‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 27 sur 131 · T. vu, p. 238 : Daphné, acte V · texte numérisé non relu

T. vu, p. 238 : Daphné, acte V

sentiment, puis la certitude ; elle est alors dans la plus grande douleur :

Vois de quelles douleurs ton amante est atteinte! Hélas ! j'ai beau crier : il est sourd à ma plainte, Une éternelle nuit Foblige à me quitter ; Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvent Tarrôter. Encor si je pouvais le suivre en ces lieux sombres ! Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres* ?

Il serait aisé de trouver bien d'autres passages, qui seraient empreints de ce lyrisme que Ton admire tant chez Musset et que Ton méconnaît si souvent chez le fabuliste*. Son imagination est d'une richesse rare. Il a poussé jusqu'à son apogée le genre modeste qu'il s'est choisi. Il écrit de petites, mais de ravissantes choses. Les objets les plus insignifiants ont mérité tous ses soins. Il est tel passage d'une pièce récente que l'on s'est plu à admirer sans réserve. Une femme tend à Cyrano un raisin ; mais celui-ci, un gentilhomme écrivain, répond : je ne prendrai

Qu'un grain de ce raisin, un seul'*.

La Fontaine n'est pas moins gentillet et délicat à propos d'un objet fort banal :

Je ne veux rien qu'une simple salière^.

Page 1