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plus. Je suis han(é par une vision bizarre qu'une expression du père Mabire a fait surgir en moi :
LA FORGB ËNNBMnO I
L'apparition est indistincte bien qu'effrayÀdte. Je n'entrevois guère qu'un' rictus féroce et d'immenses griffes blêmes... pourtant je demeure terrifié par l'idée atroce qui a visité le cerveau du vieux tabellion changé en ours x la Forcb ënne-
IIIB !
N'y aurait-il pas, en effets une puissance occulte, maléfique, bostile à lespèce humaine, guettant infatigablement une occasion de tourmenter nos intellects bornés, perdus dans un monde mystérietlx dont ils ne connaissent que quelques apparences?
Et me voici épris de celte absurdité, « parce que j'en ai peur » I • •••••••••«• • • • ■•
Oui LA FoRGB Ennemis existe I Elle s'empare souvent de moi, me pénètre, m'envahit, puisque je vois tout à coup des choses troubles, effroyables, dont les éléments n^ étaient pas en moi et qu'aucun mot du langage humain ne peut traduire... Ohl rUnivers vrai n'est-il que terreur et horreur !.•.
Allons ! ce n'était qu'une hallucination I Léonard me parle et j'entends, — je comprends ce qu'il me dit. Mais peut-élre l'horrible traîtresse ne m'a-t-elle quitté qu'un instant, — pour revenir bientôt ?!
— Non I mais regardez-moi cette cour, bougonne
mon gardien. Avez-vous vu quel(j[ue chose de plus sale et de plus piant ?... Ah ça ! serîez'^vous... c malade » de nouveau ?
— Non, non ! ce n'est rien, Léonard, c'est déjà passé.
— A la bonne heure I Vous aviez Tair tout drôle... Mais regardëz^^moi ce futnier !
L'ex-ûancé de la jeune personne de Clichy-Levallois exagère un peu. Cette très petite cour est tout *simpletneût jonchée de feuilles qu'une demidouzaine de <« malades » très agiles, grimpés dans les arbres déjà passablement dépouillés par leurs soins, arrachent et font pleuvoir avec assiduité.
Quelques^ gardiens les admonestent pour la forme. Ils semblent plutôt amusés et, entre deux sommations, se communiquent leurs remarques, un rien sportives, au sujet de la performance :
— Tiens, « guette » donc, François ! V'ià Anquetil qui gagne encore d'une branche, 'Y en a pas un autre qur sera aussi l^t^ger, il est en formèy le sale bougre!
— J'dis pas, mais Dumoreau s'tient pus solide. Il est de fond,
— Et Pageot, donc ! Et il est sargé, handicarpê» comme on dit ; il en a un, de pétard !
— 'lions bon ! VMà Paillard qui va se casser la goule, 'Y en a assez cette fois ! En bas Tmonde ! J'vas appeler un de ces « Messieurs-Médecins » ou le c Gordien-c^é/re > !
— Descendez, tas d'enfants de guenons ! Tu sais,
:''a'il?Sf}.\
m'fais pas monter, Chanteburne, ou ça s'rait un malheur pour té I
— C't'égal, r'mucTie-moi Beuzeboc ! C'est un rigolo, çui-là ; c'est-y pas qu'y tient la corde, à présent... Battu, Ânquetil ! C'est comme le coup du baicerise, l'aut* jour, à Dieppe, sur la prodrome (i) !
— V'iez-vous-t-y vous cf^glisser de là-haut, nom d'un fou...dre!
— V'ià rdocteur Bid'homme !
Ah ! du coup, tous les grimpeurs dégringolent à qui mieux mieux de leurs branches. ^C'est le gardien François qui a eu la géniale ou la malencontreuse idée de parler du croquemitaine local.
Comme le féroce petit personnage n'est en vue d'aucun côté, les malades se regardent et « pourrait y avoir du vilain ! » ainsi que le dit Léonard qui s'apprête déjà à saêrraï.
Beuzeboc s'approche de François en roulant de gros et stupides yeux de grenouille, lance une lourde ruade qui n'atteint personne, s'administre une forte claque sur une cuisse, retourne sa main qu'il pose brusquement sur son bas-ventre, le petit doigt en l'air, puis relève redressée, le poing fermé, le pouce visant le Zénith et décrivant un rapide mouvement circulaire d'une élégance achevée. Alors il prononce, d'un air dignement abruti :
— Tiens ! v'ià pour té. T'es qu'un menteuo;... et j'vas cogner !
(1) L'hippodrome.
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Hais, à point nommé, a jaillit » d'une porte ou du sol, — je n'ai jamais su comment ! — jaillit, comme d'une botte à surprise, le Bid'homme, cette fois désiré, tout petit, tout grotesque, mais effrayant comme un énorme insecte :
— Qu'est-ce que c'est, sacrebleu ! Je vais vous faire danser, moi !
Les cueiileurs de feuilles prennent leurs jambes à leur cou ; on n'en voit plus. Mais, à notre grande surprise, Bid'homme se précipite sur les gardien» et les menace de sa cravacbe :
— Ah ! tas de c chiffouillards », de « bragouillons >, de tt patouillauds » I (Toujours ses épitbètes mystérieuses !) Je crois, ma parole ! que vous vous permettez de faire... suer mes meilleurs hommes, l'élite de mes mabouls^ des sujets de premier ordre^ incurables pour tout autre que moi ! Je vais vous assaisonner à la « sauce Robert », tas de a ribougnÂfres », de a balouchards », de a fignamboucs » I
J'ai dit que nous étions surpris. Il me parait, toutefois, que les gardiens s'émeuvent moins que moi de la conduite extraordinaire du gracieux nabot.
François se remet très vite et adresse à Bid'homme ces représentations, peut-être respectueuses :
— Mais, monsieur l'docteur, ces mauvaises pratiques sont là qui font d'ia salade avec les arbres ! Nous serons des « fîgnaboucles » si ça peut vous être agréable. Vous êtes not' chef et nous accepterons toujours avec « considération empressée »
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les radeons qui <c nous atteindront par votre bouche D • Mais vous aurez c celui » de reconnaître avec nous que c'est trop cochon de voir de sales pâtissiers comme ceuzeAk transformer la cour en siau aux ordures, a De vous à moi » voilà le « point de vue légal dé discipline en matière de propreté ». Et puis, 'y a la santé des arbres que nous en somimes chargés comme de la celle de ces macaques.
Bid'honune semble calmé :
— Bien parlé, Rhadamante I Je n'avais pas* vu le dégât commis. Vous ne leur ficherez que de Yabondance pendant deux jours. Pa» ça de vin pur ou de cidre, vous m'entendez ! Et vous leur botterez le derrière s'ils recommencent. Ah ! passer sa belle jeunesse dans la boite à Froin, avec ces « cafouillastres 9 ça me tape sur les nerfs !
Ça lui tape toujours sur les nerfs ! Il nous regarde encore un moment. Ses yeux pétillants de gaité méchante clignotent, clignotent vite^ Ytie, comme ceux des singes. 11 gonfle l'une de ses joues qu'il renfonce d'un léger coup de pommeau de sa cravache, gonfile l'autre joue, répète ce petit exercice trois ou quatre fois^ — puia fait entendre un sonore clappement de langue ; on dirait qu'il débou<the une bonbonne vide.
A ce moment il nous aperçoit, Léonard et moi. Sa rage mal éteinte reiambe de plus belle :
— Qu'est-ce vous foutes là, mille pétards de cinquante mille barriques de... guano! Cochon! barbouillé i Je vous ait dit de fatiguer, d'éreinter
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ce pouaoreHÏe Veuly et je le retrouve îcLà faire son lézardy à se rincer l'œil du spectacle comme au Grand Théâtre de Baume^les-^Dames ! Faitesflebmoi traitôpirer, ce salaudrflà, et que ça ne traîne pas !
Aurais-je contracté la maladie du <( propbèie» Jean Jonillon ? Léonard me retient le pied juste à temps. J'avais cassé une^ assiette, ce matin ; j'allais maintenant en bleuir une autre dont la mûsaen couleur pouvait me coûter plus cher que l'achat de tout un loi de a Vieux Rouen ». Mon gardien m'em* mène le plus vite possible, noyant ma colère tsous un flot de paroles. Il m'ahurit, me déroute,- me a «ange les idées ». Quand il me voit moins egzité il m'affirme que Bid'homme n'aiiîen vu, mais. que sans lui, Léonard^ je risquais une de. ces histoires il que rinquisition et le mal d'oreilles étaient pas grand' chose à côté ! » Puis il s^oue la tète et prend une expression d'invraisemblable perspicacité, d'expérience désabusée, de résignation philosophique :
— Ce Bid'homme .de malheur, grommeLle-t-il, je Taî toujours vu braque. Maisaprès ce qui vient de se passer, je mettrais bien « deux doigts su' 1' gril » que c' pauv' M. Magne avait raison, tout à rheure : Bid'homme a kekchose de pas. naturel. 'Est-ce qu'il se soûlerait, à présent, ce cochon d'Inde enragé? ou bien ?...
Pour chasser un instant le souvenir du distingué aliéniste, j'interroge mon gardien sur la cour que nous venons de visiter.
— Oh ! celle-là 1 me répond Léonard, c'est
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bien la dernière. Après cela» il n*y a plus que la cellule pour les a tout à fait butés » ou « merlanscoliques à ^^omanie de suio^ide », — les < alités » de rinfirmerie et le « quartier des agités d dans le c troisième bÀtiment ». Ceux de cette cour d*où nous sortons, ils ont des crises à tous les moments (il y en a de la maladie noire, par ici ! — et en grand !) Ils étaient à la rigolade tout à l'heure mais 'faudra pas les voir ce soir!... Les cellules, ça c'est pas c de spectacle » ! Vous comprenez ; les gardiens ont consigne de laisser approcher que les médecins : ça dérangerait leur a guette », est-ce pas donc ? — des gens qui viendraient flâner par là, histoire de curiosité. Faut pas de distraction ! -^ Chacun d^euze est assis dans un petit couloir juste assez large pour fourrer une chaise, — entre deux guichets grillés par où qu'ils surveillent deux cellules. C'est un sacré métier. Je l'ai fait six mois et j'en ai encore des grégissements dans Teslomac toute la journée, les fois que j'en ai rêvé la nuit : — Les agités, — on m'a commandé de vous y mener, mais j'aime mieux vous en montrer que deux qui sont putôt rigolos, pass^que les autres !... Ce serait pas charitable de ma part de vous les faire voir : y a de quoi « foUer » du coup — pour un homme egzité. J'aurai toujours obéi à l'ordre et je vous aurai pas causé de mal. Nous passerons par les c terrains » en v allant.
Dans un nouveau corridor nous rencontrons deux
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inoffensifs qui circulent partout, — > depuis la loge du concierge, près de la grille d'entrée, au bout des jardins, —jusqu'au « Salon-Parloir ».
— looffensifs, répète Léonard, oui, çui-Ià qui vient le premier, çui qui est « malade ». Y c folle » tout le temps mais y n'a jamais de sales crises ; l'autre qui est sain ne l'est pas, lui, inoffensif ! J'vas vous conter ça tout de suite après qu'y seront passés.
Mais le a malade » s'arrête. Il interpelle mon gardien ;
— Léonard, mon vieux, c'est dégoûtant ! L'administration de cette botte est au-dessous de tout : une incurie, un laisser-aller!... Je dirais même : une muflerie!... On sait que je suis craintif, nerveux, — et voilà une semaine qu'on laisse sans réparations le coupe-Hiourants électriques de ma chambre : \%i bien que moi qui ai peur d'un enfant de six mois, je couche toutes les nuits en compagnie du tonnerre qui fait chez moi une vie de patachon.
— C'est bien, Charlemaine, on fera venir le zelhcrier,
— Pas de blague, n'est-ce pas, Léonard ? Et puis je voulais vous dire : il y a un grand oiseau de nuit qui fait tous les soirs des ordures dans ma chemin née ; hier, je lui ai lÂché le tonnerre dessus, mais il s'en est fichu comme d'une a souricière à poux» ; il lui a flanqué un coup de bec et l'autre, pas plus brave qu'il ne faut, est revenu m'embéter. Il a dé-
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clinqcié une chaise et détraqué rmon baromètre* Vous m'enverrez donc,mveo leserruriery l'ébémste et Vingénieur-opiicien : j'ai dit. Je suis caporal, vous savez !... £t si vous ne marchez pas droit, je vous coHehuit jours avec un c motif arabe ». Le eolonel Froia doublera la peine, vous pouvez y eompter !
Ce Charieroaine a Pair très doux et très enfant. Sa grosse figure encore imberbe est ioute ronde. Ronds sont ses larges 3reux limpides^ et naïfs, ronde est sa bouche de poupard surmontée d'un petit nez charnu «Il ressemble à on bébé iuen portant. Même quand ses paroles meoaeent — bien innocemBaent -— sa physionomie demeurer aimable, candide, étonnée. Il serre >lst main de Léoaard et reprend son interminable promenade dans l'étabUssement du... « colonel Ff^»n>. De» ^'«stes poches ^e son veston il tire une raquette et une balle élastique et chemine piano, tout en jouant comme un: gamin. La petite sphère de caoutchouc frappe tantôt une muraille, tantôt l'autre et revient rebondir sur la batte brandie. Tout à coup il jette ses joujoux par la fenêtre : — Oh ! y retrouvera bien sa paume quand Kidée lui en viendra, m'affirme induigemment Léonard. 11 a de l'ordre à sa manière, y sait toujours où qu'il envoie son fourbi.
^ Cfaftrlematne fouille de nouveau dans ses vêtements d'où il extrait des toupies, une bille de billard et un pinceau à barbe qu'il lance dans le jardin tpar une autre croisée ^owerte^t retourne à ses pochesy
vrais magasins, qui recèlent encore une petite trompette et une gigantesque paire de lunettes-noires. Il chausse les besicles, embouche le buccin qui est — par bonheur -r- presque aphone et disparaît dans un autre couloir.
Le second ambulant, le sain, comme dit Léonard, avait attendu patiemment la fin du discours de Charlemaine. Il s'approche, maintenant, pour nous parler à son tour. C'est un adipeux garçon, jeune aussi — vingt-deux ou vingt-trois ans au plus — à physionomie fausse, basse et méchante. Il semble — (je vais patauger dans la contradiction) — il semble à la fois honteux et cynique. Ses yeux nous scrutent avec une impudence... inquiète. Il parle» sa voix est sourde, son accent pâteux :
— Léonard, vous savez que je hais la dénonciation. Mais je vois trop de cochonneries depuis ce matin ! — Je connais le voleur des litres de vin du réfectoire : c'est Topsent ! Il en cache deux dans sa veste chaque fois qu'il sort de table et va les boire aux cabinets. Je l'ai pincé aujourd'hui même ! -— Socaux (de la seconde cour) a cassé un géranium, pour le plaisir d'abtmer... Et puis après, on dira encore que ce sont les gardiens qui détruisent les plantes pour offrir des bouquets aux infirmières, sans bourse délier.
Il a une intention en faisant cette dernière remarque. Son regard devient dur et encore plus sournois, si c'est possible, à la seconde où ses vi-
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laîns yeux vrillent les prunelles paies de Léonard, qui paraît gêné :
— Goulin, auquel il est défendu de fumer parce que ça lui donne des crises, trouve toujours le moyen de se procurer des cigares qu'il allume au feu de la cuisine. — Jollot a encore été rencontré saoul (pas G?u fait des alcools de la maison, — bien sûr !) — mais saoul comme une dame patronnesse ^ dans le parloir, au moment où les demoiselles Mortebranche sont venues vers les dix heures pour voir leur frère. — Loi^ourd et Bucaille se sont battus derrière le gymnase ; c'est Anfry et Thieullent qui me l'ont con^^. Je suis tombé juste sur Cibourrier comme il faisait la causette avec la grosse infirmière... vous savez bien, Célestine Bouffard, et une causette, je ne vous dis que ça ! Ils étaient sous la tonnelle B, la « touffue », comme on l'appelle; et vous n'ignorez pas que Cibourrier n'a pas Tautorisation de sortir de sa cour. Ce que c'est mal tenu, ici ! (Il aura filé par la porte que le gardien Çrochon a oublié de refermer quand il est revenu de prendre un ou plusieurs verres chez Lenient^ sur la grand'route. Il se vante assez, Crochon, d'aller iicher chez le c débitant » chaque fois qu'il s'embête.) — Colboc, le boiteux, qui Fa, lui, la ce permission de jardin », a fait de sales indécences devant deux « malades-femmes » également \ permission- Baires... » Ah ! vous savez, Léonard, inscrivez à mesure I... N'en subtilisez pas un seul, — des ce délinquants », — parce que je me plaindrais ! Vous de-
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vez noter toutes les « infractions signalées ». Quand je a rapporte » par hasard sur ces vilains bougres, je ne veux pas qu'on en rate un ! Les sales gens !
— Par hasard 9 ricane mon gardien, dès que le jeune poussah aux vilains yeux s'est un peu éloigné, tout en grognant comme Mabire, en stoppant comme Harical, puis en caracolant comme Jean Jouillon,,. Par hasard! Il restera des heures sans parler et ne retrouvera sa langue que pour débagouler sur le compte des autres!... Savez- vous pourquoi ? Pass'que Bid'homme refile des bons de tabac, de vin de a Moëllaga » ou de « phormacie » sur le guichet de l'Économe aux jean-foutres qui mouchardent, 'faudra que j'y donne la liste, à Bid'homme! — Y a pas! — El je verrai demain Auzoux, — ce dégoûtant suiffeux qui vient de nous casser les.., oreilles, -~ se parfumer l'conduit de la fumée de bonnes pipes du « Caporal > de l'Administration, ou se caresser l'gavîot avec du vin « des Iles » (??) ou de 1' c Anti-Scorbutique » (!I)
— Il a une figure abominable...
— Et qui ne trompe pas son monde. 'Y en a pas de plus « débecquetant ».
Et mon gardien me ruconte très brièvement Thisloire d'Auzoux.
D'après Léonard, cet interné qui déteste ses compagnons de misère, ferait bien meilleure figure au bagne que dans un hospice d'aliénés. Il n'est pas plus a malade » qu'un « sous-sorcrétaire d'Etat » ou un « père capucin », que toute la « cléricaiUe
TO FORCE ENNS&Ha
des ari^os a, quoi ! C'est l'enfant éien éduoatienné de-psyrans très aisés. AléooQtent de Totr un sien cousin éponser uoe fille rioheiju'il guidait, il a mis le feu à la maison des noureaux mariés dans l'espoir de les faire rôtir. Il n'a heuresaemeat grillé que le mobilier. Alors la famille, bien pensante, n opporlunisse comme feu TroiEGentsotsaaletrois lui-même s a si adroitement 'manœuvré queletribunal a déclaré le gros inoendiaire irrespcHisable de ses actes et prescrit son internement dans une mai- Bon de santé, où le trop bon D' Froin s'est empressé de te classer dans les c inotTensifs a.
— Ça, c'est un comble ! s'exclame Léonard.
Toujours est-41 que cet Amoux ne « sait plus où
il en est. ■ Très « gentil n avec le D' Froin, dans l'espoir qne le brave homme finira par lui signer son H exeat > en certifiant qu'il s'est « guéri » dans l'Établissement, il imite tous les fons, les uns après les autres, devant les gardiens, aSn de passer aux yeux de ces derniers, non pour un criminel, mais « pour un pauv' petit Monsieur qu'a bien de la misère avec sa pauv' tête ! >
— Oui, y les imite tous, les uns après les autres, les a malades », répète Léonard, qui, après un moment de réflexion, laisse tomber dédaigDeBs&~ ment :
— 'y sait même pas trouver kékohoBe d'oregiu&l, ce c...llon-Ià ! il est plat comme un chapeau
— Kh bien ! Et l'autre, Léonard, le petit Charle-
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maille ? Vous m^aviez promis de me parler de lui...
— Ah I le malbeureux gaxs ! En voilà un qui appartenait à une triste famille ! Tous des gens bien « plaisants » mais retournés comme de vieilles culottes ! Voulez-vous croire que son père qui était épider à Cany et qui avait des sous que c'en était infect, est mort ici, *y aura bientôt cinq ans. Le samedi qu'il entrait, lui, le gosse (c'est à la suite du service militaire que ça Ta pris, on Ta trop embêté à la caserne), ce samedi-là, ça fait deux ans, sa soeur commençait à « foUer » ; et je Facconduisais à notre établissement par le rebours du courrier, comme on dit, le « lundi en quinze >, à l'beure du dîner (y avait du « gros-yeux ï à la vinaigrette et de rbaricot de mouton, je me rappelle bien, p'tètre) I II a un frère qui a été encaqué cbez nous voilà dix-buit mois : 1 est en cellule, Infortuné! Sa mère qui était cousine-germaine du père, paraît qu'on va la voir aussi un de ces jours : 'y a des ^^ainf^ de voisins I C'est p'tètre seulement moi qu'irai la boucler, la pauv'bougresse ; je suis plus « soignant », plus « arrangeant » qu'un autre, on m'envoie de préférence dans ces cas-là. Comme ça Charlemaine aura toute sa famille dans la maison I... Et toute amenée par moi !
— Est-ce qu'il voit sa sœur et son frère?
— Son frère ! Bien sûr que non ! Les « cellulards », leur faut pas de < bouzin > et comme vous avez pu vous en apercevoir, Charlemaine c'est un rigolo (!) — Sa sœur... des fois! C'est assez dolou-
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reux à regarder. Des jours y se reconnaissent, d'autres non ! Y s'appellent alors m'sieu Digard ou m'ame Retou, mamzelie Thiei ou père ÂUeaume ; ou bien y n'veulent pas se causer, Y sont pas « pays » qu'y vous gjsrpliquent. Ça fait a grémir » ! illle est gentille, la sœur ; on dirait une dame de Dieppe ou même de Rouen. Un peu trop maigre, mais bien élégante, toujours propre comme une boule de bleu. Et de l'mducation ! A' sait des pouasiesy des rébus, de la musique d'orgue ! de tout I Je TOUS la ferai voir ; on la laisse à peu près libre, elle aussi. Pas plus de méchanceté qu'un veau de six jours !
L'histoire des Charlemaine m'a plutôt fait a froid dans le dos ». Le sort de cette famille d'épiciers est tragique, shakespearien ! Je me sens déjà sûr, trop sûr de voir bientôt la mère du pauvre garçon à figure de gros bébé. Sa destinée la pousse vers l'établissement Froin. Hélas ! j'en jurerais !
Mais Léonard me « ^ange » encore une fois les « idées ».
Nous nous trouvons dans le grand jardin reconnu ce matin de ma fenêtre et mon gardien qui me voit préoccupé s'écrie tout à coup :
— Eh ! m'sieur Veuly, regardez donc en l'air ; vous la reconnaissez plus, vot' croisée !
Ah ! c'est celle-là ! Elle est encadrée d'une jolie liane de glycine que je n'avais pas vue de l'intérieur : glycine bleue, idées bleues I j
Et voici r c aut'bâtiment » miroitant de stuc
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albe, du reste, absolument pareil au nôtre.
— Quand qu*OD a parlé du loup ... susurre finement Léonard.
Au-dessus de l'appui d'une fenêtre» entre deux barreaux, voici une figure ravissante» gaie et rêveuse tout à la fois.
-» Ben, la v*là, la sœur de Charlemaine : marne LetelUer, bamumise mon gardien. Aile est « plaisante n si aile est un peu osseuse !
Osseuse ! Sauvage, va ! c Hame i Letellier est souple et délicate comme telle forme de rêve fixée par un peintre préraphaélite.
Elle a un teint rose pâle, uni, floral. Ses yeux sont noirs, des yeux comme on n'en voit pas, — même chez les plus belles mulâtresses des Antilles, — des yeux noirs qui éteignent, qui tuent tout ce qui les entoure, des yeux de nuit qui sont ardemment, paradoxalement lumineux. Ces yeux ! Je me sens devenir phalène I Et cette sœur de Pincolore Charlemaine possède une chevelure de femme arabe ou hindoue, non plus noire, mais bleue, une de ces chevelures comme les aimaitle dieu Baudelaire qui les a si magnifiquement célébrées. Sa bouche exquise est du rouge des fleurs d'hibiscus. De oette fille d'épiciers se dégage un charme affolant de princesse des Mille et une Nuits.
Nous passons tout près de sa fenêtre et je ralentis le pas, ne pouvant me rassasier de la contempler, quand elle interpelle mon gardien, décidément populaire chez le D' Froin. Sa voix chaude est imper-
ceptiblement chantante et me prend, me berce comme une voluptueuse musique.
— Léonard ! Gélestine m'a enfermée par erreur et j'ai oublié mon petit miroir sur un banc du jardin, contre la serre. YouJez-YOus aller me le chercher? J'en ai besoin pour une « conjuration magique »... Non ! Inutile que Monsieur aille avec vous!... Vous n'allez pas le faire courir, n'est^îe pas ? Je ne me permettrais pas de l'envoyer s'essouffler à mon service. Ce n'est pas un vieil ami comme vous !
Léonard est flatté mais inquiet. Il me regarde du coin dé l'œil ; j'affecte la plus parfaite indifférence. H dit^ alors, à moitié rassuré :
— JVeux bien moi, mais c'est dangeatreus* Enfin 'faut bien dire qu'il fait une sacrée chaleur et que^ d'un autre côté, fen ai pas pour iin mi^ nutesk Je ne veux pas tuer M. Veuly, et je vas galoper ! Bid'homme, c'est pas son heure de rôd^ par ici... mais... éloignez-vous un peu de lafenôtre, monsieur Yeuiy^ des fois ya des infirmières ^i sont méchantes.
Je fais quelques pas vers une plate-bande, bien décidé à me rapprocher de la belle <c malade » aussitôt que mon mentor ne pourra plus me voir. Bon I il a doublé le cap du « bâtiment i. Je n'aperiç^ois plus que l'un de ses talons, vaste et bien ferré...
Je veux regarder encore ma princesse orientale. Quel malheur qu'elle soit atteinte,.. Ëh bien ! et moi ? Je suis à. peu prèa raisonnable aujourd'hui ;