I . E F 0 X T A I X E B LE AU DE II E X R I 1 V
Telle est. dans son dernier état, cette chambre, que le père Dan et < i uilbert nomment le grand cabinet du Roi. et les guides de l'époque suivante son antichambre. La chambre du Roi y donne par les deux portes du fond. Avec le Buffet, la chambre de Saint Louis, la salle du Conseil, et cette chambre, elle composa l'appartement du Roi jusqu'à la fin de la monarchie. Il faut y ajouter le cabinet converti en escalier, depuis que la construction de l'aile de Napoléon a obligé d'en murer les fenêtres. C'est par la porte qui de ce cabinet mène à la chambre de Saint Louis, que passait le maréchal de Biron, sortant de la chambre du roi. quand il fut arrêté par ordre de Henri IV. le 14 juin 1602.
Ce monarque donna aussi ses soins à la restauration de l'ancien cabinet, qui semble bien n'avoir plus conservé au temps du Père Dan, de ses origines, que les peintures de la cheminée et des armoires. Tout le reste portait les chiffres de Henri IV et de 31arie de 3Iédicis. avec des S barrées ; et le plafond, peint dans le genre de Fréminet. représentait Vulcain, Mercure et Vénus, à la place où nous voyons paraître les allégories de Boucher.
Les deux chambres ensuite de celle de Théagène, faisaient partie de l'appartement de la Reine, servant de salle des Gardes et d'antichambre.
Elles n'ont gardé d'ancien que la cheminée que j'ai décrite. Dans le salon où se trouve cette cheminée, on a couvert les murs de quelques tapisseries des Chasses de 3laximilien dessinées par Van Orley. et dites les Belles Chasses de Guise. Il y a trois pièces entières et quatre coupures. Le salon dit des Tapisseries est décoré jusque sur la cheminée de sept pièces, dont une coupure, d'une tenture moyenne et fort belle de Psvché. Une est
Stucs de la chambre Ovale.
copiée du maître au Dé, de qui le vitrier d'Ecouen avait emprunté la suite entière de vitraux du même sujet qui sont à Chantilly. Cette tenture est peut-être celle que le commandeur del Pozzo a vu dans la possession du Roi en 1625, et qu'il cite parmi les ouvrages du temps de Henri IV et de François Ier.
Ces arrangements sont modernes, et en partie du règne de Louis-Philippe, de qui sont les plafonds à caissons compartis. On a depuis peu accommodé ces pièces de meubles du second Empire, qui ne méritent pas plus de mention. Seules deux tables du temps de Louis XIV, placées dans la chambre de Théagène, retiennent l'attention. Elles sont de bois doré dans le style de Lepautre. Dans l'une la tablette de marbre pose sur la belle doucine renversée ornée de feuillage qu'on voit souvent à ces sortes de meubles. L'exécution de celle-ci est aussi la plus belle. On a mis également dans la salle du Buffet deux meubles de grand prix : ce sont deux cabinets d'ébène, dans le style de Stabre et de Boule le vieux, échantillon précieux de cet art au temps de Louis XIII, soutenus l'un de six colonnes annelées, l'autre de six termes, et dont le coffre est chargé d'ornements de la plus grande délicatesse.
Nous reprenons la suite de l'appartement de la Reine par l'ancien cabinet de Clorinde, depuis nommé salon des Dames d'honneur. C'était, dit Guilbert qui le décrit peu d'années avant sa suppression, « le plus gracieux de tout l'appartement ». Comme la chambre de Théagène, il était orné de paysages de Paul Bril sur le lambris, et au-dessus de huit tableaux de l'histoire de Tancrède et de Clorinde, tirés de la Jérusalem délivrée.
Ambroise Dubois était l'auteur de ces tableaux, dont trois ont été conservés. Clorinde devant Soliman, et Tancrède au siège de Jérusalem, sont exposés dans la salle du Buffet ; Clorinde blessée assistée par Tancrède, est conservée dans les collections du Louvre.
Tout cet ornement nouvreau de l'appartement de la Reine avait reçu son couronnement, de la galerie, dont la bibliothèque tient la place : on l'appelle quelquefois encore galerie de Diane. Elle ouvre sur un vestibule voisin du cabinet de Clorinde, par un portique de deux colonnes, mises à propos en cet endroit pour rappeler les anciennes de marbre noir fort belles, qu'Henri IV avait fait placer là. L'ambassadeur que j'ai cité, raconte que le roi les lui fit remarquer, et lui parla de quatre autres colonnes, tirées de la même veine, dont il avait fait présent au Grand-Duc de Toscane, oncle de la reine.
Cette galerie offrait une quantité énorme de peintures, à la voûte et sur les murailles. D'excellentes aquarelles de l'architecte Percier, que la bibliothèque de l'Institut conserve, peuvent donner une idée de l'ensemble. La voûte avait vingt sujets principaux, qui ne formaient pas, comme dans celle d'Ulysse, des travées distinctes, mais se reliaient les uns aux autres par des motifs ingénieusement disposés. Des paysages formaient quelques tableaux secondaires. Quelques-unes de ces peintures.
I'Iioto Neurdein.
Vue de la galerie de Diane rebâtie.
levées lors de la suppression de l'ensemble, ont été recueillies par les soins de Louis-Philippe, dans la galerie des Assiettes. Les suivantes ont été disposées au-dessus du lambris dé cette galerie : Junon. Cérès, Neptune, un Enfant tenant un cor, un autre tenant un arc, l'Education, la Renommée, Cérès, Minerve, Flore, la Richesse, la Charité, l'Histoire, une figure allégorique seule sauvée de l'Apothéose de Henri IV, qui faisait le centre de toute la voûte, Jupiter. Au plafond ont été placées cellesci : Ronde d'enfants autour du chiffre de la Reine, la France, Jupiter sur l'aigle, Concert d'anges, Neptune, Flore nue debout.
Les moins réparées de ces peintures, jointes à celles de Théagène,
permettent de juger parfaitement les talents d'Ambroise Dubois. Son exécution est vive et belle, et son coloris bien ordonné. L'esprit de la touche et du contour y rachète ce que la composition a d'un peu pesant et confus. Quant au propre mérite de la décoration, on trouve
dans sa galerie le premier exemple de ces beaux arrangements, de ces habiles répartitions de surface, bien supérieures à tout ce qui s'était vu encore, qui devait faire la gloire de notre xvne siècle.
Ce progrès de la décoration n'est pas moins sensible dans la chapelle, dont l'ornement intérieur tout entier date de cette époque. Elle attendait cet ornement depuis sa construction.
D'autres soins en avaient détourné François Ier. Henri IV l'entreprit sur un plan grandiose, dont l'exécution en fait l'un des premiers morceaux du château.
Les murs sont décorés d'un lambris doré sculpté de pilastres corinthiens accouplés, qui font l'entre-deux de huit arcades de chaque côté, et qui rejoignent sous la tribune un péristyle de colonnes du même ordre. Au-dessus de la corniche de cet ordre, sont autant de fenêtres dans l'entre-deux desquelles trouvaient place des peintures maintenant disparues. La voûte au-dessus est peinte de cinq grands sujets, dont deux sont en voussure aux deux extrémités, et les trois autres en plafond, accompagnés d'une quantité de compartiments secondaires et de figures allégoriques. Ces
Fhoto Neurdein.
Peintures dAmbroise Dubois dans la galerie des Assiettes.
cinq sujets sont à compter de la tribune : Noé entrant dans l'arche, la Chute des Anges, le Très-Haut dans la gloire, l'ange Gabriel envoyé vers Marie, les Saints Pères réjouis par la venue du Messie.
Photo Neurdein
La chapelle de la Sainte-Trinité.
Sous l'arcade qui fait le fond de l'église est peinte l'Annonciation, mais cette peinture se trouve dissimulée par l'appareil du maître-autel, que'sans doute on ne faisait pas d'abord le projet de monter si haut et de rendre si magnifique.
Ce grand ouvrage fut commencé en 1608. et terminé seulement après la mort de Henri IV. Martin Fréminet en est l'auteur, et quelles que soient
les critiques qu'il mérite, on ne peut nier qu'il fait honneur à ce peintre. Son style diffère de celui de Dubois, que l'influence du Primatice domine. Fréminet ne tient rien que de l'école florentine; il recherche les raccourcis audacieux et les fortes musculatures. Son défaut de charme dans le dessin, l'outrance de ses attitudes, la rudesse sombre de son coloris lui valent de justes reproches ; mais comment feraient-ils oublier la richesse
Photo Ni'urdein.
Stucs de la chapelle de la Sainte-Trinité.
de l'invention et le degré élevé d'habileté et de science sensible dans ces grands morceaux ?
Le soin qu'ont pris Dubois et Fréminet de peindre à l'huile sur le plâtre, les sert près de la postérité. Leurs ouvrages ont duré, mieux que ne pouvait faire la peinture à fresque de l'âge précédent. La chambre de Théagène est peinte sur toile. Aussi n'a-t-on été tenté à l'égard d'aucun de ces ouvrages, de ces restaurations totales dont la dernière devait anéantir tout ce que François Ier fit faire. En fait de peinture monumentale, le Fontainebleau d'aujourd'hui n'offre d'entier que cette chapelle : et cette circonstance achève de lui mériter l'attention.
Il ne faut pas moins considérer l'ornement de stuc de la voûte, conçu dans le style de Rubens. qui régnait en France au temps de Louis XIII. Dans la voussure au-dessus de la porte de la tribune, deux Anges volants de grande taille soutiennent un cartouche aux armes de France et de Navarre. Le dessus-de-porte est fait d'une corniche enroulée, couronnée d'un amortissement dans lequel quatre Enfants font un Concert. Rien n'est plus charmant que leur attitude, ni plus parfait que leur exécution. Sous
Photo .NeurOein.
Stucs de la chapelle de la Sainte-Trinité.
cette console est un cartouche et des consoles ornés de linges en guirlande, qu'on croirait transportés des Jésuites d'Anvers. Sur les portes à droite et à gauche, deux Enfants ailés portent le chiffre de Louis XIII. A l'autre extrémité de la voûte, au-dessus de l'autel, d'autres grands Anges pareils aux premiers supportent le même cartouche aux armes. Au dehors les portes d'entrée de la chapelle sur les vestibules, tant de la nef que de la tribune, ont des décorations de cuirs et d'enfants, qui ne sont pas moins belles. Le préjugé s'est établi que ces sculptures étaient de Germain Pilon. Il y avait bien longtemps qu'il était mort alors. Les vieilles descriptions ne mêlent pas moins son nom à l'exécution du maître-autel, œuvre de l'Italien Bordoni, orné de quatre colonnes d'ordre corinthien en marbre, avec les bases et chapiteaux de bronze. Deux statues de Charlemagne et
de Saint Louis figurent entre les colonnes. A l'aplomb de ces colonnes, sur la corniche, sont quatre Anges de bronze qui tiennent des attributs. Jean Dubois, fils d'Ambroise Dubois, peignit en 1642 le tableau de cet autel qui représente la Trinité. Plus tard en 1680, Girardon fit un tabernacle de marbre et de bronze d'un goût exquis, que la Révolution a détruit en partie. Le pavé, décoré d'une mosaïque de marbre, dont on ne connut pas la pareille en France avant le pavé de l'église des Invalides, est l'œuvre du même Bordoni.
La piété des rois de France n'avait pas cessé dans les deux siècles qui suivirent d'entretenir magnifiquement cette chapelle. L'ordre des .Mathurins, à qui elle appartenait de fondation, et de qui François Ier avait acheté la cour sur laquelle elle fut reconstruite, continuait d'en assurer le
Bas-relief, présumé de la Belle Cheminée, par Mathieu Grenoble.
service, et de faire pour ainsi dire partie de la maison royale de Fontainebleau. Le P. Dan, de qui nous tenons la description la plus ancienne de cette maison, sous le nom de Trésor des Merveilles, appartenait à cet ordre. Louis XIV fonda chez eux des messes anniversaires pour le repos de l'âme d'Anne d'Autriche sa mère, dont l'engagement se lit encore sur une plaque de marbre noir fixée à un pilastre du lambris à gauche de l'autel. Diverses mentions, les unes d'entretien de lampes, les autres de tableaux commandés pour les chapelles latérales, se lisent aux comptes de Louis XIV. Deux de ces derniers étaient de Michel Corneille et de Poërson.
Quelque attention qu'on mette à décrire le Fontainebleau de Henri IV, et quelque soin qu'on prenne de n'y rien omettre, on ne peut s'assurer d'être complet, tant quelques-unes de ces décorations ont laissé des traces fugitives. Au nombre de celles-ci est la restauration que le roi fit de l'appartement des Bains.
Tous les stucs des deux dernières salles vers la Grosse Tour, y avaient été refaits avec ses chiffres et ses devises. De plus la dernière avait été
repeinte à neuf. On l'appelait salle de la Conférence, à cause de celle qu'y tinrent ensemble sur les matières de religion le Cardinal Duperron et Duplessis-3Iornay. Dans quelques-unes des pièces voisines, l'architecte
Cheminée refaite des débris de la Belle Cheminée.
Dupérac, qui s'employait à peindre des perspectives, avait représenté diverses ruines antiques dans plusieurs médaillons de stuc. .Mais ce qu'il convient de noter dans cette restauration, c'est la résolution que prit Henri IV d'ôter de l'appartement des Bains les tableaux de grands maîtres qui s'y trouvaient, pour en composer le Cabinet que le commandeur del Pozzo et le P. Dan ont décrit.
Ce Cabinet fut aménagé dans le pavillon du Fer à Cheval, nommé pour cette raison pavillon des Peintures. Mais comme ces tableaux faisaient une partie nécessaire de la décoration de l'appartement des Bains, on remplaça dans cet appartement les originaux par des copies, ouvrage des meilleurs peintres d'alors. Les noms de ces peintres nous sont connus. C'étaient Ambroise Dubois, Josse de Voltigeant et Michelin. Quand, sur la fin du règne de Louis XIV, l'appartement des Bains fut supprimé, ces copies demeurées sans emploi, furent retirées à leur tour dans d'autres parties du château. On en orna le cabinet des Empereurs, d'où le remaniement de ce cabinet devait encore les chasser plus tard. En dépit de ces vicissitudes, trois de ces copies sont conservées. Deux sont dans la chapelle de Trianon-sous-Bois, la Sainte Marguerite de Raphaël, copiée par Voltigeant, et la Vierge aux rochers de Léonard de Vinci, copiée par Michelin. La troisième est à Fontainebleau, dans le corridor de la galerie d'Ulysse : c'est la Notre Dame de Raphaël, copiée par le même Michelin. Une quatrième, sans nom d'auteur, celle de la Vice-Reine de Naples de Raphaël, paraît être conservée au château de Cheverny.
A ces peintres, pour finir la liste de ceux qui travaillaient au château à cette époque, il faut joindre Maugras, auteur de quelques tableaux dans les bâtiments nouveaux qui séparaient la cour Ovale de celle de la Conciergerie.
A l'égard de la sculpture on a pu remarquer que le stuc n'avait pas repris, dans cette résurrection de Fontainebleau, l'importance qu'il avait eue à l'origine. Ce qu'offre en ce genre la chambre de Théagène est peu. Dans les salles neuves de l'appartement des Bains, c'est en marbre qu'on sculpta l'ornement des cheminées. C'est en marbre pareillement que fut fait le plus célèbre ouvrage de sculpture que Fontainebleau ait vu exécuter alors.
Je veux parler de la Belle Cheminée, d'où toute une aile de bâtiment avait tiré son nom, qu'elle porte encore. Dans cette aile se trouvait la grande salle pour laquelle cet ornement fut fait. Il est malheureux de constater que nous ne l'avons plus qu'en débris. Le bas-relief sculpté sur le manteau, représentant Henri IV à cheval, décore maintenant la chambre de Saint Louis ; quatre bas-reliefs représentant des Génies et deux autres des Batailles, sont au Louvre. Deux autres, qui font partie maintenant d'une cheminée disposée sous le second Empire dans la chambre haute du pavillon des Peintures au-dessus du vestibule de la Chapelle, et présentant les chiffres II G (sans doute Gabrielle; enlacés, semblent aussi des débris de la Belle Cheminée. Des autres parties le roi Louis-Philippe a
recomposé une cheminée nouvelle, dans la salle des Gardes près du Buffet.
On admire dans cette pièce ainsi refaite les deux figures allégoriques représentant l'Obéissance et la Paix, et les bas-reliefs qui font le tour du manteau. Seules ces parties sont anciennes et viennent de la Belle Cheminée ; le reste décèle son origine moderne, autant par la vilaine teinte bleuâtre du marbre, que par la médiocrité de la sculpture.
Il est difficile sur ces restes de se faire une idée de ce que fut ce monument, et de ses dimensions considérables. Mathieu Jacquet, dit Grenoble, l'avait achevé en 1599. Quatre colonnes corinthiennes l'accompa-
Ancien état de la chapelle Haute, d'après une aquarelle de Robit, à la bibliothèque de la ville de Fontainebleau.
gnaient avec des consoles et des vases de bronze. Sa hauteur était de près de huit mètres et sa largeur de près de sept. On l'abattit en 1725, pour les besoins de la comédie, installée dans la salle qu'elle servait à décorer. Henri IV avait pensé achever de peintures et d'autres ornements la décoration de cette salle, ainsi que l'attestaient des bordures commencées, qui périrent en même temps que ce célèbre ouvrage.
De tout ce qui précède on ne saurait séparer quelques ouvrages exécutés dans les premières années de Louis XIII. et qui forment la suite naturelle des projets dont on vient de voir l'effet.
Dès 1612 fut commencée pour la chapelle Haute de la cour Ovale une décoration de six tableaux, maintenant perdus. C'était la Résurrection et la Pentecôte d'Ambroise Dubois, l'Assomption et l'Église Militante, de Jean D'Hoey. Xeuf ans plus tard, en 1631, Jean Dubois y joignit la Nativité et un Crucifiement. Ces tableaux ont demeuré en place jusqu'au temps de Napoléon. Ils n'en furent enlevés que pour la transformation de cette chapelle en bibliothèque. Une aquarelle de l'architecte Robit, qui fut chargé de cette transformation, nous conserve heureusement en petit l'image des trois premiers de ces tableaux. Il faut joindre deux autres peintures sur les petits autels : un Saint François et une Sainte Catherine peints par Ninet.
Henri IV avait entrepris la réfection de toutes les peintures de cette chapelle ; mais il ne reste pas trace de tout ce qu'il y fit faire.
Il faut achever le tableau de tant de magnificences, par le récit de ce qui s'exécuta pour l'embellissement des jardins.
Henri IV fut le créateur du parc, qui s'étendit au levant jusqu'au village d'Avon, et absorba toute la seigneurie du Montceau, dont la .Mi- Voie de Catherine de Médicis occupait une partie. L'acquisition de cette seigneurie eut lieu en 1609. Sur ses terres fut creusé le Grand Canal, à l'imitation, dit-on, de celui que les Clausse possédaient au château de Fleury. Ce canal, que ceux de A'ersailles et de quelques autres jardins du temps de Louis XIV devaient effacer plus tard, fut regardé alors comme une grande rareté. Il a plus d'un quart de lieue de long, et quarante mètres de large. Bassompierre dit dans ses Mémoires qu'Henri IV paria contre lui qu'il serait plein d'eau en deux jours. Il en fallut plus de huit, ce qui montre qu'on était encore loin des merveilles de rapidité accomplies par Louis XIV en ce genre.
Au nord du parc, le même roi fit élever, sous le nom de Ménagerie, une maison de plaisance, qu'on démolit plus tard, et où furent rassemblées, comme dans celle de Versailles, toutes sortes d'animaux et oiseaux étrangers.
Aux travaux qu'Henri IV avait entrepris dans les limites du jardin est attaché le célèbre nom de Francine. Deux frères ont porté ce nom, Thomas et Alexandre, également renommés pour les fontaines et autres ouvrages hydrauliques, dont on embellit les jardins. On les aimait alors très compliqués, et ceux que le premier de ces deux frères installa sous la terrasse du château de Saint-Germain, ont joui d'un grand renom à cet éofard.
Alexandre Franchie fut chargé d'aménager la partie des jardins qui s'est appelée depuis le Parterre, entre la chaussée et le canal. Tout cet espace fut divisé, comme nous le voyons, en quatre compartiments dont chacun eut une fontaine au milieu. Trois canaux, que François I'r avait creusés, servirent de séparations à deux de ces compartiments entre eux et d'avec les deux autres. Au centre de tout s'éleva la fontaine du Tibre, qui reçut la figure en bronze de ce fleuve, fondue par le Primaticeet Vignole. Quatre vases de bronze qui l'accompagnaient, sont maintenant exposés au Louvre.
Etat ancien de la fontaine de Diane, d'après Abraham Bosse dans le Trésor des Merveilles du P. Dan.
Ces fontaines sont gravées avec beaucoup de soin dans le P. Dan, avec une sixième que le même Francine dressa devant la cour de la Fontaine.
L'ancienne fontaine du Primatice fut supprimée en cet endroit, et comme cette cour fut jugée trop petite pour en souffrir une nouvelle, on jeta sur l'Etang le massif de maçonnerie qui, dans les plans anciens du château, porte le nom de jardin de l'Etang. C'est au milieu de ce jardin
que fut élevée la fontaine neuve, représentant Persée au sommet d'un rocher. Plus tard (en 17 13 ce jardin fut détruit par ordre de Louis XIV, et la fontaine de Persée transportée dans la terrasse en saillie sur l'Etang, qui subsiste encore aujourd'hui.
Outre ces arrangements de l'étang et du parterre, Francine éleva dans le jardin de la Reine, la fontaine de Diane, dont il a pris son nom définitif. Cette fontaine maintenant transformée, a vu changer la statue de bronze qui la surmonte. Elle était de Barthélémy Prieur, et fondue en 1603 : quatre limiers accroupis, admirables de naturel, également en bronze, en environnaient le piédestal : tous ces bronzes sont au Louvre. Ceux que Fontainebleau conserve sont les têtes de cerf anciennement placées, et une Diane d'un autre temps, quoique non moins excellente : Elle porte la signature des Kellers, et la date de 1684.
Tels sont les traits de la seconde période de gloire que le règne de Henri IV marque pour Fontainebleau ; tel fut l'accroissement du château, tel l'embellissement des jardins. Malherbe a chanté l'un et l'autre dans des vers dignes du sujet, qu'on a plaisir à rappeler ici :
Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure.
Superbes de matière et d'ouvrages divers.
Où le plus digne roi qui soit dans l'univers,
Aux miracles de l'art fait céder la nature ;
Beaux parcs et beaux jardins qui dans votre clôture
Avez toujours des fleurs et des ombrages verts...
Ces bâtiments et ces jardins se présentaient dès lors comme achevés. Ce qui s'y ajouta depuis, n'y devait changer que peu de chose. Il consiste surtout dans des rajeunissements, perfectionnements, accommodements de l'intérieur, nécessités par les destructions du temps, ou dictés par de nouveaux usages. Fontainebleau était fini ; finie aussi sa période de gloire. Aucun des rois qui vinrent ensuite ne devait choyer cette résidence comme avaient fait François Ier et Henri IV. Aucun ne devait retrouver des circonstances pareilles à celles qui firent d'elle par deux fois un lieu de renouvellement des arts. Outre son rang de première maison royale, Fontainebleau perd celui d'école, qu'elle tenait depuis trois quarts de siècle. Le profit et l'avancement des arts trouvèrent ailleurs de nouveaux organes. Ce qui resta ici de traditions à cet égard, y vécut désormais sans éclat, à l'écart du mouvement général, et comme muré dans cette résidence, qui retombait au rang de la province.
Cette déchéance d'un si glorieux passé fait le caractère unique et sin-
gulier du reste de cette école à travers le siècle. Les peintres dont on a lu le nom demeurèrent là. y mêlèrent leur famille et leurs fils y vécurent. Tout le long du règne de Louis XIII, des D'Hoey. des Dubois, des Voltigeant continuent de prêter des talents déclinants à l'entretien et à l'embellissement de la résidence royale. Jusque sous la régence d'Anne d'Autriche on les trouve, tous unis par des cousinages, et cultivant les diverses branches de l'art. Les graveurs Garnier et Bétou, auxquels on doit la
Photo Neunlein.
La fontaine de Diane.
conservation de plusieurs compositions du Primatice, étaient nés et furent élevés au milieu de cette école provinciale, dans laquelle achevaient de s'éteindre les restes d'un foyer qui avait éclairé la France. Il en est de Fontainebleau, dans cet âge avancé de son histoire, comme de ces villes jadis fameuses et capitales d'empires florissants, dont quelque bourgade marque aujourd'hui la place, comme si, en dépit du tour de roue de l'histoire, tant de gloire n'avait pu périr tout à fait.
Photo Neurdein.
Vue du Parterre.