TROISIEME PARTIE
DE LA IIIe A LA Ve REPUBLIQUE
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E souvenir des années 1870 et 1871, qui virent la naissance pénible de la III®@ République au milieu des miséres de la guerre et des luttes civiles, nous est consetvé pour Fontainebleau par les mémoires de L.-J. Faverie, juge au tribunal, et de Boyer, régisseur du chateau. Epargnée par les opérations militaires, la ville eut 4 subir le sort passif des bourgades de province au nord de la Loire, avec le va-et-vient des troupes ennemies ou des formations de francs-tireurs, souvent plus redoutées encore par la population. La vie se passait sous le signe du logement des soldats chez Vhabitant, des perquisitions, réquisitions et impositions infligées a la commune, auxquelles le maire Guérin et son secrétaire général Trudelle eurent du mal a faire face. En dressant, aprés le départ des occupants, le bilan de leurs spoliations, ils tinrent 4 y ajouter : « Nous n’oublierons pas de mentionner toute la reconnaissance et la sympathie de la population de Fontainebleau envers le prince Troubetskoi, car c’est grace a sa bienveillante
médiation, plusieurs fois sollicitée, que la Ville et le Palais ont pu étre préservés du pillage et d’une ruine complete. » Le prince Nicolas Troubetskoi, propriétaire de Belle Fontaine 4 Samois, dut défendre la cause de la cité par l’intermédiaire de son gendre le prince Nicolas Orloff (dont un boulevard porte ici le nom), diplomate russe qui entretenait des rapports avec Bismarck.
Quant au chateau, il eut son bon génie en la personne du régisseur Boyer, auquel la responsabilité incomba pat la force des choses, dés avant le coup d’Etat. Livré 4 lui-méme et privé d instructions officielles, il se détermina, pour épargner aux trésors du chateau le pillage de ’ennemi sans les livrer 4 d’aventureux voyages par routes, a faire emballer et dissimuler dans le chateau méme, a Taide de quatre hommes sirs, les objets d’art et les meubles les plus précieux, tout en faisant croire autour de lui qu’ils étaient évacués. Il prit des précautions analogues a légard d’un important magasin de literie et d’une cave de trente mille bouteilles de vin. Il escamota sur place les toiles d’Oudry représentant les chasses de Louis XV, trop grandes pour étre enlevées, en les faisant tapisser de papier gris.
L’invasion allemande mit a l’épreuve la ténacité de Boyer qui réussit, malgré toutes les intimidations, 4 éparener, au moins au principal corps de logis du chateau, l’occupation par les troupes. Toutefois, le prince Frédéric-Charles se fit loger en mars 1871 dans l’appartement Maintenon, puis au Gros pavillon, ot était cantonné son état-major. D’autres généraux établirent leurs quartiers dans les salons chinois de Vaile Louis XV, dont les corridors avaient abrité auparavant un convoi de prisonniers francais.
Le personnel du chateau dut faire les honneurs des grands appartements a des groupes de visiteurs militaires, non sans constater par la suite la disparition de chandeliers ou de poignées de sonnettes. Au sujet de ces visites, Faverie
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rapporte un trait pittoresque : dans la salle du Tréne, dégarnie de son mobilier, un officier demande ot se trouve le fauteuil impérial. « Il a été enlevé, répond le gardien. — Alors, réplique Vofficier, ot s’assoiera donc M. Gambetta ? »
Pour sa part, Boyer relate la visite d’un général, « grand et bel homme, fort poli. Il me présenta, écrit-il, un journal francais dont je ne me rappelle plus le titre en me priant de lui dire si le fait qui y était relaté était vrai. Je lus un article ot il était dit que « des officiers prussiens en « parcourant le Palais de Fontainebleau ayant remarqué « un tableau de fleurs de Van Spaendonck sur lequel est « teprésenté un insecte imperceptible, ils avaient parié « plusieurs bouteilles de vin de Champagne a qui atteindrait « le premier cette petite béte a l’épée, et qu’a ce jeu-la ils « avaient lacéré et détruit complétement une toile remar- « quable, si justement appréciée par les connaisseurs. » Ce récit étant de pure invention, attendu que ce tableau avait été caché par moi, je déclarai le récit controuvé, et, sut la demande de ce général, je lui en délivrai un certificat ».
A Voccupation prussienne, levée le 23 mars, succédérent les répercussions des événements de la Commune. C’est 14, d’aprés certains, que les aigles impériales de la grande grille se trouvérent reléguées aux greniers ot elles s’endormirent pour une quarantaine d’années. Le 24 mai, deux pompes furent envoyées a Paris pour lutter contre l’incendie des Tuileries, et le 31 du méme mois un grand convoi de mobilier et de lingerie quitta le chateau a destination de Versailles, siége du gouvernement de Thiers.
En supprimant, le 6 septembre 1870, le ministére de la Maison de Empereur avec son administration du mobilier de la Couronne dont dépendaient les résidences des souverains, la III@ République mit celles-ci sous l’autorité
provisoire de la Commission de liquidation de l’ancienne Liste civile, en attendant la réunion, en juillet 1871, de Padministration des Palais nationaux aux attributions du ministére des Travaux publics. Quant a celui de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, il commenga 4 s’y intéresser dés la fin de la méme année, et, dix ans aprés, les services des Palais nationaux furent distraits des Travaux publics pour étte mis sous la coupe des Beaux-Arts, qui attribuérent 4 l’Administration des musées nationaux le contrdle des ceuvres d’art et objets d’ameublement inscrits sur leurs inventaires. A la méme époque commence a poindre le dualisme administratif a Vintérieur du domaine de Fontainebleau. Une piéce officielle de mars 1879 porte en effet la signature de Boitte, architecte du Palais, accompagnée de celle du régisseur Boyer.
Ce gardien modéle du patrimoine artistique national ptit sa retraite au début de 1882, laissant son poste a Louis- Joseph-Napoléon Carriére qui fut le premier a bénéficier, en vertu d’un décret de 1884 confirmé en 1896, du titre de conservateur du Palais.
Bien naturellement, peu de faits de caractére constructif ont pu matquer cette période du début de l’existence républicaine de la demeutre déchue des souverains de France. La tache du personnel, désormais peu nombreux, se réduisit a la surveillance et lentretien du domaine, 4 la direction des visites du public et a la restauration du mobilier, pour laquelle ont été maintenus — bon point a noter — trois ouvriers spécialisés en ébénisterie, tapisserie et lustrerie.
En 1871, la « flotille impériale » qui animait naguéte la grande piéce d’eau fut transférée 4 Saint-Cloud. La méme année vit linstallation, dans le domaine et le chateau méme, de l’Ecole d’application de V’artilletie et du génie, créée en 1802 a Metz et délogée de cette ville par la guerre. Ainsi commenga la détention presque séculaire par l’autorité
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militaire de l’ensemble des batiments de la cour des Cuisines de Henri IV et de la majeure partie de ceux de la cour des Princes.
En revanche, en 1880, a la faveur d’un rapprochement avec l’administration des Beaux-Arts, le régisseur Boyer, qui avait quelque inquiétude sur le sort des collections d’objets Ofientaux rassemblées par limpératrice Eugénie dans les salons du rez-de-chaussée du Gros pavillon, eut la satisfaction de les ouvrir au public sous l’appellation de Musée chinois. En mai de la méme année, 4 la suite d’un regroupement de tableaux enregistrés au cours des deux derniers régnes aux inventaires du Louvre et de nouveaux envois de ce musée devenu une- sorte de « maison-méte » pour les palais nationaux, la galerie des Fastes de l’appartement du Pape abrita une exposition permanente de tableaux anciens. A cette occasion, ’érudit Henry de Chennevieres, alors attaché a la Conservation des peintures au Louvre, fut chargé par le directeur Barbet de Jouy de publier une Notice des Tableaux appartenant a la collection du Louvre exposés dans les salles du Palais de Fontainebleau, qui parut en 1881.
Des nouveaux envois du Louvre que nous y trouvons mentionnés, le chateau garde jusqu’a nos jours le Portrait de jeune homme de Vécole de Raphaél, a Résurrection de Lazare de Muziano, quelques tableaux de |’Ecole de Fontainebleau, la Joueuse de luth de Honthorst, la Minerve et les Muses de Stella, deux Vues de Venise de Vanvitelli et les Ruines romcines de Pannini. Mais l’exemplaire de la méme notice qui appartient a notre Conservation comporte des annotations au crayon qui nous renseignent sur le retrait par le Louvre, en 1886 et 1889, de quelques peintures des anciens fonds, parmi lesquelles sont a regretter la grande Diane chasseresse de l’école de Fontainebleau, des ceuvres de Restout, Lancret, Hilaire, et les quatre panneaux avec les vues des monuments romains de Provence par Hubert Robert.
Est 4 noter aussi la sortie de quelques tableaux et d’un buste que le tribunal de la Seine avait attribués 4 la succession de Napoléon III et que Boyer dut livrer aux mandataires de l’impératrice Eugénie, au printemps de 1881. Coincidence cutieuse : le 21 octobre de la méme année, l’ancienne souveraine, alors en villégiature au chateau de Sivry, parut en petsonne, accompagnée du vicomte et de la vicomtesse Aguado et de Raimbaud, écuyer de son mari, devant sa demeure d’antan pour la parcourir en visiteuse. Elle y retoutna plus de trente ans aprés, comme on le verra plus loin.
En 1882, d’importants travaux de restauration, plutdt de reconstruction, furent entrepris par l’architecte Boitte dans la Cour ovale. Les pierres du portique dit de Serlio, bien que déja rajeuni sous Louis-Philippe, mais considéré comme menacant tuine, ont été remplacées, enti¢rement ou presque, et les plus intéressantes amoncelées en une sorte de fausse ruine prés de la grotte des Pins. De l’autre cété de la cour, la chapelle haute de Saint-Saturnin, privée de sa coupolette octogonale qui avait été démontée en 1759 par mesure de sécurité, en a regu une nouvelle, partant de la base conservée et de la gravure de Ducerceau qui en indique sommairement la silhouette. A Vintérieur, le peintre P. Brisset reprit, année suivante, les figures des quatre évangélistes de Claude de Hoey, que remettait 4 jour le débouchage de l’octogone, et orna les huit pans du déme des tétes de chérubins s’inspirant de celles qui s’inscrivent dans les caissons de la votite principale.
Un grand divertissement s’offrit aux Bellifontains en 1888, avec le vidage du grand étang et l’extraction des fameuses carpes auxquelles la croyance des habitants prétait de tous temps un don de longévité extraordinaire. Marie de Médicis n’avait-elle pas vu en prendre deux « dont l’une avait bien huit cents... et autre n’avait que trois ou quatre
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cents ans?» Mais, a cet égard, la péche, qui fut par ailleurs «la plus fructueuse que l’on ait jamais vue», n’apporta aucune confirmation, et l’hebdomadaire P Abeille de Fontainebleau, patlant des belles carpes dont neuf cents avaient été mises de coté pour le nouvel empoissonnement, fit la téserve décevante que voici : « On n’en a pas trouvé une seule ayant au nez l’anneau d’or de Francois Ier. C’est une légende disparue. On ne retrouva pas non plus celles qui portaient l’anneau que Louis-Philippe leur avait fait mettre en 1842. »
La mort de l’écrivain J.-J. Weiss, en mai 1891, mit le terme a la lignée des bibliothécaires attitrés du Palais, et la galerie de Diane qui abritait depuis 1859 les rayonnages des livres dont avait été remplie au temps de Napoléon [er la chapelle haute de Saint-Saturnin devint, plutét par la force logique des choses que par une décision gouvernementale, une sorte de dépendance de la Bibliothéque Nationale. 4000 volumes en furent transférés en 1902 au palais de Compiégne.
Entre temps, le chateau retrouva pour quelques années sa vocation de résidence des chefs de l’Etat. De 1888 a 1893, le président et Mme Sadi Carnot séjournérent l’été a l’étage noble de Vaile Louis XV, qui avait été aménagé en 1868 pour le Prince impérial. Au rez-de-chaussée, ot s’établirent les bureaux, la petite salle 4 manger et les cuisines, Mme Carnot fecevait ses amies dans le salon laqué de l’impératrice Eugénie. Le fils et les officiers d’ordonnance du président occupérent le deuxiéme étage, les secrétaires le troisi¢me et la domesticité le quatriéme. Les séjours présidentiels avaient lieu, en général, en aoait et septembre. Pendant ce temps, le domaine, a ce qu’il semble, restait ouvert au public, sauf le Jardin anglais. Le président ne montait pas a cheval, mais sottait presque tous les jours en voiture pour une promenade dans la forét. Quand il franchissait la grille de la cour du
Cheval blanc, sa garde d’honneur sonnait « aux champs ». La musique militaire retentissait tous les jeudis et dimanches dans le parterre du ‘Tibre et, apportant sa concurrence bénévole, I’« Union musicale de Fontainebleau » opposait 4 la tenue rigoureuse des soldats son allure bon enfant style commices agticoles. Les réceptions des hétes de marque, tels les rois de Serbie et de Gréce ou les fils du khédive d’Egypte, donnaient prétexte 4 de grands diners que suivaient des fétes de nuit avec concerts dans le jardin de Diane ou feux d’artifice dans le Jardin anglais. Le matériel de V’illumination s’est renouvelé, au grand émerveillement des Bellifontains, des rampes comportant plus de trois mille becs de gaz se trouvant installées sur la principale fagade du palais et les balustrades du Fer a cheval, a la place des traditionnels godets a suif. Enfin, la présence présidentielle fit bénéficier la région du renouveau des courses de chevaux a la vallée de la Solle, qu’avait abolies la guerre de 1870. En 1894, ce fut Vassassinat de Sadi Carnot, et le chateau resta fermé en signe de deuil la journée du 25 juin. Ses drapeaux se remirent en berne le 2 novembre pour la mort du tsar Alexandre III.
Le nouveau président, Félix Faure, vint a Fontainebleau en avril 1895 prospecter son appartement et y établit ses quartiers d’été le 15 septembre. Le 21 du méme mois, il recevait Léopold II de Belgique, ayant fait aménager pour lui Pancien appartement du pape Pie VII, en renouant de la sorte la tradition séculaire d’affecter au séiour des souverains étrangers cette partie du chateau qui avait vu dans ses muts, avant l’infortuné pontife, ’empereur Charles Quint, Henriette de France et son fils le futur Charles II d’Angleterre, Jacques II dépossédé de son royaume britannique, Pierre le Grand et Christian VII de Danemark. Les autres convives de marque de Félix Faure furent le grand-duc Constantin Constantinovitch (dont le pére Constantin
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Nikolaievitch avait été hédte de Fontainebleau lors de Pinauguration du théatre de Napoléon III en 1857) et le ptince Nicolas de Gréce. Puis, le 5 octobre, la famille Faure rentra 4 l’Elysée pour jeter par la suite son dévolu sur le domaine de Rambouillet. Quant au logement présidentiel de Fontainebleau, il entra, comme les appartements royaux et impériaux, dans le domaine du souvenir et de la légende, offrant aux trés rares visiteurs exceptionnellement favorisés par les gardiens, ]a contemplation de la baignoire de Mme Stenen, en supplément de celles des impératrices Joséphine et Eugénie.
Les huit années de sdjours présidentiels et la présence déja ancienne de I’Ecole dartillerie et des familles d’officiets ont dai contribuer, en fonction des progrés de la « belle époque », a Vembellissement de la ville, sous-préfecture jusqu’en 1926. Le style Louis XIII-Napoléon III, brique et pierre, 4 la mode partout pour les édifices publics, se veut a Fontainebleau étre justifié par la présence du chateau avec lequel il prétend « s’harmoniser ». Tel fut |’Hétel de ville, construit 4 neuf en 1865 et agrandi en 1889; tel est Phdtel des Postes, qui empiéte sur le jardin de Diane en 1893 et dont l’auteur, l’architecte J. Boussard, a au moins la louable pensée de dissimuler la fagade derri¢re une arcature imitant plus ou moins celle de la galerie des Cerfs toute voisine; tel s’élévera en 1912 le nouveau Théatre municipal, vis-a-vis de la grille des Mathurins. Quant a la grande grille de la cour du Cheval blanc, ses pylones feront face, une soixantaine d’années durant, aux poteaux du tramway teliant le chateau a la gare et qualifié par les Bellifontains de péril jaune en taison de sa couleur canari et de son allure incettaine dans les virages. A l’ére du péri/ jaune succédera, en 1954, celle des cars verts.
Bien qu’inhabité par les chefs de |’Etat, le chateau continue a tefléter les fétes et les deuils officiels en s’illuminant le
26 mai et le 6 octobre 1896 a l’occasion du couronnement de Nicolas II et de l’arrivée 4 Paris du jeune couple impérial de Russie, ou en mettant, le 23 février 1893, le crépe noir sut les drapeaux lors des obséques de Félix Faure. Les Grands appattements recoivent des visites, le plus souvent rapides, d’hdtes de marque, de plus en plus nombreux et vatiés. Au début des années 1900 on y voit le grand-duc Serge Alexandrovitch, qu’une bombe de terroristes abattra quelques années aprés; la reine Ranavanoula dépossédée de Madagascar; quatorze ambassadeurs du Maroc s’exposant de mauvaise grace aux instantannés des kodaks bellifontains, mais prétant volontiers un coup de main au tir du canon 155 de l’Ecole d’artillerie; le maréchal-prince Komatzu, ambassadeur extraordinaire du Japon; le jeune prince Maha Vajitavudh, héritier du roi de Siam; le ras Makonnen, héritier d’ Abyssinie, avec sa suite, s’accommodant mal a la contrainte de matcher les pieds chaussés, et, enfin, le roi du Cambodge Sisovath qui prend un fin repas dans Vaile Louis XV et fait la sieste dans le décor, bien approprié a sa personne, du salon laqué de Vimpératrice Eugénie. En 1896, une alerte pour qui s’intéressait au patrimoine bellifontain : la commission des Monuments Historiques visite le chateau en vue du prélévement du bas-telief équestre de Henri IV et d’auttes ceuvres importantes. Heureusement, l’affaire n’eut pas de suite. En 1901, certains qualifiérent d’abus de pouvoir la réception 4 laquelle le général commandant la Place s’était permis de convier les autorités civiles et qui avait eu lieu dans le salon jaune de Vimpératrice Eugénie, dont les siéges, recouverts de soie ancienne, nécessitaient des ménagements. Un an aprés, ce furent des manifestations moins malencontreuses étant donné le choix des locaux: un banquet populaire offert par un nouveau député a ses quatre cents électeurs dans la salle de la Vieille comédie, et un déjeuner trés mondain de
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six cents couverts organisé, sous la présidence de Fournier- Satlovéze, par les « Artistes-amateurs» et suivi d’une représentation théatrale dans la salle de Bal. « Si cette journée fut agréable pour la Société, elle fut charmante pour la ville de Fontainebleau a laquelle elle donna un mouvement délicieux», rapporte un témoin dont il est temps d’introduire le nom dans Vhistoire du chateau.
Il s’agit du brigadier Arthur Vincent, cultivateur de Montigny-sur-Loing, qui entra au service des Palais nationaux en 1881 comme gardien-guide et se livra aussitét, en y employant tous ses loisirs, a la lecture acharnée des ouvrages alors existant sur le chateau, puis a des explorations dans les inventaires et archives de la Conservation. Mis en 1897 a la téte du personnel de surveillance, fonction a laquelle répondait alors le grade de brigadier, Vincent devint l’aide de tout repos et le conseiller avisé pour quatre conservateurs qui se sont succédé avant sa retraite en 1920: Louis Carriere, pensionné en 1902, Jean-Baptiste Alboize, que l’apoplexie emporta en 1904, Etienne Pallu de la Barriére, muté 4 Malmaison en 1905, et Georges d’Esparbés, homme de lettres comme les deux précédents, qui occupa le poste jusqu’en 1930.
Complétant les connaissances acquises sur place par des recherches a la Bibliothéque et aux Archives Nationales, le brigadier Vincent rédigea et publia en 1910 un guide général du chateau ainsi qu’un guide spécial des Petits appattements de Napoléon et de la famille impériale, dont les livrets de la fin du siécle ne faisaient pas mention, méme sous la rubrique Appartements réservés. Il suffit de confronter les « guides Vincent » avec ceux qui les ont précédés et de comparer la distribution du mobilier qu’ils décrivent avec celle que fait entrevoir l’inventaire de 1894 pour comprendre quel travail considérable a di étre accompli sous la surveillance et sans doute sous l’impulsion de Vincent pour
la remise de plusieurs piéces 4 des emplacements conformes aux témoignages des inventaires plus anciens.
Avec la remise en valeur des Petits appartements, que l’on a pu qualifier 4 juste titre de « véritable musée du style empire », la dominante du souvenir napoléonien ne fit que s’accroitre au chateau qui, part surcroit, regut en 1907, au couts d’une spectaculaire cérémonie dans la cour des Adieux, la remise, par la municipalité de Fontainebleau, du chapeau que l’Empereur avait porté au retour de Vile @’Elbe, relique provenant du legs du colonel baron de Saint-Léger. Trois ans plus tard, les aigles dorées quittérent les greniers pour se poser une fois de plus sur les pylones de la grande grille, non sans exposer le conservateur a des remous venant de droite et de gauche.
Quant 4 Vincent, il continuait de mener de front la besogne de surveillant et le travail de chercheur, celui-ci au dela de sa retraite en 1920 et jusqu’a sa mort survenue en 1934. Son réve inaccompli était de publier une histoire détaillée du chateau, pour laquelle il constitua une impressionnante documentation contenue en de volumineux dossiets qui, grace a l’obligeante pensée de M. René Vincent, ingénieur des Arts et Manufactures, fils du prodigieux brigadier, prirent une place d’honneur dans les archives de la Conservation. )
On trouve parmi ces documents un manuscrit autobiographique avec la chronique de la vie du chateau allant de 1888 4 1920, a laquelle le présent chapitre est redevable de plusieurs éléments. Reprenons-la pour voir le brigadier Vincent seconder le conservateur d’Esparbés ou le remplacer, en cas d’absence, lors des visites, souvent inopinées, des hétes de marque. En 1908, c’est le roi des Belges Léopold, venu incognito; en 1910, le maréchal de Fonseca, président du Brésil, et Alphonse XIII d’Espagne (ce qui vaut 4 Vincent la décoration d’Isabelle la Catholique); en 1911, la Loge
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magonnique internationale; en 1912, le couple princier de Parme et le prince de Galles. En 1913, Alphonse XIII retourne a Fontainebleau pour un déjeuner officiel avec le président Poincaré. Mais la visite la plus émouvante fut, sans contredit, celle de l’ex-impératrice Eugénie, a laquelle Vincent consacra une relation du plus grand intérét. Cest le 10 juillet 1914 que la souveraine, alors agée de 88 ans, descendit d’une automobile devant la grande grille de sa demeure d’autrefois et se fit annoncer par le comte Pontremoli qui l’accompagnait avec d’autres personnes de son ancien entourage. Accouru au devant d’elle, lalerte brigadier Pinvita a remonter en voiture pour que celle-ci s’avanc¢at jusqu’a la porte du vestibule du Fer a cheval, ou le conservateur, alerté entre temps, s’inclina ému et silencieux devant l’auguste visiteuse. II] lui fit, pendant prés de deux heures, les honneurs de sa maison. Dans la chapelle de la Trinité, elle signala aux personnes l’accompagnant que Napoléon III recut en ce lieu le baptéme. S’arrétant dans la chambre de Napoléon I®*, elle rappela que son mari y avait également couché. S’attardant ensuite dans la salle du Conseil, elle se souvint d’y avoir présidé Vassemblée des ministres lors de sa régence. Devant les boiseries qu’Alexis Peyrotte avait ornées de fleurs exquises dans le passage dit Brile-tout, elle apprit a Vassistance qu’elle avait fait imiter ce décor par son peintre Eugéne Petit dans un salon de l’ancien appartement de Mme Létitia au fond de la galerie des Cerfs. Ce salon, alors détenu par l’Ecole d’artillerie, n’était pas accessible au gens du palais. S’attardant avec émotion dans la chambre de Marie-Antoinette, qui fut aussi la sienne, l’impératrice remarqua avec regret l’absence des deux monumentales commodes de Benemann qui s’y trouvaient depuis Joséphine et qui, aprés avoir été conservées au Louvre, ont retrouvé de nos jours leur place d’origine au salon du
Jeu de la reine. Dans celui-ci, qui était son salon particulier ot on servait le thé 4 langlaise, elle trouva, vraisemblablement sans plaisir excessif, un mobilier Empire au lieu des siéges et poufs capitonnés dont elle l’avait regarni. Passant aux appartements de réception, |’impératrice engagea les comtes Pontremoli et Walewski 4 visiter les appattements des Chasses sans y aller elle-méme, appréhendant sans doute la trop forte émotion d’y retrouver le souvenit de l’enfance du Prince impérial. Au salon de Théagéne, la cassette d’ivoire a laquelle la tradition des guides attachait déja le nom d’Anne d’Autriche ne réveilla en elle que des souvenirs personnels attendris et lui fit dire : « Cest mon coffret qui m’a servi de corbeille de mariage; cest la que mon mari avait placé des gants et un éventail. » Dans une piece voisine de l Ancienne comédie, limpératrice demanda ov se trouvait le portrait en pied de Diane de Poitiers, dévoilée 4 image de sa déesse tutélaire. Apprenant que le tableau était au Louvre, elle répliqua: « Eh bien ! monsieur le Conservateur, on devrait vous le rendre. » « Et, pour un instant, dans la voix si douce, sembla se réveiller un ordre. »
La galerie Francois Ie évoqua chez elle le souvenir des parties de patinage 4 roulettes. Dans l’appartement du pape, triste silence a la vue de l’étang sans embarcations, et 4 la nouvelle que sa gondole fut depuis longtemps vendue. Enfin, la visite du musée chinois avec la mélancolique joie d’y retrouver les cadeaux exotiques dont Napoléon III avait coutume de la gater les jours de sa féte, la traversée du jardin des Pins et les adieux dans la cour qui avait vu ceux de Napoléon.
Peu apres, survint la premiére guerre mondiale. Dépouillé du mobilier et des tentures murales, mis 4 l’abri, fermé au public ainsi que les jardins, le chateau recut, durant les sombres années, une ambulance pour 500 blessés dans I’aile
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Louis XV, une autre dans le pavillon du Tibre, et des installations mécanothérapiques au Jeu de Paume. Bien que vides, les Grands appartements s’ouvraient de temps en temps pour accueillir des délégations militaires alliées et prétaient leurs salles a des concerts patriotiques. Ils ne furent remeublés qu’en 1919.
Le traité de Versailles a valu 4 la demeure des souverains un gain territorial tout a fait inattendu : Georges Clemenceau, étant venu inopinément visiter le chateau pendant les travaux de la conférence de la Paix, fit rendre a la Conservation du palais, sur les informations de Vincent, l’extrémité du corps oriental de la Cour des Princes faisant suite aux appattements des chasses, inutilement occupé par I’Ecole dartillerie et qui contenait de belles boiseries.
En revanche, avec l’essor des amitiés franco-américaines, Vaile Louis XV et ’Ancienne comédie devinrent le siége d’un Conservatoire de musique et d’une Ecole des beauxatts, créés en 1921 et 1923 pour le perfectionnement des jeunes artistes des Etats-Unis.
Peu apres, par suite des décrets de 1921 et de 1927, l’adiministration du domaine de Fontainebleau — en méme temps que celles de Versailles, de Compiégne et de la Malmaison — prtit sa forme dualiste actuelle, comprenant d’une part la gestion, l’entretien et la restauration des batiments et jardins dévolus a l’architecte en chef relevant de la Direction de architecture; d’autre part la sauvegarde, la présentation du mobilier et des ceuvres d’art constituant le musée, assutées par le conservateur, placé sous la seule autorité du Directeur des musées nationaux.
Ainsi, aprés le départ en retraite de Georges d’Esparbés, conservateur pendant un quart de siécle et auquel les gardiens auraient offert une cérémonie de style napoléonien dans la cour des Adieux, c’est 4 un historien d’art, Robert Rey, qu’il a été donné de prendre la conservation du nouveau
Musée national. Pendant les six années ot il exerga ses fonctions, interrompues en 1936 pat sa promotion a4 l’inspection des Beaux-Arts, Robert Rey aménagea les salles Rosa Bonheur dans un appattement voisin du musée chinois et publia, avec la collaboration de son assistante Mme M. Talon, une Histoire mobilitre du palais de Fontainebleau au temps de la Reévolution, qui tend de grands services a ses successeuts.
Parmi les travaux de restauration, trop rares a Fontainebleau en cette période d’entre les deux guerres, il faut citer la rénovation de l’aile de la Belle cheminée, qui a ainsi retrouvé ses hauts combles qui avaient péri, avec le théatre de Louis XV, dans un incendie en 1854. Le travail fut mené a bien grace a ’emploi des fonds Rockefeller et aux soins avisés de l’architecte en chef Albert Bray, auquel le chateau doit par ailleurs d’intéressantes publications éclaircissant Phistoire de ses reconstructions.
La succession de Robert Rey a été dévolue a Charles Terrasse, archiviste-paléographe et membre de 1’Ecole Francaise de Rome. Son directorat, qui a duré de 1937 4 1964, a été marqué par l’aménagement des appartements dits des Chasses, y compris les piéces que Clemenceau avait fait rendre au chateau, par l’enrichissement du musée de l’histoire du chateau et de la bibliothéque de la Conservation ainsi que la publication d’ouvrages sur les deux souverains qui ont laissé 4 Fontainebleau le plus intense souvenir : Francois [et et Napoléon Ter. Pendant la guerre 1939-1945, notre prédécesseur dut résoudre le probléme de |’évacuation partielle et de la mise a l’abri des collections.
Le chateau, occupé par l’ennemi et sur lequel flottait la croix gammeée, était inacessible au public et n’ouvrait ses grands appartements qu’a des groupes de militaires venant rendre un ostensible hommage au souvenit napoléonien. On a vu a nouveau des péches miraculeuses 4 l’étang des
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Carpes, une fois méme des exercices d’é equitation ascendante et descendante sur l’escalier du Fer 4 cheval.
Apres la Libération, l’état-major des forces alliées Centre- Europe s’installa au chateau pour vingt ans environ.
L’aile Louis XV revit l’Ecole des beaux-arts, et le Conservatoite américain et devint, grace a Nadia Boulanger, un haut lieu de la musique internationale.
Remeublé aprés la récupération de ses trésors en dépdt au chateau de Contresol, en Bourbonnais, puis a celui de Valencay, le musée reprit peu a peu sa vie normale et accueillit, de temps 4 autre, des visiteurs de marque, notamment la reine Elisabeth d’ Angleterre, en 1957; le roi et la teine des Belges, le président de l’Allemagne fédérale et Mme Liibke, en 1961; l’empereur d’Ethiopie, en 1963.
A Vheure actuelle le chateau entre dans une période nouvelle de son existence. Sous l’impulsion de M. André Malraux, Fontainebleau, dix ans aprés Versailles, est devenu le théatre de grands travaux de restauration.
Ilincombe 4 M. R. de Cidrac, architecte en chef du domaine dont la tache est suivie de prés par M. Jacques Dupont, inspecteur général des Monuments Historiques, d’assurer la réparation ou la réfection de plusieurs hectares de toitures, la remise en état des facades et des fenestrages, l’installation du chauffage central alimenté au gaz de Lacq, la mise en place du réseau électrique et téléphonique, des dispositifs dalarme ou de détection d’incendie, y compris la réfection des plafonds et du décor mural avec tous les soins a donner a la sculpture, a la dorure, a la peinture.
« Peinture » n’est pas peu dire quand on parle du décor monumental de Fontainebleau ot ont subsisté les plus
importants et les plus fameux ensembles créés sous la Renaissance, tels la galerie Frangois Iet, la votte de la Porte | dorée, la chambre de Mme d’Etampes, la salle de Bal ou la chapelle de la Trinité. Si, il y a un lustre encore, on pouvait déclarer ce décor « définitivement anéanti» par les restaurations louis-philippardes, comme lavait fait plus haut Louis Dimier, une vue optimiste est actuellement permise devant les résultats obtenus dans la galerie Frangois Ie, qui a tetrouvé ses justes proportions avec la descente a son niveau primitif du plafond rehaussé sous la monarchie de Juillet : les compositions allégoriques du Rosso, dégagées des couches opaques et ternes des lourds repeints postéfieurs, ont retrouvé leur savoureux épiderme de fresques. I] en est de méme de ce qui a pu étre dégagé des peintures du Primatice et de l’Abbate dans la chambre de Mme d’Etampes et dans la salle de Bal, cette derniére se revétant, de sutcroit, de boiseries plus conformes a ce qu’elles furent sous Henri II et retrouvant, pour la monumentale cheminée de Philibert Delorme, les deux satyres, de nouveau coulés en bronze d’aprés les marbres antiques du palais du Capitole, comme ils l’étaient avant que la Révolution les eurent transformés en canons. Ajoutons, 4 ce propos, que les quatre chiens de méme matiére, dont Barthélemy Prieur avait animé la fontaine de Diane et qui ont connu un meilleur sort en s’acheminant au musée des Monuments frangais et au Louvre, viennent de rejoindre la statue de la déesse dans le jardin qui porte son nom, autour d’un socle refait sur les témoignages des documents anciens.
La tache qui s’impose au conservateur dans cette vaste entreprise est délicate, toute passionnante qu’elle soit, tant du point de vue financier, en ce qui concerne la restauration des somptueux tissus et bois d’ameublement, des tableaux, des sculptures et des objets d’art, qu’en raison du conflit inévitable de facteurs contradictoires d’ordre histo-
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ftique et stylistique, d’aprés lesquels tel ou tel objet devrait trouver place dans telle ou telle piéce qui abrite des souvenirs s’échelonnant sur plusieurs régnes, ceci dans un décor fixe comprenant des apports amalgamés ou juxtaposés de différentes époques. Encore faut-il ajouter que le contingent des ceuvres d’art et du mobilier du xvi1® siécle ou de Empire contenait naguére ou contient des pieces dont la présence a Fontainebleau ne remonte pas au dela du régne de Louis-Philippe, tandis que des piéces de valeur ayant de plus fortes attaches historiques avec le chateau et théoriquement récupérables du fait de leur appartenance 4 |’Etat francais, restent en possession d’autres mus¢ées ou administrations.
D’ou, un mouvement d’échanges avec le Louvre, Versailles, Compiégne et La Malmaison, commencé par nos prédécesseuts immédiats et poursuivi. Malgré la forte saignée que valut au chateau de Fontainebleau le récent remeublement du Grand Trianon, nous nous en voudrions de ne pas tenir compte, dans le bilan négatif de ces campagnes bilatérales de transfert, de la réintégration dans nos fonds mobiliers de piéces de qualité et d’importance capitales, auxquelles il convient de joindre quelques pertinentes acquisitions a titre onéreux ou provenant de donations faites par des mécénes avisés.
Malegré les grands travaux entrepris qui se poursuivront quelques années — mais n’en a-t-il pas été de méme aux temps glorieux de Francois It, de Henri IV et de Napoléon Iet P — le chateau demeure ouvert aux visiteuts, qui peuvent méme considérer comme un avantage la possibilité de suivre les progrés de son renouveau. Il est a espérer qu’une bonne étape sera franchie pour la saison de 1968, au couts de laquelle une grande exposition des deux Ecoles de Fontainebleau doit consacrer la remise en valeur des ensembles monumentaux du xvi® et du début du xvir® siécle.
Cette rétrospective, aussi bien que les restaurations terminées, confirmeront au chateau des derniers Valois sa qualité de haut lieu de la Renaissance frangaise et européenne auprés du public trop porté a n’y chercher que le souvenir napoléonien, ignorant la définition que le plus grand empereur de l’histoire a décernée 4 Fontainebleau : « Voila la maison des siécles, la vraie habitation des rois. » Les travaux en cours tendent précisément a dégager et a faire revivre au mieux les apports de tous les ages de cette « maison des siécles », et nous ne pourtions donner meilleur commentaire 4 ce programme qu’en terminant sur une belle page d’Anatole France, qui préfaga, en 1889, Le Guide artistique et historique du Palais de Fontainebleau, de Rodolphe Pfuor :
« Je voudrais, pour ma part, que tous les Frangais fissent le pélerinage de Fontainebleau. Ils y apprendraient a tespecter, 4 admirer, a aimer l’ancienne France, qui a enfanté ces prodiges. Nous croyons trop aisément que la France ne date que de la Révolution. Quelle erreur détestable et funeste |! C’est de la vieille France que la nouvelle est sortie. Ne serait-ce que pour cela, il faudrait la chérir. Il n’y a pas de salut pour nous que dans la réconciliation de l’ancien esprit et du nouveau. Il me semble que, bien mieux que partout ailleurs, c’est 4a Fontainebleau que cette réconciliation pourtait s’opérer par un coup de la grace. Crest pourquoi je supplie tous mes compatriotes d’aller passer une journée dans ce palais, dont les souvenirs marquent la continuité de Pesprit frangais 4 travers tous ces régimes qu’une illusion nous montre opposés entre eux, mais qui, en réalité, sortent naturellement, nécessairement l'un de Pautre. Ils s’en iraient de la, j’en suis sir, dans un heureux état d’esprit, aimant leur temps, qui est ingénieux, inventif, tolérant, spirituel, et respectant les vieux Ages et leur fécondité magnifique.
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« Ils ne manqueront pas, au sortir du Palais, de se promener dans la forét, dont les arbres séculaires, qui verdoient pour nous, verdiront encore pour nos enfants et nous enseignent que la vie est trop courte pour qu’on doive l’occuper d’autre chose que de ce qui éléve et de ce qui console. »
Boris Lossky.
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