LA COMPLAINTE
Ce même jour, madame la comtesse Aune de Laudal s’était rendue à Rennes pour visiter l’hôtel de Presmes et y faire les préparatifs d’un prochain séjour. La saison d’hiver approchait et les États devaient siéger cette année de bonne heure.
La session des États c’étaient les nobles fêtes, les bals luxueux et'les galants plaisirs.
Bien des jours se sont écoulés depuis le temps où toute la noblesse »le la province, réunie à Rennes, rivalisait d’hospitalité gracieuse et de belle magnificénce.
PONTAINE-AUX-PERLES
Mais la capitale bretonne n’a point perdu son élégante renommée. Elle est toujours le centre noble. La riche cité de Nantes, enorgueillie en vain de ses cent vingt mille habitants et de ses pompes commerciales, doit s’incliner encore devant l’antique royauté de sa suzeraine.
Lucienne n’avait point suivi sa sœur. Elle était partie de Presmes, comme nous l’avons vu, après une nuit sans sommeil, pour se rendre à Fontaineaux-Perlcs. Mais Bleuette se levait toujours avec l’aurore. Bleuette était déjà dans le bois où sa chanson envoyait eu vain cette fois le signal d’amour.
Hervé Gastel l’entendait peut-être, mais il faisait semblant de ne la point entendre. Il était venu cette nuit à la ferme, le cœur plein de soupçons jaloux, et cette terrible aventure de l’homme qu’il avait suivi dans l’ombre, et qu’il avait vu disparaître au sommet du rocher de Marlet, ne l’avait point empêché de faire à Bleuette de vifs reproches. Il y avait eu querelle. Le beau veneur sous la fenêtre, la jeune fille dans sa chambrette, s’étaient disputés une heure durant, au sujet du pauvre Martel, qui pendant cela se morfondait dans le jardin de Presmes.
Bleuette avait un bon petit cœur qui ne savait point se souvenir du mal. Dès le matin, elle courut après Hervé dans la forêt ; mais Hervé lui gardait
peut-être de la rancune. Eu outre, il tenait à se laver du reproche de faiblesse que lui avait adressé liubliquement le vieux piqueur, au souper de la veille.
Il s’était bouché les oreilles avec une vertueuse fermeté pour ne point écouter le chant de la Sirène, ot tenait son limier dans les voies de ce grand vieux .‘sanglier qui devait être le héros de la chasse, ce joui*là.
La bête avait été jugée comme il faut et détournée selon l’art'. Ce n’était point la faute d’Hervé Castel si la chasse avait eu le résultat malencontreux que i lous savons.
En bonne vénerie, la présence de deux auxiliaires comme Médard de Peuchou et Corentin Jaunin de la Haguenaudays est aussi funeste que la pluie.
La pauvre Bleuette chanta tout au loug la mésaventure de Madeline, la belle fille de la forêt, devenue châtelaine, sans que le son du cor répondit à son appel.
Pendant les premiers couplets, elle espérait, et sa voix joyeuse jetait sous le couvert les téméraires roulades où s’égare toujours la chanson bretonne.
Mais, à mesure qu’elle avançait, sa voix se faisait plus triste. Ce fut avec un accent désolé qu’elle chanta celte partie de la complainte où le poète de la forêt raconte naïvement les suites funestes de la jajüusio du châtelain, éveillée par ce fait que
Arriva de Normandie A Saint- Aubin-du-Cormier..
Un tout petit chevalier Babillard comme une pie...
Les paroles ne prêtaient point tant à la mélancolie que le fond même du récit; mais la voix de la pauvre Bleuette tremblait et y mettait des larmes.
La chanson parlait de la colère du vieux seigneur jaloux. Ëlle disait :
Il blasphémait comme un diable Dans le bénitier caché ;
Il commit un grand péché,
Un jour en sortant de table :
Il prit madame aux cheveux Et Pétrangla tout au mieux.
Bleuette s’arrêta pour écouter. Quelque merles sifflaient sous la feuillée comme pour railler son attente vaine, et, sur les bords de la Vanvre, des .bécassines tôt venues lui jetaient leur cri moqueur.
Et point de réponse.
Elle reprenait sa chanson qui se faisait satyrique, et il y avait des pleurs dans ses yeux tandis qu’elle chantait cette rustique épigramme :
On s’occupa de Taflaire Chez messieurs du parlement,
Qui savent si bellement Bâiller de la bouche et braire:
On dit ceci puis cela,
Et l’affaire en reste là.
Point de réponse encorne. La trompe du jeune veneur était muette ce matin. Bleuette craignit de l'avoir fâché. Elle était bien repentante, et le couplet suivant, qui n* avait point été fait pour exprimer la contrition, tomba doucement de ses lèvres :
Parce que de notre maître,
L’avocat dit en latin:
« Ce fut le fait d’un lutin Qui mangea le corps peut-être. »
On admit cet argument Chez messieurs du parlement.
C’était la première fois qu’Hervé manquait à l’appel, et la première déception d’amour fait bien souffrir I
Bleuette se sentit froid au cœur. Elle se laissa tomber sur la mousse, au pied d’un arbre, et pleura. Et, tout en pleurant, la pauvre fille voulut chanter encore; car peut-être Hervé Castel n’avait point entendu, et peut-être était-ce justement à ce couplet qu’allait répondre le son bien aimé de sa trompe :
Mais un soir dans la fontaine Le tout petit chevalier
Voulut boire et se baigner,
Après un courre à la plaine;
Il vit luire au fond de l’eau Un collier bien riche et beau.
Elle s’arrêta; les oiseaux s’éveillaient et mettaient de beaux concerts au milieu du silence.
Un collier de perles Unes Valant bien trois cents écus,
Pour ne rien dire de plus;
Le collier de Madelinc...
En cela les gens du lieu Connurent le doigt de Dieu !
— Mon Jésus! mon Jésus! murmura la pauvre Bleuette, il ne veut plus venir!
Et sa voix, brisée par les sanglots, essaya le dernier couplet.
On lit une autre sentence,
Et notre maître vraiment Eut pendu comme un manant,
A la plus haute potence...
Du plus sage et du plus fou.
L’amour vous casse le cou !
La complainte de Fontaine-aux-Perles était finie ; Bleuette avait chanté ses douze couplets sans éveiller le joyeux écho des fanfares qui répondait d’ordinaire à sou appel. *
Elle n’avait plus de force. Il y avait une tristesse profonde sur ses jolis traits habitués au sourire.
Elle laissa tomber sa tête entre ses mains.
Tous les jours il y avait deux cœurs. attentifs à la complainte de Bleuette. Ce matin, elle était seule. Petit-Réné ne la suivait pas de loin, eflleurant la mousse de son pas timide. H n’était point caché derrière quelque buisson voisin. Il ne l’entendait pas.
Oh ! s’il l’avait entendue, comme il serait venu s’agenouiller auprès d’elle! Comme il eût penché doucement sa blonde tête d’ange au-dessus du visage désolé de la jeune fille et que de pleurs silencieux il eût mêlés à ses larmes !
Mais Petit-Réné n’était point dans la forêt. La veille au soir, lorsqu’avait pris fin le conciliabule des Carboat et du chevalier de Briant, il n’avait pu fuir assez vite, parce qu’il ignorait le chemin à prendre pour sortir de ces souterrains inconnus.
Il n’avait pu que se blottir contre la muraille dans la salle circulaire. Son père, ses frères, le chevalier de Briand et Francin Renard avaient passé auprès de lui sans le voir. Puis la porte s’était refermée à double tour, et il était resté prisonnier dans les salles souterraines.
D’abord, il avait eu grand’peur, car la résine pendue à la muraille était éteinte depuis longtemps et il était entouré d’une nuit profondé.
Mais il avait un cœur généreux ; sa frayeur céda
bientôt à la pitié que lui inspirait le sort promis aux deux filles de M. de Presmes, dont Tune était l’amie de Bleuette et la fiancée de son frère Martel qu’il aimait tant I •
Et cette pitié se mêlait à une douleur inconsolable.
Son père, qu’il avait respecté jusqu’alors; ses frères, qu’il chérissait si ardemment, il venait de surprendre leur terrible secret.
11 n’osait point se dire ce qu’ils étaient. Peut-être n’aurait-il pas pu ; car il ne savait guère le monde. Mais l’instinct de son cœur suppléait à son ignorance, et lui montrait la barrière qui sépare le bien du mal, l’honneur de l’infamie.
Ceux qui avaient sa tendresse étaient des criminels. Il comprenait leur honte. 11 devinait le crime fatal de sa famille, lui, le pauvre enfant, qui n’avait point connu la gloire de ses aïeux I
11 venait d’entendre parler de rapt et de vol, le verre à la main, au milieu des éclats de rire.
Ces salles souterraines dont on lui avait toujours caché l’existence, avaient sans doute leurs mystères de chaque nuit. Pendant qu’il dormait, on y menait l’orgie, et l’on y combinait les méfaits du lendemain.
Longtemps, il resta immobile à l’endroit où il se trouvait, lors du départ de son père et de ses frères. Puis, comme la muraille froide, glaçait ses pauvres petits membres demi-nus, il se souvint d’avoir vu des vêtements à l’autre extrémité de la salle.
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PONTAINE-AÜX-PERLES
Il la traversa en tâtonnant, décrocha les habits pendus à la muraille, et s*en fit une sorte de lit sur lequel il se coucha.
L’idée lui vint que peut-être on n’entrait pas tons les jours dans ces appartements souterrains. Peutêtre restait-on quelquefois des semaines sans y mettre les pieds. C’était la mort. Tant mieux !
Cette pensée fit descendre en son âme une consolation recueillie.
Mourir! 11 avait déjà bien souffert; et Dieu,, qu’il priait tous les jours, lui gardait une place en son paradis.
Il joignit ses mains et invoqua la Vierge, dont sa mère, en mourant lui avait dit le nom béni.
Puis ses yeux se fermèrent et un sourire descendit sur ses lèvres. 11 s’endormit.
' Au-dessus de son front, les rêves inclinèrent l’image souriante de Bleuette.
Le lendemain, lorsqu’il s'éveilla, l’obscurité n’avait point diminué. Il faisait grand jour sans doute au dehors, mais nulle fente, ici, nulle fissure ne donnait passage à la moindre échappée de lumière.
Au réveil, le cœur est faible ; Réné se sentit repris de terreurs vagues. Il appela sou père et ses frères.
Personne ne répondit.
Il se leva de sa couche improvisée et fit, en se guidant de son mieux, le tour de sa prison. Après avoir tâtonné, longtemps, il trouva énfin’ la’ porte
qui donnait entrée dans la salle où les Carhoat avaient soupé. 11 y pénétra. 11 se heurta bientôt à la table dressée au milieu de la pièce, et qui contenait, parmi les pots vides, quelques débris du repas de la veille.
' Réné mangea et se sentit reprendre de la force.
Il tâtonna encore, il chercha; c’était un enfant; les idées de mort solitaire qui l’avaient consolé la veille, l’épouvantaient maintenant.
Partout il trouvait la muraille humide et sans issue.
Enfin le hasard lui fît heurter du pied la dernière marche de cet escalier par où le chevalier de Briant avait fait, la veille, son entrée inattendue.
Où conduisait cet escalier? le pauvre enfant ne se le demanda même point. 11 monta, guidé par cet instinct qui pousse le désespoir à essayer toutes chances.
L’escalier s’enfonçait étroit et roide dans le roc. Réné pouvait en toucher à la fois les deux murailles. Les marches ne montaient point en ligue directe, elles tournaient à chaque instant, suivant les veines terreuses qui se trouvaient dans la pierre. Elles s’arrêtaient même souvent pour aboutir à des couloirs sans pente qui rejoignaient au bout de quelques pas de nouvelles marches.
Et cela ne finissait point. Les couloirs succédaient
aux degrés, les degrés aux couloirs. C’était interminabl(5.
Petit-Réné montait toujours; la lenteur avec laquelle s’opérait son ascension donnait à la route parcourue une longueur fantastique. Il lui semblait que, depuis la salle souterraine, il avait monté assez pour arriver au faite de la plus haute montagne.
La fatigue se joignant à de vagues frayeurs lui ôtait le soufile, et lorsqu’il s’arrêtait un instant pour reprendre haleine, il se demandait, dans sa superstition enfantine, s’il n’allait point franchir les limites de la terre et arriver aux portes du ci(!l.
Puis son pied heurtait de nouveaux degrés dans l’ombre et il montait encore.
Il y avait un gros quart-d’heure qu’il gravissait ainsi, presque sans relâche; et, comme chaque minute s’allongeait dans celte nuit silencieuse et pleine de terreur, il lui semblait que son voyage avait duré déjà plus d’une heure.
Au moment où il se demandait, pour la vingtième fois, où aboutirait cette ascension indéfinie, il crut entendre autour de lui comme un murmure confus.
Il écouta mieux, et son oreille, rendue plus subtile par les heures muettes qu’il avait subies dans le souterrain, saisit un bourdonnement indistinct qui allait désormais s’augmentant à chaque marche qu’il montait.
Si Réné eût jamais vu l’Océan, ces bruits vagues
lui auraient rappelé le sourd fracas de la mer, brnissaut au loin sur les grandes grèves.
Il monta quelques degrés encore et sa tête heurta brusquement le roc.
Réné demeura un instant étourdi, et ses yeux se fermèrent. Lorsqu’il les rouvrit, une lueur imperceptible, mais qui sembla une étoile brillante à sa vue aiguisée par l’obscurité, vint frapper ses yeux.
Cette lueur était un point perdu dans les vastes ténèbres.
Il s’élança, croyant pouvoir la toucher du doigt, mais le chemin s’allongeait sous ses pas. Il marchait, suivant maintenant une pente insensibl^ et la lueur était toujours devant lui. Lorsqu’il l’atteignit enfin, il était au bout du long couloir qui terminait l’escalier de pierre.
Le roc vif lui barrait de tous côtés le passage.
La lueur paraissait toujours : il en approcha son œil et la vit grandir, mais il n’aperçut rien aud(;là.
C’était une fente étroite, qui communiquait probablement avec le dehors, mais qui laissait pénétrer la lumière de biais, et ne donnait nulle issue au regard.
Le cœur de Réné bondissait d’espoir; il devinait le grand jour derrière cet obstacle, et il se promettait de se frayer une issue.
Il prit dans sa poche le petit couteau qui lui servait
à couper des branches dans les taillis, et attaqua courageusement le roc.
La pierre était bien dure. Réné frappait de toute sa force ; les étincelles jaillirent, puis le couteau se brisa.
Mais au moment où Réné sentait ses yeux s’emplir de larmes, en voyant perdue son unique ressource, il lui sembla que la pierre contre laquelle il s’appuyait cédait au poids de son corps.
Il rassembla ses forces et la poussa. La pierre tourna lentement sur un pivot invisible, et des torrents de clarté inondèrent la place des ténèbres enfuies.
Réné bondit au dehors avec un grand cri de joie.
La pierre retomba, sollicitée par son propre poids, et referma d’elle-même l’ouverture.
Petit Réné avait clos ses yeux qu’éblouissait la clarté trop soudaine et il s’était mis à genoux pour remercier Dieu. Sa prière finie, il releva ses pauipères et reconnut les objets qui l’environnaient.
Que de fois il était venu dans ce lieu sans en soupçonner le mystère !
Il se trouvait non loin du sommet du rocher de Marlet, sur cette petite plate-forme où nous avons vu d’abord le vieux Carhoat, vêtu de sa peau de bique, mettre en joue la suite de de Presmesi
et OÙ nous avons vu depuis le chevalier de Briant disparaître tout-à-coup, à la grande horreur de maître Hervé Castel.
Nous savons maintenant par oii s’était éclipsé le chevalier, et pourquoi le jeune veneur n’avait point trouvé son cadavre au bas du précipice.
Petit-Bené regardait autour de lui, avec ravissement, le paysage connu. Au-dessous de ses pieds, à une grande profondeur, la Vanvre coulait lentement. A sa gauche la tète du roc s’élancait, droite et blanchie ; à sa droite, le taillis de Marlet descendait la colline.
La brise y jouait parmi les feuilles demi-séchées et produisait ce murmure qu’il avait entendu dans le souterrain.
Entre lui et le taillis, la maison de son père s’écrasait, tapie contre la base même du roc.
Le soleil était déjà bien élevé au-dessus de l’horizon, il devait être plus de onze heures. Héné jeta un long regard vers le taillis, comme s’il eût espéré percer le couvert et découvrir, derrière les buissons épais, celle que son œil y cherchait toujours.
— 11 est trop tard! murmura- t-il; elle doit être revenue à la ferme...
Il quitta la plate-forme et gagna le sentier qui menait à Fontaine-aux-Perles. En quelques pas il atteignit le sommet de la colline et se trouva en face , de la maison de maître Jean Tuai.
La porte de la ferme était ouverte, mais il n’y avait personne sur le seuil.
Le vieux gruyer s’était rendu de grand matin au château de Presmes pour affirmer son procès-verbal et soutenir la plainte qu’il avait portée contre M. le marquis de Carhoat, pris en flagrant délit de l)raconnage dans les varennos du roi.
Carhoat avait antre chose à faire, nous le savons, ce jour-là, qu'à répondre aux citations du tribunal de la capitainerie.
Il ne comparut point. M. de Presmes partit pour la chasse, après avoir donné défaut contre lui, et maître Jean Tuai resta auprès du greffier pour l’aider à libeller le jugement qui condamnait M. le marquis de Carhoat aux peines portées par la loi de France, nonobstant tous usages traditionnels ou écrits dans la coutume de Ilretague.
Petit-Iléné, voyant la ferme déserte tourna ses regards vers la fontaine entourée , d’aunes et de saules, qui ombrageaient sa nappe limpide, au pied même du rocher.
Les derniers couplets de la complainte de Ifleuelte nous ont appris la cause du gracieux nom ilonné à la fontaine.
Madeline, une belle tille de la forêt, avait épousé un châtelain de Presmes.
Il y avait bien longtemps de cela.
Le châtelain, par jalousie, avait tué la pauvre Madeline.
Le parlemeut de Rennes avait évoqué l’affaire, car la rumeur publique accusait énergiquement le châtelain, mais le corps du délit manquait. On n’avait pu retrouver ni le cadavre de Madeline ni aucun de.ses beaux atours.
Il n'était pas impossible que le diable eût emporte la châtelaine.
Bien des années après un cavalier vint dans le pays. Il avait aimé autrefois Madeline; lorsqu’elle était une simple fille de la forêt.
Il demanda ce qu’elle était devenue, et un sabotier des bois de Presmes lui répondit :
— Notre maître a jeté madame dans la fontaine, après l’avoir étranglée.
Le gentilhomme se rendit à la fontaine et la vida jusqu’à la dernière goutte, parce qu’il voulait venger Madeline et faire mettre à mort le châtelain de Presmes.
Mais l’eau de la fontaine avait détruit la chair, les os et le sang de la pauvre Madeline, ses dents d’ivoire et la soie dorée de ses blonds cheveux.
Elle avait détruit aussi ses brillants atours de châtelaine.
Il ne restait rien ; — rien, sinon un objet blanchâtre qui brillait faiblement, à demi enfoui dans le sable.
Le chevalier gratta le sable evec ses ongles et en retira un collier de perles. Le beau collier de Madeline.
L’eau de la fontaine avait mangé la chair de la morte et l’étoffe précieuse de ses brillants atours, mais elle n’avait pu dissoudre les perles, qui sont un fruit de la grande mer.
Le châtelain fut mis à mort, et le mom de Fontaine-aux Perles resta dans la mémoire des bonnes gens de la forêL
Réné eut beau regarder; Bleuelte ne lavait pas son linge aujourd’hui au bord de la fontaine.
Mais, au lieu de Bleuette, Réné aperçut mademoiselle de Presmes qui était assise sur le gazon, au pied d’un saule.
Lucienne avait de vives couleurs sur son visage. Auprès d’elle, à genoux, il y avait un homme qui portait le costume d’un soldat du roi.