DE DESCARTES ET DU DISCOURS DE LA
MÉTHODB.
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Du Diseouf9 de h Méthode^ pris en soi.
Je ne connais pas d'ouvrage plus adroit que le Discours de la méthode.
Descartes ne se pose point en inaîlre :
« Mon dessein n'est pas d'enseigner ici » la niélhode que chacun doit suivre pour » bien conduire sa raison , mais seulenient »de faire voir en quelle ^ortQJ'ai tâche de «conduire la mienne'. »
Il no professe pas» il raconte ; .
« Je serai bien aise de faire voir en ce
* Discours de la Méthode (Œuvres de Descartes^ édition de M. Cousin), \f, 124.
» Discours quels sont les chemins que j*ai » suivis, et d'y représenter ma vie comme » en un tableau, atin que chacun en puisse » juger, et qu'apprenant du bruit commun » les opinions qu'on en aura, ce soit un » nouveau moyen de m'inslruire que j'ajout terai à ceux dont j'ai coutume de me » servir'. »
Il ne présenle son livre que « comme une » histoire, ou, si vous l'aimez mieux, que » comme une fable, en laquelle, parmi quel- » ques exemples qu'on peut imiter, on en » trouvera peut-être aussi plusieurs autres » qu'on aura raison de ne pas suivre '. »
Le Discours de la Méthode est Descarics tout entier. J*v trouve sa Méthode, sa Moraie, sa Métaphysique ^ sa Physique, le germe de son traité des Passions^ de ses Méditations, de son Homme, de son Monde,
* Discours de la Méthode, p. \ÎL
« ïbid.
3 Les Paf^sions de Vâme.
elc. J*y remarque surtout ce passage trop peu remarqué 9 et sur lequel je reviendrai bientôt :
< J'en suis nciaintenant là que je vois, » ce me semble, assez bien de quel biais on » se doit prendre à Taire la plupart des
» expériences qui peuvent servir ; en
» sorte que, selon que j'aurai désormais » la commodité d'en, faire plus ou moins, » j'avancerai aussi plus ou moins en la » connaissance de la nature '. »
Règles de la méthode de Doscartes.
Qui ne connaît ces Règles?
La première est « de ne recevoir aucune » chose pour vraie, qu'on ne la connaisse » évidemment être lelle; »
La seconde, « de diviser chacune des
Discours de la Méthode, p. 496.
» diffîcullé.s que l'on examine en autant de » parcelles qu'il se peut; »
La iroisîème, « de conduire par ordre » ses pensées, en commençant par les » objets les plus simples et les plus aisés • à connaître, pour monter peu à peu, » comme par degrés, jusqu'à la connais- » sance des plus composés ; »
Et la quatrième, c de faire partout des » dénombrements si entiers et des revues » si générales, qu'on soit assuré de ne rien » omettre'. »
Toutes ces Règles sont excellentes.
Première cause des erreurs de Descartes en physique.
Encore une fois, toutes les Règles de Doscartes sont excellentes : la Méthode de Descartes est excellente.
Discours de la Méthode, p. 441.
DE LA MÉTHODE DE DBSCART|i;S. 7
Mais, en physique, Descarles oublie bientôt sa Méthode,
Il dit qu'il ne faut recevoir pour vrai que ce que l'on connail évidemment être tels maxime admirable.; et aussitôt il imagiue une foule d'hypothèses qu'il pouvait tout au plus regarder comme vraisemblables.
« Pour les hypothèses, dit Newton , il ne » faut y avoir aueun égard dans la philoso- » phie expérimentale \ •
ff La grande et principale affaire, dit-il » encore, qu'on doit se proposer en phjsi* » que, c'est de raisonner sur les phéno- » mènes sans le secours d'hypothèses ima« » ginaires'. »
Voilà ce que nous dît Newton; Descartes fait précisément tout le contraire; il emploie partout Thypothése.
« Je désire, dit-il lui-môme, que ce que » j'écrirai, soit seujement pris pour une
* Traité d'Optique (traduction de Coste), t. II, p. 580. » Ibid., p. 5^3.
» hypothèse, laquellç est peut-être fort » éloignée de la vérité*. »
« Mon dessein, dit-il encore , n'est pas » d'expliquer les choses qui sont en effet » dans le vrai monde, mais seulement d'en » feindre un à plaisir... *. »
Il appelle, avec beaucoup d'esprit, son traité du Monde ; la Fable de son Monde.
< La fable de mon monde me platt trop » pour manquer à la parachever \ »
Descaries, écrivant à une époque où l'on n'avait pas encore les faits ^ prélude par la combinaison des hypothèses à la combinaison des faits. Un siccle plus tard, il aurait combiné des fails et n'aurait plus combiné des hypothèses.
* Les principes de la Philosophie, p, ?08.
« Le Monde , p. 251 .
3 Lettres, t. Vï,p. 287.
§iv.
Seconde cause des erreurs de Descartes en physique.
En physique, nous ne connaissons les causes que par les effets.
« Toute la difliculté de la philosophie, » dit Newton , parait consister à trouver » les forces qu'emploie la nature, par les » phénomènes que nous connaissons... S »
Descartes suit la marche inverse,
« Je démontre, dit-il, les effets par les * causes "• »
« J'ai tâché de trouver, en général , les » principes où premières causes de tout » ce qui est... Àprèscela,j'ai examiné quels » étaient les premiers et plus ordinaires ef- » fels qu'on pouvait déduire de cescauses^»
^ Principes mathématiques de la Philosophie naturelle (traduction française), p. xvi.
Discours de la Méthode, p. 173.
» Ibid., p. 194.
10 DE iA MÉTHODE DE DESCARTES.
« Il faut commencer par la recherche » des premières causes, c'est-à-dire des » principes*. *
« J'ai dessein d'expliquer les effets par » leurs causes, et non les causes par leurs » effets *. «
Descartes part donc toujours de la cause qu'il ne connail pas {cd^r qui connaît immediatemenlh cause en physique?), et que, par conséquent, il suppose.
Descaries part donc toujours de la cause supposée^ c'est à dire de Vhypothèse.
Métaphysique de Descartes.
La physique de Descartes est presque partout hypothétique , comme on vient de le voir, cVst-à-dire fausse ; mais sa métaphysique est presque partout vraie.
* Les principes de la Philosophie y p. 40.
s Ibid.y p. 183.
Gomment cela se fait-il? C'est que Descartes va toujours de la cause à l'effet.
Descartes va de la cause à Tcflet en physique, et il a tort, car la cause n'est pas d'abord connue en physique; maïs, en métaphysique, ce qui est le plus connu, le mieux connu, ce qui esj connu d'abord, c'est la cause.
En métaphysique, te ocriwe, c'est-à-dîre Yâme, nous est immédiatement connue par le sens inlime.
Le sens intime est l'âme qui parle.
« Je vois clairement, dit Descaries, qu'il » n'y a rien qui me soit plus facile à oon- » naître que mon esprit '. »
Ce qui fait que Descartes est sans égal en métaphysique, c'est qu'il va droit à l'âme, et qu'il en tire tout : le fondement de la certitude : t Je pense, donc je suis "; » l'idée de Dieu : « Nous pouvons, sans sortir
' Méditations j p. 262.
* Discours de la Méthode^ p. 158.
12 DE laA MÉTHODE DE DESCAKTES.
> de Doos-mêmes, connallre Dieu plus fa- » cilement elplnscertainementque nous ne » connaissons les choses du monde * ; » l'immorlalilé de Tâme : c Ce moi , c'est-à-dire » l'âme, par laquelle je suis ce que je suis, test eniiérement dislincle du corps, el » même elle est ]^lus aisée à connaître que » lui, el encore qu'il ne fût point, elle ne » laisserait pas d'être tout ce qu'elle est*. »