‹ Force ennemieChapitre 4 sur 13 · BIBLIOTHECA )J · texte numérisé non relu

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viendrait lundi et vous ne l'avez pas nommé, craignant :sans doute une explosion de colère. Je vais vous le nommer, moi : c'est Rofîieux, — celui qui m'a amené ici. Je vous jure que je n'ai aucun mauvais dessein contre lui. Je n'aurai pas l'hypocrisie de vous dire que je le porte dans mon cœur, mais si je sors de Vassetot, rien de fâcheux, j'en réponds, ne lui arrivera par ma faute. Je ferai ce qu'un brave homme doit faire dans ces cas-là. Je m'éloignerai le plus possible de lui, très dégoûté de sa personne et peu désireux de retomber sous sa coupe, mais l'idée de lui jouer quelque vilain tour ne me viendra même pas !

Mes paroles ont produit une certaine impression sur le docteur Froin. Cependant il lui reste peut-être un doute : les fous sont si dissimulés ! Mais l'impression s'accentue à mesure qu'il pèse les termes de mon plaidoyer. Je le vois qui hoche presque imperceptiblement la tête. Il lui vient xm bon sourire qu'il réprime très mal. Il se lève, — assez difficilement, — me donne une poignée de main et conclut :

— Allons, allons ! Tout me paraît décidément en excellente voie ; cela n'aura été rien. Vous aurez fait "une petite villégiature et ce sera tout. Mangez bien, promenez-vous sans trop vous fatiguer dans les jardins, — avec ou sans Léonard, — je le préviendrai, — lisez des choses gaies, de l'Alphonse Allais, du Schoomard, du Courteline, du Franc Nohain, des traduction de Mark Twain, — je vous en enverrai dès ce soir, — couchez-vous de bonne heure, ne vous levez pas trop tôt — et la villégiature ne se prolongera guère.

Et c'est ce moment que choisit je ne sais quel obscur -ennemi ^ap^ en moi — depuis quand? — pour me tordre

et me secouer les nerfs, pour m'obliger à manifester une fureur que je ne ressens pas, que je ne veux pas ressentir, pour me faire clamer, danser, puis me con\ailser comme les deux agifés du pavillon de briques brunes !

J'avais parlé avec une pleine sincérité, dit tout ce que je pensais sans restriction ni addition, — et maintenant ce n'est p/us vrai ! Je hais Bid'homme et Roffieux ! J'ai hâte de les saigner^ de les crever — et je le crie en propres termes ! Et je ne veux pas les haïr et je ne veux pas crier — et je clangore plus terriblement que jamais !...

...Je suis bien sûr que me hante un être affreusement hostile, un être cruel qui s'est installé en moi, un être effrayant qui me torture pour me forcer à beugler, à me contorsionner comme un possédé...

Je profite d'un moment de demi-calme pour pousser un cri d'imploration navrant dans son imbécile absurdité :

— Docteur ! docteur ! A moi ! Sauvez-moi, je suis hahîté comme un fruit véreux !

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