‹ Fontainebleau (volume 4)Chapitre 9 sur 19 · L.lii;lie i\uui-U(rin · texte numérisé non relu

L.lii;lie i\uui-U(rin

Porte de la tribune de la chapelle, sculptée par Gobert

Une autre transformation qui trouve sa place ici, quoique opérée beaucoup plus tard dans le règne, est la démolition du pavillon qui faisait face à la porte Dorée, au bout de la chaussée de Maintenon, et son remplacement par une grille ornée de deux vases de Simon\-.

Du côté du jardin des Pins, d'autres changements furent faits aussi. A ce sujet il suffira de dire que plusieurs petits jardins distincts de celui-là jusqu'alors, y furent réunis pour n'en plus faire qu'un seul, qu'on

Les anciennes Cascades d'après la gravure d'Aveline.

nomma jardin près de l'Ktang, lequel nous est rendu dans les estampes du xvill" siècle.

Il paraît que ce grand remuement de terre fut cause que la fontaine Bleau située de ce côté, se perdit; car on voit en 17 15 quelques mentions de paiements occasionnés par la recherche de ses eaux. C'est alors que fut démoli le petit édifice de Henri IV, qui sans doute était à sec, et que fut établi le bassin où cette fontaine déchargeait ses eaux. Guilbert en fait mention, en se plaignant que la source eut été « renfermée par grâce dans un mauvais puisart totalement caché par la charmille, qu'il faut chercher avec beaucoup de peine à treize toises de ce bassin ».

Il est comme impossible de terminer ce chapitre sans dire un mot de l'assassinat fameux dont Fontainebleau fut le théâtre, qui causa tant de scandale dans le temps, et que la chronique a si souvent rappelé et rap-

pelle encore tous les jours. Avec les querelles dont Cellini fut le héros, l'assassinat de Monaldeschi fait l'épisode le plus populaire de toute l'histoire du château.

On sait que la reine Christine de Suède, fille du grand Gustave, célèbre dans toute l'Europe et surtout en France pour l'encouragement qu'elle donnait |aux arts, a3ant abdiqué la couronne, entreprit en 1657 "" voyage en France : c'était le second qu'elle y faisait. On l'obligea cette fois à résider à Fontainebleau, où peu de personnes la visitèrent. L'en-

Cliolte NeunleÎD.

Vue du château prise des anciennes Cascades.

nui que cette espèce de relégation lui causa, joint à des causes qu'on n'a point éclaircies, devait s'échapper en un éclat terrible.

Elle était logée dans le pavillon au fond de la cour de la Conciergerie, qui communique avec la galerie des Cerfs. Le P. Lebel de l'ordre des Mathurins, supérieur du couvent de Fontainebleau, rapporte que le 6 novembre au soir, la reine de Suède, l'ayant mandé près d'elle, le conduisit dans cette galerie, et sous le secret de la confession, lui remit un paquet de lettres cachetées, lui commandant d'avoir à le lui remettre au jour et en présence de qui elle lui dirait. Quatre jours plus tard on le redemandait.

Ce père se rend aux ordres de la reine. Il la trouve dans la galerie des Cerfs, en compagnie de Monaldeschi, qu'il voyait pour la première fois. La reine, ayant redemandé ses lettres, les fit voir à ce dernier, en lui

reprochant de l'avoir trahie. On ne sut jamais précisément si cette trahison avait trait à quelque intrigue galante, ou à des affaires d'Etat. La reine s'exprimait tranquillement, affectant de parler moins en femme offensée qu'en justicier. Elle laissa tout le temps de s'expliquer au marquis de Monaldeschi, qui s'efforçait de la retenir, car il y allait pour lui de la vie. Elle ne voulait point lui pardonner. Elle exigeait qu'il se justifiât, ce qu'il ne put. Enfin elle quitta la galerie, en enjoignant au P. Lebel de le préparer à mourir.

Galerie des Cerfs, avec la cotte de mailles de Monaldeschi.

Le malheureux marquis se jette aux pieds du père, aux pieds de trois hommesqu'on avaitlaissés là comme ses bourreaux. Ilobtientdel'und'entre eux qu'il remonte vers Christine, pour la supplier à son tour. Tout fut inutile. L'un et l'autre trouvèrent cette princesse ancrée dans sa résolution, qu'elle api)uyait sur des maximes d'Etat. Le Mathurin osa lui représenter qu'elle était chez le roi, qui ne pourrait souffrir qu'un homme fût immolé en France sans une condamnation des tribunaux du royaume. Mais elle dit ne consulter que son droit souverain à l'égard d'un de ses propres sujets.

Le P. Lebel a laissé de la confession de -Monaldeschi un récit qui fait horreur et dégoût. Rien n'était plus honteux que l'état de ce malheureux.

qui portait une cotte de mailles sous son habit, et que sa poltronnerie empêchait de se défendre. Toute la cour s'en moqua, dit M™° de Motteville. Le religieux le vit fondre en larmes, il se confessa dans les cris. Comme l'aumônier de la reine entra dans ce moment, Monaldeschi s'interrompit pour l'aller supplier à son tour. Enfin, comme les bourreaux commençaient leur besogne, il réclama l'absolution. Les précautions qu'il avait prises tournèrent contre lui. La résistance qu'offrait la cotte de mailles prolongeait horriblement son agonie. A la fin un coup de dague lui perça la gorge. Quand il eut cessé de respirer, on fut porter la nouvelle à Christine, qui protesta avoir commis sans haine cet acte de violence inouï. On porta le corps à la paroisse d'Avon, dans laquelle il fut enterré.

La reine de Suède partit pour Rome bientôt après. Le bruit courut que le roi lui avait rendu visite dans les jours suivants en personne, et que cet entretien avait été la cause d'un départ si précipité.

Longtemps cet événement dura dans la mémoire des courtisans. Luynes raconte que, près d'un siècle après, quelques travaux qu'on fit aux bâtiments du bout de la cour Ovale pour l'aménagement des appartements du Dauphin a^ant fait découvrir une tête d'homme, le premier mcmvement fut de croire que c'était celle de Monaldeschi. De leur côté les pères Mathurins de Fontainebleau montraient dans le cabinet de curiosités de leur couvent, la cotte de mailles et l'épée de Monaldeschi. Depuis le règne de Louis-Philippe, on les avait placées dans la galerie de Diane. Elles sont exposées aujourd'hui dans la galerie des Cerfs, auprès de la peinture qui représente le château de Saint-Germain-en-La3e : c'est l'endroit précis de l'assassinat.

La cour de la Fontaine, vue de l'étang.

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