‹ Fontainebleau (volume 4)Chapitre 16 sur 19 · LA VILLE ET LA FORET · texte numérisé non relu

LA VILLE ET LA FORET

Ion, qu'on aperçoit du saut-de-loup par derrière, maisc^u'on ne peut obtenir de visiter.

L'église de Fontainebleau fut élevée en 1639 par Louis XIII. comme unedépendancedesMathurins, qui tenaient, comme j "ai dit, la cure d'A von. Ce ne fut que vingt-deux ans plus tard qu'Anne d'Autriche l'érigea en paroisse, et la remit aux pères de Saint-Lazare.

Nous ignorons quel fut l'architecte de cette église.

Claude D'iloey peignit la menuiserie de l'autel, et Coubichon des grisailles à la voûte. Un peintre dont les ouvrages sont devenus fort rares, et qui tenait un certain rang alors, Quentin Varin, connu de nos jours pour avoir été le maître de Poussin, peignit le tableau d'autel. Il représentait Jésus et le Parah'tique à la piscine.

Au milieu des changements qu'a subi cette église, ce tableau seul a subsisté.

On l'a rebâtie de fond en comble en 1868, sous la forme d'un édifice parfaitement insignifiant. Mais le tableau d'autel, recueilli en débris dans les greniers du presbytère, se revoit aujourd'hui

dans la nouvelle église, grâce au soin qu'a prit récemment le curé de la paroisse de le faire réparer.

Une autre précieuse relique y attire l'attention : c'est tout le milieu du tabernacle, autrefois dessiné par Ciirardon pour la chapelle de la Trinité au château. C'est un balda(.[uin en demi-coquille, de marljre blanc, soutenue de huit colonnes à chapiteaux de bronze doré. Sur la porte du tabernacle, qui s'ouvre dans le socle de ces colonnes, est un bas-relief de bronze ciselé, représentant la Trinité ; à droite et à gauche sont des saints agenouillés.

Cliché Neurdein.

Porte de l'hôtel Je Montpensier.

Quant à l'ancienne maison des Mathurins, berceau des pouvoirs spirituels remis aujourd'hui à cette paroisse, on en voit quelques restes sur la gauche de la cour qui donne accès de côté à celle du Cheval-Blanc, et porte encore le nom de cour des Mathurins. Ils y furent logés depuis Louis XIV, qui le premier tint l'engagement de la couronne, de leur rebâtir une demeure après qu'ils eurent cédé leur terrain au roi. La chapelle du château faisait, comme j'ai dit, leur chapelle.

On ne saurait parler davantage de la ville sans considérer la forêt.

Depuis qu'il n'y a plus de cour à Fontainebleau, le voisinage de la forêt s'y est fait plus sentir que jamais. De tout temps ce voisinage fut de grande conséquence dans les destinées de cet endroit. Il a été cause qu'on y a bâti le château, et la réputation des chasses qu'on y donnait a toujours compté pour quelque chose dans le prestige de Fontainebleau. Sous le nom de forêt de Bière, on en vantait l'étendue, les grands arbres, les fourrés impénétrables, les routes tracées à propos pour suivre le gibier dans les bois. Toutefois il y avait loin de cette réputation à celle dont elle jouit aujourd'hui, exceptionnelle parmi les environs de Paris.

L'origine de cette fortune nouvelle compose un chapitre des plus intéressants de l'histoire des mœurs parisiennes. Elle est due à deux causes : aux efforts d'un curieux, et au prestige de quelques artistes qui la choisirent pour résidence.

Chacun connaît le nom de Denecourt, surnommé le Sylvain de la forêt. Cette appellation m}thologique lui vint du soin qu'il prit de la parcourir et d'en faire connaître les chemins. C'est en 1841 qu'il commença ses courses originales, non seulement à travers les bois, mais sUr les grés et sur les bruyères, d'où l'on découvre comme d'un belvédère l'immense étendue de ceux-ci. Il y avait dans sa sollicitude un certain terre-à-terre, qui plut à l'opinion moyenne. Il prenait cette forêt comme une curiosité, cataloguait tout ce qui s'y rencontrait d'aspects imprévus et bizarres, que des noms inventés par lui rendaient plus attirants encore. Des roches de la forêt furent nommées roche éponge, et des cavernes, caverne du Parjure et caverne du Sycophante. Puis il établit sur la place des repérages propres à guider les visiteurs.

Les visiteurs accoururent en foule, et depuis ce moment il n'y a pas de promenade à Fontainebleau qui ne comprenne quelque excursion au Fort l'Empereur, au Long Rocher, aux Gorges d'Apremont ou à Franchard. Ces noms sont devenus presque aussi familiers aux Parisiens que ceux

r.A VIT, T. H Kï LA FOKKT

de la rue de la Paix et des Champs-Klysées. Tout en se félicitant que des paysages si beaux aient vu croître leur renommée, il est permis de regretter la bizarrerie et le peu de culture de leur inventeur, qui fait que tant de couleurs médiocres et fausses se mêlent à leur réputation. Il est parfaitement ridicule d'avoir creusé dans la forêt tant de grottes, et plus absurde encore d"avoir imaginé de faire prendre la caverne des Brigands, récemment pratiquée, pour ancienne.

Ulicbe >eunleiii.

Monument de Rousseau et de Millet, à Barbizon.

Les Promenades dans la Foret de hontaiiieblcau, parues en 1845, contiennent ceci ; « Nous descendîmes un vallon, pour gagner le sentier qui conduit à la caverne des voleurs, caverne qui est pratiquée tout à fait dans le haut du rocher, et qui sous le règne de Louis XV a servi derepaireà une banded'assassins, dont lechef était un nommé Thissier. » Cependant l'ancien cabaretier de cette caverne a avoué que c'était lui qui l'avait creusé, sur les indications de Denecourt.

Aujourd'hui le pli est si bien pris, qu'il ne se nomme plus rien de nouveau dans la forêt, que suivant ce style d'opéra comique . Avec la mare aux Fées, le cJieiic des Fées, la forêt de Fontainebleau à

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maintenant une caverne des Sorcières, une route des Sorciers, vingt autres noms qui détonnent parmi les anciens, tout empreints de la tradition forestière.

Pendant que se donnait cours cette invention bourgeoise, le séjour des peintres à Barbizon ouvrait pour la forêt de Fontainebleau une autre source de renommée. Théodore Rousseau habita ce village, qui n'était alors qu'un hameau, depuis 1836. On y logeait chez le père Ganne, dont l'auberge transformée expose une quantité de tableaux laissés par tous les peintres qui s'y sont arrêtés depuis. C'est une erreur assez répandue de croire que les maîtres du paysage ont été seuls à faire la fortune de ce pays. Hamon, Boulanger, Célestin Nanteuil, y avaient pris aussi leurs habitudes. Sans y chercher de sujets de peinture, ils y goûtaient le plaisir des champs. Diaz, le paysagiste, y était aussi. En 1849, Millet et Jacque y arrivèrent. Depuis on y vit, mais de passage seulement, Corot, Dupré et Daubigny. On sait l'histoire de ces peintres, d'abord en butte à d'aveugles critiques^ puis célébrés avec l'exagération que notre époque apporte à ces sortes de réparations.

On nomma cette école l'école de Barbizon. En juste souvenir de la gloire que le nom de ce village en retire, on a placé en 1884, à l'entrée du village, un médaillon de jMillet et de Rousseau en bronze, par Chapu. Le souci de célébrer d'une façon toute rustique des peintres de la nature agreste, a fait imaginer de fixer dans un rocher cette image, qui se présente ainsi sans grâce, et perd la moitié des éloges que son exécution mérite.

A l'autre bout de la forêt, le village de JMarlotte s'est vu aussi rechercher, et donne asile à quelques peintres, qui font leur étude des parties environnantes. Ainsi devenu l'objet de l'attention des artistes, l'antique forêt de Bière a vu en cinquante ans multiplier au delà de toute expression, les sujets peints empruntés à ses sites. « Autrefois, dit M. Herbet dans la préface de son Dictionnaire de la Forêt de Fontainebleau, on rencontrait des tableaux intitulés paysages d'Italie ; depuis le mouvement romantique, les paysages s'appellent /b ri''/ de Fontainebleau. » Par une fortune singulière et unique en un temps demeuré célèbre par la lutte de ces deux classes, artistes et bourgeois firent ensemble la réputation de cette forêt. Au mouvement de visiteurs attirés par Denecourt, répondit celui des habitants fixés par le prestige des souvenirs de Rousseau.

La ville de Fontainebleau a peu à peu changé sous l'influence de ce double voisinage. Le nom de plusieurs grands peintres y est devenu populaire, on y a pris l'habitude des tableaux, des marchands de curiosités y

LA Vll.LF. KT LA FORINT

tiennent étalage. Ainsi par un détour imprévu, elle retourne à ses origines. Dans les rues sont les monuments de deux peintres : l'un de Decamps, tué d'une chute de cheval en 1860 sur la route de la forêt qui porte son nom : c'est un simple buste, œuvre de Carrier-Belleuse ; l'autre de Rosa Bonheur, morte à ïhomery en 1902 : c'est un taureau, modelé en petit par elle, érigé sur un piédestal où se voit son médaillon sculpté.

Aces souvenirs illaut joindre celui de Galand, lié de plus près qu'aucun autre à l'éloge du château, à cause du secours que ce maître éminent

Monument de Rosa Bonheur.

de la décoration, vraiment unique dans notre temps, ne cessa d'en tirer pour le perfectionnement de son art. Ayant faitde Fontainebleau sa villégiature, il étudiait avec persévérance l'ornement de la Renaissance, chez le Rosso et le Primatice. Quelques parties de son œuvre en sont comme un vivant souvenir.

Le détail des routes de la forêt et de ses principales curiosités ne rentre pas dans le plan de cet ouvrage ; mais on ne peut omettre d'en rapporter ce qui a traita l'art et à l'histoire.

Deux tables y occupent deux carrefours, celle du Grand maître et celle

du Roi : la première conservant cette inscription ancienne : Table du Grand Maître, et sur chaque pied, sculpté dans le st^le du temps, la date de 1723. Celle du Roi, relevée en 1854, servait aux grands maîtres

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Cliché Neurïtein.

Vue de la Table du Roi, dans la forêt de Fontainebleau.

des Eaux et Forêts à recevoir tous les ans en pompe. les droits acquittés par les usagers de la forêt.

De toutes les routes et carrefours du bois, l'endroit le plus célèbre est la Croix de Saint-Hérem (ou Saint-Hérant), au midi, sur la route de Nemours. C'était le rendez-vous marqué des cortèges et des visites princières. La dernière eut lieu à l'occasion de l'arrivée à la cour de France de

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