AYANT LA RÉVOLUTION DE
Il est incontestable que dans tous les temps ceux qui voulaient exercer l’art du Dentiste furent soumis à des études médicales; ce qui le constate, c’est le règlement du Collège de chirurgie de 1768 qui réglait le mode des études et de réception des Experts- Dentistes.
Le décret de 92, qui détruisit toutes les Facultés et tous les Collèges de chirurgie, livra l’exercice de toutes les parties de l’art de guérir à l’ignorance et au charlatanisme. La vie des hommes fut mise ainsi à la merci du premier venu, car il suffisait de prendre la patente de Médecin pour exercer la Médecine, de Chirurgien pour exercer la Chirurgie, de Dentiste pour exercer l’art du Dentiste, d’Oculiste pour exercer cette partie, etc.
Les accidents les plus graves furent le résultat d’un état de choses si déplorable, et firent sentir bien-
tôt la nécessité de créer pour ceux qui se destinaient à l’art de guérir, des études, des examens et des réceptions. Pour atteindre à ce but, la loi du 19 ventôse an XI fut présentée et adoptée.
Par cette loi fut constitué un Corps médical, dont les membres obtenaient, soit le titre de Docteur en médecine, soit celui de Docteur en chirurgie ou d’Officier de santé.
Il est donc bien évident que les législateurs qui préparèrent cette loi et ceux qui la votèrent entendirent que désormais aucune des parties de l’art de guérir ne pourrait être exercée sans diplôme. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on lit l’admirable exposé des motifs de l’illustre Fpurçroy, dans lequel sont signalés les accidents les plus graves causés par l’ignorance et la maladresse de ceux qui usurpaient les fonctions d’hommes qui, par leur études constatées par leur diplôme, auraient dû avoir seuls le droit de soigner la santé publique?
Cette loi, qui fut faite pour détruire l’anarchie qui régnait dans toutes les parties de l’art de guérir , a-telle voulu la consacrer dans une partie importante, l’art du Dentiste? Non, cela n’est pas possible ! dire le contraire, c’est méconnaître les intentions des rédacteurs de la loi, des Fourcroy, des Tourel, des Chaptal ; et ne serait-ce pas outrager la mémoire de ces grands hommes que de leur attribuer uiie pensée absurde qu’ils n’eurent certainement pas ?
La loi a été faite pour réglementer l’exercice de la médecine et de la chirurgie. Elle ne reconnaît
aucune spécialité, parce que toutes les spécialités rentrent nécessairement dans le domaine du tout; Cependant, dans ces derniers temps, dans un procès célèbre, nous avons eu l'affligeant spectacle d’entendre sôutenir le contraire par l’avocat qui avait pour mission de rapetisser la profession de Dentiste, afin d’en assurer la possession à ceux qui l’avaient usurpée, et de la rendre accessible à tous les ignorants.
La loi, en créant des titres nouveaux et uniformes pour ceux qui se destinaient à l’exercice de l’art de guérir, reconnaissait tous les titres anciens obtenus; elle va même plus loin, elle pousse la tolérance jusqu’à conserver la position acquise à dés hommes qui avaient pour tous titres une position médicale justifiée seulement par la patente et une possession d’état de trois années. Tout ceci est positif; aucun doute ne peut s’élever sur l’intention réelle des législateurs de conserver tous les droits acquis, même ceux qui ne reposaient sur aucune preuve d’étude et de réception. Eh bien ! malgré cette évidence, n’a-t-on pas eu la témérité de prétendre que les Experts-Dentistes reçus par le Collège de chirurgie , et qui ne pouvaient exercer que la partie de la chirurgie pour laquelle ils avaient été reçus, n’avaient pas été compris dans la loi, parce qu’ils n’y étaient pas nominativement désignés? Étrange assertion, qui blesse le bon sens! Pour détruire ce paradoxe, ne suffit-il pas de faire remarquer que la loi n’énumère aucune spécialité, parce qu’on a judi-
creusement pensé que toutes les parties constituaient l’art de guérir? Telle a été l’intention des législateurs; leur en prêter une autre, c’est n’avoir aucune logique, tenter de détruire les droits les plus sacrés, et tenir le raisonnement le plus absurde.
Pour bien faire comprendre le véritable esprit de la loi du 19 ventôse an XI, destinée à faire cesser l’anarchie qui existait alors dans Fart de guérir et réglementer Fexercice de la Médecine et de la Chirurgie, il est nécessaire de placer ici l’exposé des motifs de cette loi.