‹ FontainebleauChapitre 6 sur 8 · FOR · texte numérisé non relu

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sur du Cheval Blanc, le 20 avril 1814.

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Napoléon III et Pimpératrice dans le Musée Chinois (Gravure d’apres le croquis de Moulin, 1863).

éventailliste, couturiére ou marchande de mode, qui n’aspirat (de méme que les maisons de Londtes se vantaient de fournir la duchesse de Kent) 4 se dire fournisseur 4 Paris.

La ptincesse aimait la peinture, comme faisait aussi le prince son mari, avec assez de discernement pour que le ministére des Beaux-Arts ait pratiquement été remis alors entre leurs mains. Il y a donc lieu de croite qu’ils ne furent pas sans prendre part a la décoration de la galerie de Diane, de quoi il est certain, du reste, qu’on aurait peine 4 les absoudre, s'il n’était avéré que l’époque ne pouvait rien fournir de mieux : l’art que pareil ensemble réclame ayant été entiérement ruiné par la réforme de David. Cependant, pris dans son ensemble l’ouvrage ne laisse pas d’étre magnifique et de réaliser une fagon de grandeur. L’écueil est dans examen des morceaux, ceuvres d’Abel de Pujol et de Blondel, qui, jugés en detail, ne sont pas supportables.

Ces deux peintres recueillaient alors les brocards de la jeune école romantique, qui les associait dans un commun mépris sous le nom contracté de Blondel de Pujol. Abel se sauvait dans le public par la réputation du bas-relief en trompe-l’ceil, qu’il a pratiqué en teinte de marbre au Louvre, et de cuivre repoussé dans ces peintures, et qu’il tenait des Pays-Bas, sa patrie, ot s’en gardait la tradition.

La voitte est faite de huit travées, dont les deux du milieu offrent cing tableaux et les six autres trois seulement, peints de couleurs voyantes et d’exécution froide dans autant de compattiments rectilignes d’une excessive monotonie. Au bout est le salon de Diane, entiérement peint par Blondel, de quatre grands sujets représentant l’aventure d’Endymion, celle d’Actéon, celle de Calisto et la querelle de Vénus et de Diane.

Un autre ornement vint alors 4 cette galerie du grand nombre de petits ouvrages qu’on suspendit dans le lambris acquis aux salons successifs, tous de cette peinture de genre

Ay

306 FONTAINEBLEAU 4 costumes, qu’on a nommée style troubadour. Les seuls noms de Mauzaisse, de Révoil, de Duperreux, de Mme Haudebourt-Lescot, qui se lisaient sous ces tableaux et qui semblent pour nous sortir du puits des Ages, apportent avec eux le geste, le ton et la couleur des chevaleries de 1820; huit seulement sont encore en place, depuis qu’on a transporté la bibliothéque en cet endroit, et que la plus grande partie de la muraille est occupée par des rayons.

Le roi Louis XVIII ne vint qu’une fois a Fontainebleau, ot le suivit toute la cour pour y recevoir la duchesse de Berry atrivant de Naples pour son mariage, et qui n’y posa que trois jours. De Paris, celle-ci n’y fit qu’un seul voyage, a la veille de 1830, menant avec elle le duc de Bordeaux agé de neuf ans. On y installait aux environs le camp d’Arbonne, qui fut Poccasion de quelques fétes au chateau. Hors de 1a, le roi Charles X y venait chasser, dans la saison, accompagné de peu de suite, avec le duc de Berry et le Dauphin.

Louis-Philippe ne marqua son régne a Fontainebleau que pat peu de créations : il n’y fit guére que restaurer ancien. Un renoncement du méme genre se manifesta sous lui dans la vie de cour, qui pratiquement cessa d’étre. C’était la premiere fois depuis qu’il y avait des rois. La révolution de Juillet avait mis l’ancienne cour en fuite, le faubourg Saint-Germain s’était fermé, la reine et les princesses ne faisaient pas toilette, et le roi ne recevait pas. Outre les cérémonies publiques, ot l’on convoquait toute la foule, il n’avait d’hétes que dans le privé.

Ce n’était pas la premiére fois que dans le chateau on vaquait 4 des réparations, les peintures dont Francois [er Pavait rempli étant de conservation fragile. On trouve dés le regne de Henri IV mention des soins qu’elles exigeaient. Sous Louis XV, la galerie des Réformés vit refaire dun bout a lautre ses traits effacés, par Vanloo. D’auttes

n’évitaient ce genre de soins que par la destruction, consécutive a de nouveaux projets. Ce fut le cas de la galerie d’Ulysse; ce fut pareillement celui de l’ancienne chambre du Roi. La mise en escalier de la chambre de la duchesse d’Etampes fut apparemment cause d’effacer dans cette piéce des parties de peinture dont on mentionne plus tard l’absence.

Ajoutez a cela dans l’ornement de relief les parties détachées par la vétusté, brisées par la négligence, ou mutilées par souci d’une décence souvent peu respectée lors de la construction; d’un bout a4 l’autre du chateau ce n’étaient pas seulement des raccommodages qui se rendaient nécessaires, mais une réfection générale, que le nouveau fol envisagea, et que, dés le début de son régne, il eut le mérite d’entreprendre.

Il vint 4 Fontainebleau en 1831, passa en revue la garde nationale rassemblée de tous les environs, et, parcourant le chateau d’un bout a l’autre, décida les réparations. Dans un nouveau voyage accompli deux ans plus tard, il en surveilla ’exécution; le 21 septembre 1833, il en inaugura le succés par des fétes officielles, ot se mélérent tous les rangs, visite du palais restauré, banquets, feux d’artifice, comédie. La Comédie-Frangaise y vint, Mlle Mars y joua; ’Opéra et ’Opéra-Comique y donnérent des représentations.

Quant a l’entreprise méme, alors fort célébrée, mais dont aprés cent ans nous jugeons sans passion, elle fut médiocre, et par quelques cétés, il faut l’avouer, ruineuse. C’est que ni le gotit qui régnait alors, ni l’état des arts a lépoque, ni celui des connaissances a l’égard du chateau, n’en pouvaient favoriser le succés. Ajoutez que nulle part il n’était difficile de toucher au passé comme dans un édifice ceuvre de vingt régnes successifs, dont les adjonctions s’enchevétraient. Il edt fallu la discrétion du gott qui défend de toucher au passé plus récent sous couleur de faire resplendir Pancien, et la pénétration de la science, qui déméle, date

et classe les apports et les modifications successifs. Il ett fallu ’amour éclairé des débris, alimenté aux sources authentiques des dessins originaux et des vieilles estampes, et ce juste sentiment de la fuite du temps qui borne et retient Penvie de refaire; qui, dans un retour sur le passé, sait maintenir les droits du présent et recueillir quelques-uns des avantages qu’il donne. Surtout, il ett fallu sortir du préjugé qui, dans le siécle écoulé, a fait croire aux modernes que leur godt est meilleur et plus définitif qu’autrefois.

Tout cela fit défaut a la fois, ’habileté comme la science; en sorte qu’a part le bienfait certain, et d’ailleurs considérable, d’un état présentable du batiment et de ses appartements, ce qu’on se proposait fut manqué. Des corrections impertinentes furent faites dans la disposition des chambres, des raccommodages mal compris comme celui de la Belle Cheminée, ott l’on méla une piéce de Henri I avec ce qui provenait de Henri IV, canonisérent des disparates. Ce qui restait des peintures anciennes en quatre endroits galerie des Réformés, chambre de Mme d’Etampes, salle de ea vestibule de la Porte Dorée, fut définitivement anéanti pat les restaurations qui en travaillérent, en mutilérent et en recouvtirent les malheureux restes sous le pinceau d’Asaux, de Picot et d’Abel de Pujol.

Le 30 mat 1837, le duc d’Orléans, fils ainé du roi et héritier de la monarchie, fut marié 4 Héléne de Mecklembourg dans le chateau restauré, et de grandes fétes données a cette occasion. Dans les récents travaux, le roi avait fait entrer l’établissement d’une vaste salle 4 colonnes, occupant le rez-de-chaussée sous la salle de Bal, ou se fit a cette occasion la cérémonie protestante du mariage, qu’on célébrait pour la princesse.

L’appartement des époux fut dans le gros pavillon sur Pétang, nommé du gouverneur depuis que le gouverneur du chateau y eut son logis sous Charles X. On y voit encore

plusieurs meubles qui y ont été a leur usage, en particulier le lit o Pembléme du coq gaulois figure, enté sur le soleil de Louis XIV. Un cabinet de porcelaine ob figurent en camaieu les diverses scénes de leur mariage, avec du bronze en cariatides, y a retrouvé sa place d’origine. Naguére on le voyait exposé dans la galerie des Assiettes, qui avait été ménagée au cours des mémes travaux en facade de la cour du Cheval blanc, ot se voient heureusement recueillis quelques débris de l’ancienne galerie de Diane et ench4ssées nombre d’assiettes de Sévres peintes de différents sujets dont plusieurs regardent l’histoire de Fontainebleau.

On se prend a penser que le prince, s’il eit régné, edt a nouveau réuni autour de lui une cour ot eussent fleuri les lettres et les arts. La mort Vattendait dans le fatal accident ou ses chevaux s’emportérent sur le chemin de Neuilly, le 13 juillet 1842. Dés ce temps-la, nombre d’écrivains et d’attistes avaient leurs entrées au pavillon de Marsan, qui fut le sien aux Tuileries, dans des réunions désignées du nom de la piéce ou il les recevait, comme cheminées du prince, et que le roi (au dire de Gozlan) fit cesser en ces termes : « Ferdinand, ma cheminée chauffe aussi bien que la vétre. Vous me ferez plaisir toutes les fois que vous et la duchesse viendrez y prendre place. »

Le plaisir et les fétes rentrérent dans Fontainebleau avec Napoléon HI, sous lequel une cour de ton fort abaissé n’en puisait pas moins un genre de politesse dans les habitudes du plaisir. Une noblesse d’empire de seconde génération, transformée par l’éducation et par les alliances, y jetait désormais un lustre dont avait manqué la premiere. La grande beauté de Vimpératrice y versait une grace singuliére. L’empereur lui-méme, Beauharnais par sa méte, se ptévalait de cousinages dont son oncle n’avait pas joui.

Quoique les gens de lettres et les artistes qu’on honorait du séjour de Compiégne dans la saison n’aient généralement

fait que s’y ennuyer, le cercle particulier des princes, ingénieux A se divertir, s’entretenait dans une féte continuelle. Le bal, la comédie, l’opérette, les charades, les chasses, les parties de campagne, le champ de courses, en formaient les relais. De mémoite de vieux courtisan grandi dans les régimes déchus, jamais autour du souverain on ne s’était autant amusé.

Fontainebleau, pat le charme de son site, devait y avoir sa bonne part. Le premier héte de marque qu’on y ait regu alors fut dés avant l’empire, et quand Napoléon n’était que président, la grande-duchesse de Bade, sa tante. Ce fut aussi le premier séjour du prince et la premiére cour qu'il y ait tenue. Il avait pour s’y attacher cette circonstance qu'il avait été baptisé dans la chapelle de ce chateau. Il y revint l’année suivante, puis en 53, menant l’impératrice.

Depuis lors, on s’adonna au soin des batiments, poursuivant les travaux de restauration en train, et en ce qui regarde les peintures, les étendant a la chapelle, ou la voite de Fréminet subit un nettoyage et des réparations qui Pont laissée dans un état parfait. Dans la Cour ovale, le pavillon des Dauphins, qui menagait ruine, fut reconstruit. Dans le parc, le méme goiit qui inspirait le dessin des nouveaux bois de Vincennes et de Boulogne ne se tint pas d’inventer des embellissements sur la gauche du grand canal, ot I’on voit un rocher d’ou une cascade descend, puis coule dans un petit ruisseau.

Dans les appartements ot on logeait les princes, celui de la princesse Mathilde situé au fond de la cour des Princes, et décoré de parfaites boiseries sous Louis XV, recut dans ses panneaux en peinture des bouquets de fleuts ob s’accusent des talents précieux, et tels que cinquante ans plus tdt Pécole frangaise eit été incapable d’en produire.

Il y avait alors une renaissance de la peinture décorative, née des besoins d’un luxe qui grandissait. On s’y adonnait

au style Louis XV, et l’on en possédait les peintres, pour la figure dans Chaplin et Besson, pour le paysage dans Plassan, pour la nature morte dans Philippe Rousseau, pour les fleurs dans Alexandre Couderc, Chabal-Dussurgey, Eugene Petit, lequel fut auteur de celles-ci, avec un succés que Peyrotte, qui peignit celles de la chambre du Conseil, n’autait peut-étre pas désavoué. L’impératrice, qui pratiquait elle-méme ce genre de peinture, avait pris l’artiste pour maitre.

De tous les aménagements qui se firent dans le chateau, celui du théatre qu’on installa au bout de la galerie d’Ulysse fut sans doute le plus essentiel 4 la vie qu’on y menait alors. Il remplaga celui de la Belle Cheminée. On le fit 4 la mesure du temps, de couleurs gaies et engageantes, avec un plafond de Voillemot et les si¢ges en capitonné bleu et bouton d’or.

La plus solennelle des cérémonies qui aient eu lieu sous ce régne au chateau fut, en 1867, celle des ambassadeuts slamois recus, 4 l’occasion des traités qui nous donnaient la Cochinchine, par l’empereur et l’impératrice, dans le plus imposant des appareils.

Un témoin formé au sérieux de l’ancienne société frangaise, qui aurait décrit cette audience, l’etit fait avec égard pour les disparates mémes offertes par ces envoyés, en respect pour les marques d’honneur qu’ils nous rendaient. Cédant a la manie de persiflage du temps, un esprit aussi distingué que celui de Mérimée (qui s’y trouvait) n’y a su voir que « vingt personnages habillés de brocart d’or et ayant des bas blancs et des souliers vernis, le sabre au cdté, tous a plat ventre et rampant sur les genoux et les coudes le long de la galerie». Sur celui qui venait premier, « un chapeau qui dansait sur sa téte 4 chaque mouvement », et dans tout le cortége la ressemblance d’« une troupe de hannetons sur un tapis ». Avec plus d’honneur et de convenance un tableau de Gérdme la représente. La salle de Bal,

dont l'autre empereur n’avait jamais risqué pareil office (chose a retenir), y servit.

La derniére fois que Fontainebleau vit ’empereur fut le ro juin 1868. L’impératrice et le jeune prince, son fils, y étaient avec toute la cour, Mathilde et son frére Napoléon menant la princesse Clotilde de Savoie, épousée huit ans aupatavant en conclusion de la paix de Villafranca, et présentée a son artivée, dans ce méme chateau. La féte fut belle et la chasse magnifique; il y eut dans la cour du Cheval blanc une retraite aux flambeaux des dragons de l’impératrice.

Deux ans aprés c’était la guerre, et dés les premiers mois de celle-ci la déchéance de Napoléon III. Dans cette journée d’été, au sein de cette réjouissance, prit fin, avec les embellissements des lieux, le train des fétes royales, des hétes célébres et des grands événements qui, au cours de trois siécles, avaient illustré le chateau.

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