AVANT-PROPOS
droits éprouvent de ces sortes d'erreurs autant de dommage que Fontainebleau. La voix de l'histoire, qui s'y fait entendre à chaque pas. réclame des interprètes exacts, et l'ancienneté des morceaux qui s'y trouvent, veut un commentaire vérifié.
Je me suis efforcé de ne donner ici rien que de tel. Les faits dont se compose l'exposé qu'on va lire, sont en partie le fruit de mes recherches personnelles, consignées principalement dans un ouvrage sur le Primatice, en partie de celles que ne cessent de publier les excellentes Annales de la Société Archéologique du Gâtinais, en partie de quelques travaux locaux qu'on trouvera mentionnés à la fin du volume.
On sait quel excellent point de départ une étude du château de Fontainebleau trouve dans les anciennes descriptions données parle P. Dan et par l'abbé Guilbert. L'architecte Castellan, malgré de nombreuses erreurs, est le seul après eux qui mérite qu'on le recherche, à cause de quelques remarques utiles faites sur l'édifice tel qu'on le voyait de son temps. Les notices de Jamin n'ont de prix que pour connaître l'état des lieux avant la restauration de Louis-Philippe.
Dans la catégorie de l'image, il faut rappeler les vues de Fontainebleau gravées par Ducerceau dans ses Plus Excellents Bâtiments de France, et le recueil d'aquarelles en trois tomes tirées par l'architecte Percier, des différentes parties du château au temps de l'Empire, en particulier de ses peintures. Tous ces ouvrages sont dignes d'intéresser le lecteur, et, pour ceux qui ont l'amour du passé, propres à rétablir sans fatigue, le contact avec le vieux Fontainebleau et ses amateurs d'autrefois.
Allégorie à la Fontaine Bleau. d'après le Rosso.
Fontainebleau a tenu dans l'ancienne monarchie, en tant que résidence royale, la première place après Versailles. L'air courtisan, au dire de Labruyère, s'y prenait dans l'une et l'autre ville, chez le marchand et le petit bourgeois, par la fréquentation des gens de cour. La route de Fontainebleau ainsi que celle de Versailles, était comme un chemin particulier du roi. Ce rang lui valut au temps de Louis XV le fameux ornement du pont des Belles Fontaines, jeté sur le vallon de l'Orge, près du village de Juvisy.
Cependant le faste de Versailles éclipsait tout. De nos jours, il ne concourt pas moins à effacer les beautés de Fontainebleau ; ce qui relève le renom de celle-ci, et ne laisse pas à cet égard de lui donner la préférence sur sa rivale, c'est l'antiquité de ses souvenirs, dont la majesté n'a pas
d'égale.
Napoléon l'appelait « la maison des siècles ». Les vieux Capétiens, l'ont habité ; et ce qu'on y a changé n'a pas eu pour effet, comme à Corn-
piègne. de recouvrir et d'enterrer le passé. Après tant de siècles écoulés, au cours desquels les soins que lui prodiguaient les rois ne pouvaient manquer de transformer tant de choses, l'image que Fontainebleau nous offre ne tient rien d'un palais moderne. L'immense déploiement de bâtiments qu'elle expose, ne lui ravit pas l'air d'ancien manoir, que la bonhomie de la Renaissance avait conservé du moyen âge. Ainsi les ans s'}' superposent sans s'effacer, et tant de rajeunissements de cette antique maison n'ont d'autre effet que de rallier à nos yeux le chœur harmonieux des âges, et de ménager jusqu'à nos jours la transition douce du passé.
Le bâtiment de Fontainebleau s'élève au bord d'une forêt célèbre ; à peine quelques jardins l'en séparent. Ce voisinage fait un tableau agreste, dont on ne voit pas le semblable ailleurs ; il remet en mémoire ces chasses du temps passé, carnage de bètes dangereuses, vraie image de la guerre, auxquelles s'adonnaient les rois ; il rend sensible le nom de « délicieux déserts », dont François Ie' se servait pour désigner cette résidence; et cette impression de solitude dans un endroit visité par le luxe et les arts, est aussi touchante qu'agréable.
Enfin dans Fontainebleau l'historien de nos arts admire le témoin illustre des efforts d'où sortit la Renaissance française. Cette résidence en fut le modèle. Tout ce qu'on put tirer de grands artistes d'Italie, s'y exerça dans tous les genres ; l'abondance et le prix de leurs ouvrages la fit appeler « une seconde Rome » : c'est l'expression dont se sert Vasari. Toute l'Europe leur paya tribut : les productions du génie national, instruit et poli par ces exemples, connurent une vogue universelle ; au style d'ornement qu'elles suivirent, l'usage a donné le nom de Fontainebleau. Par là cette résidence prend rang dans le petit nombre d'endroits célèbres, lieux d'insigne avancement du goût, dont les noms jalonnent l'histoire de l'art, tels que Venise, Florence. Anvers.
On aborde le château par la cour du Cheval Blanc, que des additions successives ont eu anciennement pour effet de transformer en cour d'honneur. Au fond de cette cour, le perron de l'ancien Fer à Cheval figure l'entrée principale du château. .Mais si l'on veut ordonner selon l'histoire et la disposition intérieure des lieux, la connaissance de Fontainebleau, c'est à la cour Ovale qu'il faut d'abord passer.
On y accédait par le portail aujourd'hui nommé porte Dorée, qui termine la chaussée de l'Étang. Au moyen âge, tout le château ne consistait qu'en cette cour, dont les corps de logis à gauche portent sur les anciennes fondations. Ainsi de ce côté le tracé n'a point changé. Dans ces corps de
logis se reconnaît la Grosse Tour, couverte en pavillon au temps de François Ier, et dont la chambre au premier étage conserve le nom de chambre de Saint Louis. Pfnor et Champollion-Figeac avaient retrouvé à gauche de sa façade, l'ogive de sa porte ancienne, reportée maintenant au milieu. On appelait cette tour le Donjon, et cour du Donjon la cour elle-même. Telle était la demeure des anciens rois, dont on ne peut malheureusement pas suivre l'histoire jusqu'en ses origines. Une charte de Louis VII le jeune, datée de Fontainebleau en 1160, atteste seulement qu'à cette époque lointaine, cet endroit servait déjà de maison royale. Le document le nomme en latin Foutau Bleaudi. ce qui ne laisse nul jour à l'étymologie selon laquelle le nom de Fontainebleau aurait été formé de belle
Boiseries dans les bâtiments de la Cour des Princes (Ecole d'Application).
eau. Bleau est certainement un nom propre, peut-être d'un homme à qui appartint la fontaine dont ce nom fait mention.
Cette fontaine est située au milieu du jardin anglais d'à présent. Le bassin et le canal en sont revêtus de pierre. Au temps de François Ie'', une voûte bâtie au-dessus était peinte de l'aventure du chien Bleau, qui, selon la légende, l'aurait découverte au cours d'une chasse royale. L'honneur qui revient à cette fontaine d'avoir servi à nommer le château, a fait que les poètes et les peintres en ont souvent célébré la naïade, représentée dans l'attirail de Diane, à cause de la forêt voisine. C'est en cette forme que le Rosso dut la peindre dans la galerie de François Ier, et que Benvenuto Cellini l'a représentée dans le célèbre tympan de bronze porté depuis à Anet, et qui se voit maintenant au Louvre.
Sous Louis le jeune, en 1169, fut élevée dans la cour du Donjon la chapelle Saint-Saturnin, refaite depuis et visible aujourd'hui sur le côté droit de cette cour. Saint Thomas Becket de Cantorbéry, réfugié en France à cette époque, en avait fait la consécration.
Au dehors, le contour du château présentait en chacun de ses tournants des tourelles, dont les dernières ne furent abattues que sous Charles IX, et dont une se reconnaît dans la petite vue à fresque du château que la galerie de François Ie' conserve.
Philippe-Auguste, saint Louis, habitèrent Fontainebleau. Celui-ci déjà l'appelait « ses déserts ». Il y fit une maladie grave, dont Joinville rapporte quelques traits. Le cabinet des curiosités de l'ancien couvent des Mathurins conservait, avant la Révolution, la chape et le chaperon dont ce prince se servait lorsqu'il assistait à l'office avec ces religieux, logés aux portes du château. Philippe le Bel y mourut en 1314. Une pierre, dont l'inscription était encore en partie visible sous Louis-Philippe, et qui a disparu, mentionnait dans l'église d'Avon la sépulture du cœur de ce prince en ces termes : Ici gist le Izœur notre sire le roy de France et de Navarre, et le kœur madame Jehanne reine de France et de Navarre qui trespassa l'an de grâce MC CCI V lendemain deSainct Eloy d'yver.
Hors le fait de ces séjours, nous ne savons rien de précis sur Fontainebleau pendant quatre siècles. Il parait par une lettre de Charles VI I, qu'Isabeau de Bavière avait eu l'intention de rebâtir le château. Le motif qui en est allégué mérite d'être rapporté. « En considération, dit cette lettre, de ce qu'il lui avait été rapporté que les feux rois Jean et Charles son aïeul du roi Charles VII 1 et ses oncles d'Anjou, de Berri et de Bourgogne a- avaient été préservés de la grande mortalité qui du temps de leur jeunesse en 13501 avaitété très grande par tout ce royaume, hors audit Fontainebleau. » Il n'y a pas de plus ancien brevet de la salubrité du pays.
Si ce dessein reçut en effet quelque commencement d'exécution, c'est ce qu'il n'est pas possible de deviner. Du règne de Charles VIII un témoignage restait. C'était une chasuble donnée par Anne de France et par le sire de Beaujeu son époux, aux Mathurins, qui la montraient dans leur musée.
Un seul mot reste à dire, et concerne ces religieux. Leur ordre se dénommait de la Rédemption des Captifs ou de la Sainte Trinité. On les appelait à Paris Mathurins. Le terrain où s'étend la cour du Cheval Blanc, une partie de celle de la Fontaine, l'Etang et son clos, leur appartenait. Une chapelle dédiée à la Trinité, maintenant remplacée par celle qui, sur la gauche du Fer à Cheval, fait un des objets principaux de la visite de Fontainebleau, composait la partie principale de ce couvent.
Tel était l'état de ces lieux, dans la mesure où nous pouvons le savoir, lorsque François Ier, charmé de leur beauté, les choisit pour bâtir la
demeure qu'il rêvait d'achever à l'égal des plus magnifiques de l'Italie. La monarchie Française fit tout à coup de cet endroit la première de ses résidences, et, plus que ne l'était Paris même, sa capitale. Elle en fit en même temps l'établissement modèle des arts qu'elle méditait de faire fleurir chez nous, et, tant pour le bon goût que pour la magnificence, un ouvrao-e sans rival en France, bientôt célèbre dans toute l'Europe.
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Vue prise dans le jardin Anglais.
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Vue du bâtiment de la chapelle du côté du jardin de Diane.