L'IDÉE DR DIEU
tinent américain (1). Le célèbre voyageur anglais Bates (2) dit à propos des Indiens des bords du Tapajos et du Cupari, ax Brésil, dont les mœurs sont d’ailleurs excellentes : Ils n’ont pas la première idée d'un être suprême et ne se préoccupent point des causes des phénomènes naturels. Ils ne connaissent qu’une sorte de méchant lutin, qui est la cause de leurs petites mésaventures. De même, aucune des tribus indiennes qui habitent le cours supérieur de l’Amazone n’a de mot correspondant à l’idée de Dieu, et parmi eux les Indiens Caishanas ne connaissent aucune des cérémonies célébrées par les autres tribus en l’honneur du mauvais esprit. Il en est de même de plusieurs peuplades de l'Amérique du Sud visitées par Azara (3). Le père Dobritzhoffer raconte de la tribu des Abipones, qu'à sa grande surprise il ne trouva pas dans la langue de ces sauvages un seul mot pour désigner Dieu ou un être divin. Parlant de la tribu indienne des Payaguas au Paraguay, dans le voisinage d’Asuncion, M. A. Baguet (4) dit qu'ils n'ont aucune idée d’un être suprême, et que toutes les tentatives des jésuites pour les convertir ont échoué. D'après Sir J. Lubbock, les rapports des missionnaires présentent les Indiens du Gran Chaco, daus l’Amerique du Sud, « comme n'ayant ni religion ni culte d’aucune sorte : ils n’ont aucune idée d’un Dieu ou d'un être supréme. Ils ne connaissent pas la distinction du bien et du mal, n’espèrent ni ne redoutent aucune récompense, aucun châtiment dans le présent ou dans l’avenir et ne sont pas tourmentés par la crainte mystérieuse de quelque pouvoir surnaturel, qu’il faudrait se rendre propice par des sacrifices ou par des pratiques superslitieuses ».
On trouve dans le « noir continent » des exemples non moins remarquables d'absence complète de religion ou d’idee de la divinité. Ladislas Magyar n’a pu en découvrir aucune trace chez les nègres d’Oukanyama, une des nombreuses stations de l'Afrique australe. Sir Samuel Baker (5) ne trouva chez les Latoukas, dans la région des sources du Nil, aucune trace de religion ou de croyance à l'existence d’un Dieu ; le fétichisme même, sicommun
(4) Sim Joan Lussocx. Loc. cit., p. 565.
(2) Bates. The naturalist on the Amazons. Lendres, 1863. (3) Azara. Voyages dans l'Amérique méridionale. Il, p. 146. (4) A. Baauzr. In Bull. de la Soc, Géogr. d'Anvers, 1878, t. H, p. 63. 6) Sin Samuec Rasen, The Aldert-Nyansa, etc., 1867. ? É
chez les nègres, leur est inconnu. D'après le célèbre Livingstone! (1), les Bechuanas, une des tribus les plus intelligentes de l'intérieur de l'Afrique australe, de même que les habitants de l'Afrique équatoriale, n’ont ni religion, ni idoles, ni idées religieuses d'aucune espèce. Anderson (2) dit.que la langue des Bechuanas ne renferme pas de mot pour exprimer l'idée d’un crésteur, et le missionnaire Moffat s'exprime, à leur propos, d'une facon bien caractéristique : « J'ai souvent désiré trouver quelque chose qui touchät le cœur des indigènes, écrit-il, j’ai cherché parmi eux l'autel du Dieu inconnu, un indice quelconque relatil . aux croyances de leurs ancêtres, à l'immortalité de l’âme ou à quelque autre idée religieuse. Mais ils n’ont jamais pensé à rien de semblable. Quand je parlais avec les principaux d’entre eux d’un créateur qui régit le ciel et la terre, — de le chute de l’homme et de la rédemption du monde, — de la résurrection des moits et de la vie éternelle, il leur semblait entendre raconter des ahoses plus rabuleuses, plus insensées ef plus ridicules que leurs histoires saugrenues de lions, d’hyènes et de chacals. Quand je leur disais qu'il est nécessaire de croire à ces dogmes de la religion et à d’autres encore, je ne leur arrachais que des exclamations de surprise, comme s’il se fût agi d’un radotage au-dessous même du niveau des gens les plus stupides du monde». Oppermann dit des Caffres, race remarquable sous le rapport physique comme sous le point de vue intellectuel, « qu'ils n'ont pas la moindre idée de l'existence d’un être suprème : — leur chef est leur Dieu ». Les inoffensifs Hottentots reconnaissent bien un bon et un mauvais principe, mais ils n'ont ni temples ni culte, là l’exception de danses solennelles en l'honneur de la pleine lune et d’un petit scarabée brillant qu'ils ce”sidèrent presque comme un Dieu. Le Vaillant (3) qui a vécu longtemps parmi eux, prétend m'avoir trouvé là aucune trace de religion ou de croyance en un Dieu quelconque. Les Boschimans, qui en sont un rameau dégénéré, n’ont aucune espèce de culte ! Dans le roulement du tonnerre ils croient entendre la voix de mauväis génies et ils y répondent par des malédictions et des imprécations. D’après Gustave Fritsch (4),
(1) D. LIvINGSTONS. Bulletin de la 800. d'Anthropologie de Paris, 1865,
P (2) AnpersON. Voyages dans l'Afrique australe. Londres, 1866. . (8) Le VarzuawT. Voyages en Afrique. t. I, p. 93.
Ü) Guer. Farsscn. Die Bingebornen Suda/rikas. Breslau, 253.