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alors «paysagiste». La date de 1813, à laquelle nous voyons que fut rapportée la Diane, est certainement celle de quelqpe aménagement. Toutefois ce qu'on essaya ne dut point être achevé, car on laissa sans y toucher les ruines de lancienne Orangerie, qui fermait ce jardin vers le nord. Un incendie l'avait consumée en 1789, et ce ne fut qu'en 1834 que Louis- Philippe fit démolir ces restes. En même temps futabattue la galerie des Chevreuils « que le temps, dit Jamin, avait amenée au dernier degré de détérioration ».
L'ancien appartement des rois se trouva donc abandonné, et l'on ne voit pas que Napoléon en ait usé autrement qu'en façon de salons d'apparat.
Il fit de la chambre du Roi la salle du Trône, que l'ancienne monarchie avait à Versailles ; de la chapelle au-dessus de Saint-Saturnin il fit une bibliothèque, et entreprit de refaire la galerie de Diane, qui s'en allait de vétusté.
Le trône de Napoléon substitué au lit dans la chambre du Roi, attire tous les regards pas sa richesse. .Mais il n'a d'important que les souvenirs qu'il rappelle ; à n'en juger qu'au point de vue de l'art, il faut avouer qu'il y a peu d'exemples d un mauvais goiit aussi parfait, et même d'un aussi pompeux ridicule. D'un dais mesquin de forme ronde en bois doré, tombe un velours semé d'abeilles d'or dont la doublure en satin blanc s'étend en drap de lit sur le mur, dans une étendue démesurée. Ce velours est relevé sur les côtés, d'embrasses que soutiennent deux monuments romains. Des enseignes militaires plantées dans deux trépieds, sont figurées dans ces morceaux. Au milieu est le fauteuil, dessiné par David. La fâcheuse forme ronde du dossier, une longueur de frange pendant sous un siège plat, la crudité des ors brusquement découpés sur le violet sombre du velours, l'extrême laideur des dessins qu'ils retracent, enfin le malheureux aspect de paccotille de deux boules de verre blanc plaquées d'étoiles d'or, ajoutées en guise d'appuie-main, font de ce trône un exemple illustre de ce que peut l'esprit de système appliqué à la décoration, quand nul charme d'exécution n'en adoucit l'étrangeté et n'en excuse les folies.
Un accessoire de ce trône a été joint depuis peu à la décoration de la chambre. C'est un tapis de table de même couleur que le dais, brodé de la couronné impériale et d'une aigle dans un écusson accompagnée de palmes et de lauriers. Tout cela n'est pas moins riche, ni aussi moins mauvais.
De la chapelle, transformée alors en bibliothèque, ne restent que les
dessins de Robit dont jai parlé. Cette transformation fut cause qu'on ôta tout ce qu'elle contenait de peintures, et qu'elle sest trouvée depuis réduite aux seules murailles. Un nom célèbre est lié à cet épisode de l'histoire du château, celui de Barbier, l'auteur du Dictionnaire des
Berceau du roi de Rome, par Jacob.
Anonymes, qui fut chargé du choix et du rangement de ces livres. Quant à l'ouvrage de la galerie de Diane, c'est un des plus considérables que les derniers temps du château aient vus. L'on trouva que l'ancienne galerie ne tenait plus, et, sans souci de la réparer, on ne s'appliqua qu'à la refaire. Napoléon ne vécut point assez pour en diriger l'achèvement. Cesoin échut à la monarchie restaurée. On a loué l'abondance des peintures dont les règnes suivants la décorèrent. Au temps de I.ouis-Philippe, rien ne fut
si populaire que les camaïeux peints à la voûte par Abel de Pujol. Jusqu'à ces derniers temps les gardiens se conformaient à ces dispositions publiques, enmenantles visiteurs jusqu'au fond de la galerie, et en détaillant les peintures. Elles sont à présent retombées à l'indifférence qu'elles méritent. Aux yeux de l'historien pourtant, le moment de leur décri public voit renaître l'intérêt quelles offrent à titre de témoignage d'un temps déjà lointain.
Les tableaux placés dans le lambris, et qui furent acquis par la liste civile aux différentes expositions depuis 1813 jusqu'en 1830, eussent formé sans doute un extraordinaire musée de la peinture historique d'alors, traitée dans le st}le troubadour. Les noms de Mauzaisse, de Révoil, de Duperreux, de M"" Haudebourg-Lescot, d'Hippolyte Lecomte, qui se lisaient sous les tableaux, et qui semblent sortir pour nous du puits des âges, apportent avec eux le geste, le ton et la couleur des chevaleries de 1820. Du rested'agréables talents, comme celui de Tauna}', comme les paysagistes Bidault et Bertin se faisaient remarquer dans cette foule. Par malheur, huit seulement des vingt- quatre tableaux qui se trouvaient à l'origine, sont demeurés en place, depuis qu'on a porté la bibliothèque en cet endroit, et que la plus grande partie des murailles est occupée par des rayons. Il faut en détacher celui de Granet, qui représente saint Louis rachetant les Prisonniers. Les autres n'ont que l'intérêt de la curiosité.
Blondel et Abel de Pujol ont exécuté toute la voûte, divisée en huit travées, dont les deux du milieu offrent cinq tableaux, et les six autres trois seulement, peints de couleurs voyantes et d'exécution froide, dans autant de compartiments rectilignes d'une excessive monotonie. Une superstition de l'antiquité, jointe à la prétention de la renouveler et de l'étendre, a fait inventer à ces peintres un genre de sujets nouveaux consistant dsLnslesgénies de toutes choses : génie de la Mort et de la Douleur, génie de la Vengeance. A ces génies de tournure classique, s'ajoutent le génie de l'Impiété, le génie de l'Offense, le génie de la Fraude, le génie de la Médecine et le génie de la Virginité. Il y a aussi le génie delà Lune, auprès d'Hécate et d'Apollon. Au bout est le salon de Diane, entièrement peint par Blondel, de quatre grands sujets représentant l'aventure d'Endymion, celle d'Actéon, celle de Calisto, et la querelle de Vénus et de Diane, peints sur stuc blanc dans une manière très fade, mais dont la polissure parfaite ravit de son temps tous les suffrages.
Tel est le souvenir que la galerie de Diane a laissé de son nom sur la place; j'ai dit que cette galerie sert maintenant de bibliothèque. L'im-
LE FOXTAlNEBl.EAl' DE NAPOLEON
portance de celle-ci n'est plus qu'en apparence, et cette apparence même ne lui fut conservée qu'en considération de l'ancienne, dont les raretés transportées à Paris, ont fait le noyau de la bibliothèque Royale
Coffret à bijoux de l'impératrice Marie-Louise, par Jacob.
installée rue Richelieu. Ce transport eut lieu sous Charles IX. et depuis lors cette bibliothèque, qui en quelque façon était celle de la France, n'a plus été que celle du château. On sait que le célèbre J.-J. Weiss en fut, par la grâce de Gambetta, le dernier bibliothécaire.
A l'autre bout du château, c'est à Napoléon que remonte la transformation définitive du jardin des Pins et des jardins voisins, en jardin
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anglais. L'architecte Heurtaut fit ce changement, entre 1809 et 1812. On sait que l'introduction des arbres exotiques, qui fut en partie cause du changement de style pour les jardins, était alors très à la mode. Des catalpas, des sophoras, des cyprès de la Louisiane, des tulipiers, renouvelèrent l'aspect de celui-ci, en même temps que des lignes irrégulières remplaçaient les allées anciennes. De jardin selon l'ancien style, Fontainebleau ne posséda plus dès lors que le Parterre et le grand canal.
Dans la cour de la Fontaine, le même règne vit relever dans sa forme d'à présent la fontaine qui servait à nommer cette cour. La décoration dressée par f.ouis XIV ayant disparu, comme avaient fait celle de François I"' et de Henri IV, Napoléon fit placer en cet endroit et au bord de l'étang, une statue d'Ulysse par Lemaire, à laquelle on n'a pas toujché depuis.
Napoléon donna de grandes fêtes à Fontainebleau. Les plus magnifiques furent celtes du mariage de Jérôme, roi de Westphalie, avec la princesse de Wurtemberg, célébré en 1807. L'empereur et sa cour séjournèrent alors près d'un mois dans cette résidence ; et c'est pendant ce séjour que le Blocus Continental fut signifié au corps diplomatique, dans la salle du trône de P^ontainebleau.
D'illustres prisonniers y passèrent. En 1808, Charles IV, roi d'Fspagne, y séjourna quelques semaines, se rendant au château de Compiègne, qu'on lui assignait pour résidence. Quatre ans plus tard, c'était le pape Pie VII.
On ne peut dire avec précision quels aménagements furent faits pour le recevoir, dans l'appartement des Reines Mères, qu'il habita pendantdeux ans. Dans les derniers temps de la monarchie, le duc d'Orléans, puis le comte de Provence frère de Louis XVI avaient eu ce logis. Le pape fit son cabinet de travail de la pièce excessivement simple qui suit la chambre d'Anne d'Autriche. Tous les jours il disait sa messe dans celle-ci.
C'était le second voyage en France de ce pontife. Venant une première fois dix ans auparavant, pour la cérémonie du sacre, il s'était arrêté déjà à Fontainebleau. L'empereur s'y était! rendu pour le recevoir. Il alla audevant de lui dans la forêt, jusqu'à la croix de Saint-ïlérem. et tous les deux passèrent un jour dans le palais avant de se rendre à Paris,
La seconde foisNapoléon ne vit le pape en prison, qu'à sonretourdela retraite de Russie. C'était aborder sous de fâcheux auspices le chef de l'Eglise, qu'il prétendait réduire. Il eut avec lui la fameuse entrevue où
LK FONTAINEBLEAU D F. NAl'OI.KON
l'on raconte que l'empereur se serait emporté jusqu'à l'insulte. Il n'y devait revenir qu'en 1 8 14, pour signer son abdication.
Ce fait est l'un des plus célèbres de toute l'histoire de Fontainebleau. La cour du Cheval-Blanc en futle témoin, et le nom decourdes Adieux,
Cliché -NcurdeiQ.
Trône de Napoléon.
qu'on lui donne quelquefois, a fait passer jusque dans la nomenclature le souvenir de cet événement. Pourtant on ne doit pas oublier que cette abdication ne fut que la première, et qu'à son retour de l'île d'Elbe, Xapoléon revint encore à Fontainebleau, de sorte que les adieux qu'il \ avait fait alors, ne furent pas réellement les derniers.
L'empereur y arriva le 31 mars, et se logea dans son appartement audessus du jardin de Diane. A Paris les Alliés décidaient de son sort. De
son côté il méditait une offensive qui lui permit de leur échapper. Dans la nuit du 2 au 3 avril, Caulaincourt accourt à Fontainebleau, et annonce à l'empereur que son abdication peut sauver au moins la dynastie. Le roi de Rome aurait pris l'empire et Marie-Louise la régence. Il présentait cet arrangement comme agréé des rois alliés après beaucoup de difficultés. Napoléon le refusa. Il comptait toujours sur ses soldats. La nuit du 3
Cliché NeDrdein.
Les Adieux de Fontainebleau (lithographie de Jazet d'après Horace Vernet).
au 4 apporta par Marmont la nouvelle de sa déchéance, proclamée par le Sénat français.
Le premier moment fut à la résistance. Les ordres étaient donnés pour transférer son quartier entre Ponthierry et Essonne. La réflexion fit changer d'avis. Un peu après midi il signa.
Caulaincourt porta cette abdication à Paris. Mais il était trop tard pour qu'on se contentât d'une abdication de l'empereur. Les Alliés exigeaient que l'empereur cédât tout. Trois plénipotentiaires revinrent pour obtenir que la dynastie fût comprise dans sa renonciation au trône. On venait d'apprendre la défection de Marmont, et cet événement jetait dans 1 esprit de l'empereur une tristesse qui devait l'incliner à céder. Il sy
résolut au bout de dix jours. Le 1 2 avril, il mit son nom en bas du document célèbre, où ce vainqueur de vingt champs de batiiilles avouait sa retraite indispensable au salut de la France et à la paix de l'Europe. « Les Alliés, dit le baron Fain, osaient à peine se flatter qu'on pût amener Napoléon à un sacrifice aussi absolu. »
Son départ eut lieu le 20 avril.
" A midi, écrit le même témoin, tous les préparatifs étant faits, lés voitures de voyage viennent se ranger dans la cour du Cheval-Blanc. La garde impériale prend les armes et forme la haie. A une heure Napoléon sort de son appartement ; il trouve rangé sur son passage ce qui reste autour de lui de la cour... Napoléon tend la main à chacun, descend vivement l'escalier, et dépassant le rang des voitures, s'avance vers l'a garde. »
Suivent les dernières paroles, dont l'effet, en d'aussi tragiques circonstances, se fait sentir au cœur de tous les assistants.
« A ces mots, écrit le baron Fain, le général Petit, saisissant l'aigle, s'avance. Napoléon reçoit le général dans ses bras, et baise le drapeau. Le silence d'admiration que cette grande scène inspire, n'est interrompu que par les sanglots des soldats. Napoléon, dont l'émotion est visible, fait un effort et reprend d'une voix ferme : « Adieu encore une fois, mes vieux compagnons, que ce baiser passe dans vos cd'urs. »
Sur ces mots il monta vivement dans sa voiture; qui partit suivie de toutes les autres. ,
Ce récit a été repris depuis de vingt manières. La peinture s'en est inspirée. Dans l'iconographie de la légende impériale, cet épisode donne place à la cour des Adieux près d'Austerlitz et de Sainte-Hélène. En ce qui regarde le sujet de ce livre, il marque la fin des grandes transformations opérées dans le château pour le séjour des rois.
Cliclié Neurdeiti .
Bâtiment de la galerie de Diane, sur le jardin de ce nom.