‹ Fontainebleau (volume 2)Chapitre 14 sur 18 · F O N T A I X E B L E AU S O U S X A P O L É O X · texte numérisé non relu

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tance de celle-ci n'est plus qu'en apparence, et cette apparence même ne lui fut conservée qu'en considération de l'ancienne, dont les raretés transportées à Paris, ont fait le noyau de la bibliothèque Royale installée rue

Photo Neurdein.

Coffret à bijoux de l'impératrice Marie-Louise, par Jacob.

Richelieu. Ce transport eut lieu sous Charles IX, et depuis lors cette bibliothèque, qui en quelque façon était celle de la France, n'a plus été que celle du château. On sait que le célèbre J.-J. Weiss en fut, par la grâce de Gambetta, le dernier bibliothécaire.

A l'autre bout du château, c'est à Napoléon que remonte la transformation définitive du jardin des Pins et des jardins voisins, en jardin

anglais. L'architecte Heurtaut fit ce changement, entre 1809 et 1812. On sait que l'introduction des arbres exotiques, qui fut en partie cause du changement de style pour les jardins, était alors très à la mode. Des catalpas, des sophoras, des cyprès de la Louisiane, des tulipiers, renouvelèrent l'aspect de celui-ci, en même temps que des lignes irrégulières remplaçaient les allées anciennes. De jardin selon l'ancien style. Fontainebleau ne posséda plus dès lors que le parterre et le grand canal.

Dans la cour de la Fontaine, le même règne vit relever dans sa forme d'à présent la fontaine qui servait à nommer cette cour. La décoration dressée par Louis XIV ayant disparu, comme avaient fait celle de François Ier et de Henri IV, Napoléon fit placer en cet endroit et au bord de l'étang, une statue d'Ulysse par Lemaire, à laquelle on n'a pas touché depuis.

Napoléon donna de grandes fêtes à Fontainebleau. Les plus magnifiques furent celles du mariage de Jérôme, roi de AVestphalie, avec la princesse de Wurtemberg, célébré en 1807. L'empereur et sa cour séjournèrent alors près d'un mois dans cette résidence ; et c'est pendant ce séjour que le Blocus Continental fut signifié au corps diplomatique, dans la salle du trône de Fontainebleau.

D'illustres prisonniers y passèrent. En 1808, Charles IV, roi d'Espagne, v séjourna quelques semaines, se rendant au château de Compiègne. qu'où lui assignait pour résidence. Quatre ans plus tard, c'était le pape Pie VIL

On ne peut dire avec précision quels aménagements furent faits pour le recevoir, dans l'appartement des Reines Mères, qu'il habita pendant deux ans. Dans les derniers temps de la monarchie, le duc d'Orléans, puis le comte de Provence frère de Louis XVI avaient eu ce logis. Le pape fit son cabinet de travail de la pièce excessivement simple qui suit la chambre d'Anne d'Autriche. Tous les jours il disait sa messe dans celle-ci.

C'était le second vovage en France de ce pontife. Venant une première fois dix ans auparavant, pour la cérémonie du sacre, il s'était arrêté déjà à Fontainebleau. L'empereur s'y était rendu pour le recevoir. Il alla audevant de lui dans la forêt, jusqu'à la croix de Saint-Hérem, et tous les deux passèrent un jour dans le palais avant de se rendre à Paris.

La seconde fois Napoléon ne vit le pape en prison, qu'à son retour de la retraite de Russie. C'était aborder sous de fâcheux auspices le chef de l'Eglise, qu'il prétendait réduire. Il eut avec lui la fameuse entrevue où

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l'on raconte que l'empereur se serait emporté jusqu'à l'insulte. Il n'y devait revenir qu'en 1814, pour signer son abdication.

Ce fait est l'un des plus célèbres de toute l'histoire de Fontainebleau. La cour du Cheval Blanc en fut le témoin, et le nom de cour des Adieux.

Photo Neurdein.

Trône de Napoléon.

qu'on lui donne quelquefois, a fait passer jusque dans la nomenclature le souvenir de cet événement. Pourtant on ne doit pas oublier que cette abdication ne fut que la première, et qu'à son retour de l'île d'Elbe, Napoléon revint encore à Fontainebleau, de sorte que les adieux qu'il y avait faits alors, ne furent pas réellement les derniers.

L'empereur y arriva le 31 mars, et se logea dans son appartement audessus du jardin de Diane. A Paris les Alliés décidaient de son sort. De

son côté il méditait une offensive qui lui permit de leur échapper. Dans la nuit du 2 au 3 avril, Caulaincourt accourt à Fontainebleau, et annonce à l'empereur que son abdication peut sauver au moins la dynastie. Le roi de Rome aurait pris l'empire et .Marie-Louise la régence. Il présentait cet arrangement comme agréé des rois alliés après beaucoup de difficultés. Napoléon le refusa. Il comptait toujours sur ses soldats. La nuit du 3

Photo Neurdein.

Les Adieux de Fontainebleau (lithographie de Jazet d'après Horace Vernet).

au 4 apporta par Alarmont la nouvelle de sa déchéance, proclamée par le Sénat français.

Le premier moment fut à la résistance. Les ordres étaient donnés pour transférer son quartier entre Ponthierry et Essonne. La réflexion fit changer d'avis. Un peu après midi il signa.

Caulaincourt porta cette abdication à Paris. Mais il était trop tard pour qu'on se contentât d'une abdication de l'empereur. Les Alliés exigeaient que l'empereur cédât tout. Trois plénipotentiaires revinrent pour obtenir que la dynastie fût comprise dans sa renonciation au trône. On venait d'apprendre la défection de Alarmont, et cet événement jetait dans l'esprit de l'empereur une tristesse qui devait l'incliner à céder. Il s'y

résolut au bout de dix jours. Le 12 avril, il mit son nom en bas du document célèbre, où ce vainqueur de vingt champs de batailles avouait sa retraite indispensable au salut de la France et à la paix de l'Europe. « Les Alliés, dit le baron Fain, osaient à peine se flatter qu'on pût amener Napoléon à un sacrifice aussi absolu. »

Son départ eut lieu le 20 avril.

« A midi, écrit le même témoin, tous les préparatifs étant faits, les voitures de voyage viennent se ranger dans la cour du Cheval Blanc. La garde impériale prend les armes et forme la haie. A une heure, Napoléon sort de son appartement ; il trouve rangé sur son passage ce qui reste autour de lui de la cour... Napoléon tend la main à chacun, descend vivement l'escalier, et dépassant le rang des voitures, s'avance vers la garde. »

Suivent les dernières paroles, dont l'effet, en d'aussi tragiques circonstances, se fait sentir au cœur de tous les assistants.

« A ces mots, écrit le baron Fain, le général Petit, saisissant l'aigle, s'avance. Napoléon reçoit le général dans ses bras, et baise le drapeau. Le silence d'admiration que cette grande scène inspire, n'est interrompu que par les sanglots des soldats. Napoléon dont l'émotion est visible, fait un effort et reprend d'une voix ferme : « Adieu encore une fois, mes vieux compagnons, que ce baiser passe dans vos cœurs. »

Sur ces mots il monta vivement dans sa voiture ; qui partit suivie de toutes les autres.

Ce récit a été repris depuis de vingt manières. La peinture s'en est inspirée. Dans l'iconographie de la légende impériale, cet épisode donne place à la cour des Adieux près d'Austerlitz et de Sainte-Hélène. En ce qui regarde le sujet de ce livre, il marque la fin de grandes transformations opérées dans le château pour le séjour des rois.

Photo N*urdein.

Bâtiment de la galerie de Diane, sur le jardin de ce nom.

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