‹ Force et matièreChapitre 54 sur 66 · DE L’IMMORTALITE DE L'AME · texte numérisé non relu

DE L’IMMORTALITE DE L'AME

Nous.croyons avoir démontré par des faits irrécusables, dans un des précédents chapitres, l'union indissoluble de ce que nous appelons âme ou esprit avec un substratum matériel, particulièrement avec le cerveau ; nous avons vu les manifestations de l'âme apparaître, augmenter, décroître et s’eltérer avec. ce substratum. Si nous sommes hors d'état de nous faire une idée précise de la nature intime de cette connexion, de comprendre comment l'activité intellectuelle peut résulter de combinaisons matérielles, ces faits nous permettent cependant d’affirmer que cette union est réalisée de manière à rendre impossible toute séparation permanente. Il ne peut pas plus y svoir de cerveau normalement constitué et alimenté sans pensée, qu’il n’y ade pensée sans cerveau ou sans un organe analogue ; et nous ne pourrions nous représenter un « esprit du monde » pensant, qu'avec un « cerveau du monde », vivifié par un sang riche en oxygène. (ie phénomène du microcosme s’accomplit aussi conformément à notre axiome déjà cité de philosophie naturelle, et en vertu duquel l'existence d’une force sans substance est aussi peu concevable ou possible que celle d’une substance sans force. Une âme sans Corps, un esprit sans organisme, une pensée sans matière ne peuvent pas plus se comprendre ou se réaliser qu’une électricité, un magnétisme, une chaleur, une pesanteur, etc., sans les corps ou les substances, grâce à l'activité desquels ces phénomènes 88 manifestent.

Conformément à ces faits, nous avons démontré que l’âme ns vient pas au monde avec des idées innées, et. que loin de représenter un ens per se, elle se développe avec les organes ‘qui lu sont affectés, proportionnellement aw nombre, à l'espèce et à L variété des impressions reçues et des expériences faites.

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En présence d'un tel ensemble de faits, nous n’hösitons.pas à nous inscrire en faux contre toutes les opinions qui admetient la possibilité d’une immortalité personnelle, d’une existence individuelle après la mort. Avec le dépérissement et la destruction de son substratum matériel, en sortant de ce milieu, grâce auquel seul il est arrivé à l'existence consciente et à l'individualité, l’esprit, que nous avons vu se développer uniquement en raison de ces deux conditions qui le tiennent dans une étroite dépendance, l’esprit doit nécessairement cesser d’être. Toutes les connaissances qu’il a pu s’assimiler, ont trait aux choses de la terre; par elles seules il a pu prendre conscience de lui-même ; il est arrivé à la persomalité uniquement en se mettant en regard des individuahites diverses sur le globe ; comment concevoir, qu’arrache à un ensemble de conditions qui sont pour lui comme l'air vital, il puisse prolonger son existence avec la même « conscience de soi » et la même personnalité ? Le caprice, non la réflexion, la foi seule, non la science pouvaient soutenir l’idée d’une existence personnelle après la mort. « La physiologie, dit Carl Vogt, se prononce d’une manière péremptoire et catégorique contre l’immortalité individuelle, comme en général contre toutes les conceptions ayant trait à l'existence particulière d’une âme. L’âme n’entre pas dans le fœtus comme le démon dans le corps d'un possédé : elle est le produit du développement du cerveau, tout comme l’activité musculaire est le produit du développement des muscles, et la sécrétion le produit du développement des glandes, C’est après la naissance que commencent à se développer les facultés intellectuelles : mais c’est aussi après la naissance seulement que le cerveau commence à tendre peu à peu vers le perfectionnement matériel dont il est susceptible. À mesure que la vie se déroule, les facultés de l’âme subissent des modifications déterminées pour s’éteindre eomplètement avec la mort de l'organe ! » 9

De fait, l'observation la plus superficielle et l'expérience de chaque jour nous montrent que l’activité intellectuelle disparaît avec la destruction de son substratum matériel, en d'autres termes — que l’homme meurt. « Il y eut un temps, s'écrie Macbeth, où, quand la cervelle avait sauté, l'homme mourait. » Il n'y a pas et il n'y a jamais eu de fait qui puisse nous faire croire ou supposer que l’âme d’un individu mort continue d'exister sous

une forme quelconque. « Que l’âme d’un individu cesse de se

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manifester aussitôt la mort arrivée, dit Burmeister, voilà ce qu'aucun homme intelligent ne contestera. Les esprits ou les apparitions d’esprits n’ont jamais été vus que par des gens malades ou superstitieux. »

Après avoir ainsi établi notre opinion d’une façon générale, nous ne pouvons nous dispenser d'examiner en détail quelques uns des principaux arguments invoqués en faveur de l'immortalité individuelle et de faire la lumière sur cette discussion, en nous guidant d’après des considérations tirées de l'observation de la nature en même temps que de La morale, et basées sur lexpérienoe.

C’est d'abord l'école de la « Philosophie de la nature », quis

voulu conclure de l’immortalit& de la force et de La matière à l'immortalité de l’esprit. Puisqu’il n'y a pas d'anéantissement absolu, disait-on, il n’est ni concevable ni possible que l'esprit de l’homme, une fois formé, s’anéantisse : une pareille suppostion est contraire aux lois de la raison comme à celles de la nature. — Mais, qu'on veuille bien le remarquer, une manifestation passagère du principe de l’immortalité de la force et de la matière ne peut pas être confondue avec ce principe lui-même, IL est très ÿrai. que dans la circulation de la matière et de la force rien ne se détruit ; mais cela ne s'applique qu’à l'ensemble, à le totalité, tandis que, dans le détail, tout est soumis à une alternative incessante de naissance et de mort. Si la force et la matière manifestent comme telles, expérimentalement et d'une façon irrécusable, leur immortalité, on ne peut en dire autant de l’äme, qui apparaît comme l'effet ou le produit d'une combinaison déterminée, et soumise à la destruction, de substances et de forces. Aveo la destruction de cette combinaison, ses efiets doivent naturellement cesser. Une montre une fois brisée ne marque plus les heures ; le rossignol tué, son chant est fini. Nous n'avons plus sous les yeux qu’un amas de substances inanimées qui devront entrer dans de nouvelles combinaisons pour produire encore des effets analogues,

D'accord avec ces faits, l’expérience nous apprend que l'âme en dépit de sa prétendue indestructibilité, n’était pas là de toute éternité, n'existait pas alors que le corps auquel elle appartient

n'était pas encore formé. Or, ce qui n’était pas à un moment donné, peut très bien périr, être anéanti. C’est une lei de nature que tout ce qui naît soit voué à la mort. Ä

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