‹ Fondation de la société de chirurgie dentaire de ParisChapitre 12 sur 35 · MONSIEUR LE PROCUREUR DU ROI · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROCUREUR DU ROI

Les Dentistes de Paris, munis d’un diplôme, ont l’honneur de vous exposer qu’un grand nombre! d’individus (hommes et femmes) se permettent d’exercer une branche importante de la Chirurgie, en prenant le titre de Dentiste, que la plupart font précéder de la qualification de Médecin ou de Chirurgien en toutes lettres ou bien seulement en initiales.

La loi du 19 ventôse an XI, qui régit toutes les parties de l’art de guérir, établissant les titres dé Médecin, de Chirurgien et d’Officier de santé, pour les hommes qui composent le corps médical, a décrété « que nul ne pourrait prendre l’un de ces « titres sans en avoir obtenu le diplôme. »

Il est donc certain que ceux qui exercent une branche quelconque de l’art de guérir sans titre légal, y contreviennent positivement, et sont par conséquent passibles des peines qu’elle prononce.

Les soussignés, en se portant partie civile, viennent donc vous prier, Monsieur le Procureur du Roi, de poursuivre tous lès individus exerçant sans diplôme, et dont le nombre augmente tous les jours.

Les Dentistes reçus n’ont pas pu être dépouillés de leurs droits, et une profession honorable ne doit pas être plus longtemps avilie et déshonorée par des individus qui en usurpent les fonctions, et dont le charlatanisme effronté devient de plus en plus nuisible au public et aux intérêts des Dentistes légalement reçus.

Si vous daignez,Tdonsieur lè Procureur du Roi, accueillir leur juste plainte, en la déférant au tribunal compétent, vous rendrez un grand service à l’humanité, et ce sera peut-être une occasion de faire sortir de là plus déplorable anarchie une branche importante de l’art de guérir.

L’opinion de Messieurs les Ministres, celle de fa Faculté si énergiquement exprimée par son illustre Doyen,, et enfin le corps médical tout entier considèrent toujours, et à juste titre, l’art du Dentiste comme une branche de la Chirurgie. Les dispositions de la loi nouvelle sur les patentes qui confirment cette opinion, les faits graves qui se renouvellent chaque jour, souvent suivis de procès

scandaleux (r), appellent l’attention de l’autorité. Tout enfin doit leur faire espérer, Monsieur l e Procureur du Roi, que vous daignerez prendre

(i) Parmi le grand nombre de procès auxquels les Dentistes exerçant sans titre ont donné lieu par les mauvaises opérations qu’ils font journellement, nous nous bornerons à citer le dernier de ceux du sieur Aimé de Nevers, sé disant effrontément Dentiste de diverses cours :

Extrait de la Gazette des Tribunaux * 2 juillet 1846.

« M. l’Aîné, Dentiste, mieux connu sous le nom d’Aimé de Nevers, a été assigné devant le tribunal civil de la Seine par une dame Ribard, qui réclame de lui la restitution d’une somme de 350 francs, à lui payée pour prix d’un râtelier mal conditionné et peu conforme aux règles de l’art. M. Aimé de Nevers a résisté à cette demande en opposant le parfait état de la marchandise livrée ; et le tribunal, par un jugement du 22 janvier, dont nous avons rendu compte à sa date, a ordonné que le dentier litigieux serait soumis à une expertise confiée aux soins de M. Regnart père. Dentiste.

« L’expert choisi par le tribunal a cru ne pas devoir accepter la mission qui lui avait été donnée parce qu’à cette époque il soutenait, conjointement avec plusieurs autres Dentistes, un procès contre Aimé de Nevers et quelques autres qui exerçaient la profession de Dentiste sans diplôme, et M. Lefoulon a été nommé expert à sa place. Ce dernier a déposé son rapport, d’où il résulte que le dentier livré par M. l’Aîné n’est nullement conforme aux règles de l’art; que les portions de cheval marin qui doivent représenter les dents sont tout à fait informes; qu’elles sont mal fixées sur une monture de pla-

cette plainte en considération, et que vous voudrez bien y donner suite, lis ont l’honneur d’être,

avec un profond respect.

Monsieur le Procureur du Rol,

Vos très-humbles

et très-obéissants serviteurs,

Paris, ce 25 mai 1845.

Aüdibran.

Braconnot.

Leymarie.

Schange.

Delmond(pourle

Cohen.

Mayenne.

Vautier père.

proc. duRoiseul). Delestre.

Rossi.

Schlund.

Benoist.

Grand-Homme.

Oudet.

Nonat.

Beaudoin..

Leclerc.

Bousson.

Pourcelot.

Bouzemont.

Lestrelin.

Chaudoin-Geniès.

Regnart fils.

Clément.

Maury-Bazire.

Dardouville,

Talbot-Descourty.

Dejardin.

Toirac.

Didier.

Vautier fils.

Durrilhy-Deviens. Taveau.*

Henôque.

Jamét.

Jasse..

Boulu.

Lelibon.

Picard.

Lemoine.

Brewter.

Magitot..

Raymond-Barriés.

Marmont.

Cousin-Dubois.

Michaud.;

Richard.

Regnart.

Desirabode.

Nonat.

Villemar.

Buchey.

Hattutte.

Pioline.

Weber.

Bertin.

Lefoulon»

Regnart père.

Léon Lhermitte,

Nota. Ceux dont les noms manquent

ont adhéré par

lettres adressées.au secrétaire de la Société. MM. Lemaire et Pernet sont les seuls.qui aient refusé de se joindre à. leurs confrères.

tine grossièrement faite et n’offrant aucune solidité, et ; que, sans avoir à peine servi, le tout est déjà mobile et comme fracturé ; que, de plus, le dentier est complètement impropre à l’usage auquel il est destiné; qu’il n’est.

pas assis exactement sur les gencives et autres parties qui doivent le supporter; qu’en un mot, le dentier était fait contrairement à toutes les règles de l'art, et demeurait impropre à sa destination.

e Armée de cé rapport, M“* Ribard s’est présentée de nouveau à l’audience de la cinquième chambre du tribunal civil de la Seine, et a reproduit sa demande. Le tribunal, après avoir entendu M e Yvert, avocat de M"' Ribard, et M* Revel, dans l’intérêt de M. l’Aîné, a homologué purement et simplement le rapport, déclaré le râtelier inacceptable, condamné M. l’Àînë à la restitution de la somme de 350 francs, et aux dépens. »

A MONSIEUR

Page 1