‹ Forbin de Solliés; ou, Le testament du roi René; pièce en deux actes, un épilogue, et en versChapitre 52 sur 52 · DE L'ŒUVRE COMMÉMORATIVE · texte numérisé non relu

DE L'ŒUVRE COMMÉMORATIVE

Nos remercîments pour tous ceux qui nous ont aidé à réaliser notre fête commémorative ne sont pas seulement les témoignages de notre reconnaissance ; ils témoignent avant tout de l'unanimité des cœurs empressés à nous suivre. Tous ceux qui détenaient un moyen quelconque d'assurer succès à la journée du 7 août prochain s'y sont employés généreusement.

L'auteur de Forbin de Solliès, promoteur de la fête commémorative, doit donc des remercîments publics aux personnes les plus diverses qui, ayant compris dès la première heure la haute signification du projet, l'ont aidé, chacune selon ses forces

et ses moyens, mais de toute volonté et de tout cœur.

Je dois nommer d'abord le doyen de la Comédie-Française, M. Silvain. La plus légère hésitation de sa part, quand je lui communiquai le manuscrit de Forbin de Sollïès, m'eût arrêté net dans mon élan. Au lieu d'hésiter, il répondit : « Il nous faut une réprésentation digne de la grande idée, digne du public provençal et français. Je m'y emploierai, pour ma part, de toutes mes forces. » Je n'avais plus qu'à réunir un comité. Il fut ainsi composé :

MM. Jean Aicard, maire de Solliès- Ville ; Emile Ramel, adjoint au maire de Solliès- Ville ; Aillaud, tnaire de Solliès-Pont ; Guiol, maire de SollièS- Farlède ; Moutton, maire de SoUiès-Toucas ; Arnaud, maire de Belgentier; Mouttet, maire de Signes; Grue, conseiller général du canton de Solliès-Pont; L. Ramel, conseiller d'arrondissement; Gozzi, sous-préfet de Toulon ; le général Castaing, président de l'Académie du Var; Maliquet, président du Syndicat d'Initiative de Toulon ; Descroix, président du Syndicat d'Initiative d'Hyères ; Roustan, architecte ; Henseling, bibliothécaire de la ville de Toulon; Sarazin, délégué de la Ligue Varoise ; Paul Maurel.

Le comité, dans sa première séance, offrit la présidence d'honneur des fêtes commémoratives à M. Paul Deschanei, Président de la République, qui voulut bien l'accepter.

M. Landry, ministre de la Marine, en nous annonçant qu'il assisterait à la fête de SoUiès- Ville, le 7 août, nous faisait en même temps savoir que la Marine nous prêterait un large concours.

Et, en effet, en nous consentant le prêt d'un matériel considérable, elle nous a permis la construction de cinq tribunes, une décoration générale vraiment grandiose au moyen de pavois ; et l'installation d'un vélum au-dessus de la vaste terrasse Montjoie, ainsi mise à l'abri du soleil.

Nous remercions donc et M. Landry, ministre de la Marine, et M. l'amiral préfet maritime Sagot- Duvauroux, gouverneur de Toulon ; leurs sympathies actives se sont alliées pour notre réussite.

Nous remercions M. Hertzog, directeur des Travaux hydrauliques, et M. Martin, directeur de la Pyrotechnie.

Nous remercions M. Honnorat, ministre de l'Instruction publique, qui, dans un délai très utilement bref, nous a accordé le classement des

ruines de la Montjoie comme monument historique.

Nous remercions M. Deschamps, sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes, qui nous a accordé l'installation d'un bureau de postes provisoire à Solliès-Ville et les moyens de communiquer facilement avec les bureaux permanents. *

Nous devons nos remercîments au Conseil général du Var qui a voté des fonds pour la rectification des voies d'accès à Solliès-Ville; et, en particulier, nous remercions le président du Conseil général M. Claude Brun, et les conseillers généraux M. ChomeLon, maire de Bormes, et M. Charlois, maire de La Garde.

La haute approbation de M. Barnier, préfet du Var, a encouragé bien des bonnes volontés; M. Gozzi, sous-préfet de Toulon, fut, dès la première heure, un des vrais amis de l'œuvre, parmi les plus actifs.

M. Frédéric Dollieule, ancien magistrat, archéologue très distingué, voulut bien écrire, à ma demande, une brève mais lumineuse notice sur les ruines de la Montjoie, concluant au classement de ces ruines comme « monument historique » . Ce classement obtenu met sous la protection di-

recte de l'État le monument de Palamède de Forbin, adossé aux ruines mêmes.

M. Dollieule, le jour où se produisit contre Palamède de Forbin une attaque fondée sur l'opinion d'écrivains un peu démunis de preuves historiques, répliqua par une note sans passion, comme cela convient aux magistrats aussi bien qu'aux historiens ; et, après avoir établi les beaux titres des Forbin à la vraie noblesse et les avoir montrés, avec preuves, généreux toujours et patriotes, il citait Mistral lui-même qui, dans son Galendal, affirme :

Li Fourbin que, toujour novo, Mantenon sa noublesso.

On se demandait, au moment où se produisit une inattendue polémique, s'il ne serait pas question d'abattre à Aix la statue du roi René, bonhomme assez sot pour prendre comme conseiller un Palamède ; — et si on ne renverserait pas du même coup l'effigie de ce Palamède placée comme un hommage au bon roi René sur le monument de ce roi. Ces noires prévisions ne devaient pas se réaliser.

Nous remercions tous les artistes qui ont donné

de leur temps, de leurs idées et de leur talent à l'œuvre commune. M. Silvain, une fois encore, et M"* Silvain. Les deux grands artistes nous ont annoncé que, dans le cas où les frais énormes de la représentation ne seraient pas couverts, ils ne demanderaient d'autre récompense que d'avoir servi un beau projet.

M. Boët, architecte, répondant à l'appel de son ami, M. Silvain, nous a donné dans les mêmes conditions son expérience accomplie de la décoration théâtrale et de tout ce qui concerne « la scène ».

M. Paulin Bertrand, qui est une des illustrations de notre Provence, à modelé l'effigie de Palamède de Forbin et celle d'Antonius Arena; et généreusement, nous a offert ces deux œuvres qu'à son tour l'auteur de Forbin de Solliès a pu offrir à sa petite commune.

M. Paulin Bertrand, enthousiasmé devant la beauté du haut lieu sur lequel se dresse Solliès- Ville, s'est, en outre, mis au travail ; et il exécute toute une série de vues locales, rues, maisons, ruines, sous leurs aspects les plus intéressants. Cette série de tableaux est offerte par lui au petit Musée que sera un jour l'Oustâou de Maurin des Maures, à Solliès- Ville.

Je remercie Léon de Saint- Valéry, écrivain de haut mérite, dont la critique infaillible, toujours attentive, et toujours présente depuis des années, — et qu'elle s'exerce sur les faits ou sur les idées, — rappelle à l'auteur de Forbin de Solliès cette parole du roi René à son conseiller : « Vous êtes, par excellence, l'ami dont le blâme généreux est un secours de toutes les heures. »

Je dois des remercîments non moins cordiaux à M. J. Roustan, architecte, qui a, généreusement, lui aussi, mis son talent et son expérience au service de notre œuvre. Si le monument, dédié par notre commune aux soldats morts, est une œuvre délicate, accomplie, nous le devons à ses plans, pour lesquels il n'a d'autre récompense que notre reconnaissance émue. Il nous aide, non moins généreusement, à préparer un plan général d'embellissement pour la commune.

L'expérience de M. le général Castaing nous a donné de précieuses et précises indications sur les points essentiels de l'organisation entreprise.

Il m'est impossible de ne pas ajouter que le général (qui a droit à une belle page dans l'histoire de la grande guerre) a vu mutiler la cathédrale de Reims. Il a gardé du bombardement

odieux un souvenir toujours vivant et dont il parle avec une éloquence visionnaire. C'est cette vision qui l'a entraîné, le jour où il a donné son cœur à notre œuvre. C'est que, dans les souvenirs du roi René tel que le représentera Silvain, il a retrouvé la Jeanne d'Arc qui, sous ses yeux, resta debout et intacte devant l'écroulement de sa cathédrale; oui, ce que le général a vu surtout, dans les fêtes du 7 août à Solliès-Ville, c'est une occasion pour la Provence d'exalter l'héroïne sacrée, la Française incomparable.

Merci à notre ami Paul Maurel, que le comité sut choisir pour secrétaire, et dont l'activité et le dévouement sont infatigables.

11 nous reste à formuler encore bien des remercîments. A nos sénateurs du Var : MM. Fourment, Louis Martin, René Renoult. — A nos députés du Var : MM. Abel, gouverneur de l'Algérie, Aiguier, Denise, Gavoty, Reymonenq;

Aux amis de notre pensée, dont les lettres nous furent un encouragement intime mais puissant : à M. Raymond Poincaré, de l'Académie française, à qui furent communiquées, par l'auteur, les « bonnes feuilles » de Forbin de Solliès; à M. le maréchal Joffre, de l'Académie française ; à MM. Jean Galvet ; Léon et Jules Stalla Bour-

dillon; de Biermont; Pierre Plessis; Paul Gaultier; à M"» V. Bouyer-Karr; à M. Goblet, directeur de la Banque de France, à Toulon.

MM. Flammarion, éditeurs, à travers les difficultés de l'heure, ont dû faire les plus grands efforts pour arriver à donner une édition illustrée de Forbin de Solliès.

Que soit remerciée la presse du Var, celle des Bouches-du-Rhône, celle des Alpes-Maritimes ; et la presse parisienne.

Je n'oublie pas les marins et charpentiers; ils ont transformé la Montjoie en une salle de fête nationale, sous la direction de l'officier des travaux hydrauliques, M. Gueit, qui mit, à composer ses plans et à en diriger l'exécution, un double enthousiasme, de Provençal et de Français.

Je dois un remercîment de particulière sympathie à M. le lieutenant de vaisseau Barberot, aidede-camp de M. l'amiral Sagot-Duvauroux, préfet maritime, gouverneur de Toulon ;

A MM. Maury, Grandperrin, Sellier, qui dirigent le Foyer du Marin, à Toulon ; à nos chers Boys-Scouts de Baden-Powel ; aux Grillons de l'Aire qui, le 7 août, joueront le Gringoire de Th. de Banville sur la Place-Neuve, à Solliès ; à

M''" Gérard, qui figure si excellemment certains aspects de la Provence populaire.

Et si nos remercîments insistent, c'est que l'ensemble de toutes ces adhésions donne à la manifestation du 7 août sa pleine signification nationale, — et nous désirons qu'il en reste trace documentaire ici même, et dans les archives de Solliès-Ville.

Je remercie nos tambourinaires, et M. Pasqualini, conservateur des vieilles danses provençales, des chivâous frus, etc.

Je remercie les jeunes filles de Solliès-Ville qui ont cousu le vélum de leurs doigts agiles et patients, et toute la jeunesse des quatre Solliès et de Belgentier, jeunes hommes ^et jeunes filles, qui ont voulu représenter, dans Forbin de. Solliès, le peuple de 1481 acclamant la France en 1920.

J'ai à remplir un dernier devoir, qui n'est pas le moins doux : celui de féliciter, de tout mon cœur, la population laborieuse de Solliès-Ville, la petite cité qui compte à peine deux cents habitants.

Quand je commençai les modestes constructions destinées à recevoir l'effigie de Palamède de Forbin et celle d'Antonius Arena, tous s'émurent.

Le maçon Castel et le tailleur de pierre Depeille se mirent au travail avec un soin méticuleux ; ils étaient attentifs à ne prendre pour ces constructions que des pierres choisies dans nos ruines, colorées par le temps,, authentiques témoins des âges que nous voulions évoquer. Sur la place de l'Eglise vieille de huit siècles, ils rappelaient, — ces bons artisans, — leurs pères des temps de foi où se construisaient avec amour les cathédrales.

Plus tard, ils mirent la même foi patriotique à élever, en l'honneur de nos soldats morts, un très simple monument de marbre mais délicat, blanc comme une fleur liliale poussée au pied des sombres assises du campanile; et les gens du pays les entouraient, en silence, respectueux de leurs mouvements utilement rythmés, de leurs beaux gestes logiques d'arrangeurs et de tailleurs de pierre.

A vous merci, mes amis.

Et merci encore aux cantonniers qui, tout en nivelant la terrasse de la Montjoie, savaient, de temps à autre, caractériser d'un mot la beauté de notre désir, et nous faire entendre qu'ils en étaient conscients et qu'ils participaient à nos espérances. Quand la roche résistait par trop à leur

pic patient : « Laissez-la! » disions-nous. Ils s'y refusaient avec une obstination vraiment extraordinaire : (( Nous voulons agrandir la place I Cette roche disparue, il y aura ici dix spectateurs de plus ! »

Merci à l'un d'eux, leur chef, hier soldat, fier de se servir d'un niveau « pris à un soldat allemand! » Ce vaillant Arnaud, lui aussi, s'est acharné au travail, plusieurs dimanches, sans vouloir d'autre salaire que la joie « de travailler pour le pays » — comme cette humble femme qui, ayant mis journellement en ordre la petite maison de Maurin des Maures, a déclaré avec entêtement que ({ ne pouvant manier des pierres, comme un homme, elle offrait son salaire pour le monument des morts ! »

Figures touchantes, n'est-ce pas ? et à tous les regards ! Et combien touchants, ces hommes de Solliès-Ville, vieux et jeunes, dont le pénible labeur est la seule fortune ; et qui, chaque dimanche, sont venus, sous le soleil de juin, remuer la terre, élever des murailles, construire une scène, rectifier des sentiers, attaquer des rocs, tout en respectant les moindres débris intéressants des ruines vénérées. Il y avait parmi eux des hommes très vieux — plus de quatre-vingts

ans — qui soulevaient le pic ou portaient des moellons, tout souriants de pouvoir travailler encore, avec des forces diminuées mais comme rajeunies... Minutes sacrées, celles que j'ai vécues parmi ces dévoués. Donnez-moi leurs noms, mon cher Louis Ramel, vous qui, hier' notre maire de Solliès, les connaissez bien. Donnez leurs noms, que je les inscrive dans ma mémoire :

Arnaud Marins ; Bérard Jules ; Garbonnel Lucien ; Gastel Lucien ; Clément Baptistin ; Clément Henri ; Clément Marius ; Fillipini Léon ; Fillon Charles ; Fillon Emile-Louis ; Fillon Félicien ; Fournier Casimir ; Gardane Victor ; Gauthier Marins ; Gensolen Siméon ; Gras [lenri ; Laugier Henri ; Lorent Joseph ; Lombard© Jean ; Maxio Alexandre ; Portepan Joseph ; Ramel Emile ; Ramel Louis ; Ramel Siméon ; Ricard Clément ; Roux Louis ; Vache Félix ; Ventre Clément.

Et le 7 août prochain les fils et les filles de ces travailleurs, et, avec eux, les enfants des trois autres Solliès, figureront autour des grands artistes de la Comédie-Française, dans Forbin de Solliès; et quand ce jeune peuple provençal applaudira la France, qui leur rendra hommage, les pères essuieront une larme heureuse....

Et ce sera vraiment le don, symboliquement renouvelé, de la Provence à notre France de Jeanne d'Arc, la paysanne plus grande que les puissants de la terre.

Solliès-Ville, le 1" Juillet 1920.

JEAN AlCARD,

de l'Académie française,

Président de /'Union française,

Maire de Solliès-Ville.

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Pv^ .i.icard, Jean François Victor

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