Que le lecteur nous pardonne ce néologisme
2. Krafft-Ebbixg, savant neurologiste et psychiatre autrichien.
Le rire, par ailleurs, n'est qu'un jeu, qu'une certaine forme de Tart, en général. Je ris chaque fois que mes habitudes mentales sont troublées ou surprises : il y a alors en moi comme une espèce de dissolution mentale momentanée. Le rire est profondément lié au sentiment moral. Je ne ris pas à tout propos, ni de tout. Une vieille qui est toute ridée par Tàge et qui piorte, par exemple, un lourd fardeau, ne me fait pas rire. Le Jésus qui guérit les lépreux^ de Rembrandt, ne me fait pas rire davantage.
En outre, le rire est une espèce de réflexe d'ordre social : il n'atteint son maximum d'intensité et de développement que dans la foule. Il est alors fort contagieux; chacun de nous a pu s'en rendre compte. La Fontaine « ronflant » dans un salon, au milieu, d'invités plus ou moins surpris, fait rire. S'il trébuche en entrant dans une salle, il fait rire encore.
Le fabuliste connaît à merveille toutes les formes que peut revêtir le rire, ainsi que les différentes causes qui doivent le provoquer, le faire naître.Jl^sait produire toutes les t onalités de la gamme dont se compose le comique. C'est ainsi que le comique des mots, de la forme, de caractère et de finesse, ont été admirablement interprétés par lui. A chacune des pages de ses fables et de ses contes, nous pouvons rire, sans aucune arrière-pensée. Jean n'a donc rien à envier à Molière. L'un et l'autre connaissent les ressorts intimes qui font mouvoir notre nature humaine ; l'un et l'autre savent également nous instruire tout en nous amusant.
Mais, d'une manière générale, le fabuliste ne recherche pas spécialement à faire rire pour des futilités. Il nous fait rire, en nous montrant plutôt (c un tic » de caractère.
plutôt qu'un « tic » de là physionomie. En outre, il ne tient pas àfaire^rire aux éclats. Il veut que son lecte ur soit plongé simplement dans un état de douc e satisfact ion.
« Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire, mais un « certain charma^ -un - air agréable, -qu^-p^al donner à « toutes sortes de sujet», même les. plus-sédôus: ^ »
Il veut nous chai'mer avant tout. Cela ne Tempêche pas de nous faire rire fort souvent et « aux éclats » même, dans beaucoup de ses contes et de ses fables : n'a-t*îl pas su dépasser Machiavel et Boccace ?
Voici, par exemple, deux personnages bien curieux : le renard et le bouc. Celui-ci ne voit pas plus loin « que son nez », celui-là, un voyant, va s'empresser d'exploiter l'infirmité de son voisin. Ayant soif tous les deux, ils descendent dans un puits. Mais comment sortir de là? Le renard, qui est fertile en imagination, conseille à son naïf compère de se tenir debout ; de la sorte il lui servira d'échelle et il trouvera bien quelque moyen, une fois hors... de le dégager, de le délivrer.
Par ma barbe I dit Tautre, il est bon ; et je loue Les gens bien sensés comme toi^.
A tant de confiance et de naïveté, compère le renard va répondre par sa malice accoutumée. Hors de danger, le voici qui raille agréablement son stupide compagnon.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement gue de barbe au menton,
Tu n'aurais pas à la légère,
Descendu dans ce puits ^