YOLANDE
Il est des femmes qui pensent tard, la pensée n'est éveillée en elles que par le sentiment ; elles ne manquent pas d'esprit, mais leur esprit vient du cœur ; avant d'avoir aimé elles n'ont que des idées vagues, leurs désirs sont sans volonté; Tamour, la passion peut seule leur faire comprendre qu'elles ont un libre arbitre.
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Telle était Yolande de Rocmartine, une des plus nobles jeunes filles de la Provence , cette vieille terre de la grande aristocratie. La mère d'Yolande avait émigré : rentrée en France , veuve et presque sans fortune, elle racheta à grand 'peine le vieux château de ses ancêtres qui dominait un village dont les habitants, autrefois ses vassaux, étaient devenus, parla confiscation et la vente de ses biens, sesco-propriétaires. Le malheur avait rendu la marquise de Rocmartine plus fière et plus hautaine ; ses prétentions nobihaires , renforcées par une dévotion rigoriste, la faisaient invulnérable à toute idée nouvelle ; elle se croyait encore femme d'un président au parlement et reine de la capitale du comté.
Elle avait deux enfants , un fils, hérifier de tous les titres de sa haute maison , médiocre intelligence , qu'elle faisait élever dans un séminaire, et Yolande, plus âgée que son frère, con-