Folles et saintes
Folîcs et saintes sœurs , écloses et formées Dans les rêves divers que j'évoquais la nuit; Visioiis que mon àme a tour à tour aimées, Au inonde allez sans bruit.
Allez, vous n'êtes pas à briller appelées, Et je n'attends de vous ni succès, ni faveurs; Vous ne pouvez charmer, modestes et voilées. Que des esprits rêveurs.
Je vous aime et vous suis , mes filles idéales , D'un cœur reconnaissant, d'un regard attendri. Combien d'amers soucis, combien d'heures fatales Vous m'avez épargnés quand vous m'avez souri !
Vous avez , fruits légers de mon intelligence , Distrait mon faible cœur de ses propres ennuis : Contre l'abattement et contre l'indigence Vous fûtes mes appuis.
Dans ce livre , il n'.est pas un récit , une page , Qui ne m'ait apporté Toljole du travail.
Mes veillesi, mes douleurs sont là dans chaque image Et dans chaque détail.
Voilà pourquoi mon cœur vous aime avec faiblesse , Frêles créations de mes plus mauvais jours; Pourquoi j'ai peur pour \ous de ce monde qui blesse Nos pleurs et nos amours.
Ah ! puissiez-vous, trompant ma crainte maternelle, Ne trouver que des cœurs sympathiques et doux ! . Allez, pauvres enfants échappés de mon aile, Dans la foule bruyante, humblement glissez-vous.
Av.'il 1845,