LE CHATEAU JUSQU'A LA PIN DU XVII1 SIÈCLE
ses par des poutres extrêmement saillantes, en compartiments inégaux, qu'on ornait le plus souvent de sculpture de fort relief, fait en quelque sorte le fil conducteur de leur premier aménagement. Cette salle, qui fai-
Photo Neuidein.
Porte de la chambre du Roi.
sait en ce temps-là le premier cabinet du Roi. ouvre directement sur la chambre, couverte d*un pareil plafond.
Napoléon en fit sa salle du Trône. Les rois n'en avaientqu à Versailles. Tout le fond de décoration de cette pièce remonte au temps de son ancien
usaee.
Le plafond est ce qu'elle a de plus ancien. Il ne se composait à lori-
gine que du principal corps de menuiserie, formé d'un grand compartiment d'où pend en son milieu une couronne royale, et orné de guirlandes de fleurs et de feuillages, avec les armes de France et de Navarre et l'aigle de la maison d'Autriche. On y a joint plus tard le plafond de l'alcôve, en demi-dôme fleurdelisé, dont le fond autrefois était d'azur accompagné de chaque côté d'un grand chiffre de Louis XIV. La saillie de tous ces morceaux est énorme, et leur exécution parfaite : ce qui fait, dans un genre qui ne va pas sans lourdeur, des beautés de premier ordre pourtant.
Cette chambre était d'abord autrement disposée. Le lit y faisait face aux fenêtres, et la cheminée se trouvait du côté du trône. C'est ainsi qu'elle est représentée dans une des pièces de tapisserie de l'Histoire du Roi qui montre le cardinal Chigi faisant réparation au nom du Pape à Louis XIV pour les insultes reçues par notre ambassadeur. Sur la cheminée ainsi placée était une Flore d'Ambroise Dubois. Louis XIV fit d'abord placer le lambris d'en face des fenêtres, et décorer les portes de ce côté comme nous le voyons. Puis en 1713 on mit entre ces portes la cheminée surmontée de la devise de Louis XIII, une massue, avec ces mots : « Erit hœc quoque cognita monstris. Les monstres apprendront à la connaître aussi. Déjà (depuis 1699 au moins) l'ornement de la cheminée avait été changé pour un portrait de Louis XIII vêtu à la romaine, œuvre de Philippe de Champagne, que la Révolution a brûlé. Napoléon plus tard y mit le sien, la Restauration celui de Louis XV; Louis-Philippe rétablit Louis XIII au moyen de la copie qu'on y voit aujourd'hui, tirée d'un original du Louvre.
Les portes à droite et à gauche sont dans le plus beau style de Versailles. Elles ont des trophées sur les corniches, et sur les vantaux des armes en bas-relief d'une parfaite exécution. Au-dessus de ces portes se voient deux médaillons. Dans l'un est une main armée d'une massue qui menace une hydre à sept têtes, sig-nifiant la guerre que Louis XIII avait menée contre l'hérésie ; dans l'autre est un autel sur lequel brûle un taureau au-dessous d'un soleil, représentant la naissance du dauphin Louis XIV. Ce dernier sujet, disposé de même, avait servi pour un jeton gravé au commandement du Roi à cette occasion, et où se lisait cette inscription : « Pliœbus nascitur et tau rus accessit ad aras. Le soleil se lève et le taureau vient au sacrifice. »
Tout le côté du lambris vers la salle du Conseil est encore moins ancien que cette partie. Il ne remonte qu'au règne de Louis XV, et les sculptures qu'il offre sont du style de Verbreck et de Rousseau. La massue