XII FRONTISPICE
vint me dire, enthousiaste : « — Connaissez-vous madame N...? — Quelle question! voilà plus de deux ans que vous me rencontrez chez elle toutes les semaines ! C'est la plus belle personne du monde et la plus séduisante ; mais mon admiration ne vous a jamais paru très justifiée. — J'avoue qu'elle me semblait exagérée... Eh bien, j'avais tort. — ^Vh? — Imaginez que je ne l'avais jamais vue que de face... Hier, par hasard, chez elle, je fus placé de telle sorte que, pendant une heure, je ne pus la voir que de prolil... Ce fut une révélation... Me voilà amoureux fou. Je le lui ai dit... et je l'épouse. »
Le cas m'avait toujours sembla bizarre; je le comprends tout à fait aujourd'hui. J'ai, de tout temps, admiré ma Provence avec passion ; je ne pensais pas qu'il me serait possible de la voir un jour sous un aspect brusquement nouveau, et révélateur do je ne sailtequel charme qui porte au comble un enthousiasme déjà extrême. Voici comment cela m'advint.
Solliès-Pont, dans le Var, à vingt kilomètres de Toulon, est une aimable cité traversée par le Gapeau. L'abondance des irrigations fait, de la campagne environnante, un verger merveilleux, qu'il faut voir au printemps, quand les arbres fruitiers, innombrables, étalent sur la plaine leur floraison, comme un voile féerique d'une candeur émouvante.