‹ Fontainebleau (volume 3)Chapitre 26 sur 131 · Le Songe de Vaux, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Le Songe de Vaux, t. VIII, p

bouteille » ? Voyez, Thypocrite, le fourbe qui passe làbas avec son « chapeau luisant », son rabat bien mis; ainsi aflFublé, il ne saurait être mordu parr la médisance. Et pourtant, ajoute malicieusement le bonhomme :

(îarde-toi de juger des gens sur la mine ^

Il n'est pas jusqu'à Rominagrobis, ce vieux fourbe, qui ne soit peint de main de maître. Il simule habilement la surdité pour mieux voir, pour mieux tromper les deux gentilles créatures qui s'en réfèrent à son expérience, à son savoir.C'est le type du diplomate habile, astucieux et doucereux :

Mes enfants, approchez, Approchez ; je suis sourd, les ans en sont la cause ^.

La peste ne nous remplit-elle pas d'effroi quand on a lu ce qu'en dit La Fontaine? 11 s'agit ici moins de ce fléau proprement dit que de l'hypocrisie, que de la malhonnêteté qui rongent les hautes classes de la société. Et ce torrent impétueux où cent cailloux luttant à chaque bond suivaient « les longs replis du cristal vagabond ».

Plus ou moins, tout le monde est suggestionnable et crédule,' nous apprend en un joli vers notre bon fabuliste : « le plus sage s'endort sur la foi des Zéphyrs », tandis que le rêveur, l'utopiste bâille aux chimères. Voici encore deux hommes qui ont toujours raison ; c'est le médecin « Tant-Pis » et le médecin « Tant-Mieux ».

1. T. II, fable V, le Cochet, le Chat et le Souriceau^ p. 18. Voir aussi le Paysan du Danube, p. 143, liv. XI, fable VII.

2. T. II, p. 190, liv. VII, fable XVI, le Chat, la Belette et le Petit Lapin,

Toutes ces expressions et bien d'autres que nous ne citons pas, sonnent, en quelque sorte, d'un timbre nouveau dont le fabuliste détient le secret. D'aucuns, comme Lafenestre *, se sont plu à mettre le génie de La Fontaine en parallèle avec celui de Musset. La comparaison, sans être rigoureusement justifiée, n'est peut-être pas sans valeur. Je sais tels vers, telles pensées du fabuliste que ne méconnaîtrait certainement pas Fauteur si délicat et si romanesque des Nuits.

La Fontaine sait fort bien que tout est mystère dans la nature et que les raisons dernières des choses nous échappent. C'est on vain que Ton chercherait à pénétrer l'Être suprême :

Comment lire en son sein?

Aurait-il imprimé sur le front des étoiles, Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles 2.

Il a su nous attendrir douloureusement sur les amants éplorés que le sort ou la nécessité sépare. Ici nous le trouvons lyrique, enivrant, enchanteur.

Et les vents emportent ma plainte !

Écoutez-moi, déserts j, on m'ùte mes amours.

Est-il douleur pareille?

Qui me consolera sur ce rocher fatal 3?

Et cette amante désolée qui cherche son amant à travers les bois. Palmyre, hélas ! vient de mourir dans une chasse sanglante. Son amante Avenus en a d'abord le

1. Lafknesthe, La Fontaine^ p. 206-207 (1 vol. in-12, Paris, Hachette, 1895).

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