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les Ova-herrero de l’Afrique atstrale n'ont aucune religion, mais seulement des pratiques extraordinaires, superstitieuses, se raltachant à la sorcellerie, aux amulettes, au culte de» animaux, à celui des arbres et autres choses semblables. Burton (4) rapporte de quelques tribus habitant la contrée des lacs au centre de l'Afrique qu'elles ne croient « ni à Dieu, ni aux anges, ni au diable ».

Jetant maiftenant un coup d'œil sur l’Australie, les îles de la tner du Sud et celles de l’Océan pacifique voiei ce que nous cons: tatons : « Les indigènes de l'Australie, raconte Hasskarl (3), n’ont aucune idée d’un créateur ou d’un législateur moral du monde, et toutes les tentatives faites pour les instruire à ce sujet aboutissent toujours à des absurdités ou à un arrêt brusque de la oonversation. » Le naufragé français Narcisse Pelletier, qui a véeu dixsept ans parmi les sauvages de First Red Rock Point, r&pporte qu'ils n’ont aucune idée d’un être supröme et ne célèbrent aucune cérémonie religieuse. Latham dit des Australiens qu'ils n'oat pas „ncors su se créer les éléments les plus grossiers d’une religion . quelconque, et que leur esprit semble même trop lourd pour arriver jusqu’à la superstition. « Que faire, écrit un missionnaire à propos d'eux, avec un peuplà dont la langue ne contient pas mème de termes pour « la justice », € le péché », .ete., et dont l'esprit est entièrement étranger et inaccessible aux idées que ces mots expriment ». Sir M. Bradley (3) dit d’une tribu australienne : « Le langage monosyllabique de ces sauvages st zonıpose de cris plis ou moins semblables à ceax des animaux. Ils n’ont pas d'idées superstitietsés et he présntent pas lo moindre vestige d’une croyance à la vie future ». Les Mutous de la Nouvelle-Guinée né croient à aucun Dieu et n’observent aucune pratique refigietise. Les esprits des trépassés s’en vont, selön eux, à « Taulou », ce qui exprime probablement la partie supérieure de l'atmosphöre (4). Dans l'ile de Damood, entre l'Australie et la Nouvelle- Guinée, Jukes (5) n’a trouvé aucune trace de croyances ou de pratiques religieuses. Les insulaires de Samoa n’ont ni temples,

(4) Bunrox. Transactions Ethnol. Society. Nouv. ser. I, p. 529. (2) HassxarL. Australien und seine Colonien. 1849.

(3) Sin M. Braoısr. In Revue Soientifigus, 1873, p. 178,

(4) JoumnaL of tie Anthropelogioni Institute,

® Juxss. Voyages of Re Fiy, I,p 466.

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ni autels, ni sacrifices. Le docteur Monnat écrit à propos des Mincopis, habitants des tles Andaman : « Ils se barbouillent le corps avec de la boue et de la couleur, mais ne portent pas de vêtements. La pudeur semble leur être tout à fait inconnue, et ils vivept à la façon des bêtes sauvages. Ils n’ont aucune idée de l’existence d’un être suprême, aucune religion et ne croient pas à la vie future (1) ». Les habitants de la Nouvelle-Bretagne (Mélanésie) dans l’Océan pacifique, sont, d’après le docteur O.Finsch (2) des gens d’un naturel très-doux, mais chez lesquels on ne rencontre pas le moindre vestige d'un culte ou d’une religion : la croyance à une prolongation de l'existence après la mort leur est également étrangère. Les Negritos, populations noires primitives des Philippines et des Moluques, n’ont, d’après le docteur Th. Mundt-Lauff de Londres, aucune religion, à part quelques traces insignifiantes d’un culte rendu au feu et au soleil; ils n’ont ni temples, ni idoles. Ils couchent les cadavres la face tournée ver: le soleil.

L’Asie, cet antique berceau de la civilisation, n’est pas sans nous présenter un bon nombre de phénomènes du même genre : elle a vu se développer des systèmes religieux aussi célèbres que répandus et qui sont complètement, étrangers à l’idée de Dieu, au sens propre de l'expression. Les Karens dans le royaume de Pégou, au dire d’un officier anglais, ne croient pas en Dieu et n° reconnaissent que l’influence de deux mauvais esprits. Les habitants de Pasummah Labar, dans l’ile de Sumatra, n’adorent ni idoles ni objets quelconques, n’ont pas de prêtres et ne soupgonnent pas l’existence d’un être suprême, créateur de toutes choses.

Les Dschuangas, peuplade primitive de l’Inde et qui se considere comme la postérité directe des premières créatures humaines, ne croient même pas à la sorcellerie, à ce que rapporte le colonel anglais Dalton; il n’y a dans leur langue aucune e‘"ression pour Dieu, le ciel ou l'enfer, et ils n’ont, que l'on sache, aucune idée d’une vie future. Dans le malheur, ils saerifient des poules au soleil, afin d'obtenir de bonnes récoltes; à part cela, i] n’y a pas de trace d’un culte quelconque. Les Kasias, autre peuplade de l'inde, se contentent dans les circons-

(1) Dr. Monnar, in Transao. Ethnol. Soo., II, p. 48; (2) Da. O. Finsox. In Garienlaube, 1832, p, 606.

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lances analogues de casser des œufs de poule ; c'est là, d’après le doeteur Hooker, toute leur religion. Les heureux habitants d'Amami Oschima, des îles Liou-Kiou, d'après la relation du docteur Döderlein (1) qui a passé seize jours au milieu d’eux, ne eonnaissent ni dieux, ni prières, ni temple, ni prêtre. Le culte des ancêtres est le seul qu’on observe chez eux. Ge culte, d’après le docteur Döderlein, représente peut-être la forme primitive de la religion du Sinto, qu'on ne retrouve plus aujourd'hui au Japon. Les Japonais eux-mêmes, — qui forment une nation de 34 millions d’âmes, pourvue, au dire de tous les voyageurs, de mœurs et d'institutions politiques excellentes, — ne croient ni à Dieu ni à la vie future; c'est « un peuple d’athées », d’après le voyageur américain Burrows, une nation de sceptiques ou de matérialistes d’après d'autres. Néanmoins, le voyageur anglais Alcock affirme que chez aucun peuple de la terre l'instruction n’est aussi répandue que chez eux.

Quant aux systèmes religieux athées de l’Asie, la fameuse religion du Bouddha dont nous parlerons plus longuement dans un autre chapitre, ignore Dieu et l’immortalité et présente le aéant comme le but suprême et l’affranchissement définitif. Les deux ‘religions de la Chine sont tout aussi athées que le Bouddhisme, et selon Schopenhauer (2), iln’ya pas de termes dans la langue chinoise pour a Dieu » et « créateur ». D’après les relations des voyageurs, une bonne moitié de la population de la Chine, celle qui comprend les gens instruils, est aujourd'hui complètement athée et ne se livre à aucune pratique religieuse. D'autre part, il n’y a pas dans le sanscrit, le langage primitif des Aryens panthéistes, de mot qui veuille dire « créé » dans le sens chrétien du terme. Selon Schopenhauer, la révélation et l’idée d’un Dieu personnel proviennent uniquement des juifs et se sont propagées dans le christianisme et le mahométisme, issus tous deux du judaïsme.

Même en Europe, on trouve des populations sans religion. Lors de son dernier voyage dans les pays qu'il gouverne, l'empereur d'Autriche arriva, selon le compte rerdu des journaux, à la ville

Dr Dônenréin. Mittheilungen der deutschen Gesellschaft für Natur-und Völkerkunde Ost-Asiens.

(2) SomopgenmauEr. Uber die vierfache Wurzel’des Satzes von zurdchenden Grunde, 2° édit., 1847.

de Kolomes, en Galicie, près de laquelle habite une colonie d'hommes. admirablement constitués, les Huzulen, Bien que leurs mœurs soient parfaites, ils n’ont pour ainsi dire pas de religion ; un fois par an seulement, le pope, qu'ils connaissent à peine, traverse le village à cheval et baptise les nouveaux-nés. Cependant, ils vivent en paix et honnêtement, meurent sans les consolations de l’église et s’en vont au ciel, s’il y en a un, tout aussi bien que ceux qui vont à confesse quatre fais par an. Les , bohémiens, qu'on trouve disséminés dans toute l'Europe et dans la moitié du globe, sont, d’après les recherches de G. Leland ({), complètement athées, sans aucune trace de croyances, même dans les endroits où ils se trouvent vivre depuis des siècles au milieu de populations religieuses.

L'absence des notions religieuses, dans le sens où nous les entendons, se constate également parmi nous sur les individus chez lesquels l'éducation, l'instruction ou l'exemple n’ont pas fait naître l’idée d’un être suprême. On trouve souvent dans les annales de la police correctionnelle des grandes villes, comme Paris et Londres, des exemples d'individus ne soupconnant même pas ce que nous pouvons entendre par les mots de Dieu, d’immortslité, de religion et autres du même genre. Le recensement opéré en Angleterre a montré qu’il y a dans ce pays des millions d'hommes n'ayant jamais franchi le seuil d'une église et qui ne savent pas à quelle confession ils appartiennent (2). Le sourdmuet Edouard Meystre,sur lequel Hirzel a publié un long travail, n’avait pas la moindre idée de Dieu ; on ne put jamais lui en

donner aucune, quelque peine que l'on prit pour cela et quoiqu'il

füt très bien doué intellectuellement. Il en fut de même de la fameuse sourde-muette et aveugle, Laura Bridgeman, sur laquelle

son institutrice M. S. Lamson a publié un mémoire complet, et |

d'une autre sourde-inuette, J ulia Brace, citée dans ce travail (3). Nous avons insisté dans le chapitre précédent sur l'absence d'in-

telligence ei sur le caractère animal de ces créatures humaines

(4) G. Leraup. The English Gipsies and their language, Londres,

(2) 11 y.a actuellement en Angleterre plusieurs millions de gens non baptisés et p’appartenant à aucun ‚culte. « Que savez-vous de Jésus- Christ ?»> demandait un clergyman à un oockney de Londres, = « Je n'ai jamais entendu parler de ce gentleman s, fut la réponse,

(À V. La Ruvux rxiLos. 1879, n° 3, p. 316 et suiv.

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qui, privées du oommepca de leurs semblables, le sont en même temps de tout stimulant intellectuel. Si la nature est hors d’etat de faire prévaloir ses droits sans le secours de l'instruction ou de l'éducation, c'est qu’elle n’a rien à voir avec ces idées soi-disant innées, trahissant une origine syrnaturelle. Les idées sont toutes acquises, dues à notre propre réflexion ou à celle des autres : elles ne sont pas innées.

Quant à œlui qui persisterait à considérer comme telle l’idée de Dieu, il devrait nécessairement attribuer Je même prédicat à l'idée d’une puissance supérieure mauvaise, d’yun Satan, d’un ou de plasieurs démons. Car la croyance à un esprit du mal surnaturel, ennemi de l’homme, a pris manifestement une extension et une importance à peu près wussi considérable dans tous les temps et chez tous les peuples — plus considérable même chez quelques-uns, — que la croyance à l'existence d’un Dieu bienveillant. « La croyance aux esprits mauvais ef cruels, dit Darwin (1) est beaucoup plus générale que la foi en\un Dieu de bonté >. Il y a même un assez grand nombre de peuplades sauvages qui n’adorent que les mauvais esprits et ne sacrifient qu’à eux seuls, tandis que les bons leur sont complètement indifférents. Le croyance au diable fait partie intégrante de la religion chrétienne, et très justement : car sans elle l'existence du mal dans le monde devient absolument incompréhensible au point de vue chrétien ; elle constitue une conséquence assez directe, en vérité, de la croyance effective en Dieu.

Personne n’a mieux démontré que Ludwig Feuerbach lorigine purement bumaine de l’idée de Dieu, Il donne à toutes les conceptions relatives à la divinité et à l’essence divine le nom d’Anthropomorphisme, — indiquant qu’ils’agit de produits de l'imagination de l’homme, moulés, pour ainsi dire sur sa propre individualité, — et il cherche la cause de cet anthropomorphisme daps le sentiment de dépendance et d’esclavage immanent à la nature humaine, « Le Dieu extérieur et supérieur à l’homme, dit Feuerbach, n'est pas autre chose que le « Moi » devenu extérieur et surnaturel, la nature subjective de l’homme, sortie de ses limites ef mise au-dessus de sa nature objective, ».... « Dieu, C'est Ja « conscience de soi » (2), de l’homme. L'homme crée

(1) Ce. Darwin, loc. oit., p. 612. (2) Selbstbewusstsein.

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Dieu à son iıuage. De fait, l'Lisvire de tous les peuples est, d'un bout à l’antre. la ran‘irmation de cette assertion ; et comment en seraii-1i auirement? En drhors de l’idée de l’absolu, en dehors d'une révétetion directe dou: toutes les sectes religieuses affirment larenlite sans être en ruesure Je la prouver, — toutes les notions de la divinité, à quelque raligcion qu’elles appartiennent, ne peuvent étre qu'humaines : et puisque l’homme ne eonnalt pas d'etre intellig nt qui lui soit stipérieur dans le monde vivant. l'idée qu’il se fait d’un étre supréme ne peut provenir que de son propre fonds : — c’est, à proprement parler, son « Moi » idéalisé. C’est pour cela que dans les ‘dées religieuses d'un peuple on voit se refléler de la façon la plus fidèle et la plus caractéristique son état, ses aspirations, ses espérances et jusqu’au degré précis de s::x dévelonpement intellectuel ; aussi, avons-nous l'habitude de juger, par le culle d’une nation, de son individualitè propre et de sa eivilis.:tion. Que l’on sunge au ciel poétique des Grecs, peuplé d’imnzes idéale:, et dans lequel les dieux, éternellement jeunes et beaux, se réjouissent, rient, combattent, intriguent à la façon des hommes et ne sont jamais plus heureux que lorsqu'ils se mêlent personnellement des affaires humaines, — à ce ciel qui a inspiré à Schiller sa belle poésie sur les dieux de la Grèce (1)! Que l’on songe, d’autre part, au sombre, à l’irascible Jehovab des juifs, qui punit les fautes jusque dans la troisième et la quatrième generation; au ciel des chrétiens, où Dieu partage avec son fils sa puissance infirie et détermine la hiérarchie cél-ste des bienheureux d'une façon tout à fait conforme aux idées humaines ; au cie} des catholiques, où dans le sein dy « Sauveur » la Vierge Marie plaide avec sa tendresse de feinn:e, avec sa voix caressante, la cause des coupables devant le juge céleste ; au ciel des Orientaux avec ses cisaluus de houris jeunes et charmantes, ses eascades ruisselantes, sa perpétuelle fraîcheur et les jouissances éternelles qu’il promet aux sens; au ciel du Groenlandais, où celui-ci trouvera réalisé le but suprème de ses aspirations, c'est à dire de l'huile de baleine, du »uisson, et des chiens de mer en abondance ; au ciel du chasseur Indien, dans lequel les bienheureux poursuivent le gibier qui s’y rencontre en quantité et ne s’épuise jamais, ou à celui des indigènes’ de la Nouvelie-Calédonie qui se promettent d’y manger des bananes mûres et d'y goûter

(1) ScaiLLaa. ine Götter Grivchenlands.

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