‹ Fontainebleau (volume 4)Chapitre 17 sur 19 · LA VII.LK ET LA FORET · texte numérisé non relu

LA VII.LK ET LA FORET

la princesse des Deux-Siciles, lors de son mariage avec le duc de Berry. Le roi Louis XVIII alla lui-même à sa rencontre jusqu'à cet endroit.

Une croix de pierre y est plantée, laquelle occupe la place d'une ancienne croix de grès, sculptée par Isaac Testu en 1660. et que la Révolution abattit. Son nom lui venait du grand forestier Saint-IIérant, qui fit marché pour son érection. Sur la route d'Orléans était la croix de Souvray, et sur celle du Châtelet-en-Briela croix de Toulouse, toutes

Clicbv Weurtlein.

Vue de la Croix de Saint-Hérem, dans la forût de Fontainebleau.

deux abattues à la même époque et diversement remplacées. La seconde était remarquable en ce qu'on Tavait placée sur une colonne prise à la Belle Cheminée du château. Cette colonne a été détruite avec la croix. Une pyramide élevée par l'architecte Domet au temps de Napoléon, en tient maintenant la place.

La croix de .Montmorin est sur la route de Moret. C'est dans ses environs que se place l'épisode de ce spectre du Grand Veneur, qui faisait un sujet d'horreur pour les anciens habitants de Fontainebleau. Ils racontaient qu'en 1599, Henri IV rentrant par cette route au château, après une chasse inutile de deux jours, entendit soudain donner du cor, comme si le cerf eût été pris. Le comte de Soissons, envoyé pour savoir d'où pro-

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venait ce bruit incompréhensible, ne vit rien d'abord, quoiqu'il ne cessât d'entendre des jappements de chiens et des cris de chasseurs autour de lui. Enfin il découvrit au milieu des broussailles un homme de haute taille, noir et hideux, qui lui dit ces mots : « Amendez-vous. » Les bûcherons, charbonniers, bergers, qui hantaient la forêt, ne manquèrent pas d'assurer que ce spectre leur était connu, qu'on lavait vu souvent traverser le bois, dans l'équipage d'un chasseur, et qu'on l'appelait le Grand Veneur. L'historiographe Mathieu ne craignait pas de raconter que Sully, se trouvant un soir dans le pavillon qui porte son nom, entendit donner du cor comme pour le retour du roi. Étant allé pour recevoir .son maître, il'trouva qu'il n'était pas de retour; le cor qu'il avait entendu n'était que le cor^du Grand Veneur.

Dans la forêt, en divers temps, ont habité quelques ermites, dont le plus célèbre fut celui de Franchard.

« Les peintures affreuses que les historiens ont faites de la Thébaïde, dit Guilbert, les antres obscurs qu'ils ont décrits, et les profondes cavernes qii'ilsont représentées, ne paraîtront jamais que des crayons imaginaires, à qui n'aura pas visité le surprenant désert de Franchard. » L'ermite Guillaume, retiré en cet endroit sous le règne de Philippe Auguste, y attira bientôt des disciples, dont la communauté le reçut pour' prieur. Le prieuré fut ruiné dans la guerre contre l'Anglais, et depuis lors ce qui en restait fut abandonné à des ermites, religieux ou laïcs, qui consentaient à vivre là, et n'avaient d'autres ressources que les aumônes des pèlerins. Un des JVlathurins de Fontainebleau, qui en était alors le prieur, continuait d'en gérer le revenu, et l'on voit que le roi avait commandé en 1667 une Nativité au peintre Claude Lefebvre, pour l'ermitage de Franchard.

On ne sait quelles causes particulières mirent enfin cet ermitage dans le cas d'être abattu par ordre du roi en 1 7 1 7 , afin d'en écarter les vagabonds qui y cherchaient asile. En même temps fut détruit un pavillon carré, que ce prince avait d'abord fait construire pour donner à la reine le plaisir d'un beau point de vue sur la forêt. La dernière curiosité de Franchard a été les ruches que les marchands de miel du Gatinais y disposaient dans la saison. On les a fait ôter de peur que les abeilles ne piquassent les visiteurs qui, depuis les publications deDenecourt, viennent en cet endroit en foule.

Un autre ermite, celui de la Madeleine, avait laissé de curieux souvenirs, et une réputation d'extravagance qui allait jusqu'à la folie. C'était un nommé Chaperonnaye, qui, s'étant constitué grand maître d'un certain

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ordre de la Madeleine, qu'il disait lui être apparue, faisait le projet de loger sur une colline entre Valvins et Samois, cinq cents chevaliers de cet ordre. Ce projet n'ayant pas réussi, il se contenta de vivre en cet endroit, dans un petit logement qu'il avait bâti, en même temps qu'une chapelle pour son usage.

Depuis, cet ermitage tomba aux mains d'un ermite de Saint-Augustin," d'un jardinier du Luxembourg, et de plusieurs autres, jusqu'au jour où

Pyramide de la Croix de Toulouse, dans la forêt de Eontainebleau.

le contrôleur des Bâtiments du Roi, Thouron de Mouranzel, l'abattit pour en faire un pavillon.

L'ermitage de Saint-Louis avait été élevé en souvenir d'une chasse de ce prince, durant laquelle, s'étant égaré, il se fit entendre de cet endroit, et \' rallia sa suite. Deux des ermites qui s'y sont succédés, y furent trouvés assassinés sous Louis XIII et sous Louis XIV. Le second de ces crimes fut cause qu'on le démolit, en même temps que le village de Hautes-Loges.

La destinée de toutes ces retraites, ([ue la forêt recelait alors en grand nombre, fut la même. La transformation des mœurs rendait de moins en moins possible la vie érémitique dans de pareilles conditions. Ce qui restait de moines à la pratiquer ne l'empêcha pas de se corrom-

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pre. En plusieurs endroits, de simples fripons en revêtirent les apparences ; de sorte qu'il fallut en supprimer les restes.

On regrette aujourd'hui d'autant plus ces ruines, que les sites qui causaient autrefois tant d'horreur, sont devenus l'objet de la prédilection des modernes. La forêt, transformée en promenade parisienne, aurait eu dans les restes de tous ces ermitages un ornement fort apprécié. Il n'en reste plus qu'un souvenir, pour le divertissement des imaginations, matière anecdotique infinie, il est vrai, et qui fournirait un volume des plus divertissants.

Cette chronique des déserts près de la chronique des chasses, fait un accompagnement unique à la chronique de l'art que le château réclame. Elle explique en partie le charme que Fontainebleau a toujours exercé sur ses historiens. L'attrait des arts et de la nature s'y redouble du prestige de l'anecdote et de la légende. On ne peut ici que l'indiquer, le dessein de ce livre étant différent.

Peinture, sculpture, architecture en font avant tout la matière. Elle y suit, dans le cours de trois siècles, tantôt de fort près, tantôt de loin, les transformations et le progrès de l'art français. Pendant un temps, elle se confond avec l'histoire même de cet art. C'est le temps de François 1", c'est aussi celui de Henri IV ; et cette importance prise par le château dans un si grand renouvellement, oblige d'y retourner pour finir; elle oblige de rappeler l'éloge de ces rois, et des artistes dont les ouvrages surnagent, au milieu du naufrage des ans, dans ce musée de dix règnes et de vingt styles.

Chambre de Napoléon.

Cliché Neardein.

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