‹ Fontainebleau (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · LE CHATEAU [USQU'A LA FIN DU XVII SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU [USQU'A LA FIN DU XVII SIÈCLE

de Louis XIII s'y montre, excellemment exécutée, et des lis naturels s'y mêlent aux ornements. Le tout doré d'ors différents, compose avec le reste un excellent ensemble. Ainsi cette chambre se présente comme

Phot j Neurdein.

Cabinet d'ébène du temps de Louis XIII, dans la salle du Buffet.

une matière à des comparaisons espacées sur cent ans de stye décoratif. La cheminée date aussi de Louis XV ; elle a des bronzes ciselés du

temps.

Dans la Chambre suivante 'ou cabinet des Empereurs, les figures équestres des douze Césars cédèrent la place sous Louis XIII à six médaillons des mêmes empereurs en grisaille, peints par Louis Tes-

telin au milieu des chiffres du Roi et de la Reine et de toutes sortes d'ornements.

Entrons maintenant dans la chambre delà Reine. .Même plafond que ci-dessus, de deux corps de menuiserie, du même temps, encore plus magnifique peut-être. Une calotte ronde compose le principal, environnée de fleurs de lis dans la voussure et portée sur une guirlande saillante dont la sculpture est admirable. Aux quatre coins se voit le double écusson de France et de Navarre; dans les caissons qui font les intervalles,

Photo Neurdein.

Tapisseries des Saisons.

sont huit enfants de ronde bosse, sculptés dans la manière grâce et potelée du règne de Louis XIII. Ces enfants sont dorés, ainsi que les principales parties de ce plafond. Au-dessus de l'ancienne alcôve, le demi-dôme porte un cul-de-lampe en son milieu ; les fleurs de lis se détachent sur le fond d'azur conservé. Dans les caissons de part et d'autre sont les chiffres de Marie-Thérèse. La cheminée, refaite comme dans la chambre du Roi, date aussi du règne de Louis XV.

Un plafond du même genre que ceux qu'on vient de décrire régnait au -dessus du salon de musique, qui suit, avec les chiffres, conservés jusqu'à la fin, de Louis XIII et d'Anne d'Autriche.

A tous ces ornements de l'appartement royal fut joint longtemps, dans le vestibule qui précède la galerie de Diane, une décoration dont la perte

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ne peut être trop regrettée. C'était quatre panneaux d'arabesques représentant les quatre Éléments, peints par Vouet dans son meilleur style. Les cartouches étaient octogones ; des Satyres et des Termes les accompagnaient, au milieu de l'attirail ordinaire de ces sortes de décoration. Le plafond était aussi de ce peintre. Le sujet au milieu représentait Tithon enlevé par l'Aurore. Des estampes de Dorigny, qui retracent la partie d'arabesques, permettent de s'en faire une idée.

Photo Neurileia.

Antichambre des Reines Mères.

Enfin à l'autre bout de ces appartements, passé la chambre de Saint Louis, le Buffet et la salle des Gardes furent décorés à neuf. Sur la cheminée de la première, Jean Dubois avait peint une Renommée, et la salle des Gardes eut le plafond que nous voyons, avec plusieurs ornements en partie repeints, en partie effacés par la dernière restauration.

Tel fut l'appartement royal depuis la fin du règne de Louis XIII jusqu'à la Révolution. Pendant un siècle et demi la destination n'en devait pas être changée, et le fond des ornements resta.

Quand Marie-Thérèse eut succédé à Anne d'Autriche dans cette partie du château, celle-ci fit son logis de l'appartement des Poêles, qui depuis

Catherine de Médicis semblait affecté à l'usage des reines mères. J'ai dit un mot dans ce qui précède, des changements qu'on y fit alors.

Ces changements sont surtout remarquables en ce qui concerne l'ancienne chambre de Henri II. qu'on arrangea au goût moderne. Rien n'a subsisté de cette restauration, depuis qu'en abattant le pavillon des Poêles on en anéantit jusqu'au souvenir. Cette chambre, depuis nommée Grand Cabinet, eut des arabesques de Cotelle et des paysages de Mauperché. peints en 1604. Elle était précédée, venant du Fer à Cheval, de trois pièces qui en font quatre aujourd'hui, par l'effet d'une séparation opérée dans la première, probablement lors de l'installation du pape. Pie VII y logea de 1812 à 18 14, et c'est surtout sous le nom d'appartement du Pape qu'on les présente aux visiteurs.

Les deux premières pièces faisaient la salle des Gardes, ornée d'un plafond d'Errard. Celle qu'on trouve d'abord, longtemps fournie d'un meuble et d'un papier de tenture misérables, a vu recouvrir récemment celle-ci d'une pièce de tapisserie des Chasses Royales d'Oudry, d'un dessus de porte de fleurs de Fontenay, d'une Bacchanale de Xoël Halle, d'une Vénus chez Vulcain de Xatoire, et d'une Toilette d'Herminie de Restout. La seconde pièce n'a de remarquable qu'un meuble de Beauvais du temps de Louis XVI fort beau, et une commode du même temps.

L'antichambre qui suit se distingue aux regards de l'antiquaire par le plafond de Philibert Delorme dont j'ai parlé. Les murs en sont tendus de tapisseries admirables, de la série des Triomphes refaite par Noël Coypel pour les Gobelins. Au mur du fond est la pièce des Muses répétée deux fois ; sur les autres parties de la muraille, celles de Vénus. dsBacchuset de .Minerve, celle-ci coupée en trois morceaux. On a meublé cette antichambre d'un autre meuble de Beauvais aussi beau que le précédent, et d'un tapis de la Savonnerie fait sous l'Empire à l'imitation des anciens.

La chambre d'Anne d'Autriche vient ensuite. Sa décoration conservée offre un parfait échantillon de l'art des premiers temps de Louis XIV, tel qu'il se développait sous l'influence des ornemanistes Lepautre et Jean Alarot. L'ornement le plus original de cette pièce consiste dans sept montants d'arabesque, peintes sur les murailles par Cotelle. auxquels répondent dans le plafond un motif central, quatre ronds et deux rectangles. Ces arabesques mêlées de figures légères et dont l'invention ingénieuse, délicate, et variée enchante, ont malheureusement été repeintes avec beaucoup de maladresse. Les vantaux des deux portes ont au droit et au revers des peintures du même genre faites par le même artiste.

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Au plafond les deux rectangles de reste sont ornés d'enfants de relief dorés. D'autres enfants et des guirlandes dorées accompagnent au-dessus des portes des cartouches octogones où se voient les reines Anne d'Autriche et -Marie-Thérèse, toutes deux peintes par Gilbert De Sève. Au mur, des tapisseries de la même suite des Triomphes, signalée dans la pièce précédente, composent à tout cela un complément somptueux. La

Ancienne antichambre de la Reine.

principale représente les Muses avec Apollon au milieu. De chaque côté se voit le triomphe de Mars répété en deux exemplaires, dans un état de conservation admirable.

Ce que cette chambre contient de meubles n'est pas une chose moins agréable. Le fond en est fourni par un meuble de Beauvais à paysages, qu'une table en bois doré du style de Lepautre, placée dans le milieu, relève magnifiquement. Face à la cheminée, une console du même style supporte un coffret d'ivoire ancien d'un beau travail. La pendule de Boule placée sur la cheminée, est une des plus belles du château.

De cette chambre enfin on entrait dans le pavillon des Poêles détruit. Un salon où se trouve le portrait du Pape Pie VII, d'après David, en

mesure exactement la longueur. De ce salon, on passe dans le gros pavillon d'angle ajouté de ce côté sous Louis XV, et dont les chambres n'ont d'ornements que ceux qu'on y a placés de nos jours.

On remarquera que cet appartement conservait, en dépit de toutes les transformations, son caractère ancien d'isolement : n'ayant d'accès qu'à la galerie d'Ulysse, à celle de François Ier et à la chapelle. De ce dernier côté il avait son entrée au haut du Fer à Cheval, dont les

Photo Neurdei

Pavillon du Fer à Cheval, élevé par le Primatice.

dispositions actuelles font, comme j'ai dit. l'entrée principale du château.

Le perron que nous voyons en cet endroit y servait dès ce temps-là d'imposante préface. Il venait de remplacer, en 1634, l'ancien Fer à Cheval de Philippe Delorme, et le prestige de la nouveauté s'ajoutait à l'originalité du plan et au mérite de l'architecture pour lui donner un grand renom.

Les vues pittoresques qu'Israël Sylvestre a gravées des voûtes qui le supportent, sont un indice de la vogue dont il jouit. Ces voûtes forment quatre arcades sous cet escalier. Des piliers à bossages les accompagnent, qui portent les vingt-quatre piédestaux de la balustrade, flanqués d'autant de consoles renversées d'un beau dessin. L'appui de cette balustrade

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