DENTISTES DE PARIS
C’était vraiment un spectacle imposant et nouveau, de voir presque tous les hommes exerçant la même profession dans la première capitale du monde, réunis en aussi grand nombre chez le confrère qui les avait convoqués. Mais cet empressement et cetté exactitude s’expliquent naturellement par l’objet même de la réunion ; car il s’agissait de s’entendre pour adopter et employer les moyens propres a relever la profession de Dentiste, tombée dans l’aviîfssemèht depuis que le charlatanisme s’en était emparé..
Promoteur de la réunion, je présentai à rassemblée, pour la présider, notre vénérable confrère, le docteur Regnart, qui s’en acquitta avec toute la bonté et la dignité qu’on lui connaît.
Une commission de six membres fut nommée ; elle se composait de MM. Regnart, Toirac, Rossi, Taveau, Buchey, Delmond et Audibran. Désigné à l’unanimité pour en être le secrétaire et pour pré-
parer le travail nécessaire aux poursuites que nous nous proposions d’exercer contre les individus qui usurpaient le titre de Dentiste, je m’adjoignis le sieur Delmond ; mais à la première entrevue que j’eus avec ce collègue de mon choix (i), je reconnus bientôt que nous n’avions pas, pour diriger cette affaire, les mêmes vues. Il s’agissait de rédiger une plainte pour le procureur du Roi, de préparer une adresse pour M. le doyen de la Faculté, pour l’informer de la résolution prise par le corps des Dentistes, et pour lui demander son appui dans cette grave circonstance. Qui le croirait? Cette dernière mesure, pleine d’opportunité e t de convenance , fut repoussée par le sieur Delmond, sous le prétexte le plus frivole, mais qui décelait l’amour-propre le mieux caractérisé.
Voici pourquoi : '•
M. le doyen ayant été chargé par l’administration de désigner les candidats à la place de Dentiste de la maison royale de Saint-Denis, eut la franchise de demander à M. Delmond, qui aspirait à cette place, quels étaient ses titres, et s’il avait fait quelques ouvrages scientifiques ;. et comme il n’en avait fait aucun, il ne fut pas nommé. De la son mécontentement et sa répugnance pour M. le doyen, et sa désapprobation de l’adresse qui lui était destinée.
( 1 ) Il fut choisi à cause de son titre de Dentiste des Colleges.
. Cependant , maigre son opposition, tout ce qui avait été décidé fut fait : plainte au procureur du Roi, et adresse au doyen de la Faculté. Mais, il faut le dire ici, voilà le commencement de l’opposition que M. Delmond s’est efforcé de continuer systématiquement dans le procès des Dentistes, et qu’il poussa si loin qu’il devint presque l’adversaire de ses confrères. En effet, son nom ayant été joint comme signataire de la plainte à ceux de MM. Règnart, Toirac, Rossi et Audibraft, dans là citation directe donnée aux Dentistes marrons, Rogers, Paul-Simon, Aimé et Rubech, excita tout son courroux, dont il donna une première prèùvë en cherchant à affaiblir le zèle des avocats Chamaillard et Paillet, qui devaient plaider pour le corps des Dentistes. M. Delmond ne s’en tint pas à ses premières démarches malveillantes; elles furent poussées jusqu’auprès du président de la sixième chambre, où l’affaire était portée. Un Mémoire désapprobateur de notre réclamation lui fut même remis. Ce Mémoire a suivi toutes les phases du procès, et il fut trouvé dans le dossier de la Cour de cassation (i). Cet écrit de M. Delmond a-t-il contribué au fâcheux résultat qüe la Société a à déplorer ? Je
(i) M. Morin, l’avocat du corps des Dentistes à la Cour de cassation, fut tellement surpris de ce Mémoire, qu’il craignait, avec raison, qu’il produisît une fâcheuse impression sur l’esprit des conseillers de la Cour.
mais enfin c’est un reproche éterner^i^Je^corps des Dentistes aura à faire au confrère qui s’est montré si indigne d’en faire désormais partie.
La coupable conduite de M. Delmond ne pouvait pas rester impunie ; il fallait d’ailleurs faire un exemple : la Société de Chirurgie dentaire ne pouvait pas conserver dans son sein un membre qui s’était montré si hostile à ses intérêts. Ën conséquence, je déposai entre les mains du président une plainte contre le susdit Delmond, afin qu’il lui fût fait application des art. 19 et 20 des statuts qui régissent la Société.
Après avoir entendu le développement de la plainte, et voulant, avant tout, user d’indulgence*, la commission décida, à l’unanimité, qu’il serait fait . d’abord à M. Delmond application de l’art. 8 (r)y V' et qu’il lui serait immédiatement donné connais 1 ^ sance de cette décision. Ce qui fut fait. Dès ce mo- v ment, M. Delmond n’ayant pas obtempéré à l’injonction qui lui a été faite, a cessé de faire partie de la Société. Mais, pour cela, il n’a pas discontinué son opposition ; au contraire, il a fait de nouveaux efforts pour désorganiser ce qui avait été
(*) Article 8. — Des Statuts de la Société.
« Tout membre qui n’aura pas acquitté le montant de sa cotisation après deux avertissements du trésorier, sera considéré comme démissionnaire. »
fait. Une brochure (i) des plus ridicules,' des plus incohérentes, a été publiée par lui pour tâcher de désunir le corps des Dentistes, en s’efforçant de dénigrer le membre qui l’avait organisé. Mais, hâtons-nous de le dire, à l’exception d’un ou de deux membres, cette brochure, si laborieusement faite, n’a trouvé parmi les Dentistes que des désapprobateurs. Enfin, la dernière tentative de M. Delmond pour désunir la Société a été faite après l’arrêt rendu par la Cour de cassation, qui détruisait la légitime espérance de justice que nous avions conçue. Sachant que tous les membres de la Société devaient se réunir, M. Delmond adressa à son confrère Rossi une longue lettre, avec prière d’en faire lecture à la Société assemblée, ce qui fut fait ponctuellement. Cette lettre, qui n’était d’un bout à l’autre qu’une diatribe contre un des membres, M. Audibran, et dont l’auteur espérait tant d’effet contre celui qu’elle désignait, fut généralement désapprouvée. Ce fut en vain que M. Baudoin, ami de M. Delmond, essaya de prononcer quelques mots em faveur de son auteur. Dès ce moment, le vœu unanimement exprimé fut que M. Delmond ne pouvait plus faire partie de la Société de Chirurgie dentaire.
(1) Sous le titre de : La Guerre des Dentistes . Ce litre,; pris dans le journal la Presse, qui s’est montré si dévoué aux individus usurpant le titre de Dentiste, et si malveillant au corps des vrais Dentistes, est un nouvel outrage de M. Delmond, dont ces derniers doivent justement se trouver offensés.
A MONSIEUR