dragons, animaux fantastiques. L’homme des cavernes, le troglodyte aurait-il vu le ptérodactyle? De toute antiquité, il a été frappé par ces animaux singuliers, il a vu
(i) Notre collection ethnographique ; ces dizainiers oubliés aujourd’hui, mesurent de 0,025 mill. à o,o3q mill., leur poids varie de i à 2 grammes.
dans son imagination des poissons volants, des griffons à longue queue, des serpents ailés, dans ses contes comme dans ses légendes, il y fait apparaître des animaux hybrides, tels qu’ils sont représentés dans les églises ou sous le porche des cathédrales.
La Ballade du dragon du roc qui se raconte encore à Montluçon est terrifiante, on y croit comme à une histoire vraie; sa gueule est couleur de feu, ses ongles sont d’acier, sa bave tue ceux qui la reçoivent, c’est par milliers que se comptent les ossements de ses victimes, épars dans son repaire, le souterrain du vieux château de Chatelard, c’est effrayant!
Droits seigneuriaux. La variété infinie des anciennes redevances féodales, constitue, quand on les examine, un véritable état d’âme de la société aux temps féodaux. L’argent était rare, le maître recevait en nature ce que la pénurie du numéraire ne pouvait fournir. Mais tout à côté de l’intérêt matériel se trouvent des redevances bizarres, excentriques, amusantes, grotesques même, et auxquelles le fier seigneur paraissait tenir sérieusement.
De nos jours encore, après les stipulations du prix de la ferme, le bail contient en outre les
redevances à donner en œufs, beurre, volailles, foin, paille, corvées et charrois à faire à la volonté du bailleur.
Certains droits seigneuriaux ont été fortement exagérés, plusieurs critiques se sont abusés sur les droits de libage ou autres du même genre ; la châtelaine était parvenue à faire racheter ces droits par des redevances en gélines, ou autres. Il y a quand même une persistance de ce droit au travers les siècles, dans cette coutume qui permet au maire d’embrasser la mariée, le premier, après le sacramento.
Le châtelain de Thizon recevait annuellement tous ses gens au château, qui lui apportaient solennellement un œuf traîné sur un char attelé de huit bœufs blancs. La même redevance se faisait au seigneur du Tremblay.
Le puissant seigneur du château de la Mallerée avait droit de prélibation sur toute l’étendue de ses terres, après chaque mariage, les mariés lui apportaient un coq blanc et une poule noire, en remise d’un droit tombé en désuétude. Le seigneur entouré de sa famille recevait ce don dans la salle d’honneur du château, puis arrivait un char traîné de quatre gros bœufs blancs, portant un œuf pondu le matin des noces.
L’une des prérogatives des ducs de Bourbon en leur châtellenie de Montluçon, consistait à percevoir un droit sur tout mari qui était battu par sa femme (i).
Ces mêmes ducs de Bourbon, prélevaient un bien singulier droit sur les filles de mauvaise vie, le jour qu’elles se fixaient à Montluçon. La prostituée devait aux ducs de Bourbon, un pet qu’elle devait aller faire devant la population gouailleuse de la ville, assemblée pour cette cause sur le pont de Bufecier, qui conduisait au château. La charte relative à ce droit est datée de 1468, en voici le texte : Item, in et super filia communi sexus videlicet viriles, quoscumque de novo, in villa Montis-Lucii eveniente, quatuor denarios, semel, aut unum bombum super pontem de Castro Montis- Lucii solvendum .
(1) La survivance de ce droit se continue encore. Le n° 48g du supplément du Petit Journal , du Ier avril 1900, contient ce fait; la gravure y représente un montluçonnais montant un âne à rebours entouré de mégères qui ne lui ménagent ni les quolibets, ni les coups de trique, il porte sur le dos une pancarte avec ces mots : « Battu par ma